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Structurer un roman

Structurer les scènes de votre histoire, partie 11 : Variations sur la Séquence

Les séquences*, plus encore que les scènes, offrent toutes sortes de souplesses dans la structure d’une scène. C’est en grande partie cette souplesse qui rend les séquences difficiles à quantifier dans les histoires. Contrairement à la scène, les séquences peuvent être si discrètes qu’elles se fondent dans le décor. Cela conduit parfois les auteurs à croire que les séquences sont moins importantes que les scènes, mais leur souplesse n’enlève rien à leur nécessité. Pour chaque scène, il doit y avoir une séquence, même si elle n’est pas immédiatement identifiable.

Pour vous aider à mesurer tout le potentiel de la séquence, examinons quelques-unes de ses variations les plus courantes.

3 variations sur la réaction de la séquence

1. La réaction est « continue »

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Vous constaterez peut-être qu’il vous faut laisser vos personnages réagir aux événements à mesure qu’ils surviennent, plutôt que d’un seul bloc après la scène. Dans une certaine mesure, les personnages réagissent toujours tout au long d’une scène. Si un personnage jette son verre de lait au visage d’un autre, il serait absurde que la seconde diffère sa réaction. Ne serait-ce que par son discours intérieur, elle fera comprendre aux lecteurs ce qu’elle a pensé de ce soin du visage au lait d’annesse non sollicité. Au moment où vous arrivez à la séquence proprement dite, vous avez peut-être déjà livré aux lecteurs la réaction initiale du personnage. Vous pouvez choisir de développer cette réaction, ou décider que vous l’avez suffisamment traitée et passer directement au dilemme qui suit.

2. La réaction est différée

Si les personnages doivent surmonter leur dilemme par une décision prise en une fraction de seconde, vous n’aurez sans doute pas le temps d’explorer leurs réactions en profondeur dans l’instant. Imaginons qu’un personnage soit confronté à une catastrophe qui met sa vie en jeu. Le méchant l’a poussé du haut d’une falaise et il est suspendu du bout des ongles à une racine chétive. Le laisser pendre là pendant que vous consacrez deux pages à sa terreur, à son désespoir et à son agacement général face au manque de considération du méchant va stopper net votre histoire (sans parler du fait que cela laisse à la racine tout le temps de céder). Réalistement, votre personnage doit réagir au dilemme et arrêter une ligne de conduite en quelques secondes. Aucun problème avec cela, mais vous voudrez ensuite revenir à ce moment plus tard, dans un cadre plus calme, pour consigner la réaction de votre personnage.

3. La réaction inclut un retour en arrière

Le caractère méditatif du retour en arrière (flashback) fait qu’il sera bien plus à sa place dans la séquence que dans la scène. Le retour en arrière lui-même, selon sa longueur, peut adopter la structure d’une scène (objectif, conflit, catastrophe) ; mais parce qu’il s’agit du souvenir de quelque chose qui s’est produit auparavant, il trouvera généralement sa meilleure place dans l’introspection de la phase de réaction de la séquence.

1 variation sur le dilemme et la décision de la séquence

1. La décision se révèle être une impasse

La séquence peut inclure des « demi-scènes », dans lesquelles les personnages prennent une décision et mettent l’objectif en œuvre, pour ne finalement aboutir à rien. Si vous développez ce passage, l’objectif sans issue peut prendre la forme d’une catastrophe de scène. Mais si vous choisissez de le résumer, il peut servir à allonger la section dilemme/décision. Une fois remis de cette décision sans issue, les personnages arrêteront un nouvel objectif et la scènesuivante pourra se dérouler.

5 variations sur la séquence dans son ensemble

1. La séquence peut se dérouler en quelques secondes

Si l’objectif initial de vos personnages est contrarié par une catastrophe, il se peut qu’ils doivent réagir immédiatement, prendre la mesure du dilemme, prendre une nouvelle décision et mettre aussitôt en œuvre le nouvel objectif. Lorsque la séquence tout entière se déroule sur un laps de temps aussi court, vous n’aurez aucun besoin de vous attarder sur chacun de ses éléments. Assurez-vous que la réaction, le dilemme et la décision sont clairs, explicitement ou par le contexte, puis passez à la suite.

