Si la première partie de votre séquence* — la réaction — s’adresse aux émotions de vos lecteurs, la seconde partie relève de l’intellect. Une fois passée la première réaction émotionnelle de vos personnages à la catastrophe de la scène précédente, ils vont devoir s’atteler à une tâche essentielle : réfléchir à ce qu’ils vont faire ensuite. La catastrophe précédente les a laissés dans de beaux draps. Elle était une déclaration catastrophique ; le dilemme, en réponse, pose une question : « Qu’est-ce que je fais maintenant ? »
On peut soutenir qu’aucun autre composant de la structure scène/séquence n’est plus important pour établir le réalisme et préserver la suspension d’incrédulité. Lorsque vous montrez les réponses intellectuelles de vos personnages et leurs cheminements de pensée tandis qu’ils envisagent de nombreuses solutions (et en rejettent la plupart), ce que vous faites en réalité, c’est convaincre les lecteurs que vos personnages sont des êtres humains pensants et, plus important encore, que votre intrigue repose sur une logique plutôt que sur des événements arbitraires.
Votre dilemme peut occuper d’une demi-phrase à plusieurs chapitres de votre histoire. Quelle que soit sa longueur, c’est l’occasion de faire vraiment transpirer les lecteurs aux côtés de vos personnages. Les lecteurs verront le pétrin dans lequel se trouvent vos personnages et, à mesure que ceux-ci passent leurs options en revue, ils comprendront aussi que les personnages n’ont peut-être pas beaucoup de bonnes portes de sortie. Manié avec habileté, un bon dilemme peut faire monter la tension, rendre les personnages plus attachants et, surtout, pousser les lecteurs à tourner les pages.
Les trois phases du dilemme

Le dilemme se compose de trois phases différentes (encore ce chiffre magique !) :
1. Le retour en arrière
Les personnages reviennent sur la catastrophe et considèrent les faux pas qui l’ont permise. Cette phase est souvent entremêlée avec la partie réaction qui la précède dans la séquence. Sa longueur dépendra largement de sa proximité avec la catastrophe et du rythme que vous souhaitez donner. Parfois, un long récapitulatif de la catastrophe peut être répétitif. Si les lecteurs viennent tout juste de vivre la catastrophe, ils n’auront guère besoin d’un compte rendu détaillé aussi tôt. En revanche, si la séquence a été séparée de la scène précédente par un chapitre ou plus (comme cela peut être le cas si un ou plusieurs points de vue alternés s’intercalent), un récapitulatif sera précieux, à la fois pour rafraîchir la mémoire des lecteurs et pour ancrer la réaction des personnages.
2. L’analyse
Une fois que vos personnages ont dépassé leurs premières réactions émotionnelles, ils vont devoir prendre une grande inspiration, enfiler leur casquette de penseur et commencer à examiner les spécificités de leur problème. Le dilemme posera toujours une question, dont l’essence est : « Comment est-ce que je me sors de ce pétrin ? »
Ne vous contentez pas de généralités. Déterminez le problème — la question — spécifique de vos personnages et rendez-le suffisamment clair pour que les lecteurs puissent le formuler eux-mêmes s’ils le devaient. La question de votre dilemme doit être aussi spécifique que : « Comment sortir de cette fosse aux serpents ? », « Comment obtenir le pardon de Joey pour lui avoir menti ? » ou « Où trouver l’argent pour acheter à manger ? »
3. Le plan
Une fois que vos personnages ont suffisamment analysé le problème, ils passent à la phase de planification — qui enchaînera directement sur la partie suivante de la séquence, la décision (abordée dans le prochain article). Cette phase peut être instantanée si vos personnages trouvent d’emblée le bon plan, ou s’étendre sur plusieurs chapitres. Vos personnages peuvent expérimenter plusieurs options, pour ne les rayer de la liste des possibilités que lorsqu’elles mènent à des impasses.

