Categories
Écrire un roman

Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 3 : une mauvaise relation de cause à effet

En tant que créateurs de mondes fictifs, les auteurs bénéficient d’un certain nombre d’informations privilégiées. Nous savons presque toujours ce qui va arriver aux personnages avant que l’événement ne se produise réellement. Nous comprenons la relation de cause à effet de façon intuitive. Les lecteurs et le personnage principal n’ont peut-être pas vu venir ce crochet du gauche de l’antagoniste, mais nous, les auteurs, nous avons vu le méchant s’approcher subrepticement du protagoniste bien avant que ses actes ne se manifestent sur la page.

L’effet d’une relation de cause à effet embrouillée

À cause de ces informations privilégiées, il est bien trop facile de dérouter les lecteurs en montrant l’effet d’une action avant d’en montrer la cause. Prenez l’exemple suivant :

Cora ouvrit la fenêtre pour crier après son fils. Il se tenait à côté de la bouche d’incendie, de l’autre côté de la rue, alors qu’elle lui avait répété un million de fois de rester dans le jardin.

Au début de ce paragraphe, les lecteurs n’ont aucune idée de la raison pour laquelle Cora crie. Ils ne savent pas que son fils se trouve de l’autre côté de la rue, pas plus qu’ils ne savent que Cora lui avait ordonné de rester dans le jardin. Voici un exemple encore plus subtil de cette inversion :

Cora sursauta et fit volte-face lorsque la bouche d’incendie explosa.

Les lecteurs voient Cora sursauter, mais ils n’ont aucune idée du pourquoi.

Pourquoi une mauvaise relation de cause à effet est-elle un problème ?

À première vue, cela peut sembler un détail insignifiant. Après tout, les lecteurs n’ont qu’à lire jusqu’à la fin de la phrase pour découvrir pourquoi Cora a réagi ainsi. Mais en inversant les événements, même brièvement, vous leur bouchez la vue sur votre histoire.

Dans son article « 3 Secrets to Great Storytelling » (Writer’s Digest, janvier 2011), l’auteur de thrillers Steven James explique :

En tant qu’auteur de fiction, vous voulez que votre lecteur soit toujours émotionnellement présent dans l’histoire. Mais lorsque les lecteurs sont contraints de deviner pourquoi quelque chose s’est produit (ou ne s’est pas produit), ne serait-ce qu’une fraction de seconde, cela les amène à décrocher intellectuellement et les éloigne de l’histoire. Au lieu de rester présents aux côtés des personnages, ils commencent à analyser ou à remettre en question la progression de l’intrigue. Et ce n’est vraiment pas ce que vous voulez.

Souvent, les écrivains montrent l’effet avant la cause par simple négligence. Parce que nous, nous savons ce qui s’est passé, cette rupture de la linéarité ne nous pose aucun problème de compréhension.

Ne confondez pas mauvaise relation de cause à effet et « création de suspense »

Certains auteurs vont plus loin en inversant délibérément la cause et l’effet, dans une tentative malavisée de créer du suspense :

Elliot regardait, sous le choc. C’était impossible. S’il avait su, il aurait peut-être pu l’empêcher. Le cœur battant, il se laissa tomber sur le trottoir. Devant lui, des voitures de police entouraient la Camry défoncée de son frère.

Cette technique ne fonctionne que dans une poignée de cas rares (les débuts de chapitre en font parfois partie). Le plus souvent, le résultat est la frustration du lecteur, qui vous en veut de refuser de partager les informations que les personnages reçoivent au moment où ils les reçoivent.

Si vous parvenez à renforcer votre récit en montrant une progression logique de la cause vers l’effet, vous obtiendrez une prose plus dense, des réactions de personnages plus honnêtes et des lecteurs plus impliqués.

Et comment corriger ces exemples ?

Interrogée en commentaire, K.M. Weiland propose ces réécritures (parmi bien d’autres possibles) :

  • Exemple n° 1 : Cora regarda par la fenêtre et vit son fils debout à côté de la bouche d’incendie, de l’autre côté de la rue. Elle ouvrit la fenêtre et cria : « Je ne t’ai pas répété un million de fois de rester dans le jardin ? »
  • Exemple n° 2 : La bouche d’incendie explosa, et Cora sursauta et fit volte-face.
  • Exemple n° 3 : En tournant au coin de la rue, Elliot vit la Camry défoncée de son frère entourée de voitures de police. Il regardait, sous le choc. C’était impossible. S’il avait su, il aurait peut-être pu l’empêcher. Le cœur battant, il se laissa tomber sur le trottoir.

Pour aller plus loin

Structurez votre roman — la structure de la Scène et de la Séquence repose entièrement sur un enchaînement rigoureux de cause à effet.

Les 5 secrets de la structure du récit