Vous avez déjà commencé un roman. Peut-être même plusieurs. Et puis, à un moment, l’élan est retombé : le fil s’est perdu, les personnages se sont mis à tourner en rond, ou tout simplement l’envie a disparu avant le mot « fin ». Ce n’est pas un problème de talent. C’est un problème de méthode.
Fred Godefroy raconte que la première fois qu’il a écrit un roman sans structure, uniquement grâce à son expérience de scénariste, ça a fonctionné « comme par miracle ». Mais depuis qu’il a découvert la préparation systématique, il ne peut plus s’en passer : c’est, selon lui, l’étape la plus créative et la plus productive de tout le processus. C’est cette expérience, croisée avec des interviews d’auteurs et des recherches sur l’art de la narration remontant aux Grecs, qui a donné naissance à la méthode IPER-V, le socle de toute la Méthode Godefroy.
L’idée centrale est simple : quel que soit le média (roman, scénario, conférence, récit oral), la façon de construire une histoire qui capte durablement l’attention repose sur les mêmes fondations. Seule la forme change, jamais le fond. Comme le dit Fred Godefroy avec l’image du cuisinier qui passe de la cuisine française à la cuisine espagnole : les casseroles et les poêles restent les mêmes, seuls la présentation et le goût final changent.
Une structure vieille de 3 000 ans
Fred Godefroy fait remonter les fondations de l’IPER-V aux Grecs anciens, qui ont passé près de mille ans à travailler l’art de la rhétorique et de la narration au sein de l’Empire hellénistique. Depuis que l’homme parle, il raconte des histoires — que ce soit un chasseur-cueilleur autour du feu ou un collègue devant la machine à café. Ce qui distingue une histoire captivante d’une histoire qui fait fuir n’a jamais été une question de sujet, mais de structure : certains savent organiser la moindre anecdote de leur journée en récit, d’autres s’attardent sur des détails qui n’intéressent personne.
Ce socle narratif se retrouve, selon lui, dans toutes les cultures du monde, quelle que soit leur origine historique : il y a toujours un protagoniste et un antagoniste, un début, un milieu et une fin, un enjeu difficile à atteindre, des épreuves, des pivots dramatiques, et un parcours qui transforme le protagoniste. Ce qui change d’une culture à l’autre, ce n’est pas cette architecture mais la philosophie qu’on y injecte : en Occident, et particulièrement aux États-Unis, le protagoniste l’emporte presque toujours ; dans la tradition russe, à l’inverse, le héros perd fréquemment quelque chose, et c’est cette perte qui le fait grandir. La mécanique reste la même — c’est elle que synthétise l’IPER-V.
Ce que veut dire IPER-V
IPER-V est un acronyme qui désigne les cinq étapes par lesquelles passe, sans exception, tout auteur qui va au bout d’un roman :
- Idée
- Préparation
- Écriture
- Réécriture
- Vente
Chacune de ces étapes mobilise une ressource différente du cerveau : la phase des idées est purement créative, la préparation mélange analyse et créativité, l’écriture demande de l’immersion, la réécriture ramène à un mode analytique, et la vente relève de considérations très pratiques (mise en forme, normes éditoriales). C’est en partie pour cette raison que les étapes ne peuvent pas se mélanger sans dommage, un point sur lequel on reviendra plus loin.
À chaque étape est associé un pourcentage, qui correspond à une estimation du temps de travail total consacré à un roman. Si l’on prend l’exemple d’un roman écrit en dix mois, voici comment ce temps se répartit.
Idée (10 % du temps de travail)
Tout commence, logiquement, par une idée. Pas d’idée, pas de roman. Mais l’erreur classique du débutant est de se jeter sur la première idée venue, sans jamais tester son potentiel dramatique. Fred Godefroy est catégorique : un auteur qui se lance « la fleur au fusil » sur une idée non travaillée ne dépasse en général pas la centaine de pages.
La bonne pratique consiste à produire des idées en continu, bien au-delà des besoins immédiats. Un écrivain bien formé note plusieurs dizaines d’idées par jour dans un carnet toujours à portée de main, sans se soucier de savoir si elles serviront un jour. La plupart finiront à la poubelle, mais certaines deviendront la graine d’un roman entier, ou simplement d’une scène.
