Categories
Écrire un roman

Le roi lion

Cet article fait partie de la collection de structures de romans et histoires que vous pouvez consulter sur le site ecrireunroman.fr pour en savoir plus sur les structures de romans qui marchent…

Film d’animation Disney réalisé par Roger Allers et Rob Minkoff.

Événement déclencheur : Pour tenter de retrouver son droit au trône, que la naissance de Simba lui a fait perdre, Scar pousse le jeune lionceau à explorer le cimetière des éléphants, terrain interdit, pour prouver son courage. Simba y affronte une bande de hyènes que Scar espère voir le tuer ; le plan échoue, et Scar élabore alors un nouveau plan pour éliminer à la fois Mufasa et Simba en maquillant le tout en accident.

Premier nœud dramatique : Scar met son plan à exécution et utilise Simba, à son insu, comme appât pour attirer Mufasa au cœur d’une débandade de gnous. Il tue lui-même Mufasa puis convainc Simba qu’il est responsable de sa mort en lui ordonnant de fuir et de ne jamais revenir ; Simba le croit et s’exile, fermant ainsi la porte sur la vie qu’il menait et l’engageant dans le conflit central de l’histoire : réclamera-t-il un jour son trône, ou passera-t-il sa vie à fuir la honte ?

Premier goulot d’étranglement : Devenu l’unique héritier, Scar prend le contrôle des Terres du Royaume et les réduit à un désert par un règne aussi négligent que tyrannique.

Point médian : Après des années passées à fuir sa douleur grâce à la philosophie insouciante « Hakuna Matata » aux côtés de Timon et Pumbaa, Simba reste hanté par son passé. Rafiki, qui a deviné qu’il est vivant, le retrouve et le conduit devant un bassin où le reflet de l’eau lui révèle que son père vit toujours en lui ; une vision de Mufasa dans les nuages lui rappelle alors de se souvenir de qui il est, et Simba, désormais tourné vers l’action, reprend le chemin des Terres du Royaume pour les sauver.

Second goulot d’étranglement : La force antagoniste se manifeste à travers la réaction de Simba face à la désolation des Terres du Royaume et à la vue de sa mère maltraitée par Scar ; ce goulot, très bref, précède presque immédiatement le troisième nœud dramatique, au point de se confondre avec lui.

Troisième nœud dramatique : Scar accuse faussement Simba d’avoir tué Mufasa et tente de le tuer à son tour, de la même manière ; c’est à cet instant qu’il lui murmure à l’oreille que c’est bien lui, Scar, l’assassin de son père.

Climax : Cette confession triomphante met Simba hors de lui : il maîtrise Scar et exige qu’il avoue la vérité devant toute la troupe des lions, qui se lance alors dans la bataille contre Scar et les hyènes.

Moment décisif : Simba accule Scar et lui propose de vivre en exil, mais celui-ci désigne les hyènes comme les « véritables ennemis » et tente une dernière fois de le tuer ; Simba pare l’attaque d’un geste qui projette Scar au milieu de ses anciens alliés, les hyènes, qui le mettent à mort.

Résolution : Simba prend sa place légitime de roi, et le royaume retrouve sa prospérité.

Notes : Le film déploie une belle symétrie en écho, reprenant chacun de ses grands motifs — le rugissement de Simba, les talents de bondissement de Nala, la réplique « enfuis-toi et ne reviens jamais », ou même des détails plus légers comme le bowling aux vautours de Timon et Pumbaa. Il suit presque à la lettre les points de passage classiques de la structure narrative : le troisième acte, un peu resserré, ne s’en ressent pourtant pas grâce au rythme des scènes d’action et à un enchaînement fluide jusqu’au moment décisif.


Retrouvez l’intégralité des articles de K.M. Weiland sur la structure des histoires et des romans sur le blog.

Pour en savoir plus sur la structure des romans et les clés essentielles pour bien raconter des histoires et donner plus envie de lire à vos lecteurs, vous pouvez retrouver le livre de K.M. Weiland sur Amazon.

Structurez votre roman, de K.M. Weiland

Categories
Écrire un roman

Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 5 : incises de dialogue et gestes d’accompagnement mal employés

Ne compromettez pas les dialogues pleins d’esprit de vos personnages par des maladresses de ponctuation et de style. Examinons les deux moyens dont vous disposez pour indiquer qui parle et pour varier le rythme entre parole et narration : l’incise de dialogue et le geste d’accompagnement.

