Categories
Structurer un roman

Structurer les scènes de votre histoire, partie 7 : les trois éléments constitutifs de la Séquence

La séquence – la seconde moitié de la Scène – possède elle aussi trois éléments constitutifs : la réaction, le dilemme et la décision. Voici comment ils s’articulent pour faire monter, puis retomber, la tension dramatique.

La séquence* — la seconde moitié de la Scène — est parfois négligée. Pourtant, elle est tout aussi importante que la scène, car elle permet aux personnages de digérer les événements de la scène et de déterminer leur prochaine action. La séquence est le versant réaction du couple action/réaction. C’est là que se produisent les moments d’introspection, les conversations tranquilles et le développement des personnages.

Même si nous reconnaissons tous l’importance de ces éléments, certains auteurs finissent parfois par sabrer les séquences de leurs histoires, dans la croyance erronée qu’il s’agit de mauvaises Scènes simplement parce qu’elles ne contiennent aucun conflit franc. Vous connaissez sans doute l’idée reçue selon laquelle chaque Scène (que dis-je, chaque page !) doit offrir du conflit. Mais c’est, au mieux, trompeur.

Les séquences peuvent tout à fait contenir du conflit sous une forme ou une autre, mais elles sont plus susceptibles d’offrir de la tension (c’est-à-dire la menace d’un conflit). Cette distinction est importante. Un conflit franc à chaque page peut créer un rythme implacable qui épuise le lecteur et ne laisse aucune place au développement essentiel des personnages. Même les histoires les plus trépidantes doivent, à un moment ou un autre, faire une pause dans le conflit et ralentir, ne serait-ce que légèrement, pour la séquence.

Les séquences peuvent être de véritables morceaux de bravoure s’étalant sur des dizaines de pages, voire plusieurs chapitres. Elles peuvent aussi se limiter à un paragraphe ou deux de résumé. Nous y reviendrons plus en détail lorsque nous aborderons les variations sur la séquence. Pour l’instant, retenez que la séquence est tout aussi importante que la scène, plus spectaculaire en apparence, et qu’elle mérite tout autant d’attention.

(Graphique de Christine Frazier, Better Novel Project.)

Les 3 éléments constitutifs de la Séquence

Comme la scène, la séquence peut se décomposer en trois segments qui s’articulent pour faire monter, puis retomber, la tension dramatique. Chaque séquence doit comporter les éléments suivants :

Élément constitutif n° 1 : la réaction

En définitive, la réaction est la raison d’être de la séquence. C’est un temps d’introspection, un temps pour que les personnages digèrent ce qu’ils viennent de vivre dans la scène précédente, et un temps pour que l’auteur partage ces réactions avec ses lecteurs. Sans un minimum d’attention portée aux réactions, les personnages deviennent des automates sans émotion, traversant le conflit de l’histoire sans jamais répondre de façon humaine et crédible.

Par exemple : supposons que votre personnage soit ce même prisonnier de guerre qui a tenté de soudoyer un garde pour qu’il quitte son poste, avant de se retrouver jeté au cachot. C’est une catastrophe relativement importante pour clore une scène, et vous pouvez parier que votre personnage va réagir de façon marquée. Qu’il se débatte et hurle pendant qu’on le traîne vers le cachot, qu’il affiche une façade calme tout en se flagellant mentalement pour sa bêtise, ou qu’il menace le garde en retour — ses réactions sont importantes non seulement parce qu’elles font tomber le prochain domino de l’histoire, mais aussi parce qu’elles révèlent des traits essentiels de sa personnalité.

Trop souvent, les auteurs inexpérimentés escamotent inconsciemment cette partie de la séquence sans même se rendre compte qu’ils la négligent. Parce qu’ils sont eux-mêmes tellement en phase avec leurs personnages, ils s’attendent souvent à ce que les lecteurs comprennent leurs émotions et leurs réactions tout aussi facilement. Le contexte aide généralement l’auteur, mais ne lésinez pas sur la nécessité de montrer aux lecteurs ce que ressentent les personnages.

Les réactions peuvent être traitées une à une tout au long de la scène, résumées brièvement, ou développées longuement dans le récit intérieur ou le dialogue. Le choix de la manière de restituer la réaction dépendra des besoins de votre histoire. L’essentiel est de garder à l’esprit son importance en tant que puissant contrepoids à l’action dans chaque scène.

Élément constitutif n° 2 : le dilemme

Une fois que vos personnages ont achevé leurs réactions initiales — souvent tout à fait involontaires — à la catastrophe de la scène précédente, ils se retrouveront face à un dilemme. Parfois, ce dilemme sera aussi général que : « Que dois-je faire maintenant ? » Le plus souvent, il sera plus précis :

  • « Comment défaire cette catastrophe ? »
  • « Comment empêcher mon meilleur ami de découvrir la vérité ? »
  • « Comment éviter l’inspecteur de l’assiduité scolaire quand il viendra me chercher ? »
  • « Comment m’excuser auprès de ma fille avant qu’elle ne parte ? »

Par exemple : dans le cas de notre prisonnier de guerre, son dilemme pourrait être double : « Comment sortir du cachot et/ou éviter de devenir fou pendant que j’y suis ? » et « Une fois sorti, comment poursuivre mon plan d’évasion maintenant que je sais que ce garde ne peut pas être soudoyé ? »

Le dilemme est la mise en place de la scène suivante. La catastrophe à la fin de la scène précédente a créé une nouvelle série de problèmes pour les personnages. Pendant la séquence, ils vont analyser ces problèmes afin de pouvoir s’y attaquer de façon appropriée dans la scène suivante.

