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Structurer les scènes de votre histoire, partie 12 : questions fréquentes

Une fois que les auteurs saisissent la structure de la Scène*, toute leur approche de la narration peut devenir plus claire et plus raffinée. À première vue, c’est un sujet qui demande un certain temps pour être pleinement assimilé et qui, de ce fait, peut susciter toutes sortes de questions. Mais vous tous, brillants Wordplayers, semblez avoir compris sans le moindre accroc. Lorsque j’ai lancé un appel sur Facebook et Twitter pour recueillir vos dernières questions, je n’en ai reçu que deux.

La première portait sur les arcs narratifs de personnages dans une suite, par comparaison avec un livre précédent. Il s’agit bien sûr du terme anglais « sequel » au sens de suite dans une série, et non de la séquence au sens de seconde moitié de la Scène. Mais c’est un bon rappel du fait que ce terme, souvent source de confusion, renvoie à deux aspects totalement distincts de la narration.

La seconde question demandait des exemples de scènes et de séquences tirés d’histoires connues. Pour y répondre, je renvoie les lecteurs aux articles précédents de la série, puisque presque chacun d’eux illustre la structure de la Scène à partir de livres et de films célèbres.

Faute d’autres questions officielles, j’ai pensé partager quelques-unes de celles qui ont été posées dans les commentaires des articles précédents de la série. Si vous avez une question qui n’est pas traitée ici, n’hésitez pas à la poser ci-dessous !

Scène « d’intrigue » ou scène « de personnage » ?

Q. J’essaie de m’en tenir au concept de scène guidée par une mission, en construisant chaque scène autour de ce dont mon intrigue (ou mon personnage) a besoin. Mais j’ai remarqué qu’il y a des moments où certaines scènes sont censées apporter un éclairage (la scène guidée par le personnage) et, d’après mon expérience, les lecteurs ne saisissent généralement pas et trouvent ces scènes inutiles. Je me demande encore comment éviter cela ! — Meryl

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R. De manière générale, les Scènes « d’intrigue » sont le plus souvent des scènes et les Scènes « de personnage » le plus souvent des séquences. Les scènes font avancer l’action ; les séquences permettent aux personnages comme aux lecteurs d’absorber ce qui vient de se passer et d’y réagir. C’est bien sûr une généralisation grossière, mais retenez qu’une histoire ne peut exister sans les deux. L’intrigue et le personnage, quand c’est bien fait, ne peuvent jamais être séparés l’un de l’autre.

Comment « montrer » les scènes

Q. Comment vous y prendriez-vous concrètement pour montrer une scène plutôt que de la raconter ? — JustSarah

R. Montrer, c’est avant tout dramatiser ; raconter, c’est avant tout résumer.

Les « phrases de prémisse » de scène

Q. Quand on structure des scènes, serait-il de mauvais goût de donner à chaque scène une sorte de phrase de prémisse ? — JustSarah

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R. Lorsque vous préparez votre roman, je recommande précisément de faire cela. Si vous parvenez à tracer l’arc de chaque scène — objectif, conflit, catastrophe — ainsi que l’arc de chaque séquence — réaction, dilemme, décision —, vous aurez une longueur d’avance considérable pour bâtir une intrigue solide du début à la fin. Quant à énoncer la « prémisse » de la Scène dans le texte lui-même, c’est rarement une mauvaise idée, puisque vous voulez toujours que les lecteurs comprennent le point de focalisation de chaque Scène.

Ruptures de scène et sauts de point de vue

Q. Quand j’ai lu votre changement de point de vue à l’intérieur d’une même scène, mon cerveau a disjoncté ! Les spectres du ne saute pas d’une tête à l’autre défilaient dans mon esprit. Je suppose que si l’on connaît les règles et qu’on les enfreint, c’est acceptable. Quand j’ai écrit mon premier roman, j’ai fait de nombreux changements de point de vue et on me l’a reproché constamment. Cela ressemblait beaucoup à ce que vous avez écrit.

Alors pourquoi est-ce acceptable dans certains cas et pas dans d’autres ? Est-ce acceptable seulement dans une scène occasionnelle ? Ou peut-on le faire tout au long d’un roman ? J’aimerais vraiment connaître votre point de vue. — Michael Di Gesu

R. Ce que vous voyez dans la Scène que j’ai citée n’est pas un saut d’une tête à l’autre. Le saut d’une tête à l’autre se produit quand on change de point de vue (souvent à plusieurs reprises) à l’intérieur d’une même Scène sans aucune indication de rupture de Scène. Si j’avais basculé dans la tête du second personnage sans utiliser les trois astérisques pour signaler une rupture de Scène, , il s’agirait bien d’un saut d’une tête à l’autre. La clé d’un changement de point de vue réussi consiste à accorder à chaque point de vue une large plage de temps. Dans la Scène que j’ai citée, les points de vue des deux personnages occupaient chacun la moitié du chapitre. Si, en revanche, j’avais fait des allers-retours toutes les deux ou trois lignes, cela aurait fait beaucoup trop de sauts, même avec des astérisques pour signaler les ruptures de Scène.

Ouvrir sur une séquence

Q. Je voulais poser une question sur l’endroit où placer une séquence. Est-il généralement judicieux d’ouvrir un livre sur une séquence ? J’envisage d’ouvrir ainsi l’arc d’un de mes personnages, mais je ne suis pas sûre que cela ne laisse pas les lecteurs en train de se demander : « Bon, mais sur quoi les personnages réfléchissent-ils au juste ? » — JustSarah

R. Dans la plupart des histoires, il vaudra mieux commencer avec votre personnage en action, accrocher les lecteurs, puis ralentir pour la réflexion. Cependant, quand une histoire s’ouvre bel et bien sur la réaction d’un personnage, c’est souvent parce qu’il vient de se produire quelque chose d’énorme. Le récit aura alors probablement recours à un retour en arrière pour montrer au moins une partie de la situation.


Et nous voilà arrivés au terme de notre série ! J’espère que vous avez apprécié ces douze dernières semaines et que ce voyage dans les subtilités de la structure narrative vous a éclairés, et même donné des forces. Les histoires solides se bâtissent sur le détail de Scènes solides. Si vous savez construire une Scène, vous savez écrire un livre entier !

** Pour les besoins de cette série, « Scène » avec un S majuscule désigne la scène au sens général (ce qui peut inclure dans sa définition la *séquence*). J’utiliserai un s minuscule et l’italique pour *scène* et séquence afin de désigner les deux types de Scènes.*


La série complète :


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Structurer les scènes de votre histoire, partie 11 : Variations sur la Séquence

Les séquences*, plus encore que les scènes, offrent toutes sortes de souplesses dans la structure d’une scène. C’est en grande partie cette souplesse qui rend les séquences difficiles à quantifier dans les histoires. Contrairement à la scène, les séquences peuvent être si discrètes qu’elles se fondent dans le décor. Cela conduit parfois les auteurs à croire que les séquences sont moins importantes que les scènes, mais leur souplesse n’enlève rien à leur nécessité. Pour chaque scène, il doit y avoir une séquence, même si elle n’est pas immédiatement identifiable.

Pour vous aider à mesurer tout le potentiel de la séquence, examinons quelques-unes de ses variations les plus courantes.

3 variations sur la réaction de la séquence

1. La réaction est « continue »

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Vous constaterez peut-être qu’il vous faut laisser vos personnages réagir aux événements à mesure qu’ils surviennent, plutôt que d’un seul bloc après la scène. Dans une certaine mesure, les personnages réagissent toujours tout au long d’une scène. Si un personnage jette son verre de lait au visage d’un autre, il serait absurde que la seconde diffère sa réaction. Ne serait-ce que par son discours intérieur, elle fera comprendre aux lecteurs ce qu’elle a pensé de ce soin du visage au lait d’annesse non sollicité. Au moment où vous arrivez à la séquence proprement dite, vous avez peut-être déjà livré aux lecteurs la réaction initiale du personnage. Vous pouvez choisir de développer cette réaction, ou décider que vous l’avez suffisamment traitée et passer directement au dilemme qui suit.

2. La réaction est différée

Si les personnages doivent surmonter leur dilemme par une décision prise en une fraction de seconde, vous n’aurez sans doute pas le temps d’explorer leurs réactions en profondeur dans l’instant. Imaginons qu’un personnage soit confronté à une catastrophe qui met sa vie en jeu. Le méchant l’a poussé du haut d’une falaise et il est suspendu du bout des ongles à une racine chétive. Le laisser pendre là pendant que vous consacrez deux pages à sa terreur, à son désespoir et à son agacement général face au manque de considération du méchant va stopper net votre histoire (sans parler du fait que cela laisse à la racine tout le temps de céder). Réalistement, votre personnage doit réagir au dilemme et arrêter une ligne de conduite en quelques secondes. Aucun problème avec cela, mais vous voudrez ensuite revenir à ce moment plus tard, dans un cadre plus calme, pour consigner la réaction de votre personnage.

3. La réaction inclut un retour en arrière

Le caractère méditatif du retour en arrière (flashback) fait qu’il sera bien plus à sa place dans la séquence que dans la scène. Le retour en arrière lui-même, selon sa longueur, peut adopter la structure d’une scène (objectif, conflit, catastrophe) ; mais parce qu’il s’agit du souvenir de quelque chose qui s’est produit auparavant, il trouvera généralement sa meilleure place dans l’introspection de la phase de réaction de la séquence.

1 variation sur le dilemme et la décision de la séquence

1. La décision se révèle être une impasse

La séquence peut inclure des « demi-scènes », dans lesquelles les personnages prennent une décision et mettent l’objectif en œuvre, pour ne finalement aboutir à rien. Si vous développez ce passage, l’objectif sans issue peut prendre la forme d’une catastrophe de scène. Mais si vous choisissez de le résumer, il peut servir à allonger la section dilemme/décision. Une fois remis de cette décision sans issue, les personnages arrêteront un nouvel objectif et la scènesuivante pourra se dérouler.

5 variations sur la séquence dans son ensemble

1. La séquence peut se dérouler en quelques secondes

Si l’objectif initial de vos personnages est contrarié par une catastrophe, il se peut qu’ils doivent réagir immédiatement, prendre la mesure du dilemme, prendre une nouvelle décision et mettre aussitôt en œuvre le nouvel objectif. Lorsque la séquence tout entière se déroule sur un laps de temps aussi court, vous n’aurez aucun besoin de vous attarder sur chacun de ses éléments. Assurez-vous que la réaction, le dilemme et la décision sont clairs, explicitement ou par le contexte, puis passez à la suite.

2. La séquence peut tenir en une demi-phrase ou en plusieurs chapitres

La longueur de votre séquence commandera le rythme de votre histoire. Des séquences plus longues ralentiront le rythme et renforceront la vraisemblance. Elles peuvent s’étendre sur plusieurs chapitres, si nécessaire. Des séquencesplus courtes maintiendront l’action des scènes en mouvement et permettront à l’histoire d’avancer plus vite. Si l’enchaînement logique des événements l’exige, ou si vous cherchez simplement à accélérer le rythme, vous pouvez réduire la séquence à une phrase ou deux.

