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Écrire un roman

Les 7 erreurs des écrivains débutants (et comment les éviter dès votre premier chapitre)

Il y a un point commun entre presque tous les écrivains débutants qui n’arrivent jamais au bout de leur roman : ce ne sont pas des questions de talent. Ce sont des erreurs. Toujours les mêmes. Des pièges dans lesquels tombent, les uns après les autres, l’immense majorité des gens qui se lancent dans l’écriture d’un premier roman.

Fred Godefroy, auteur publié depuis 1998 et formateur d’auteurs depuis 2014, les a observées des dizaines de fois dans son livre gratuit Les 7 erreurs des écrivains débutants. Ce ne sont pas des fautes de style ni des maladresses d’apprenti : ce sont des façons d’aborder le travail d’écriture qui, mécaniquement, mènent à l’abandon. La bonne nouvelle, c’est qu’elles sont identifiables, et qu’il suffit de les connaître pour ne plus les reproduire.

Ce qui rend ces erreurs particulièrement traîtres, c’est qu’elles ne ressemblent pas à des erreurs sur le moment. Elles se déguisent en bon sens, en perfectionnisme légitime, en prudence raisonnable. C’est justement pour ça qu’elles piègent autant de monde : personne ne se dit consciemment « je vais saboter mon roman ». On se dit plutôt « je préfère attendre d’avoir une meilleure idée » ou « je vais encore retravailler ce chapitre avant de l’envoyer ». Et c’est précisément cette logique, en apparence raisonnable, qui mène droit dans le mur.

Voici les 7 erreurs les plus fréquentes, et surtout, ce qu’il faut faire à la place.

Erreur n°1 : vous lancer sans préparation

Le scénario est classique : une idée surgit pendant que vous regardez la télévision, vous sentez qu’il y a quelque chose à en tirer, et pour ne pas la perdre, vous vous précipitez à votre bureau pour écrire. Vous enchaînez quelques pages, parfois une centaine, puis vous vous arrêtez net. Vous ne savez plus où aller. Quelques jours plus tard, une « nouvelle idée géniale » surgit, et le cycle recommence.

C’est ainsi que naissent les tiroirs pleins de débuts de romans inachevés.

Une histoire qui tient debout est le fruit d’un long travail de réflexion en amont. Un roman ne se construit pas comme il s’improvise : il existe trois grandes phases dans le travail d’un auteur, et la première, la préparation, est de loin la plus déterminante. Selon les romanciers, elle représente entre 50 et 80 % du temps de travail total. C’est pendant cette phase que l’on teste le potentiel dramatique d’une idée, qu’on lui cherche une fin, qu’on construit ses pivots, qu’on comprend les valeurs qu’elle porte. La plupart des idées n’y survivent pas : neuf sur dix sont abandonnées avant même d’être écrites. C’est normal, et c’est même souhaitable — mieux vaut abandonner une mauvaise idée à ce stade que de le découvrir 150 pages plus tard.

Une fois la préparation faite sérieusement, l’écriture elle-même devient beaucoup plus fluide : on a suffisamment travaillé l’univers, les personnages et l’intrigue pour ne jamais être perdu, même quand l’inspiration ajoute des éléments imprévus en cours de route.

À faire à la place : avant de vous lancer dans la rédaction, prenez le temps de tester votre idée. Cherchez sa fin. Identifiez ses pivots dramatiques. Si vous ne savez pas répondre à ces questions, ce n’est pas grave : c’est le signe qu’il faut continuer à préparer, pas à écrire.

Erreur n°2 : copier le style d’un auteur que vous admirez

« Ça ressemble à du Stephen King. » Combien d’auteurs débutants rêvent d’entendre cette phrase, sans se rendre compte qu’elle signifie en réalité l’inverse d’un compliment : elle dit qu’ils n’ont pas encore trouvé leur propre voix.

Être influencé par les auteurs qu’on aime est inévitable, et même sain. Mais il y a une différence fondamentale entre être influencé et copier consciemment un style à la mode dans l’espoir d’augmenter ses chances d’être publié. Cette stratégie ne fonctionne jamais : elle transforme l’auteur en simple imitateur, incapable d’exprimer une vision personnelle, et noyé dans la masse des textes qui ressemblent à autre chose. Un éditeur a bien plus de chances d’être séduit par une voix originale, même imparfaite, que par une pâle décalcomanie d’un best-seller existant.