Sur les dix mois de l’exemple, cette phase représente environ un mois : le temps de chercher, de trouver, puis de « malaxer » son idée jusqu’à être certain que c’est la bonne, avant de passer à l’étape suivante.
Ces pourcentages ne sont pas sortis d’un chapeau : Fred Godefroy les a établis à partir de nombreuses interviews d’auteurs, croisées avec sa propre expérience. Il cite notamment l’exemple de l’auteur Romain Godest, qui applique des proportions légèrement différentes des siennes — preuve que le détail du minutage varie d’un écrivain à l’autre — mais chez qui l’on retrouve, dans le même ordre, les cinq étapes de l’IPER-V.
Préparation (40 % du temps de travail)
C’est, de loin, l’étape la plus lourde en volume horaire, et Fred Godefroy la qualifie d’étape la plus cruciale, la plus vitale de tout le processus. Sur un roman de dix mois, elle occupe environ quatre mois entiers.
Durant cette phase, l’auteur structure son histoire de A à Z : il connaît chaque moment clé, développe les pivots dramatiques, sait comment commence et comment finit chaque chapitre, et a en tête chaque lieu de son histoire comme s’il en était le guide touristique. Le bénéfice concret est immense : une fois cette préparation faite, on peut écrire son roman dans le désordre sans jamais s’y perdre, ajouter ou retirer une séquence sans perdre le fil rouge qui relie l’ensemble.
Le vécu de la préparation n’a rien d’un long fleuve tranquille — Fred Godefroy parle sans détour de nuits blanches. Mais c’est ce travail en amont qui rend possible tout ce qui suit, et notamment le plaisir de la phase suivante.
Écriture (25 % du temps de travail)
Sur un roman de dix mois, l’écriture pure occupe environ deux mois et demi. C’est l’étape que l’auteur attend depuis le début : après cinq mois passés sur l’idée et la préparation, il n’a plus qu’une hâte, se mettre au clavier.
Si la préparation a été faite sérieusement, cette phase devient, selon Fred Godefroy, l’instant le plus ludique de tout le travail d’écriture. Le syndrome de la page blanche n’a plus lieu d’être : l’auteur sait où il va, sait ce qu’il veut produire comme effet sur son lecteur, connaît le début et la fin de son histoire. Tout ce travail de structuration en amont libère, paradoxalement, une grande liberté créative au moment de rédiger.
Réécriture (20 % du temps de travail)
La première version (V1) du manuscrit est prête, mais le travail est loin d’être terminé. Sur les dix mois de référence, la réécriture occupe environ deux mois : il faut tailler dans le gras, enlever des passages entiers inutiles, affiner les détails, vérifier la cohérence de l’histoire, corriger les fautes, traquer les répétitions.
Fred Godefroy ne cache pas que c’est, pour lui comme pour beaucoup d’auteurs, l’étape la plus ingrate de toutes — au point qu’à un certain stade, on ne supporte plus de revoir son propre texte. C’est pourtant à l’issue de cette phase, après plusieurs versions, que naît le manuscrit final, avec ce mélange caractéristique de soulagement, de fierté et de vide un peu étrange qui suit la dernière relecture.
Vente (5 % du temps de travail)
Dernière étape, la plus courte : dix à quinze jours de travail. Elle consiste à mettre en forme le manuscrit selon les préconisations de chaque éditeur ciblé (format papier ou numérique, marges, police, interligne), avant de l’envoyer et d’attendre — parfois plusieurs mois — la réponse des filtres éditoriaux.
Un conseil revient souvent chez Fred Godefroy sur cette étape : ne jamais attendre la réponse des éditeurs pour se remettre au travail. Il rapporte le conseil que lui avait donné sa première éditrice, qu’il a lui-même vérifié à ses dépens : il faut avoir le deuxième roman écrit avant même que le premier ne sorte en librairie. Sans quoi l’excitation des premières dédicaces et interviews peut geler durablement l’écriture suivante.
Pourquoi ne jamais mélanger deux romans au même stade
C’est ici qu’intervient ce que la formation « Comment écrire un roman » appelle la règle d’or numéro un : il faut travailler sur plusieurs projets en même temps, mais aucun de ces projets ne doit se trouver à la même étape de l’IPER-V qu’un autre.