3. Les sections de la séquence peuvent être disproportionnées

Bien que cette série ait accordé la même importance aux trois parties de la séquence afin de nous permettre de les étudier en détail, la réaction, le dilemme et la décision n’auront pas toujours le même poids. Parfois, vous voudrez passer plus de temps sur la réaction, parfois davantage sur le dilemme. Certains dilemmes et certaines décisions ressortiront si clairement du contexte que vous n’aurez même pas besoin de les mentionner explicitement. Ce qui compte, c’est que les trois sections soient là, même si vous ne les développez pas dans le texte.

4. Les sections de la séquence peuvent apparaître dans le désordre

Ce n’est pas une chose que vous voudrez faire très souvent, mais vous pouvez bousculer l’ordre de la séquence si besoin. La logique peut parfois vous imposer de différer la réaction jusqu’après que les personnages ont affronté le dilemme. Par exemple, si un éléphant écrase le pied de votre personnage, elle va probablement agir avant de pouvoir mettre sa réaction en mots dans sa tête. Vous incluez toujours tous les éléments dans la même section (contrairement à la variation évoquée plus haut, où la réaction est déplacée dans une section entièrement nouvelle) ; vous vous contentez de les réagencer.

5. La séquence est interrompue par une nouvelle scène

Votre personnage est peut-être rentré à la base après une bataille désastreuse. Il est peut-être en pleine phase de réaction — il pleure ses camarades tombés — et s’apprête à affronter le dilemme consistant à découvrir quel sale traître a divulgué le plan de bataille lorsque, surprise !, les ennemis lancent un assaut sur la base. Votre personnage se retrouve soudain avec de nouvelles priorités et de nouveaux objectifs. Vos raisons d’agir ainsi peuvent être de repousser le dilemme du traître, d’accélérer le rythme et d’augmenter les enjeux, ou même de garder les lecteurs légèrement déstabilisés.

Une fois que vous maîtrisez solidement les éléments de la séquence, vous êtes libre de jouer avec autant que vous le souhaitez. Mélangez-les, interrompez-les par de nouvelles scènes, comprimez-les ou étirez-les — tout ce dont votre histoire a besoin. La seule exigence incontournable, c’est que vous connaissiez la réaction, le dilemme et la décision de votre personnage dans chaque séquence, et que vous rendiez ces éléments clairs pour les lecteurs, explicitement ou par implication.


Et voilà ! Vous connaissez désormais les deux parties de la Scène et les trois éléments qui composent chacune d’elles : l’objectif, le conflit et la catastrophe de la scène, et la réaction, le dilemme et la décision de la séquence. Vous avez appris à assembler ces éléments en une Scène solide, qui à son tour donnera une histoire solide. Vous avez découvert les variations qui vous permettront de modeler vos Scènes selon les exigences propres à votre histoire. Et, ce faisant, vous avez acquis une compréhension plus profonde de ce qui fait fonctionner une histoire sur le plan technique. Bienvenue dans le vaste monde nouveau de la structure de Scène consciente !

La suite : la semaine prochaine, je conclurai la série par un article répondant aux questions fréquentes sur la structure de la Scène.


Dans cette série, « Scène » avec un S majuscule désigne la scène au sens général (ce qui peut inclure la séquence). J’emploie un s minuscule et l’italique — scène et séquence — pour désigner les deux types de Scènes.

K.M. Weiland est l’autrice primée et internationalement publiée de guides d’écriture reconnus, parmi lesquels Préparez votre romanStructurez votre roman et Construire des arcs narratifs de personnages. Originaire de l’ouest du Nebraska, elle écrit des romans historiques et de fantasy et accompagne les auteurs sur son site Helping Writers Become Authors.

Les livres de K.M. Weiland en français


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Structurer les scènes de votre histoire, partie 10 : Options pour les décisions dans une séquence

La décision est sans doute le plus instinctif de tous les éléments constitutifs de la Scène*. Ce troisième et dernier élément de la séquence naît du dilemme du personnage et conduit directement à l’objectif de la scène suivante. Dans la structure d’une scène, la décision est ce petit aiguillon planté dans l’arrière-train de votre histoire, qui la fait avancer. En théorie, vos personnages pourraient rester assis à contempler leurs dilemmes jusqu’à la fin de leurs jours. Mais les bonnes histoires exigent un mouvement vers l’avant, et la seule façon de sortir d’un dilemme, c’est de prendre une décision — qu’elle soit bonne ou mauvaise.

Comme pour toutes les parties de la structure d’une scène, la clé d’une bonne décision est de s’assurer qu’elle découle directement du dilemme précédent. Une décision aléatoire, sans rapport, pourrait sans doute faire avancer l’intrigue — mais pas en ligne droite, comme les lecteurs le souhaitent. Si le dilemme de votre personnage porte sur le menu du dîner, la décision doit être de préparer un filet mignon et des pommes de terre lyonnaises — et non de courir à l’hôpital pour donner son sang.

Extrait du livre Structurez votre roman de K.M. Weiland.

Options pour les décisions de la séquence

Vous trouverez peu de techniques narratives plus simples que la décision de séquence.

En substance, les options se réduisent à deux :

  1. Agir.
  2. Ne pas agir.

Les deux sont des choix acceptables, mais en règle générale vous voulez que vos personnages prennent des décisions qui les obligent à agir. Vous voulez des personnages qui font arriver les choses, et non des personnages qui restent assis à laisser les choses leur arriver. Cela dit, il y aura des moments où la décision d’un personnage de s’abstenir d’agir sera tout aussi importante pour l’intrigue, et tout aussi révélatrice de son conflit intérieur, que l’action la plus palpitante.

Les décisions précises de vos personnages dépendront bien entendu entièrement de la nature de leur dilemme. Une décision peut aller de je vais mettre des chaussettes bleues aujourd’hui à je vais sacrifier ma vie pour sauver tous les gens qui sont dans cet immeuble en flammes. Quoi qu’il en soit, elle se traduira par un objectif qui entrera dans l’une des cinq catégories que nous avons abordées dans notre article consacré aux objectifs.

Objectif à long terme, décision à court terme

Structurez votre roman, livre de K.M. Weiland
Structurez votre roman (lien affilié)

Souvent, le dilemme d’un personnage ne pourra pas se résoudre par une décision unique et simple. En réalité, vous voudrez activement éviter d’enchaîner trop de dilemmes et de décisions simples. Si les personnages sont confrontés à un problème facilement résolu après l’autre, l’histoire prendra une tournure dispersée et épisodique, et les lecteurs finiront par douter du réalisme des enjeux.

C’est là qu’intervient le principe « objectif à long terme, décision à court terme ». Si le problème de votre personnage est d’épouser ce joli garçon du voisinage, elle sera confrontée à de nombreux « mini » dilemmes sur le chemin de son objectif ultime. Pour déterminer la décision de votre séquence, cherchez la première étape que le personnage doit franchir. Peut-être qu’elle décide bien d’épouser le voisin dès cette première séquence, mais elle doit aussi arrêter une ligne de conduite beaucoup plus modeste et plus plausible. En l’occurrence, elle décide de s’excuser d’avoir crié sur le chien du garçon.

Décision évidente ou décision improbable ?

Les décisions de votre personnage façonneront l’intrigue. Si toutes les décisions sont évidentes et faciles à mettre en œuvre, l’histoire s’essoufflera rapidement. Vous ne voulez pas que vos personnages optent systématiquement pour des lignes de conduite ridicules ou illogiques, mais vous voulez maintenir les probabilités faibles et tenir les lecteurs en haleine.

La ligne de conduite la plus sensée pour notre héroïne éprise, dans sa tentative d’épouser le garçon d’à côté, serait sans doute de simplement l’inviter à sortir. Rien de mal à cela, et cela pourrait certainement mener à toutes sortes de possibilités narratives intéressantes. Mais nous pourrions déterrer quelques options inattendues en lui faisant prendre une décision différente. Peut-être décide-t-elle de lui donner la sérénade sous sa fenêtre. Peut-être décide-t-elle de tout faire pour l’oublier. Ou peut-être, comme Anabel Simms dans le film classique Every Girl Should Be Married, enquête-t-elle sur chaque aspect de la vie du garçon afin de s’infiltrer l’air de rien dans ses habitudes.

Énoncer la décision ou non ?

Vous devriez être capable de mettre la décision d’un personnage en mots. Écrivez-la, afin d’avoir quelque chose de concret sur quoi bâtir. Cela ne signifie pas pour autant que vous devez l’énoncer explicitement dans le récit. Souvent, la décision sera claire d’après le dilemme qui la précède ou l’objectif de la scène qui la suit. Parfois, la décision ne sera même pas prise avant les quelques secondes qui précèdent le passage à l’acte, auquel cas elle se fondra dans l’objectif.

Quelques repères :

  • N’énoncez pas la décision explicitement si cela est d’une quelconque manière répétitif ou condescendant pour les lecteurs. Si la décision est claire d’après le contexte, elle n’a pas besoin d’être explicitée.
  • Énoncez la décision explicitement si l’acte de décider est aussi important que l’objectif lui-même (par exemple, la décision constitue un tournant pour le personnage).
  • Énoncez la décision explicitement si vous avez besoin d’un lien fort entre votre séquence et la scène suivante (par exemple, plusieurs Scènes intercalaires séparent la décision de l’objectif, et/ou la décision offre une conclusion forte au chapitre).

Questions à se poser sur les décisions de vos séquences

Avant de nouer le ruban sur votre séquence et de la considérer comme terminée, vérifiez-la à l’aide des questions suivantes :

  1. Votre décision découle-t-elle organiquement de votre dilemme ?
  2. Votre décision débouche-t-elle sur un objectif fort ?
  3. Si votre dilemme est un problème de long terme, avez-vous réduit la décision à la première étape logique vers sa résolution ?
  4. Votre décision résout-elle le dilemme trop facilement, ou entraîne-t-elle de nouvelles complications — soit parce que le personnage a pris la mauvaise décision, soit parce que la résolution du dilemme a créé un nouveau dilemme ?
  5. Si votre personnage décide de ne pas agir, s’agit-il d’une étape logique et importante au sein de l’intrigue ?
  6. Votre décision est-elle assez importante pour être énoncée explicitement dans la séquence ?
  7. Si vous avez énoncé la décision explicitement, est-elle répétitive au regard du dilemme qui précède ou de l’objectif qui suit ?

Les décisions de séquence en action

À quoi ressemble ce dernier élément constitutif de la séquence en pratique ? Jetons un dernier coup d’œil à nos livres et à nos films :

Orgueil et Préjugés, de Jane Austen : le deuxième chapitre s’achevait sur le dilemme des dames Bennet quant à la manière de rencontrer M. Bingley. Ce dilemme est bien sûr la première étape du dilemme narratif bien plus vaste : comment amener Bingley à épouser l’une des filles. La décision n’est jamais énoncée explicitement, mais son implication (Mme Bennet invitera Bingley à dîner au moment opportun) est claire à la fois d’après le dilemme et d’après l’envoi effectif de l’invitation au début du chapitre suivant.

La première séquence complète de structure de scène du roman Orgueil et Préjugés s’achève sur la décision d’inviter M. Bingley à dîner, dans l’espoir qu’il épouse l’une des filles Bennet. (Orgueil et Préjugés (2005), Focus Features.)

