Un seul mot mal choisi peut suffire à donner au lecteur une perception complètement différente — et, du point de vue de l’auteur, fausse — d’un personnage.
Même si nous voyons souvent nos personnages avec une netteté éclatante, dans les moindres détails, nous avons parfois du mal à partager ces détails avec nos lecteurs. Nous voulons que nos lecteurs voient nos personnages comme vulnérables mais forts, imparfaits mais courageux, hantés mais intelligents. Nous voulons qu’ils les voient sous tous les angles, afin d’y découvrir un merveilleux mélange humain de bon et de mauvais, de force et de faiblesse, de perfection et d’imperfection.
Deux obstacles possibles à des personnages équilibrés
Jusqu’ici, tout va bien. Mais peu d’auteurs parviennent à cet équilibre du premier coup, dès l’instant où ils lâchent dans l’arène le cheval sauvage de leur histoire. Il nous arrive de charger accidentellement un plateau de la balance plus que l’autre — et de donner ainsi au lecteur une perception biaisée de nos personnages.
Supposons que votre personnage soit un homme ordinaire, un monsieur Tout-le-monde — appelons-le Joe —, inspecteur dévoué à son métier, mais qui a du mal à concilier les réalités difficiles de son travail — en particulier une mission ratée au cours de laquelle il a été blessé par balle et son coéquipier tué — avec les exigences de la vie de famille.
Vous, en tant qu’auteur, savez que Joe est un type très réaliste et attachant. Il est parfois héroïque, mais parfois aussi effrayé. Pour chaque jour où il est triste de la mort de son coéquipier, il y a un jour où il est plein d’espoir pour l’avenir de son fils. Il lui arrive d’en vouloir à sa femme, incapable de comprendre le stress de son métier, mais il sait aussi qu’il lui revient d’être présent pour sa famille.
Déséquilibre possible n° 1 : des personnages trop beaux pour être vrais
Il y a bien des façons d’écrire Joe. À un extrême, en cherchant à montrer son côté héroïque et consciencieux, vous risquez de laisser de côté les détails les plus faibles, les moins sympathiques de sa personnalité — et d’obtenir une version peu attachante, voire risible :
Joe faisait passer le bien de la ville avant tout le reste — toujours. Il était comme ça. Il ne se plaignait jamais, parce qu’il savait qu’il n’avait pas à se plaindre. Il attraperait les méchants, sauverait le monde, et serait rentré à temps pour coucher les enfants.
Déséquilibre possible n° 2 : des personnages trop mauvais pour être supportables
À l’inverse, vous pourriez craindre que Joe paraisse trop beau pour être vrai et décider de mettre l’accent sur ses problèmes afin de le rendre plus attachant. Excellente intention. Mais prenez garde à ne pas le faire passer d’attachant à pitoyable.
Nous voulons présenter les défauts de notre personnage, mais si nous nous y attardons trop, nous obtenons un personnage qui hurle : « oh pitié, oh pitié, que tout le monde s’apitoie sur mon pauvre petit sort ! » Si nous décidions de coiffer nos chapeaux de fête et de lancer des confettis en l’honneur de Joe, la célébration pourrait ressembler à ceci :
Joe sirotait le cinquième café de la journée, avec les beignets qui allaient avec. C’était dur, d’être détective privé — et il le savait mieux que personne. Ou peut-être était-ce simplement qu’il n’était pas à la hauteur. Il était un piètre détective. Pi-to-ya-ble. N’avait-il pas déjà avoué à tout le monde qu’il était responsable de la mort de son coéquipier ? Tant qu’il y était, il devrait sans doute avouer aussi qu’il était un piètre père. Bien sûr, inutile de le dire à sa femme. Elle le savait déjà.
Si vous utilisiez ce paragraphe pour présenter un personnage gravement déprimé, toutes ces jérémiades intérieures ne seraient pas forcément une mauvaise chose. Mais ce que ce paragraphe ne fait pas, c’est nous donner un personnage équilibré. Ce n’est plus un homme ordinaire qui lutte pour être le meilleur possible en dépit des circonstances. C’est un homme qui pleure à chaudes larmes dans son café.
Quand vous écrivez votre histoire, et plus encore quand vous la révisez, soyez attentif à l’équilibre qui se dégage de votre personnage à travers les détails que vous présentez — en particulier ceux de son discours intérieur. L’équilibre, cela veut dire présenter autant de bon que de mauvais chez le personnage. Les lecteurs aiment les personnages qui ont des problèmes (oui, même le détective larmoyant à l’occasion), mais ils aiment aussi les personnages qui se relèvent après être tombés, au lieu de rester étendus sur le tapis, les yeux révulsés.
Pour approfondir cet équilibre entre qualités et défauts, voyez aussi : La sympathie envers les personnages est surfaite et Ce que Dickens peut nous apprendre sur les personnages complexes. Pour creuser la part d’ombre de votre personnage, voyez Créer des arcs de personnages, partie 4 : le fantôme de votre personnage.
Retrouvez tous les articles de la série : Les erreurs d’écriture les plus courantes.
Article original de K.M. Weiland : Most Common Writing Mistakes: Giving Readers the Wrong Impression of Your Characters.
Pour aller plus loin
Les livres de K.M. Weiland traduits en français :
Construire des arcs narratifs de personnages