À faire à la place : repérez, dans vos propres textes, les tics d’écriture qui reviennent naturellement — un certain rythme de phrase, une façon de construire les dialogues, un vocabulaire. Ne les corrigez pas pour coller à une mode. C’est précisément cette singularité qui deviendra, avec le temps, votre style.

Erreur n°3 : vouloir la perfection tout de suite

Certains auteurs passent des années à retravailler chaque phrase de leur manuscrit avant d’oser l’envoyer, persuadés qu’ils doivent atteindre une forme de perfection avant de l’affronter au jugement d’un éditeur. Le problème, c’est que la perfection n’existe pas — ce qui est parfait pour vous ne le sera jamais pour quelqu’un d’autre.

Dans les faits, un manuscrit imparfait, envoyé, a plus de valeur qu’un manuscrit parfait qui dort dans un tiroir. Ce qui compte pour un éditeur, ce n’est pas l’absence totale de fautes, mais la force de l’histoire, le style et le potentiel qu’il perçoit derrière le texte. La quête de perfection est souvent, en réalité, une excuse inconsciente pour repousser le moment de se confronter à un refus. Or il n’y a pas d’échec à recevoir un refus : c’est une étape normale du métier, y compris pour des best-sellers qui ont parfois tourné pendant des années dans les comités de lecture avant de trouver preneur.

À faire à la place : fixez-vous une limite claire — par exemple trois réécritures maximum (cohérence de l’histoire, orthographe et grammaire, détails), chacune bornée dans le temps — puis envoyez votre manuscrit. Un refus n’est presque jamais un jugement sur votre valeur d’auteur ; c’est le plus souvent une question d’adéquation avec la ligne éditoriale du moment.

Erreur n°4 : attendre d’avoir « LA » idée géniale

« J’attends d’avoir la bonne idée, celle qui va tout changer. » Cette phrase, tous les auteurs l’ont entendue, ou pire, prononcée. Elle repose sur une conception complètement fausse de la créativité : celle d’une idée géniale qui surgirait du néant, toute faite, prête à être écrite.

En réalité, neuf idées sur dix que vous aurez ne donneront jamais un bon roman. C’est vrai pour tout le monde, y compris pour les auteurs les plus expérimentés. Une idée qui a un vrai potentiel n’émerge pas de l’attente passive : elle émerge du travail. C’est en écrivant, en testant, en développant des pistes qui échouent, que l’on finit par tomber sur celle qui tient la route. Rester assis à espérer l’illumination, c’est la meilleure garantie de ne jamais rien écrire.

À faire à la place : ne cherchez pas une idée géniale, cherchez des idées, au pluriel, et notez-les toutes sans les juger. Développez-en plusieurs sur quelques pages avant de choisir. C’est le volume de travail, pas l’inspiration soudaine, qui fait émerger les bonnes histoires.

Erreur n°5 : vouloir à tout prix imposer votre vision

C’est l’erreur la plus fréquente chez les auteurs qui écrivent de la fantasy ou de la science-fiction, mais elle touche tous les genres : décrire un lieu ou un personnage sous toutes les coutures, dans le moindre détail, en pensant que cela rendra l’univers plus vivant pour le lecteur.

C’est l’inverse qui se produit. La pensée de chaque lecteur est différente : la couleur rouge que vous imaginez n’est jamais exactement celle qui apparaît dans la tête de votre lecteur, et aucune description, aussi précise soit-elle, n’y changera rien. En réalité, ce sont souvent les textes qui décrivent le moins qui laissent l’empreinte la plus forte, parce qu’ils laissent au lecteur la liberté de construire son propre imaginaire. Les auteurs qui maîtrisent le mieux leur art ne décrivent pas leurs personnages et leurs décors frontalement : ils les font exister à travers des actions, des situations, le regard d’un personnage sur un autre. C’est ce regard indirect, et non l’accumulation de détails, qui rend une scène mémorable.

À faire à la place : dans votre prochain chapitre, repérez les passages purement descriptifs qui n’apportent rien à l’intrigue ni à la tension, et coupez-les. Ne gardez une description que lorsqu’elle est vitale à la compréhension ou au suspense de la scène.

Erreur n°6 : vous arrêter à la première difficulté

Écrire un roman de 300 ou 400 pages qui tient debout de la première à la dernière ligne est un exercice d’une difficulté que sous-estiment tous ceux qui ne l’ont jamais tenté. Il est absolument normal de se heurter à des blocages : un personnage qui sonne faux, un passage qui ne dit pas ce que vous vouliez dire, un pan entier de l’intrigue qui s’effondre aux trois quarts du livre parce qu’un ressort dramatique n’est pas assez solide.