La vie est belle, réalisé par Frank Capra : le dilemme de l’ange Clarence est de convaincre George Bailey qu’il ne doit pas se suicider pour combler, avec son assurance-vie, un écart comptable. La remarque en passant de George — il croit que les gens auxquels il tient se porteraient mieux s’il n’était jamais né — conduit Clarence à sa décision : il obtient de Joseph, l’ange en chef, qu’il exauce le vœu de George. La décision enchaîne directement sur l’objectif, lequel, facilement atteint grâce à Joseph, enchaîne directement sur le conflit de la scène suivante.

Dans La vie est belle, l’ange Clarence se concerte avec son supérieur et décide d’exaucer le vœu de George Bailey : « Tu n’es jamais né ! » (It’s a Wonderful Life (1947), Liberty Films.)

La Stratégie Ender, d’Orson Scott Card : le dilemme d’Ender, qui cherche à éviter d’aller à l’école, se transforme en quelque chose de bien plus grand lorsque Graff et ses hommes se présentent chez lui et offrent à Ender la possibilité d’intégrer l’École de guerre. Bien que la décision finale d’Ender de suivre Graff résolve de fait le dilemme de sa séquence, elle introduit aussi un tout nouveau rebondissement, dont l’explication et le raisonnement occupent presque tout le chapitre.

Dans le roman La Stratégie Ender, le dilemme initial d’Ender — éviter l’école — se transforme en quelque chose de bien plus grand lorsqu’il est recruté pour rejoindre l’École de guerre et doit décider de la marche à suivre. (Ender’s Game (2013), Lionsgate.)

Master and Commander : De l’autre côté du monde, réalisé par Peter Weir : après avoir discuté de la bataille avec ses officiers, le capitaine Aubrey va à l’encontre de leurs attentes et prend la décision surprenante de rester dans le Pacifique, de réparer le navire en mer, puis de poursuivre le vaisseau ennemi, l’Achéron. L’énoncé explicite de sa décision est crucial, car le fait qu’Aubrey prenne sur lui d’outrepasser ses ordres est ici plus important que l’objectif lui-même. Cette décision va porter l’intégralité de l’intrigue, ainsi que l’arc narratif personnel d’Aubrey et l’exploration thématique des rapports de pouvoir dans l’histoire.

La première séquence complète de structure de scène de Master and Commander : De l’autre côté du monde s’achève sur la décision cruciale du capitaine Jack Aubrey : « Nous ne rentrons pas. » (Master and Commander: The Far Side of the World (2003), Miramax Films.)

Vous savez désormais construire une Scène entière, de la scène (objectif, conflit, catastrophe) à la séquence (réaction, dilemme, décision). Empilez une Scène solide sur une autre et, avant même de vous en rendre compte, vous aurez une histoire solide de bout en bout !

* Pour les besoins de cette série, « Scène » avec un S majuscule désigne la scène au sens général (qui peut inclure dans sa définition la séquence). J’utiliserai un s minuscule et l’italique pour scène et séquence afin de désigner les deux types de Scènes.

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Structurer les scènes de votre histoire, partie 9 : Options pour les dilemmes dans une séquence

Si la première partie de votre séquence* — la réaction — s’adresse aux émotions de vos lecteurs, la seconde partie relève de l’intellect. Une fois passée la première réaction émotionnelle de vos personnages à la catastrophe de la scène précédente, ils vont devoir s’atteler à une tâche essentielle : réfléchir à ce qu’ils vont faire ensuite. La catastrophe précédente les a laissés dans de beaux draps. Elle était une déclaration catastrophique ; le dilemme, en réponse, pose une question : « Qu’est-ce que je fais maintenant ? »

On peut soutenir qu’aucun autre composant de la structure scène/séquence n’est plus important pour établir le réalisme et préserver la suspension d’incrédulité. Lorsque vous montrez les réponses intellectuelles de vos personnages et leurs cheminements de pensée tandis qu’ils envisagent de nombreuses solutions (et en rejettent la plupart), ce que vous faites en réalité, c’est convaincre les lecteurs que vos personnages sont des êtres humains pensants et, plus important encore, que votre intrigue repose sur une logique plutôt que sur des événements arbitraires.

Votre dilemme peut occuper d’une demi-phrase à plusieurs chapitres de votre histoire. Quelle que soit sa longueur, c’est l’occasion de faire vraiment transpirer les lecteurs aux côtés de vos personnages. Les lecteurs verront le pétrin dans lequel se trouvent vos personnages et, à mesure que ceux-ci passent leurs options en revue, ils comprendront aussi que les personnages n’ont peut-être pas beaucoup de bonnes portes de sortie. Manié avec habileté, un bon dilemme peut faire monter la tension, rendre les personnages plus attachants et, surtout, pousser les lecteurs à tourner les pages.

Les trois phases du dilemme

Structurez votre roman, livre de K.M. Weiland
 Structurez votre roman de K.M. Weiland, le livre dont est tirée cette série (lien affilié Amazon).

Le dilemme se compose de trois phases différentes (encore ce chiffre magique !) :

1. Le retour en arrière

Les personnages reviennent sur la catastrophe et considèrent les faux pas qui l’ont permise. Cette phase est souvent entremêlée avec la partie réaction qui la précède dans la séquence. Sa longueur dépendra largement de sa proximité avec la catastrophe et du rythme que vous souhaitez donner. Parfois, un long récapitulatif de la catastrophe peut être répétitif. Si les lecteurs viennent tout juste de vivre la catastrophe, ils n’auront guère besoin d’un compte rendu détaillé aussi tôt. En revanche, si la séquence a été séparée de la scène précédente par un chapitre ou plus (comme cela peut être le cas si un ou plusieurs points de vue alternés s’intercalent), un récapitulatif sera précieux, à la fois pour rafraîchir la mémoire des lecteurs et pour ancrer la réaction des personnages.

2. L’analyse

Une fois que vos personnages ont dépassé leurs premières réactions émotionnelles, ils vont devoir prendre une grande inspiration, enfiler leur casquette de penseur et commencer à examiner les spécificités de leur problème. Le dilemme posera toujours une question, dont l’essence est : « Comment est-ce que je me sors de ce pétrin ? »

Ne vous contentez pas de généralités. Déterminez le problème — la question — spécifique de vos personnages et rendez-le suffisamment clair pour que les lecteurs puissent le formuler eux-mêmes s’ils le devaient. La question de votre dilemme doit être aussi spécifique que : « Comment sortir de cette fosse aux serpents ? », « Comment obtenir le pardon de Joey pour lui avoir menti ? » ou « Où trouver l’argent pour acheter à manger ? »

3. Le plan

Une fois que vos personnages ont suffisamment analysé le problème, ils passent à la phase de planification — qui enchaînera directement sur la partie suivante de la séquence, la décision (abordée dans le prochain article). Cette phase peut être instantanée si vos personnages trouvent d’emblée le bon plan, ou s’étendre sur plusieurs chapitres. Vos personnages peuvent expérimenter plusieurs options, pour ne les rayer de la liste des possibilités que lorsqu’elles mènent à des impasses.

Extrait du livre Structurez votre roman (lien affilié Amazon)

Options pour les dilemmes de séquence

La partie dilemme est généralement simple. Il n’existe qu’une poignée de variations dans la façon dont elle peut se dérouler, même si le moment lui-même peut être dramatisé d’innombrables manières.

Votre dilemme sera présenté soit implicitement, soit explicitement :

1. Implicite

Parfois, les lecteurs comprendront suffisamment bien le dilemme pour qu’il ne soit pas nécessaire de l’expliciter. Au lieu de cela, pour garder un rythme rapide, les personnages passeront directement de la réaction à la décision, sans explication.

2. Explicite

Le plus souvent, vous voudrez prendre le temps d’étoffer le dilemme. Cela peut ne demander qu’une phrase ou deux, ou vous pouvez le dramatiser plus longuement, en utilisant l’une de ces deux approches :

a. Le résumé

Un solide passage de narration intérieure suffira souvent à permettre au personnage narrateur d’examiner les options et de les expliquer aux lecteurs.

b. La dramatisation

Certains dilemmes appelleront un examen plus détaillé. Vos personnages peuvent avoir besoin d’explorer le dilemme sur une période prolongée, soit en parlant à d’autres personnages, soit en expérimentant des solutions. Au lieu de passer les options en revue intérieurement et de rejeter celles qui ne fonctionneront pas, les personnages peuvent les jouer. Dans ce cas, ils se heurteront à une série d’impasses jusqu’à ce que la ligne de conduite appropriée (et peut-être la seule) se présente d’elle-même.

Questions à se poser sur les dilemmes de vos séquences

Ne laissez pas passer votre dilemme sans vous poser ces questions :

1. Le dilemme est-il directement influencé par la catastrophe à la fin de la scène précédente ?

2. Le dilemme peut-il être formulé en termes spécifiques (au lieu d’un simple « que faire maintenant ? ») ?

3. Le dilemme est-il clair pour les lecteurs, soit par des exemples explicites, soit par le contexte ?

4. Le temps que vous consacrez au dilemme correspond-il à son importance dans l’intrigue ?

5. Si vous avez choisi d’inclure une longue partie de retour en arrière, évite-t-elle la répétition ?

Les dilemmes de séquence en action

Comme toujours, jetons un œil à la façon dont les dilemmes de séquence se manifestent dans des livres et des films à succès.

Orgueil et Préjugés de Jane Austen : au chapitre 2, une fois que les dames Bennet ont fini de réagir à la nouvelle que M. Bennet a rendu visite au très convoité M. Bingley, la séquence enchaîne immédiatement sur leur dilemme (plutôt agréable) : comment tirer parti de la situation. Concrètement, elles doivent déterminer : « Dans combien de temps pourront-elles inviter M. Bingley à dîner ? » La partie dilemme est très brève et n’occupe qu’une phrase à la fin du chapitre.

Le premier chapitre d’Orgueil et Préjugés se termine par une exploration en une phrase du dilemme des filles Bennet : comment amener leur voisin très convoité, M. Bingley, à venir dîner. (Orgueil et Préjugés (2005), Focus Features.)

La vie est belle de Frank Capra : après que Clarence a révélé sa mission à George, pour se faire aussitôt rembarrer, son dilemme est : « Comment convaincre George que sa vie vaut la peine d’être vécue ? » Il essaie, sans grand effet, d’expliquer à George les inconvénients du suicide. Lorsque George répond en souhaitant n’être jamais né, Clarence a une nouvelle idée, qu’il « discute » avec Joseph.

Dans La vie est belle, le dilemme de l’ange Clarence est de convaincre George que sa tentative de suicide n’était pas sa meilleure option. (La vie est belle (1947), Liberty Films.)

La Stratégie Ender d’Orson Scott Card : le dilemme d’Ender est resté clair tout au long du chapitre qui suit sa confrontation fatale avec la brute Stilson. Quand il se réveille le lendemain matin, au début du chapitre 4, le dilemme atteint un point précis : « Comment éviter d’aller à l’école et d’affronter les répercussions ? » Le dilemme est énoncé dans les premières lignes du chapitre, puis étayé par l’interaction d’Ender avec sa famille dans la page de dialogue qui suit.

Dans le livre La Stratégie Ender, la séquence entière dure plusieurs chapitres. Le dilemme survient au chapitre 4, quand Ender doit affronter les conséquences de la mort de la brute Stilson. (Ender’s Game (2013), Lionsgate.)