Comment ne pas utiliser les incises de dialogue

L’incise de dialogue (en anglais speaker tag), qui dans sa forme la plus simple se compose du nom du locuteur et d’un verbe de parole (dit, cria, demanda, etc.), est souvent la manière la plus simple d’indiquer quel personnage parle.

Exemple : « Je t’avais dit de ne pas me lancer ce chat », dit Mike.

4 règles pour utiliser les incises de dialogue

  • N’abusez pas des incises. Il est inutile de placer un « dit-il / dit-elle » à la fin de chaque réplique. Si vous n’avez que deux locuteurs, il suffit d’indiquer qui parle toutes les quelques répliques. Si vous en avez plus de deux, alternez vos incises avec des gestes d’accompagnement (voir plus bas).
  • Ne variez pas trop le verbe. « Dire » est votre verbe de parole le plus polyvalent. Sa quasi-invisibilité permet au dialogue de tenir seul, sans raconter au lecteur comment il doit lire la réplique. Employez les autres verbes (cria, renifla, gémit) et les adverbes (vivement, doucement, nerveusement) avec prudence.
  • Ne sous-utilisez pas les incises. Chaque fois qu’il est possible que les lecteurs ne comprennent pas qui parle (après un long paragraphe de narration, par exemple), indiquez le locuteur à la première occasion.
  • Ne terminez pas la réplique qui précède par un point. Sauf si le dialogue se termine par un point d’exclamation ou un point d’interrogation, fermez-le par une virgule, puis enchaînez avec l’incise (voir l’exemple ci-dessus).

Note du traducteur. Ce dernier point renvoie à une règle propre à la typographie anglaise, où la virgule se place à l’intérieur des guillemets. En français, la virgule se place après le guillemet fermant, et l’incise inverse le sujet et le verbe :

— « Je t’avais dit de ne pas me lancer ce chat », dit Mike.
— « Je n’ai rien lancé du tout », répondit-elle.

Si vous employez le dialogue au tiret cadratin plutôt qu’aux guillemets, le principe reste le même :

— Je t’avais dit de ne pas me lancer ce chat, dit Mike.

Le fond du conseil de K.M. Weiland est inchangé : la réplique ne se clôt pas par un point quand une incise la suit.

Comment ne pas utiliser les gestes d’accompagnement

Le geste d’accompagnement (en anglais action beat) est la description des actions — gestes, expressions du visage, voire pensées — qui accompagnent les paroles du personnage. Il figure dans le même paragraphe que le dialogue, ce qui indique que la personne qui accomplit l’action est aussi celle qui parle.

Exemple : « Je ne t’ai pas lancé le chat » — Leigh attrapa un vase de fleurs — « mais celui-ci, je vais te le lancer ! »

4 règles pour utiliser les gestes d’accompagnement

  • Ne combinez pas geste d’accompagnement et incise. Utilisés ensemble, ils font presque toujours double emploi. Dans le doute, supprimez l’incise au profit du geste, car celui-ci offre davantage d’occasions de caractériser le personnage.
  • N’utilisez pas un geste d’accompagnement dans le seul but d’identifier le locuteur. Si la seule raison pour laquelle vous avez inséré ce geste est d’indiquer qui parle, vous avez probablement intérêt à lui préférer une incise. Un geste d’accompagnement doit faire avancer l’histoire ou approfondir le personnage ; il ne peut pas exister uniquement pour occuper les mains du personnage.
  • Ne laissez pas les gestes d’accompagnement interrompre votre dialogue. Un long geste inséré à chaque réplique hache le rythme de la parole des personnages et détruit la fluidité de la conversation.
  • Ne terminez pas la réplique qui précède par une virgule. Sauf lorsque le geste vient interrompre une phrase de dialogue (voir l’exemple ci-dessus), terminez toujours la réplique qui précède le geste comme si elle était seule.

Note du traducteur. Ce point-ci se transpose directement en français, et c’est l’erreur la plus courante en la matière : un geste n’est pas un verbe de parole, on ne peut donc pas l’accrocher à la réplique par une simple virgule.

❌ « Je ne sais pas », Jean traversa la pièce.
✅ « Je ne sais pas. » Jean traversa la pièce.

En revanche, quand le geste interrompt véritablement une phrase de dialogue, on l’encadre de tirets cadratins, comme dans l’exemple de Leigh ci-dessus.

Si vous parvenez à éliminer ces erreurs courantes de vos dialogues, vous ne renforcerez pas seulement les conversations de vos personnages : vous vous signalerez aussi comme un professionnel.