La différence entre un auteur qui termine son roman et un auteur qui l’abandonne ne se joue pas sur le talent : elle se joue sur ce qui se passe au moment de la première vraie difficulté. Beaucoup de gens s’arrêtent d’écrire à cet instant précis, en attendant une illumination qui résoudra le problème à leur place. Cette illumination ne vient jamais tant qu’on ne reste pas devant la page à chercher activement la solution — parfois pendant des semaines.

À faire à la place : quand vous butez sur un passage, ne posez pas le stylo en attendant l’inspiration. Restez devant votre texte et cherchez consciemment des solutions, même mauvaises au départ : c’est en creusant le problème par écrit, et non en s’en éloignant, qu’on finit par le résoudre.

Erreur n°7 : ne pas vous asseoir chaque jour devant votre table de travail

C’est sans doute l’erreur la plus banale, et pourtant la plus destructrice. Écrire un roman est une course de fond, pas un sprint : il faut un rythme de travail régulier, tenu sur plusieurs mois, pour arriver au bout. Céder une fois à la tentation de sauter une journée — parce qu’il y a un mariage, des courses à faire, un film à la télévision — semble anodin. Mais le mécanisme est implacable : une pause en entraîne une autre, puis une semaine, puis plusieurs semaines. Un jour, on se rend compte que cela fait un an que le manuscrit n’a pas été rouvert.

Le vrai danger n’est pas seulement le temps perdu : c’est la perte de contact avec le texte. Après une longue interruption, on a oublié une bonne partie de ce qu’on avait écrit, l’histoire semble soudain fade, et il devient presque impossible de s’y replonger avec la même énergie.

À faire à la place : fixez-vous un objectif quotidien réaliste, même modeste — une page, 250 mots — et tenez-le tous les jours, y compris les jours sans envie. La régularité compte infiniment plus que le volume d’un seul jour d’écriture.

Exercice pratique : votre auto-diagnostic en 7 points

Prenez votre projet de roman actuel, qu’il en soit au stade de l’idée ou déjà à la moitié du premier jet, et répondez honnêtement à ces sept questions :

  1. Ai-je testé mon idée avant de commencer à écrire (fin, pivots, enjeux), ou me suis-je lancé directement ?
  2. Si je devais décrire mon style en une phrase, est-ce que je le comparerais à celui d’un auteur précis, ou saurais-je le décrire avec mes propres mots ?
  3. Ai-je un manuscrit fini que je retravaille depuis des mois sans jamais l’envoyer ?
  4. Suis-je en train d’attendre une meilleure idée avant de me remettre au travail ?
  5. Dans mon dernier chapitre, combien de paragraphes sont de la pure description sans effet sur l’intrigue ?
  6. Ai-je un passage bloqué depuis plusieurs semaines que j’évite d’ouvrir ?
  7. Depuis combien de jours n’ai-je pas écrit une seule ligne ?

Si une ou plusieurs réponses vous mettent mal à l’aise, c’est normal : ce sont exactement les points sur lesquels la majorité des auteurs débutants trébuchent. Les identifier est déjà la moitié du chemin.

Ne traitez pas ces sept questions comme un jugement sur vos capacités. Traitez-les comme un diagnostic technique, au même titre qu’un sportif analyserait sa foulée ou sa respiration. Reprenez-les une fois par mois pendant que vous avancez sur votre roman : les réponses évoluent, et c’est en les suivant dans le temps que vous verrez si vous progressez réellement ou si vous retombez dans les mêmes travers.

Pour aller plus loin

Ces 7 erreurs ne sont qu’un point de départ : elles évitent les pièges les plus grossiers, mais ne suffisent pas à elles seules à construire un roman solide de bout en bout. Pour aller plus loin, vous pouvez lire l’intégralité du livre gratuit de Fred Godefroy, Les 7 erreurs des écrivains débutants, qui détaille chacune de ces erreurs avec davantage d’exemples tirés de son expérience d’auteur et de formateur.

Si vous voulez une méthode complète pour transformer votre prochaine idée en roman terminé — de la préparation à la réécriture, en passant par la structure et les personnages — la formation « Comment écrire un roman » reprend l’ensemble de la méthode pas à pas.

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By cgodefroy

Cyril Godefroy est auteur et éditeur de livres pratiques. Il est aussi le créateur de ce site, ainsi que du site autoediteur.com.