Master and Commander : De l’autre côté du monde de Peter Weir : une fois que le navire s’est remis des effets immédiats de sa rencontre avec le corsaire français l’Acheron, le capitaine Aubrey réunit ses officiers dans sa cabine pour discuter de leurs options. La partie dilemme commence par un récapitulatif de la bataille, au cours duquel les hommes évoquent les avantages de l’Acheron et les méthodes qu’il a employées pour surprendre le Surprise. Le dilemme lui-même ressort du contexte : « Comment nous rétablir, et où aller maintenant ? »

Master and Commander : De l’autre côté du monde montre ses personnages à la table du capitaine, examinant leur dilemme : comment réagir à l’attaque du navire. (Master and Commander : De l’autre côté du monde (2003), Miramax Films.)

Une partie dilemme solide fera comprendre aux lecteurs que vos personnages sont des êtres humains réalistes et pensants. Tout aussi important, elle jettera un pont solide entre la catastrophe de la scène précédente et ce qui deviendra l’objectif de la scène suivante.

* Dans le cadre de cette série, « Scène » avec un S majuscule désigne la scène au sens général (dont la définition peut inclure la séquence). J’utilise un s minuscule et l’italique pour scène et séquence afin de désigner les deux types de Scènes.

À suivre : la semaine prochaine, nous parlerons des options pour les décisions dans une séquence.


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Structurer les scènes de votre histoire, partie 8 : Options pour les réactions dans une séquence

Au cœur de chaque séquence* se trouve la réaction du personnage narrateur à la catastrophe de la scène précédente. C’est là que vous avez l’occasion de fouiller dans les processus émotionnels et mentaux de vos personnages et de découvrir de quoi ils sont réellement faits. Alors que la scène concerne l’action externe, la séquence concerne la réaction interne. La séquence sera parfois entièrement confinée à l’esprit du personnage point de vue ; d’autres fois, elle sera dramatisée à travers l’action ou le dialogue.

Bien que la séquence possède trois parties fondamentales et incontournables, tout comme la scène, elle est beaucoup plus souple dans son exécution. Les trois parties peuvent se dérouler en une seule phrase — ou s’étendre sur plusieurs chapitres. Parfois, l’une ou l’autre de ces parties peut être seulement suggérée ; parfois, elles peuvent apparaître entremêlées aux éléments de la scène.

Parce que l’objectif/conflit/catastrophe de la scène sont une expression externe, ils sont presque toujours faciles à repérer une fois que vous savez ce que vous cherchez. Mais la séquence, en tant que traitement interne des événements, peut parfois se retrouver enfouie sous tout ce qui se passe de plus spectaculaire. Son invisibilité occasionnelle ne diminue toutefois en rien son importance. Au contraire, cette subtilité confère à la séquence une puissance accrue.

N’ayez pas peur d’ennuyer vos lecteurs avec vos séquences

Structurez votre roman, livre de K.M. Weiland
Structurez votre roman (lien affilié)

Les auteurs qui n’ont pas une compréhension complète de la structure scène/séquence craignent parfois que leurs séquences ne contiennent pas assez d’action ou de conflit pour retenir l’attention des lecteurs. C’est loin d’être le cas. Les lecteurs adorent l’action (quelle que soit sa manifestation), et les auteurs ne peuvent pas créer une histoire sans elle. Mais sans les réactions des personnages, toute cette action savoureuse manquera de contexte et, par conséquent, de sens.

Un soldat combattant dans une guerre peut être intéressant d’un point de vue intellectuel. Mais s’il n’y a pas de contexte émotionnel, les lecteurs se lassent. Par exemple, j’ai un jour lu un roman de science-fiction qui offrait une prémisse fantastique et quelques superbes scènes d’action. Il m’a accrochée dès le premier paragraphe, mais au moment où j’en étais au quart, je m’ennuyais. J’ai posé le livre et je n’y suis jamais revenue, ce que je ne fais presque jamais. Pourquoi ? Parce que tout n’était qu’action, action, action, sans aucun aperçu de la façon dont les personnages principaux réagissaient intérieurement à toute cette fusillade.

Certaines histoires mettront l’accent sur l’action ; d’autres sur la réaction. Cela dépendra de votre genre dans son ensemble et des besoins spécifiques de votre histoire. Toutes les histoires doivent contenir les deux si elles veulent divertir efficacement les lecteurs. N’ayez pas peur d’ennuyer les lecteurs en développant les réactions des personnages. Ce que vous devez vraiment craindre, c’est de les ennuyer en omettant ces réactions ! Profitez de ces occasions pour creuser au plus profond de vos personnages, comprendre comment ils fonctionnent, ce qu’ils recherchent vraiment, et comment l’action les transforme.

Extrait du livre Structurez votre roman (lien affilié Amazon)

Options pour les réactions de la séquence

Les trois parties de votre séquence se manifesteront de trois manières différentes : la réaction est émotionnelle, le dilemme est intellectuel, et la décision mènera à une action physique (par le biais de l’objectif de la scène suivante). Dès que la catastrophe de votre scène précédente survient, votre personnage éprouvera une réaction émotionnelle immédiate et instinctive.

The Emotion Thesaurus

The Emotion Thesaurus par Angela Ackerman et Becca Puglisi

Les possibilités de réactions sont aussi vastes que la gamme des émotions humaines, qui comprend toutes celles qui suivent et bien d’autres encore :

  1. L’euphorie
  2. La fureur
  3. La colère
  4. La confusion
  5. Le désespoir
  6. La panique
  7. La honte
  8. Le regret
  9. Le choc

4 façons de transmettre les réactions d’un personnage dans une séquence

Une fois que vous avez déterminé une réaction émotionnelle qui a du sens à la fois dans le contexte de la catastrophe précédente et dans la personnalité établie de votre personnage, vous devez décider de la meilleure façon de transmettre cette émotion aux lecteurs.

Vous avez quatre choix :

1. La description

Vous pouvez simplement dire aux lecteurs ce que ressent votre personnage. Ce ne sera pas toujours un bon choix, car vous obtiendrez généralement un meilleur résultat en montrant aux lecteurs ce qui se passe. Mais parfois, un simple résumé vous permettra de revenir plus vite à l’action.

2. La narration interne

La plupart des réactions contiendront au moins une part de narration interne, puisque le paysage intérieur de votre personnage est ce qui compte le plus à ce moment-là.

3. La dramatisation

Vous pouvez efficacement montrer la réaction d’un personnage à travers ses actions externes. Cela peut parfois être utilisé seul si la dramatisation est suffisamment forte en elle-même pour transmettre la réaction intérieure du personnage. Souvent, c’est particulièrement efficace lorsqu’on l’utilise en conjonction avec la description et/ou la narration interne. Par exemple, la réaction de peur de votre personnage pourrait être dramatisée par le fait qu’elle se ronge les ongles ou qu’elle tremble de manière incontrôlable.

4. La tonalité

Vous pouvez également utiliser la tonalité générale de votre histoire, à mesure que vous décrivez d’autres éléments (comme le décor, la météo, les actions des autres personnages, etc.), pour transmettre le paysage intérieur de votre personnage. Votre choix de mots influencera la perception des événements par vos lecteurs et les aidera à faire des suppositions sur les réactions internes de votre personnage.

Questions à se poser sur les réactions de votre séquence

Vérifiez les réactions de votre séquence en les analysant à l’aide des questions suivantes :

  1. La réaction du personnage est-elle directement corrélée à la catastrophe précédente ?
  2. La réaction du personnage a-t-elle du sens dans le contexte de la catastrophe précédente ?
  3. La réaction du personnage est-elle logique par rapport à sa personnalité ?
  4. Avez-vous consacré le temps approprié pour dépeindre la réaction (qu’il s’agisse d’une phrase ou de plusieurs chapitres) ?
  5. Avez-vous illustré la réaction avec le plus de force possible, à travers la narration, la description, l’action et/ou le dialogue ?
  6. Avez-vous rendu la situation claire sans ressasser inutilement des informations que les lecteurs connaissent déjà ?

Les réactions de séquence en action

Parce que les séquences peuvent souvent être relativement difficiles à extraire de l’histoire, profitons de nos livres et films classiques pour nous aider à comprendre à quoi ressemble une réaction de séquence :

Orgueil et Préjugés de Jane Austen : Dans le deuxième chapitre, après que M. Bennet a rendu visite à Netherfield Park, Mme Bennet et ses filles réagissent avec enthousiasme et curiosité. Parce que la narration d’Austen est à la troisième personne omnisciente qui n’offre jamais de narration interne, elle transmet les réactions de ses personnages presque entièrement à travers le dialogue. Les lecteurs voient effectivement ce que les personnages pensent et ressentent au sujet du dernier développement dans la poursuite de l’éligible M. Bingley.

Orgueil et Préjugés (2005)

La première scène de séquence du livre Orgueil et Préjugés montre les réactions des personnages à la présentation par M. Bennet de l’éligible célibataire M. Bingley, principalement à travers le dialogue. (Orgueil et Préjugés (2005), Focus Features.)

La Vie est belle réalisé par Frank Capra : Après que Clarence a sauvé George de se suicider en sautant lui-même dans la rivière, les personnages sont assis dans la cabine de péage, en train de se sécher. En raison de la nature visuelle du cinéma, les films transmettent presque toujours les réactions de leurs personnages par la dramatisation. La gaieté de Clarence face à son succès et l’abattement de George sont clairs à la fois par leurs attitudes physiques (Clarence est debout, s’affairant à sécher ses vêtements mouillés, tandis que George est avachi près du feu, soignant sa lèvre ensanglantée) et par le dialogue qui s’ensuit, dans lequel Clarence révèle son identité d’ange et sa mission de sauver George.

La Vie est belle (1947)

La séquence de la scène dans laquelle George « sauve » l’ange Clarence de la noyade dramatise leurs deux réactions. (La Vie est belle (1947), Liberty Films.)

La Stratégie Ender d’Orson Scott Card : La réaction émotionnelle immédiate d’Ender après avoir tué Stilson est de se réfugier au bout du couloir et de pleurer. Ses pleurs offrent une démonstration si puissante de ce qui se passe dans sa tête que Card n’a besoin que d’une seule ligne de narration interne pour compléter la réaction initiale. Tout le chapitre suivant, au cours duquel le frère d’Ender, Peter, se moque de lui pour avoir perdu son moniteur et où sa sœur Valentine tente de les calmer tous les deux, prolonge la période de réaction en utilisant diverses techniques, y compris un conflit avec Peter, pour compléter les réactions d’Ender à tous les événements importants du premier chapitre.

Ender’s Game (2013)

Le livre La Stratégie Ender étale la séquence de la scène dans laquelle Ender tue accidentellement Stilson en dramatisant la réaction d’Ender dans sa relation avec son cruel frère aîné Peter. (Ender’s Game (2013), Lionsgate.)

Master and Commander : De l’autre côté du monde réalisé par Peter Weir : Après avoir échappé à l’attaque surprise du navire ennemi Acheron, le film entre dans une séquence qui commence par le capitaine Aubrey descendant sous le pont pour discuter du « bilan des pertes » avec son ami proche, le Dr Stephen Maturin. Le film permet habilement d’exprimer sa réaction face aux morts et aux blessés, à l’attaque dans son ensemble et aux détails techniques de la bataille, dont la quasi-totalité est transmise par le dialogue.