Souvent, le dilemme sera évident d’après le contexte. Par exemple, si notre prisonnier de guerre croupit à l’isolement, son problème est plutôt clair. Mais n’hésitez pas à énoncer le dilemme explicitement, en particulier pour votre propre bénéfice dans les premiers jets. Vous pourrez toujours le supprimer par la suite s’il enfonce des portes ouvertes pour le lecteur. Vous voulez garder vos séquences aussi ciblées et délibérées que vos scènes.

Élément constitutif n° 3 : la décision

Le dilemme mène directement à la dernière partie de la séquence — la décision. Afin de formuler un objectif pour la scène suivante, les personnages doivent trouver une solution (juste ou fausse) à leur dilemme. En substance, le dilemme est une question, et la décision en est la réponse.

C’est l’étape de la planification dans votre histoire. Les personnages reviennent de leur défaite cuisante sur le champ de bataille et retournent à la table de travail. Ils étudient des cartes, discutent des erreurs de la bataille précédente et déterminent la marche à suivre. Comparée à la bataille, ce sera une Scène tranquille, mais grâce à son importance et à son fort potentiel de « qu’est-ce qui va se passer ensuite », les lecteurs trouvent ce genre de séquences tout aussi captivant (parfois plus) que les scènes pleines de poursuites et d’action.

Par exemple : notre prisonnier de guerre capturé entrera dans sa cellule de béton, s’assiéra et se mettra à réfléchir fébrilement. Sa séquence durera probablement des jours, voire des semaines, puisqu’il ne peut pas agir tant qu’il n’est pas sorti du cachot. Il pourrait prendre et reprendre sa décision une dizaine de fois si cela sert le propos de l’histoire. Au moment où la séquence se termine et qu’il est libéré, il doit avoir arrêté sa prochaine action — que ce soit de frapper ce garde infect au visage, d’essayer de soudoyer un autre garde, ou même d’abandonner toute tentative d’évasion. Quelle que soit sa décision, elle fera le pont entre la séquence et la scène suivante et établira son nouvel objectif.

Voyez-vous à quel point vos scènes et vos séquences doivent être solidaires les unes des autres ? Elles sont liées de telle sorte qu’en éliminer ne serait-ce qu’une seule détruirait l’évolution fluide de l’intrigue. La catastrophe crée un dilemme, le dilemme force le personnage à décider de la suite, et cette décision détermine l’objectif de la scène suivante.

Extrait du livre Structurez votre roman (lien affilié Amazon)

La Séquence en action

Observons la séquence, dans son ensemble, en action dans les quatrième et cinquième chapitres d’Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Ces chapitres se déroulent juste après le bal de l’Assemblée de Meryton, où Darcy a refusé de danser avec Elizabeth, la jugeant peu désirable comme cavalière.

Réaction : discussion générale du bal par tous les personnages impliqués.

Dilemme : comment Elizabeth doit-elle répondre au rejet plein d’orgueil de Darcy ?

Décision : éviter Darcy.

Les séquences peuvent être plus difficiles à repérer et à décomposer, car elles se déroulent souvent bien plus rapidement que les scènes, et aussi parce que leurs parties sont souvent mêlées ou implicites plutôt qu’énoncées explicitement. Une fois que vous comprenez les composants d’une séquence réussie et son importance dans l’équilibre et la dynamique de votre histoire, vous êtes en bonne voie pour écrire une seconde moitié éclatante à toutes vos Scènes.

* Dans le cadre de cette série, « Scène » avec un S majuscule fera référence à la scène en général (dont la définition peut inclure la séquence). J’utiliserai un s minuscule et l’italique pour désigner scène et séquence comme les deux différents types de Scènes.

Inscrivez-vous pour recevoir le guide des 7 erreurs des écrivains débutants

Vous recevrez le guide ainsi que de nombreux conseils pour vous aussi écrire des romans à succès

Adresse e-mail non valide
En application du RGPD, vous contrôlez vos données personnelles et vous pouvez vous désisncrire à tout moment. Pas de spam

By K.M. Weiland

K.M. Weiland est romancière, a écrit plusieurs romans et des livres pratiques sur le métier d’écrivain et l’art de la narration. Son site helpingwritersbecomeauthors.com a reçu plusieurs récompenses, et ses livres Préparez votre roman, Structurez votre roman, Créez des arcs narratifs, Comment structurer les scènes dans vos histoires font partie des livres recommandés aux auteurs qui veulent améliorer la maîtrise de leur discipline.

Laissez un commentaire