Options pour les dilemmes de séquence
La partie dilemme est généralement simple. Il n’existe qu’une poignée de variations dans la façon dont elle peut se dérouler, même si le moment lui-même peut être dramatisé d’innombrables manières.
Votre dilemme sera présenté soit implicitement, soit explicitement :
1. Implicite
Parfois, les lecteurs comprendront suffisamment bien le dilemme pour qu’il ne soit pas nécessaire de l’expliciter. Au lieu de cela, pour garder un rythme rapide, les personnages passeront directement de la réaction à la décision, sans explication.
2. Explicite
Le plus souvent, vous voudrez prendre le temps d’étoffer le dilemme. Cela peut ne demander qu’une phrase ou deux, ou vous pouvez le dramatiser plus longuement, en utilisant l’une de ces deux approches :
a. Le résumé
Un solide passage de narration intérieure suffira souvent à permettre au personnage narrateur d’examiner les options et de les expliquer aux lecteurs.
b. La dramatisation
Certains dilemmes appelleront un examen plus détaillé. Vos personnages peuvent avoir besoin d’explorer le dilemme sur une période prolongée, soit en parlant à d’autres personnages, soit en expérimentant des solutions. Au lieu de passer les options en revue intérieurement et de rejeter celles qui ne fonctionneront pas, les personnages peuvent les jouer. Dans ce cas, ils se heurteront à une série d’impasses jusqu’à ce que la ligne de conduite appropriée (et peut-être la seule) se présente d’elle-même.
Questions à se poser sur les dilemmes de vos séquences
Ne laissez pas passer votre dilemme sans vous poser ces questions :
1. Le dilemme est-il directement influencé par la catastrophe à la fin de la scène précédente ?
2. Le dilemme peut-il être formulé en termes spécifiques (au lieu d’un simple « que faire maintenant ? ») ?
3. Le dilemme est-il clair pour les lecteurs, soit par des exemples explicites, soit par le contexte ?
4. Le temps que vous consacrez au dilemme correspond-il à son importance dans l’intrigue ?
5. Si vous avez choisi d’inclure une longue partie de retour en arrière, évite-t-elle la répétition ?
Les dilemmes de séquence en action
Comme toujours, jetons un œil à la façon dont les dilemmes de séquence se manifestent dans des livres et des films à succès.
Orgueil et Préjugés de Jane Austen : au chapitre 2, une fois que les dames Bennet ont fini de réagir à la nouvelle que M. Bennet a rendu visite au très convoité M. Bingley, la séquence enchaîne immédiatement sur leur dilemme (plutôt agréable) : comment tirer parti de la situation. Concrètement, elles doivent déterminer : « Dans combien de temps pourront-elles inviter M. Bingley à dîner ? » La partie dilemme est très brève et n’occupe qu’une phrase à la fin du chapitre.

La vie est belle de Frank Capra : après que Clarence a révélé sa mission à George, pour se faire aussitôt rembarrer, son dilemme est : « Comment convaincre George que sa vie vaut la peine d’être vécue ? » Il essaie, sans grand effet, d’expliquer à George les inconvénients du suicide. Lorsque George répond en souhaitant n’être jamais né, Clarence a une nouvelle idée, qu’il « discute » avec Joseph.

La Stratégie Ender d’Orson Scott Card : le dilemme d’Ender est resté clair tout au long du chapitre qui suit sa confrontation fatale avec la brute Stilson. Quand il se réveille le lendemain matin, au début du chapitre 4, le dilemme atteint un point précis : « Comment éviter d’aller à l’école et d’affronter les répercussions ? » Le dilemme est énoncé dans les premières lignes du chapitre, puis étayé par l’interaction d’Ender avec sa famille dans la page de dialogue qui suit.

Master and Commander : De l’autre côté du monde de Peter Weir : une fois que le navire s’est remis des effets immédiats de sa rencontre avec le corsaire français l’Acheron, le capitaine Aubrey réunit ses officiers dans sa cabine pour discuter de leurs options. La partie dilemme commence par un récapitulatif de la bataille, au cours duquel les hommes évoquent les avantages de l’Acheron et les méthodes qu’il a employées pour surprendre le Surprise. Le dilemme lui-même ressort du contexte : « Comment nous rétablir, et où aller maintenant ? »

Une partie dilemme solide fera comprendre aux lecteurs que vos personnages sont des êtres humains réalistes et pensants. Tout aussi important, elle jettera un pont solide entre la catastrophe de la scène précédente et ce qui deviendra l’objectif de la scène suivante.
* Dans le cadre de cette série, « Scène » avec un S majuscule désigne la scène au sens général (dont la définition peut inclure la séquence). J’utilise un s minuscule et l’italique pour scène et séquence afin de désigner les deux types de Scènes.
À suivre : la semaine prochaine, nous parlerons des options pour les décisions dans une séquence.
📕 Pour aller plus loin : Structurez votre roman de K.M. Weiland, le livre dont est tirée cette série (lien affilié Amazon).