Master and Commander (2003)

Dans la première séquence de Master and Commander : De l’autre côté du monde, le capitaine Jack Aubrey et le Dr Stephen Maturin discutent en privé de l’attaque contre leur navire et de leur évasion de justesse. (Master and Commander: The Far Side of the World (2003), Miramax Films.)

La phase de réaction de la séquence peut être l’une des parties les plus gratifiantes de toute histoire, à la fois pour le lecteur et pour l’écrivain. Ne lésinez pas sur cette section. Cherchez toujours sous la surface pour découvrir comment les événements ont affecté vos personnages et, surtout, ce que leurs réactions peuvent vous apprendre sur leur personnalité.

*Pour les besoins de cette série, « Scène » avec un S majuscule fait référence à la scène au sens général (qui peut inclure dans sa définition la séquence). J’utilise un s minuscule et l’italique pour scène et séquence afin de désigner les deux différents types de Scènes.

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Structurer les scènes de votre histoire, partie 7 : les trois éléments constitutifs de la Séquence

La séquence – la seconde moitié de la Scène – possède elle aussi trois éléments constitutifs : la réaction, le dilemme et la décision. Voici comment ils s’articulent pour faire monter, puis retomber, la tension dramatique.

La séquence* — la seconde moitié de la Scène — est parfois négligée. Pourtant, elle est tout aussi importante que la scène, car elle permet aux personnages de digérer les événements de la scène et de déterminer leur prochaine action. La séquence est le versant réaction du couple action/réaction. C’est là que se produisent les moments d’introspection, les conversations tranquilles et le développement des personnages.

Même si nous reconnaissons tous l’importance de ces éléments, certains auteurs finissent parfois par sabrer les séquences de leurs histoires, dans la croyance erronée qu’il s’agit de mauvaises Scènes simplement parce qu’elles ne contiennent aucun conflit franc. Vous connaissez sans doute l’idée reçue selon laquelle chaque Scène (que dis-je, chaque page !) doit offrir du conflit. Mais c’est, au mieux, trompeur.

Les séquences peuvent tout à fait contenir du conflit sous une forme ou une autre, mais elles sont plus susceptibles d’offrir de la tension (c’est-à-dire la menace d’un conflit). Cette distinction est importante. Un conflit franc à chaque page peut créer un rythme implacable qui épuise le lecteur et ne laisse aucune place au développement essentiel des personnages. Même les histoires les plus trépidantes doivent, à un moment ou un autre, faire une pause dans le conflit et ralentir, ne serait-ce que légèrement, pour la séquence.

Les séquences peuvent être de véritables morceaux de bravoure s’étalant sur des dizaines de pages, voire plusieurs chapitres. Elles peuvent aussi se limiter à un paragraphe ou deux de résumé. Nous y reviendrons plus en détail lorsque nous aborderons les variations sur la séquence. Pour l’instant, retenez que la séquence est tout aussi importante que la scène, plus spectaculaire en apparence, et qu’elle mérite tout autant d’attention.

(Graphique de Christine Frazier, Better Novel Project.)

Les 3 éléments constitutifs de la Séquence

Comme la scène, la séquence peut se décomposer en trois segments qui s’articulent pour faire monter, puis retomber, la tension dramatique. Chaque séquence doit comporter les éléments suivants :

Élément constitutif n° 1 : la réaction

En définitive, la réaction est la raison d’être de la séquence. C’est un temps d’introspection, un temps pour que les personnages digèrent ce qu’ils viennent de vivre dans la scène précédente, et un temps pour que l’auteur partage ces réactions avec ses lecteurs. Sans un minimum d’attention portée aux réactions, les personnages deviennent des automates sans émotion, traversant le conflit de l’histoire sans jamais répondre de façon humaine et crédible.

Par exemple : supposons que votre personnage soit ce même prisonnier de guerre qui a tenté de soudoyer un garde pour qu’il quitte son poste, avant de se retrouver jeté au cachot. C’est une catastrophe relativement importante pour clore une scène, et vous pouvez parier que votre personnage va réagir de façon marquée. Qu’il se débatte et hurle pendant qu’on le traîne vers le cachot, qu’il affiche une façade calme tout en se flagellant mentalement pour sa bêtise, ou qu’il menace le garde en retour — ses réactions sont importantes non seulement parce qu’elles font tomber le prochain domino de l’histoire, mais aussi parce qu’elles révèlent des traits essentiels de sa personnalité.

Trop souvent, les auteurs inexpérimentés escamotent inconsciemment cette partie de la séquence sans même se rendre compte qu’ils la négligent. Parce qu’ils sont eux-mêmes tellement en phase avec leurs personnages, ils s’attendent souvent à ce que les lecteurs comprennent leurs émotions et leurs réactions tout aussi facilement. Le contexte aide généralement l’auteur, mais ne lésinez pas sur la nécessité de montrer aux lecteurs ce que ressentent les personnages.

Les réactions peuvent être traitées une à une tout au long de la scène, résumées brièvement, ou développées longuement dans le récit intérieur ou le dialogue. Le choix de la manière de restituer la réaction dépendra des besoins de votre histoire. L’essentiel est de garder à l’esprit son importance en tant que puissant contrepoids à l’action dans chaque scène.

Élément constitutif n° 2 : le dilemme

Une fois que vos personnages ont achevé leurs réactions initiales — souvent tout à fait involontaires — à la catastrophe de la scène précédente, ils se retrouveront face à un dilemme. Parfois, ce dilemme sera aussi général que : « Que dois-je faire maintenant ? » Le plus souvent, il sera plus précis :

  • « Comment défaire cette catastrophe ? »
  • « Comment empêcher mon meilleur ami de découvrir la vérité ? »
  • « Comment éviter l’inspecteur de l’assiduité scolaire quand il viendra me chercher ? »
  • « Comment m’excuser auprès de ma fille avant qu’elle ne parte ? »

Par exemple : dans le cas de notre prisonnier de guerre, son dilemme pourrait être double : « Comment sortir du cachot et/ou éviter de devenir fou pendant que j’y suis ? » et « Une fois sorti, comment poursuivre mon plan d’évasion maintenant que je sais que ce garde ne peut pas être soudoyé ? »

Le dilemme est la mise en place de la scène suivante. La catastrophe à la fin de la scène précédente a créé une nouvelle série de problèmes pour les personnages. Pendant la séquence, ils vont analyser ces problèmes afin de pouvoir s’y attaquer de façon appropriée dans la scène suivante.

Souvent, le dilemme sera évident d’après le contexte. Par exemple, si notre prisonnier de guerre croupit à l’isolement, son problème est plutôt clair. Mais n’hésitez pas à énoncer le dilemme explicitement, en particulier pour votre propre bénéfice dans les premiers jets. Vous pourrez toujours le supprimer par la suite s’il enfonce des portes ouvertes pour le lecteur. Vous voulez garder vos séquences aussi ciblées et délibérées que vos scènes.

Élément constitutif n° 3 : la décision

Le dilemme mène directement à la dernière partie de la séquence — la décision. Afin de formuler un objectif pour la scène suivante, les personnages doivent trouver une solution (juste ou fausse) à leur dilemme. En substance, le dilemme est une question, et la décision en est la réponse.

C’est l’étape de la planification dans votre histoire. Les personnages reviennent de leur défaite cuisante sur le champ de bataille et retournent à la table de travail. Ils étudient des cartes, discutent des erreurs de la bataille précédente et déterminent la marche à suivre. Comparée à la bataille, ce sera une Scène tranquille, mais grâce à son importance et à son fort potentiel de « qu’est-ce qui va se passer ensuite », les lecteurs trouvent ce genre de séquences tout aussi captivant (parfois plus) que les scènes pleines de poursuites et d’action.

Par exemple : notre prisonnier de guerre capturé entrera dans sa cellule de béton, s’assiéra et se mettra à réfléchir fébrilement. Sa séquence durera probablement des jours, voire des semaines, puisqu’il ne peut pas agir tant qu’il n’est pas sorti du cachot. Il pourrait prendre et reprendre sa décision une dizaine de fois si cela sert le propos de l’histoire. Au moment où la séquence se termine et qu’il est libéré, il doit avoir arrêté sa prochaine action — que ce soit de frapper ce garde infect au visage, d’essayer de soudoyer un autre garde, ou même d’abandonner toute tentative d’évasion. Quelle que soit sa décision, elle fera le pont entre la séquence et la scène suivante et établira son nouvel objectif.

Voyez-vous à quel point vos scènes et vos séquences doivent être solidaires les unes des autres ? Elles sont liées de telle sorte qu’en éliminer ne serait-ce qu’une seule détruirait l’évolution fluide de l’intrigue. La catastrophe crée un dilemme, le dilemme force le personnage à décider de la suite, et cette décision détermine l’objectif de la scène suivante.

Extrait du livre Structurez votre roman (lien affilié Amazon)

La Séquence en action

Observons la séquence, dans son ensemble, en action dans les quatrième et cinquième chapitres d’Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Ces chapitres se déroulent juste après le bal de l’Assemblée de Meryton, où Darcy a refusé de danser avec Elizabeth, la jugeant peu désirable comme cavalière.

Réaction : discussion générale du bal par tous les personnages impliqués.

Dilemme : comment Elizabeth doit-elle répondre au rejet plein d’orgueil de Darcy ?

Décision : éviter Darcy.

Les séquences peuvent être plus difficiles à repérer et à décomposer, car elles se déroulent souvent bien plus rapidement que les scènes, et aussi parce que leurs parties sont souvent mêlées ou implicites plutôt qu’énoncées explicitement. Une fois que vous comprenez les composants d’une séquence réussie et son importance dans l’équilibre et la dynamique de votre histoire, vous êtes en bonne voie pour écrire une seconde moitié éclatante à toutes vos Scènes.

* Dans le cadre de cette série, « Scène » avec un S majuscule fera référence à la scène en général (dont la définition peut inclure la séquence). J’utiliserai un s minuscule et l’italique pour désigner scène et séquence comme les deux différents types de Scènes.

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Structurer les scènes de votre histoire, partie 3 : Options pour les objectifs dans une scène

Dans un roman comme dans un film, l’histoire dans son ensemble et chaque scène1 qui la compose commencent par un objectif. Vos personnages veulent quelque chose, quelque chose qu’ils auront du mal à accomplir. Ce qu’ils veulent définit l’intrigue à la fois au niveau macro et micro. Ce qu’ils veulent les définit et, par extension, définit le thème du livre.

Les possibilités d’objectifs pour une scène sont infinies et très spécifiques à votre histoire. Vos personnages peuvent vouloir n’importe quoi dans n’importe quelle scène, mais parmi toutes les options possibles, vous devez réduire les désirs exprimés dans une scène donnée à ceux qui feront avancer l’intrigue. Vouloir acheter des œillets roses pour la fête des mères est un objectif louable, mais si la mère de votre personnage est un personnage inexistant dans votre histoire de guerre nucléaire, cela n’aura pas sa place dans votre histoire, et certainement pas en tant qu’objectif de scène.