2. La séquence peut tenir en une demi-phrase ou en plusieurs chapitres

La longueur de votre séquence commandera le rythme de votre histoire. Des séquences plus longues ralentiront le rythme et renforceront la vraisemblance. Elles peuvent s’étendre sur plusieurs chapitres, si nécessaire. Des séquencesplus courtes maintiendront l’action des scènes en mouvement et permettront à l’histoire d’avancer plus vite. Si l’enchaînement logique des événements l’exige, ou si vous cherchez simplement à accélérer le rythme, vous pouvez réduire la séquence à une phrase ou deux.

3. Les sections de la séquence peuvent être disproportionnées

Bien que cette série ait accordé la même importance aux trois parties de la séquence afin de nous permettre de les étudier en détail, la réaction, le dilemme et la décision n’auront pas toujours le même poids. Parfois, vous voudrez passer plus de temps sur la réaction, parfois davantage sur le dilemme. Certains dilemmes et certaines décisions ressortiront si clairement du contexte que vous n’aurez même pas besoin de les mentionner explicitement. Ce qui compte, c’est que les trois sections soient là, même si vous ne les développez pas dans le texte.

4. Les sections de la séquence peuvent apparaître dans le désordre

Ce n’est pas une chose que vous voudrez faire très souvent, mais vous pouvez bousculer l’ordre de la séquence si besoin. La logique peut parfois vous imposer de différer la réaction jusqu’après que les personnages ont affronté le dilemme. Par exemple, si un éléphant écrase le pied de votre personnage, elle va probablement agir avant de pouvoir mettre sa réaction en mots dans sa tête. Vous incluez toujours tous les éléments dans la même section (contrairement à la variation évoquée plus haut, où la réaction est déplacée dans une section entièrement nouvelle) ; vous vous contentez de les réagencer.

5. La séquence est interrompue par une nouvelle scène

Votre personnage est peut-être rentré à la base après une bataille désastreuse. Il est peut-être en pleine phase de réaction — il pleure ses camarades tombés — et s’apprête à affronter le dilemme consistant à découvrir quel sale traître a divulgué le plan de bataille lorsque, surprise !, les ennemis lancent un assaut sur la base. Votre personnage se retrouve soudain avec de nouvelles priorités et de nouveaux objectifs. Vos raisons d’agir ainsi peuvent être de repousser le dilemme du traître, d’accélérer le rythme et d’augmenter les enjeux, ou même de garder les lecteurs légèrement déstabilisés.

Une fois que vous maîtrisez solidement les éléments de la séquence, vous êtes libre de jouer avec autant que vous le souhaitez. Mélangez-les, interrompez-les par de nouvelles scènes, comprimez-les ou étirez-les — tout ce dont votre histoire a besoin. La seule exigence incontournable, c’est que vous connaissiez la réaction, le dilemme et la décision de votre personnage dans chaque séquence, et que vous rendiez ces éléments clairs pour les lecteurs, explicitement ou par implication.


Et voilà ! Vous connaissez désormais les deux parties de la Scène et les trois éléments qui composent chacune d’elles : l’objectif, le conflit et la catastrophe de la scène, et la réaction, le dilemme et la décision de la séquence. Vous avez appris à assembler ces éléments en une Scène solide, qui à son tour donnera une histoire solide. Vous avez découvert les variations qui vous permettront de modeler vos Scènes selon les exigences propres à votre histoire. Et, ce faisant, vous avez acquis une compréhension plus profonde de ce qui fait fonctionner une histoire sur le plan technique. Bienvenue dans le vaste monde nouveau de la structure de Scène consciente !

La suite : la semaine prochaine, je conclurai la série par un article répondant aux questions fréquentes sur la structure de la Scène.


Dans cette série, « Scène » avec un S majuscule désigne la scène au sens général (ce qui peut inclure la séquence). J’emploie un s minuscule et l’italique — scène et séquence — pour désigner les deux types de Scènes.

K.M. Weiland est l’autrice primée et internationalement publiée de guides d’écriture reconnus, parmi lesquels Préparez votre romanStructurez votre roman et Construire des arcs narratifs de personnages. Originaire de l’ouest du Nebraska, elle écrit des romans historiques et de fantasy et accompagne les auteurs sur son site Helping Writers Become Authors.

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By K.M. Weiland

K.M. Weiland est romancière, a écrit plusieurs romans et des livres pratiques sur le métier d’écrivain et l’art de la narration. Son site helpingwritersbecomeauthors.com a reçu plusieurs récompenses, et ses livres Préparez votre roman, Structurez votre roman, Créez des arcs narratifs, Comment structurer les scènes dans vos histoires font partie des livres recommandés aux auteurs qui veulent améliorer la maîtrise de leur discipline.