Pour aller plus loin

Les livres de K.M. Weiland traduits en français :


Structurez votre roman


Préparez votre roman


Article original de K.M. Weiland : Most Common Writing Mistakes: Misused Speaker Tags and Action Beats

K.M. Weiland est l’autrice primée et publiée à l’international de guides d’écriture de référence, parmi lesquels Préparez votre roman, Structurez votre roman et Construire des arcs narratifs de personnages. Originaire de l’ouest du Nebraska, elle écrit des romans historiques et de fantasy et accompagne les auteurs sur son site Helping Writers Become Authors.

Categories
Écrire un roman

High concept : le test en 5 éléments pour votre roman

Vous avez une idée. Elle vous obsède depuis des jours, elle vous réveille la nuit, vous êtes certain qu’elle a du potentiel. Alors vous ouvrez un document vierge et vous commencez à écrire.

Six mois plus tard, vous êtes coincé au chapitre douze, vous ne savez plus où va votre histoire, et vous commencez à douter que cette fameuse idée valait vraiment le coup.

Le problème n’est presque jamais l’écriture elle-même. Le problème, c’est qu’une idée brute, aussi excitante soit-elle, n’est pas un roman. Entre les deux, il manque une étape que la plupart des écrivains débutants sautent : la transformation de cette idée en ce qu’on appelle un high concept (ou Super-Concept, pour reprendre le terme français).

Et un bon high concept se teste. Il existe un moyen simple et objectif de savoir, avant d’écrire la moindre ligne, si votre idée a les épaules pour porter tout un roman : vérifier qu’elle contient cinq éléments précis. C’est ce test que nous allons voir en détail, avec un exemple entièrement décortiqué et un outil concret pour construire le vôtre.

Le high concept, ce n’est pas un synopsis

Avant d’aller plus loin, il faut lever une confusion fréquente. Le high concept n’est pas un résumé de votre histoire, et ce n’est surtout pas un synopsis.

Un synopsis déploie l’histoire : il a des chapitres, des actes, une chronologie, des rebondissements détaillés. Le high concept, lui, fait exactement l’inverse. Il extrait de votre histoire son essence la plus concentrée, ce noyau qui, à lui seul, contient tout le potentiel dramatique du roman à venir. C’est un peu comme une huile essentielle : quelques gouttes suffisent à parfumer toute une pièce, mais il a fallu distiller des kilos de matière première pour les obtenir.

Dans le cinéma américain, cette technique est née dans les années 1980, quand les producteurs, pressés par le temps et par l’ampleur croissante des budgets, ont commencé à exiger des scénaristes qu’ils racontent leur histoire en vingt à trente secondes montre en main. C’est ce qu’on appelle pitcher son concept — l’équivalent, dans le monde des affaires, de l’elevator pitch. La méthode s’est ensuite largement diffusée dans la littérature, où elle rend exactement le même service.

Le high concept a deux fonctions vitales. D’une part, c’est votre outil de navigation pendant l’écriture : celui qui vous évite de vous perdre en cours de route, celui vers lequel vous revenez chaque fois que vous doutez de la direction à prendre. D’autre part, c’est votre outil de vente : celui qui, en une poignée de phrases, donne à un éditeur l’envie irrépressible d’en savoir plus. Un auteur qui n’arrive pas à résumer son roman en vingt secondes clairement structurées a de très fortes chances de perdre son interlocuteur — que ce soit un directeur littéraire dans un salon du livre ou, tout simplement, lui-même au milieu de son manuscrit.

Reste à savoir ce qui fait, concrètement, la solidité d’un high concept. C’est là qu’intervient le test en cinq éléments.

Le test : les 5 éléments vitaux d’un high concept

Un bon high concept doit contenir, au minimum, ces cinq composantes. Peu importe l’ordre dans lequel elles apparaissent dans votre formulation : ce qui compte, c’est qu’aucune ne manque à l’appel. Si l’une d’elles est absente ou trop faible, c’est le signal qu’il faut soit retravailler l’idée en profondeur, soit l’abandonner — car statistiquement, neuf idées sur dix méritent effectivement la poubelle.

1. Un protagoniste fort

Il n’y a pas d’histoire sans protagoniste. Ce personnage doit avoir de la volonté, un objectif clair, et la capacité de se transformer entre le début et la fin du récit. Dans les faits, le protagoniste porte toujours, consciemment ou non, le point de vue de l’auteur sur le monde : ce que vous détestez, ce que vous admirez, ce en quoi vous croyez transparaîtra à travers lui.