Les objectifs de scène sont les dominos dont je parle toujours. Chaque objectif est un pas en avant dans votre histoire. Un objectif mène à un résultat qui donne lieu à un nouvel objectif, et ainsi de suite. Bing-bing-bing — ils se font tomber les uns les autres, un domino après l’autre. Si ce n’est pas le cas — si un objectif n’a pas sa place dans l’histoire globale — la ligne de dominos s’arrêtera et l’histoire vacillera, peut-être de manière fatale.

Objectifs de l’intrigue vs objectifs de Scène

Structurez votre roman, de K.M. Weiland
Structurez votre roman, de K.M. Weiland (lien affilié)

L’objectif global de l’intrigue de votre protagoniste sera un problème qui nécessitera toute l’histoire pour être résolu. Elle peut vouloir devenir présidente, elle peut vouloir sauver sa fille kidnappée, elle peut vouloir épouser le garçon d’à côté, ou elle peut vouloir trouver la guérison et un nouveau départ après la mort de son père. Si nous décomposons cet objectif global, qui s’étend sur toute l’histoire, en petits morceaux, nous constatons qu’il est en réalité constitué d’une succession de petits objectifs.

Votre personnage ne sait peut-être même pas au départ qu’il veut prendre un nouveau départ ou épouser le garçon d’à côté (même si cela devrait être immédiatement évident pour les lecteurs, ne serait-ce que par implication). Mais dès la toute première scène, il sait qu’il veut quelque chose.

Peut-être veut-il que le chien du voisin cesse de mâcher ses pétunias. Il sait alors qu’il doit rencontrer le voisin et le convaincre d’attacher son chien. Puis elle se rend compte qu’il est incroyablement mignon. Elle sait alors qu’elle veut sortir avec lui. Elle sait alors qu’elle doit surmonter sa mauvaise première impression. Elle sait alors qu’elle doit apporter une offrande de paix. Etc., etc., etc.

Avant même de vous en rendre compte, tous ces petits objectifs de scène vous mèneront directement à l’objectif global de l’histoire.

Le facteur le plus important à garder à l’esprit lorsque vous identifiez chaque objectif de scène est sa pertinence par rapport à l’intrigue. Les intrigues secondaires peuvent offrir des opportunités pour des objectifs qui ne sont pas directement liés à votre objectif principal, qui est d’épouser le garçon d’à côté, mais elles doivent elles aussi finir par s’intégrer à l’intrigue globale d’une manière percutante ou thématiquement résonnante. Si la réalisation ou l’échec d’un objectif donné d’unescène n’affecte pas le résultat global de l’histoire, il n’est probablement pas assez pertinent.

Options pour les objectifs de Scène

Les objectifs de Scène peuvent se manifester de manière très différente. Votre personnage peut vouloir brûler un paquet de lettres, faire une sieste, se cacher dans un placard ou couler un bateau. Mais la plupart des objectifs de scène se résument à l’une des catégories suivantes.

Votre personnage va vouloir :

1. Quelque chose de concret (un objet, une personne, etc.).

2. Quelque chose d’immatériel (de l’admiration, des informations, etc.).

3. Échapper à quelque chose de physique (l’emprisonnement, la douleur, etc.).

4. Échapper à quelque chose de mental (l’inquiétude, la suspicion, la peur, etc.).

5. Échapper à quelque chose d’émotionnel (le chagrin, la dépression, etc.).

Les méthodes utilisées par votre personnage pour atteindre ces objectifs se manifesteront souvent de l’une des manières suivantes (bien que cette liste ne soit certainement pas exhaustive) :

1. Rechercher des informations.

2. Cacher des informations.

3. Se cacher soi-même.

4. Cacher quelqu’un d’autre.

5. Affronter ou attaquer quelqu’un d’autre.

6. Réparer ou détruire des objets physiques.

Objectifs partiels et généraux

Bien que les objectifs d’une scène soient toujours à court terme (par opposition à l’objectif à long terme de l’intrigue), ils ne se limitent pas toujours à une seule scène et ne sont pas toujours atteints dans une seule scène. Parfois, votre histoire exigera des objectifs généraux qui s’étendent sur plusieurs scènes. Par exemple, votre personnage peut savoir dans la scène n° 3 qu’il veut sortir avec le garçon d’à côté, mais ce n’est pas un objectif qu’il peut atteindre en une seule scène. Elle ne parviendra peut-être à atteindre cet objectif particulier qu’à la scène n° 11.

C’est là que les objectifs partiels entrent en jeu. Tout comme les objectifs de scène contribuent à l’objectif global de l’histoire, les objectifs partiels contribuent à la réalisation des objectifs généraux au sein d’une séquence de scènes, qui elles-mêmes mènent finalement à l’objectif global. Dans notre exemple, le parcours du personnage pour atteindre cet objectif global particulier peut inclure des objectifs partiels tels que croiser délibérément le garçon voisin à plusieurs reprises, obtenir son numéro de téléphone et s’excuser d’avoir crié sur son chien.

Les objectifs globaux qui nécessitent plusieurs scènes pour être atteints ne suppriment pas la nécessité d’avoir des objectifs individuels dans chaque scène intermédiaire. Mais ne vous limitez pas à l’idée que chaque scène doit être une île en soi. Chaque scène n’est qu’une petite partie d’un tout plus grand. Comme tout doit être intégral, tout ne peut qu’être intimement lié.

Questions à se poser au sujet des objectifs de votre scène

Une fois que vous avez identifié l’objectif de votre scène, arrêtez-vous et posez-vous les questions suivantes :

1. L’objectif a-t-il un sens dans l’intrigue globale ?

2. L’objectif est-il inhérent à l’intrigue globale ?

3. La complication/résolution de l’objectif mènera-t-elle à un nouvel objectif/conflit/désastre ?

4. Si l’objectif est mental ou émotionnel (par exemple, être heureux aujourd’hui), a-t-il une manifestation physique (par exemple, sourire à tout le monde) ? (Ce n’est pas toujours nécessaire, mais permettre aux personnages de montrer ouvertement leurs objectifs offre une présentation plus forte que le simple fait de raconter, via un récit interne).

5. La réussite ou l’échec de l’objectif a-t-il une incidence directe sur le narrateur de la scène ? (Si ce n’est pas le cas, le point de vue de ce personnage n’est probablement pas le bon choix.)

Exemples d’objectifs de scène

Examinons quelques objectifs de scène en pratique.

Orgueil et préjugés de Jane Austen : l’objectif de Mme Bennet dans le premier chapitre est de convaincre son mari de rendre visite à M. Bingley, qui vient d’arriver. Même si elle n’est pas le personnage principal de l’histoire, elle est l’actrice principale de cette première scène, il est donc approprié que le premier objectif lui appartienne. Le chapitre offre un merveilleux objectif d’ouverture, car il présente non seulement un objectif scénique à court terme, mais il encadre également parfaitement l’objectif global de l’histoire.

La vie est belle réalisé par Frank Capra : l’objectif de l’ange Joseph dans la première scène est de trouver un ange qu’il pourra envoyer aider George Bailey. Comme Orgueil et préjugés, le film s’ouvre d’un point de vue extérieur à celui du protagoniste, mais il présente une image instantanée et précise de l’objectif global de l’histoire (à savoir sauver George Bailey en l’aidant à comprendre que sa vie vaut la peine d’être vécue).

La stratégie Ender d’Orson Scott Card : Le livre s’ouvre sur plusieurs courtes scènes indiquant les objectifs des personnages autres que le protagoniste (utilisées, une fois encore, pour définir l’orientation générale de l’intrigue). Le premier objectif d’Ender est d’éviter les brutes et de monter dans le bus scolaire sans incident.

Master and Commander : de l’autre côté du monde réalisé par Peter Weir : L’objectif global de l’histoire et, par extension, le premier objectif individuel de la scène sont présentés dans le plan d’ouverture du film avec la révélation des ordres de Jack Aubrey de trouver et de détruire le corsaire français Acheron. Le film établit rapidement cet objectif en permettant aux spectateurs de lire directement les ordres, puis passe à la première scène où l’officier de quart scrute la mer à la recherche de toute anomalie qui pourrait s’avérer être leur proie.

Une fois que vous avez défini un objectif approprié, le reste de votre scène devrait se dérouler facilement et de manière organique. Tant que chaque scène fait partie intégrante de votre histoire et fait avancer l’intrigue, vous serez sur la bonne voie pour obtenir un roman solide et cohérent.

  1. Dans le cadre de cette série, le terme « Scène » avec un S majuscule désignera la scène en général (qui peut inclure dans sa définition la suite). J’utiliserai un s minuscule et mettrai en italique les termes scène et suite pour désigner les deux types de scènes différents. ↩︎
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Structurer les scènes de votre histoire, partie 2 : les trois éléments constitutifs d’une Scène

Tout comme l’histoire elle-même, chaque Scène1* suit une structure spécifique. En fait, l’arc narratif d’une Scène est une version miniature de la structure narrative globale du livre :

1. Début = accroche

2. Milieu = développement

3. Fin = climax

Lorsque l’on examine l’arc de cette manière, cela semble assez logique. Cependant, cela ne nous donne pas encore de conseils spécifiques sur la manière de créer ces éléments au sein de la Scène. Aujourd’hui, nous allons approfondir encore davantage cette question.

Les trois éléments constitutifs de la Scène

La scène et la suite suivent toutes deux un arc narratif en trois parties, mais les éléments sont très différents dans chacune d’elles. Aujourd’hui, nous allons examiner les trois éléments fondamentaux de la scène. Au fur et à mesure que nous avancerons dans cette série, nous examinerons certaines variations de ces trois parties de l’arc narratif de la scène, mais, d’une manière générale, vos scènes devront comporter les trois parties suivantes.

Élément constitutif n° 1 : l’objectif

C’est là que tout commence. Ce que vos personnages veulent à grande échelle est ce qui motive toute votre histoire. Ce qu’ils veulent à plus petite échelle motive votre scène. S’ils ne veulent rien, alors l’histoire n’a pas d’élan.

Pas d’objectif = pas d’élan.

Ce que vos personnages veulent dans une scène donnée sera un reflet minuscule de leurs objectifs globaux dans l’histoire et/ou une étape vers la réalisation de ces objectifs.

Par exemple : si l’objectif global d’un personnage est de s’échapper d’un camp de prisonniers de guerre, ses objectifs dans une scène pourraient être de se procurer une pelle, de soudoyer un garde pour qu’il quitte son poste ou de convaincre un camarade de l’accompagner.

Une fois que vous connaissez l’objectif de votre personnage dans une scène donnée, vous connaissez le but de la scène.

Pas d’objectif = pas d’intérêt.

Définissez les objectifs de vos personnages dès que possible dans la scène. Les lecteurs doivent comprendre les enjeux. Que tentent d’accomplir les personnages ? Pourquoi tentent-ils de l’accomplir ? Et que se passera-t-il s’ils échouent ?

Élément constitutif n° 2 : le conflit

Structurez votre roman, de K.M. Weiland
Structurez votre roman, de K.M. Weiland (lien affilié)

Une fois que vous avez défini l’objectif de votre personnage principal, votre prochaine tâche consiste à créer un obstacle qui l’empêchera d’atteindre facilement le résultat souhaité. « Pas de conflit, pas d’histoire » pourrait être reformulé de manière plus précise ainsi : « pas de conflit, pas de scène ». Le conflit est ce qui empêche le personnage d’atteindre son objectif, et donc ce qui empêche l’histoire de se terminer trop rapidement.