Concrètement, avoir deux romans au stade de l’écriture ou de la réécriture simultanément est une mauvaise idée : on s’y empêtre. En revanche, rien n’empêche d’avoir un roman en préparation, un second en écriture, un troisième en réécriture, et un quatrième en cours de vente auprès des éditeurs. Cette règle repose sur trois raisons précises.
La première tient à la créativité elle-même : une idée en entraîne toujours une autre, qui n’a pas forcément de rapport avec le projet en cours mais qui peut nourrir un autre chantier. Sans projet parallèle pour l’accueillir, cette idée se perd purement et simplement. Plus on a de projets ouverts à des stades différents, plus la créativité globale augmente.
La deuxième raison est que chaque étape de l’IPER-V mobilise une ressource mentale distincte, comme on l’a vu plus haut : créativité pure pour les idées, mélange d’analyse et de créativité pour la préparation, immersion pour l’écriture, pensée analytique pour la réécriture, sens pratique pour la vente. Avoir un projet par étape permet, en quelque sorte, de faire tourner ces différentes ressources en parallèle plutôt que de les épuiser une par une sur un unique texte.
La troisième raison est plus pragmatique : beaucoup de projets sont abandonnés en cours de route, pour toutes sortes de bonnes ou mauvaises raisons. Multiplier les chantiers à des stades différents multiplie aussi les chances qu’au moins l’un d’entre eux aille au bout.
Exercice pratique : vivre l’IPER-V en une semaine
Pour ressentir de l’intérieur ce que représente un cycle IPER-V complet, sans attendre dix mois, voici un exercice directement inspiré de celui proposé en ouverture de la formation de Fred Godefroy.
Sur une semaine, en parallèle de la recherche du high concept de votre futur roman, écrivez une nouvelle de quatre à huit pages en suivant ce calendrier :
- Mardi : recherche du high concept de la nouvelle.
- Mercredi et jeudi : préparation (structurer le début, le milieu, la fin).
- Vendredi et samedi : écriture de la nouvelle.
- Dimanche : réécriture, mise en forme, puis envoi ou archivage avant 19 heures.
L’intérêt de cet exercice n’est pas la nouvelle elle-même, mais l’expérience physique du cycle complet : en une semaine, vous traversez dans l’ordre les quatre premières étapes de l’IPER-V (l’étape « vente » n’a ici pas lieu d’être, la nouvelle n’étant pas destinée à un éditeur), à une échelle suffisamment courte pour observer où vous bloquez, où vous accélérez, et quelle étape vous demande le plus d’efforts. Pendant ce temps, votre projet de roman à succès continue d’avancer en parallèle, au stade de la recherche du high concept — exactement l’articulation à plusieurs vitesses que décrit la règle d’or numéro un.
Une méthode à s’approprier, pas un carcan
Fred Godefroy insiste sur un point : la France est probablement le seul pays au monde où l’on croit encore qu’on naît écrivain, par talent inné, sans que la technique compte. Sa position est nuancée mais ferme : de rares personnes naissent avec le talent et la technique à la fois, mais l’écriture s’apprend, comme n’importe quel métier artistique, et la maîtrise de la technique peut compenser un manque de talent — jamais l’inverse.
L’IPER-V n’est donc pas présentée comme un carcan rigide mais comme un socle à tester au moins une fois, jusqu’au premier manuscrit terminé, avant de l’adapter à sa propre personnalité, à son rythme, à ses horaires de travail. Certains auteurs préféreront un seul carnet pour les idées et la préparation, d’autres découvriront une variante personnelle pour construire leur high concept. L’essentiel est d’appliquer la méthode sans la juger a priori, puis de la faire sienne avec l’expérience.
Pour aller plus loin
La méthode IPER-V dans son intégralité — avec le détail de chaque étape, des dizaines d’exemples et les outils qui l’accompagnent — est développée dans le livre Comment écrire des romans à succès de Fred Godefroy.
Si vous voulez appliquer la méthode pas à pas, avec l’accompagnement vidéo complet, les exercices semaine après semaine et les échanges avec la communauté d’auteurs, la formation Comment écrire un roman reprend l’intégralité du parcours, à commencer par cette fameuse règle d’or numéro un.