2. Un antagoniste identifié

Pas de protagoniste sans antagoniste digne de ce nom. Et contrairement à une idée reçue, antagoniste ne veut pas dire « méchant » : c’est simplement l’incarnation de ce qui empêche votre héros d’atteindre son objectif. C’est un point souvent sous-estimé par les débutants, alors qu’il est déterminant : ce n’est pas la force du protagoniste qui donne son intensité à une histoire, c’est celle de l’antagoniste. Un antagoniste fade, et c’est toute l’histoire qui s’affaisse. Si votre « méchant » est une entité abstraite — un gouvernement, une organisation, une mafia — il est impératif de l’incarner à travers un personnage précis, palpable, contre lequel le protagoniste peut réellement se battre.

3. Un cadre, et si possible un contexte

Le cadre, c’est l’époque et le lieu : les années folles ou notre époque, un empire à son apogée ou en pleine chute, une bourgeoisie provinciale du XIXe siècle. Il conditionne tout le reste — les dialogues, la psychologie des personnages, le traitement de l’intrigue. Une même trame peut donner deux romans radicalement différents selon qu’on la transpose dans les années 1920 ou aujourd’hui.

Le contexte, plus subtil, est le seul élément qui ne soit pas strictement obligatoire. Il vient préciser l’enjeu et situer plus finement le protagoniste et l’antagoniste l’un par rapport à l’autre. Il n’est pas indispensable, mais il donne toujours de l’épaisseur à un high concept.

4. Un événement déclencheur

C’est ce qui projette votre protagoniste hors de son quotidien et le pousse dans le monde de l’aventure. Il doit être visible, puissant, et laisser immédiatement comprendre au lecteur (ou à l’éditeur) que plus rien ne sera comme avant tant qu’un problème majeur n’aura pas été résolu.

5. Un enjeu

L’enjeu, c’est l’objectif ultime — l’équivalent de la ligne d’arrivée. Et la règle est stricte sur ce point : un bon enjeu est un enjeu que le protagoniste ET l’antagoniste visent tous les deux. Si leurs objectifs divergent, vous ne racontez plus une seule histoire mais deux intrigues parallèles qui ne se répondent jamais vraiment — un piège classique qui dilue toute tension dramatique.

L’exemple qui rend tout ça concret

Rien ne remplace un exemple décortiqué. Voici un high concept construit à partir de deux idées de départ :

« Un écrivain dépressif retrouve l’amour de sa vie vingt-deux ans après l’avoir perdue de vue. Ils retombent amoureux avant qu’elle ne l’emmène dans les Balkans pour une soi-disant lune de miel. Piégé, il comprend qu’il doit accomplir une mission dont il ne reviendra pas vivant pour le compte d’un service secret dont le mystérieux Albert dirige tout d’une main de fer. »

Décomposons :

  • Protagoniste : l’écrivain dépressif.
  • Événement déclencheur : il retrouve l’amour de sa vie vingt-deux ans après.
  • Contexte : leur histoire d’amour retrouvée, jusqu’au voyage dans les Balkans.
  • Enjeu : accomplir une mission dont il ne reviendra probablement pas vivant.
  • Antagoniste : le mystérieux Albert, qui dirige le service secret d’une main de fer.

Les cinq éléments sont là, en trois phrases. C’est précisément ce qui fait qu’on peut, en vingt secondes, donner envie d’en savoir plus. Notez au passage que chaque mot compte : un bon high concept doit évoquer, pour vous comme pour votre interlocuteur, des milliers de scènes possibles. Vous savez que votre futur manuscrit comptera 50, 60 ou 80 chapitres — mais c’est 200 chapitres que vous devez pouvoir imaginer rien qu’en relisant ces quelques lignes.

Un outil pour construire son high concept : la triple implication

Le test des cinq éléments permet de vérifier qu’un high concept tient la route. Mais comment en construire un, concrètement, à partir d’une simple idée neuve ? La méthode de la triple implication, empruntée à l’origine à la construction de personnages, fait remarquablement bien l’affaire.

Imaginez trois boules emboîtées les unes dans les autres, comme des poupées russes. Chacune représente une dimension vitale de votre protagoniste :

  • la plus petite, au centre, représente son intimité : ses pensées, ses émotions, ses désirs ;
  • la boule intermédiaire représente son champ personnel : sa famille, ses proches, ses amis ;
  • la plus grande représente son champ social : son travail, ses interactions avec les institutions, sa vie quotidienne au sens large.