Le conflit constitue la partie centrale/le développement de l’arc narratif de la scène. L’essentiel de votre scène sera probablement créé par le conflit.

Par exemple : dans notre histoire de prisonniers de guerre, le conflit global pourrait consister à déjouer les plans du cruel commandant du camp et à s’échapper. Au niveau de la scène, ce conflit se manifestera de manière spécifique, par exemple en se faisant prendre en train de voler la pelle, en étant victime de chantage de la part du garde corrompu ou en se disputant avec le copain qui n’est pas sûr de l’évasion.

Quel que soit le conflit de la scène, il doit surgir de manière organique comme un obstacle à l’objectif. Une dispute fortuite avec le tyran du camp peut créer un conflit, mais si elle ne compromet pas la capacité du protagoniste à atteindre son objectif dans la scène, alors ce n’est pas le conflit spécifique de la scène que vous recherchez.

Les conflits peuvent prendre de nombreuses formes, allant d’une bagarre au couteau à une avalanche en passant par la perte d’une carte de crédit. Ils ne doivent pas nécessairement opposer deux personnes. Il ne s’agit même pas forcément d’une bagarre ou d’une dispute au sens traditionnel du terme. Tout ce qui compte, c’est qu’il empêche d’atteindre l’objectif de la scène.

Élément constitutif n° 3 : catastrophe (résultat)

Enfin, le conflit doit être résolu de manière décisive, et probablement pas en faveur du protagoniste. Le résultat de la scène prépare la scène suivante. Si tout se termine trop bien, il n’y aura pas de suite logique et l’histoire s’arrêtera là.

Certains auteurs n’aiment pas le terme « catastrophe » pour désigner le résultat de la scène, car il semble indiquer que quelque chose de terriblement horrible doit se produire à la fin de chaque scène. Si vous écrivez un thriller, cela ne pose pas de problème, mais qu’en est-il si votre histoire est une romance ou une saga littéraire tranquille ? Vous pouvez difficilement faire en sorte que des gens se fassent tirer dessus ou aient un accident de voiture à la fin de chaque scène.

C’est vrai. En fait, il est impossible de terminer chaque scène par un désastre total. Parfois, pour que l’histoire avance, le conflit doit simplement être résolu en faveur du protagoniste. (Nous en parlerons plus en détail dans notre article sur les variations de la Scène.)

Même en gardant tout cela à l’esprit, je préfère toujours mettre l’accent sur le désastre, ne serait-ce que parce que cela permet de rappeler en permanence qu’il faut maintenir les enjeux élevés et le protagoniste en déséquilibre. À ce titre, les désastres peuvent prendre de nombreuses formes différentes. Les fusillades et les accidents de voiture sont les extrêmes de l’échelle des désastres. Du côté plus modéré, on trouve des résultats défavorables tels que se faire piéger dans un pari perdant, avoir un pneu crevé en se rendant à une réunion cruciale, ou même simplement laisser fondre une boîte de bonbons de la Saint-Valentin dans un désordre collant.

La catastrophe doit découler naturellement du conflit qui l’a provoquée. Si votre héros se fait larguer par sa petite amie à la suite d’une dispute, c’est une catastrophe naturelle. S’il se dispute avec elle et se fait ensuite arrêter pour avoir traversé hors des clous, ce n’est probablement pas une issue sensée. Vous devez soit modifier la catastrophe pour l’adapter à l’objectif et au conflit, soit modifier l’objectif et le conflit afin qu’ils justifient correctement l’arrestation comme catastrophe.

Par exemple : nos scènes dans le camp de prisonniers de guerre pourraient se terminer de manière désastreuse avec le voleur de pelle qui ne parvient pas à trouver de pelle, le garde corrompu qui menace de jeter notre héros à l’isolement, ou le copain effrayé qui lance des accusations d’imprudence égoïste.

Le but, dans toute catastrophe, est que le héros se retrouve dans une situation difficile, ce qui nous mènera directement à la suite (qui sera abordée dans un prochain article).

La Scène en action

Orgueil et préjugés de Jane Austen (lien affilié)

Pour illustrer ces trois éléments de la scène, prenons l’exemple du troisième chapitre d’Orgueil et préjugés de Jane Austen :

Objectif : Elizabeth veut danser au bal et attirer l’attention des nouveaux venus de Londres.

Conflit : les femmes sont plus nombreuses que les hommes, il n’y a donc pas assez de partenaires pour tout le monde.

Catastrophe : Darcy refuse d’être le partenaire d’Elizabeth.

Une fois que vous comprenez le fonctionnement interne de cet élément essentiel de toute histoire, vous pouvez construire de manière réfléchie des scènes fortes qui non seulement porteront leur propre poids, mais soutiendront également l’histoire elle-même et créeront une intrigue qui se déroulera de manière logique et puissante du début à la fin.

  1. Dans le cadre de cette série, le mot « Scène » avec un S majuscule désignera la scène en général (ce qui peut inclure dans sa définition la suite). J’utiliserai un s minuscule et mettrai en italique les mots scène et suite pour désigner les deux types différents de Scènes. ↩︎

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Écrire un roman Structurer un roman

Structurer les scènes de votre histoire, partie 1 : maîtriser les deux parties de la structure d’une scène

Question piège : quel est l’un des éléments les plus négligés dans le puzzle d’une histoire ?

Bon, ce n’est pas vraiment un piège. C’est une question légitime qui appelle une réponse légitime, même si elle peut surprendre. Et cette réponse est : la scène.

Oui, vous avez bien entendu. La scène, cette partie intégrante, évidente et universelle de toute histoire, est également l’un des éléments les plus négligés et les moins compris dans l’art de raconter des histoires.

Tout le monde semble avoir une définition différente de la scène :

  1. Une scène est une unité d’action. (D’accord, c’est très bien, mais qu’est-ce qui en fait une unité ?)
  2. Une scène est une unité d’action qui se déroule dans un seul décor. (C’est souvent vrai, mais il existe des exceptions évidentes.)
  3. Une scène est une unité d’action qui met en scène un groupe spécifique de personnages. Lorsque ce groupe change (c’est-à-dire qu’un personnage entre ou sort), la scène se termine. (Ce n’est pas tout à fait vrai. Bien sûr, certaines scènes commencent et se terminent avec l’entrée et la sortie de personnages, mais d’autres se déroulent avec un va-et-vient constant de personnages secondaires.)
  4. Une scène est une série de paragraphes séparés des scènes environnantes par une coupure dans la page ou une série d’astérisques. (C’est la conception de base d’une scène, mais en fin de compte, il s’agit d’une distinction arbitraire qui a plus à voir avec le rythme qu’avec la structure.)

Avant d’aller plus loin, j’aimerais que vous preniez un moment pour réfléchir à votre définition d’une scène. Je parie que c’est plus difficile à quantifier que vous ne le pensez, n’est-ce pas ? Le problème avec la plupart des définitions de la scène est qu’elles sont, disons, vagues. En raison de leur imprécision, elles n’aident pas beaucoup les auteurs qui veulent comprendre cet élément fondamental de la construction d’une histoire.

Structurez votre roman, de K.M. Weiland
Structurez votre roman, de K.M. Weiland (lien affilié)

Tout au long de cette série (voir la liste complète des articles au bas de cet article), nous allons explorer quelques faits concrets. Nous allons découvrir la structure de base des scènes, les variations de cette structure et comment enchaîner les scènes les unes après les autres jusqu’à obtenir une histoire solide du début à la fin. Au fur et à mesure que nous nous plongerons dans le monde passionnant de la scène, nous aborderons la manière de structurer l’arc de chaque scène, de relier les scènes entre elles afin qu’elles s’enchaînent comme des dominos, et d’utiliser nos connaissances sur les scènes pour repérer les problèmes d’intrigue.

Les deux types de scènes

Pour commencer, je tiens à préciser que nous allons nous concentrer sur deux types de scènes différents : la scène (action) et la suite (réaction). À mon avis, « scène » et « suite » sont des termes ridicules qui ne contribuent en rien à dissiper les malentendus entourant le sujet. Cependant, comme il s’agit des termes couramment utilisés pour désigner les éléments de l’histoire dont nous allons parler, les conserver permettra d’éviter toute confusion à long terme.

Dans le cadre de cette série, le terme « Scène » avec un S majuscule désignera le segment de l’histoire qui comprend les deux parties du tout : la scène et la suite. J’utiliserai un s minuscule pour « scène » et « suite » lorsque je ferai référence aux deux sous-types différents de la Scène.

Veuillez noter que ces distinctions n’ont aucune incidence ni aucun rapport avec les changements de scène ou de chapitre. Souvent, une scène ou une suite se termine par une coupure, car elles présentent des transitions instinctives. Mais ce n’est pas une règle. Ce dont nous parlons spécifiquement dans cette série, c’est simplement l’ascension et la chute de l’action et de la réaction, qui créent les éléments dramatiques de l’histoire.

Au fur et à mesure que nous avancerons, je décomposerai les scènes et les suites en éléments plus petits afin que nous puissions analyser ce qui les fait fonctionner. Pour l’instant, examinons la situation dans son ensemble.

La scène

La scène est le lieu où se déroule le conflit (par opposition à la tension). C’est la partie action du duo dynamique action/réaction. Les scènes sont le théâtre d’événements importants. Les points de l’intrigue changent le cours de l’histoire, et les personnages agissent d’une manière qui influence tout ce qui se passe par la suite. Ce sont des moments qui occupent une place importante dans votre histoire.

La suite

La suite est un élément beaucoup plus discret, mais tout aussi important, de votre histoire. C’est dans la suite que se trouvent les réactions des personnages. Il n’y a pas beaucoup de conflits ouverts, mais la tension est palpable. Les suites permettent aux personnages et aux lecteurs de reprendre leur souffle après les événements tumultueux et captivants des scènes précédentes. Les réactions sont assimilées et les décisions sont prises afin que les personnages puissent se replonger immédiatement dans la scène suivante.


Au fur et à mesure que nous nous plongerons dans le monde passionnant de la scène, nous parlerons de la manière de structurer l’arc de chaque scène, de relier toutes les scènes et les suites afin qu’elles s’enchaînent comme des dominos, d’utiliser la connaissance des scènes pour repérer les problèmes d’intrigue, et nous nous pencherons même brièvement sur le niveau microscopique de la structure des paragraphes et des phrases au sein de la scène. Ça va être amusant, alors restez avec nous !

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Archétypes Écrire un roman

Présentation des douze antagonistes archétypaux : les Antagonistes archétypaux pour chacun des six arcs narratifs archétypaux

Les antagonistes sont un sujet intéressant pour tout écrivain. Souvent, lorsque nous concevons ou élaborons l’intrigue d’une histoire, l’antagoniste peut être une réflexion après coup, en particulier dans les fictions de genre ou « axées sur l’intrigue », dans lesquelles l’antagoniste est moins susceptible d’avoir une relation avec le protagoniste et plus susceptible d’être une sorte de « grand méchant ».

Mais à bien des égards, l’antagoniste est l’élément central de tout type d’histoire. C’est grâce à lui qu’il y a une histoire. Sans antagoniste, sans quelque chose qui s’oppose à la progression du protagoniste ou qui le pousse à évoluer en raison de la nécessité de faire évoluer ses paradigmes personnels et sociaux, il n’y a pas vraiment d’histoire, n’est-ce pas ? À tout le moins, il n’y a pas vraiment de transformation.

Il est donc tout aussi intéressant d’examiner les antagonistes archétypaux que les protagonistes archétypaux.

Au début de l’année, j’ai publié une longue série d’articles sur les arcs narratifs archétypaux. Cette série traitait de certains archétypes de changement positif, de régression ou de stagnation négative, et d’archétypes « au repos » ou plats qui ponctuent les grands cycles de transformation de la vie humaine.

Beaucoup de ces archétypes interagissent entre eux en tant qu’antagonistes les uns des autres. En particulier, les archétypes négatifs de l’ombre peuvent souvent être considérés comme les antagonistes intérieurs et extérieurs que les archétypes positifs (tels que le héros ou la reine) doivent surmonter afin de compléter leur propre arc narratif. Dans cette série, j’ai également reconnu et mentionné, sans toutefois les aborder en profondeur, certains antagonistes archétypaux plus abstraits et qui ne sont pas toujours caractérisés comme des antagonistes humains spécifiques au même titre que les « archétypes négatifs ». Au début de la publication de cette série, l’un d’entre vous m’a demandé d’explorer plus en profondeur ces forces antagonistes archétypales, une demande pour laquelle je suis très reconnaissant, car elle m’a incité à approfondir mon exploration et ma réflexion sur ce sujet intemporel des personnages et des arcs archétypaux.

Écrire des arcs de personnages archétypaux (lien affilié)

Aujourd’hui, je vais donc lancer une série relativement courte (seulement [!] sept parties) consacrée aux antagonistes archétypaux inhérents à chacun des six principaux « arcs de vie » archétypaux. Voici un rappel général de chacun de ces arcs, ainsi que des antagonistes archétypaux associés dont nous discuterons dans cette nouvelle série :

1. L’arc de la jeune fille

Antagonistes archétypaux : l’autorité et le prédateur

2. L’arc du héros

Antagonistes archétypaux : le dragon et le roi malade

3. L’arc de la reine

Antagonistes archétypaux : l’envahisseur et le trône vide

4. L’arc du roi

Antagonistes archétypaux : le cataclysme et le rebelle

5. L’arc de la vieille femme

Antagonistes archétypaux : la mort, la peste et le tentateur

6. L’arc du magicien

Antagonistes archétypaux : le mal et la faiblesse de l’humanité

Dans les prochains articles, nous examinerons chacun de ces éléments plus en détail en relation avec les arcs spécifiques. Pour aujourd’hui, je voudrais commencer par un aperçu rapide de ce que ces antagonistes archétypaux représentent globalement tout au long des arcs.

Quelle est la différence entre un antagoniste et une force antagoniste ?

L’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas approfondi les antagonistes archétypaux dans la série originale est que les antagonistes thématiques généraux de chaque arc ou parcours sont clairement des forces abstraites : le dragon, le cataclysme, la mort, le mal, etc. Bien qu’ils puissent être personnifiés ou anthropomorphisés dans certains types d’histoires (par exemple, Smaug dans Le Hobbit ou la mort dans « Le conte des trois frères » de Harry Potter), dans toute histoire « réaliste », ces forces seront symboliquement représentées soit par un simple humain, soit par un système humain, soit simplement par une abstraction qui n’est même pas nommée au-delà de la lutte intérieure du protagoniste (par exemple, le « Mal » auquel est confronté le personnage de Mage joué par Will Smith dans La Légende de Bagger Vance n’est « que » la perte de sens et de but d’un homme après avoir souffert pendant la Première Guerre mondiale).

La Légende de Bagger Vance (2000), DreamWorks Pictures.

Et c’est là qu’il devient important de faire la distinction entre un « antagoniste » et une « force antagoniste ». Pour définir simplement, l’antagoniste dans une histoire est toute personne ou toute chose qui crée systématiquement des obstacles entre le protagoniste et son objectif ultime dans l’intrigue. Bien que les antagonistes archétypaux dont nous parlerons dans cette série soient reconnus comme représentant une sorte de corruption morale, le mot « antagoniste » en soi n’indique jamais aucun type d’alignement moral. Il est possible que l’antagoniste soit la personne la plus morale de l’histoire et le protagoniste la moins morale, ce qui est souvent le cas dans les histoires avec un protagoniste à l’arc de changement négatif.

Par conséquent, l’antagoniste n’a pas besoin d’être humain ni même spécifiquement conscient. En général, le terme « antagoniste » peut être utilisé pour désigner un antagoniste humain (ou humanisé), tandis que le terme plus large « force antagoniste » peut être utilisé pour désigner une forme plus abstraite d’obstacle à la progression du protagoniste.

De plus, il est à la fois possible et courant de voir un antagoniste humain spécifique « représenter » une force antagoniste plus grande et plus abstraite. Par exemple, dans Le Seigneur des anneaux, le sorcier Saroumane est à la fois le représentant direct (parfois) de la force antagoniste supérieure de Sauron (une représentation à peine anthropomorphisée du Mal) et un antagoniste humain contre lequel les protagonistes doivent lutter.

Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi (2003), New Line Cinema.

Les « forces » antagonistes, plus encore que les antagonistes, ont tendance à être profondément thématiques. Elles peuvent même n’être rien de plus dans l’histoire qu’une représentation du mensonge auquel croit le protagoniste — et que celui-ci doit surmonter afin de poursuivre son cheminement vers la maturité. Même si un protagoniste doit finalement vaincre physiquement un antagoniste humain, cette bataille finale n’est en réalité qu’une représentation (une métaphore extériorisée) de la défaite de l’antagoniste thématique plus important. Il est donc souvent utile, voire souhaitable, de créer une histoire qui offre à la fois une force antagoniste et un antagoniste spécifique pour représenter cette force abstraite dans le conflit réel de l’intrigue.

Antagonistes intérieurs et extérieurs

Lorsque j’ai commencé à réfléchir à l’élargissement des antagonistes archétypaux, j’ai réalisé que les six principaux arcs de vie de changement positif offraient tous des exemples intrinsèquement archétypaux à la fois de la force antagoniste thématique (par exemple, le cataclysme du roi) et d’un antagoniste plus pratique basé sur l’intrigue et représenté par un ou plusieurs autres personnages (par exemple, les rebelles du roi).

Que vous choisissiez ou non de les caractériser séparément, ils vous offrent la possibilité d’examiner plus en profondeur les conflits intérieurs et extérieurs de votre protagoniste, et la manière dont vous pouvez les réunir avec cohésion et résonance. Comme vous l’avez peut-être remarqué dans ma liste d’antagonistes archétypaux ci-dessus, j’en ai ajouté quelques-uns qui n’étaient pas directement spécifiés comme tels dans la série originale. En effet, j’ai accordé une importance égale aux deux types d’antagonistes pour chaque arc archétypal.

Cependant, le choix de l’antagoniste représenté dans le conflit extérieur et celui principalement concerné par le conflit intérieur dépendra de la manière dont vous choisissez de dramatiser le thème de votre histoire. Par exemple, dans un arc de la jeune fille, son conflit intérieur peut se concentrer sur son propre sentiment intériorisé d’autorité, tandis que le prédateur est extériorisé (comme dans Jane Eyre). Il serait toutefois tout aussi valable de présenter un prédateur dévalorisant et dévorant comme sa propre critique intérieure, tandis qu’elle est confrontée à une autorité abusive ou restrictive dans l’intrigue externe (comme dans Little Dorrit).

Little Dorrit (2008), BBC / WGBH Boston.

En réalité, ce sont les deux faces d’une même médaille : l’une représente l’autre, mais au final, elles représentent toutes deux le même combat thématique. L’importance accordée à l’une plutôt qu’à l’autre dépend souvent du caractère plus interne et relationnel ou plus externe et axé sur l’action de l’histoire elle-même. Quoi qu’il en soit, votre protagoniste finira par affronter les deux, sous une forme ou une autre. Si l’antagoniste externe doit être vaincu, c’est généralement parce que le protagoniste a déjà vaincu l’antagoniste interne. Ou, si le conflit interne n’est pas vraiment abordé dans l’histoire, la destruction de l’antagoniste externe peut être considérée comme une métaphore du triomphe interne du personnage sur la force antagoniste supérieure.

Antagonistes et contagonistes

Dans le système Dramatica de théorie narrative, Chris Huntley et Melanie Anne Phillips ont inventé le terme « contagoniste » pour désigner une force opposée dans l’histoire qui n’était pas aussi directement opposée au protagoniste que l’antagoniste proprement dit. Bien que le contagoniste puisse parfois être un représentant direct de l’antagoniste ou ce que John Truby appelle un « faux allié », il peut tout aussi bien s’agir d’un personnage qui, au moins au niveau de l’intrigue (sinon au niveau thématique), est totalement séparé de la force antagoniste principale.

Le contagoniste est une sorte d’« antagoniste secondaire », qui peut être plus proche du protagoniste que le véritable antagoniste « Big Bad » et qui a donc plus d’influence sur le conflit interne du protagoniste. Le système Dramatica oppose les contagonistes au mentor (dans un rôle de personnage secondaire). Ensemble, ils agissent comme le « diable » et « l’ange » rivaux sur les épaules du protagoniste, chacun cherchant à être le personnage d’impact qui influence les choix thématiques du protagoniste et détermine si celui-ci restera dans le mensonge ou évoluera vers la vérité.

Bien que les paires d’archétypes antagonistes dont nous allons parler ne correspondent pas toujours parfaitement aux rôles d’antagoniste/contagoniste, il est utile de garder cette dynamique à l’esprit comme une autre façon d’examiner la force antagoniste thématique plus grande et plus abstraite et les antagonistes humains plus proches et plus intimes qui peuplent votre histoire.

Une fois encore, Saroumane dans Le Seigneur des anneaux en est un bon exemple, dans la mesure où il incarne un antagoniste humain spécifique qui peut être considéré comme remplissant ce rôle à travers différents archétypes, selon les personnages qui s’opposent à lui : héros, reines, vieilles femmes, mages, etc. Par exemple, il peut être vu tour à tour comme le roi malade dont le royaume est en train de mourir à cause de sa négligence et que le « héros » Frodon doit guérir, le tyran que la « reine » Aragorn doit remplacer, et le tentateur auquel la « vieille femme » Gandalf le Gris doit résister.

Le Seigneur des anneaux : La Communauté de l’anneau (2001), New Line Cinema.

Saroumane est le représentant de la force antagoniste globale représentée par Sauron, mais il agit également pour son propre compte, parfois même (secrètement) en opposition à Sauron. Sa présence dans l’histoire permet aux personnages d’affronter différentes facettes et incarnations de la force antagoniste thématique globale, ce qui n’aurait pas été possible s’ils avaient simplement affronté le grand méchant Sauron.

***

À bien des égards, comprendre l’antagoniste et/ou la force antagoniste de votre histoire est la clé non seulement de l’intrigue, mais aussi de la compréhension de la véritable signification thématique de votre histoire, qu’elle suive spécifiquement une intrigue archétypale ou non.

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