L’exercice consiste à prendre une idée neuve et à examiner comment elle vient percuter chacune de ces trois sphères. Prenons l’idée suivante : « un flic intègre trahit ses idéaux pour venger la mort de sa femme. » Passée au filtre de la triple implication, elle donne :

  • Sphère intime : le protagoniste est déchiré entre le bien et le mal en découvrant que sa femme est morte dans un accident de voiture… en compagnie de son amant. Son conflit intérieur, entre son éthique de flic et son désir de vengeance, a un fort pouvoir dramatique.
  • Sphère personnelle : l’antagoniste — l’amant — se révèle être le meilleur ami du protagoniste. Les liens entre eux sont plus forts que ceux qui unissaient sa femme à un simple amant de passage.
  • Sphère sociale : l’antagoniste est en réalité le supérieur hiérarchique du protagoniste, un « super-flic » à la réputation trouble.

En trois phrases, on obtient un high concept complet et solide : « Bob, un flic intègre, décide de venger la mort de sa femme, décédée dans un accident de voiture alors qu’elle se trouvait avec son amant, Bill. Sauf que Bill est également le supérieur et le meilleur ami de Bob. Une lutte à mort s’engage entre les deux hommes. »

L’intérêt de cet outil, c’est qu’il connecte automatiquement votre idée à l’ensemble des dimensions de votre personnage — et fait souvent apparaître, comme ici, un lien inattendu entre protagoniste et antagoniste qui démultiplie la tension dramatique.

Épurer son high concept : la méthode R.E.V.E.

Une fois qu’un premier jet de high concept existe, il reste rarement parfait du premier coup. La méthode R.E.V.E. — Révéler, Évaluer, Valoriser, Élaguer — permet de l’affiner par étapes :

  1. Révéler : générer en vrac un maximum d’idées, sans les juger, autour des personnages, des lieux, des situations.
  2. Évaluer : trier cette masse pour ne retenir que les idées les plus intéressantes.
  3. Valoriser : développer ces idées retenues en explorant leurs possibilités — quels protagonistes, quels lieux, quels événements déclencheurs, quels contextes.
  4. Élaguer : concentrer, couper, resserrer jusqu’à ne garder que l’essentiel — l’âme de l’histoire.

Pour valoriser une idée, trois techniques simples fonctionnent bien. D’abord, remplacer un personnage par un autre profil (un homme par une femme, un jeune par une personne âgée) pour voir quelles failles ou quels prolongements inattendus apparaissent. Ensuite, chercher au moins cinq événements déclencheurs différents pour la même situation de départ, histoire d’explorer un maximum de directions possibles. Enfin, changer de cadre ou de contexte — transposer l’histoire dans un autre pays, une autre époque — pour voir ce que cela change vraiment.

Pour élaguer, trois autres réflexes sont tout aussi efficaces. Soulignez, dans votre formulation actuelle, les segments qui correspondent effectivement à un des cinq éléments vitaux, et supprimez tout le reste sans pitié. Dites votre high concept à voix haute : s’il ne tient pas en trente secondes de façon fluide, c’est qu’il y a encore du gras à couper. Enfin, essayez de le réécrire en style télégraphique, un peu comme un vieux télégramme (« Bob stop attend stop gare stop ») : en ne conservant que les mots strictement indispensables, vous isolez ce qui constitue réellement l’ossature de votre histoire.

L’exercice pratique

Prenez une idée sur laquelle vous travaillez en ce moment — ou une idée instinctive notée dans votre carnet depuis quelque temps. Passez-la au crible des cinq éléments vitaux : protagoniste, antagoniste, cadre et/ou contexte, événement déclencheur, enjeu. Notez, en face de chacun, ce que votre idée propose actuellement.

Si un élément manque, ne vous arrêtez pas à mi-chemin de l’exercice : c’est justement là que se joue le travail. Appliquez la triple implication pour faire émerger l’élément manquant à partir des trois sphères de votre protagoniste (intime, personnel, social). Puis testez votre résultat à voix haute : si vous n’arrivez pas à le raconter en une trentaine de secondes de façon claire, reprenez l’élagage jusqu’à ce que chaque mot compte.

Vous saurez que votre high concept est prêt le jour où vous pourrez le dire à voix haute sans bafouiller, où chaque mot évoque déjà des dizaines de scènes possibles dans votre tête — et où, en le relisant, vous avez du mal à ne pas vous précipiter sur votre clavier pour commencer à écrire.

Pour aller plus loin

Cette méthode du high concept, avec ses quinze exemples décortiqués et l’ensemble des techniques pour transformer une idée brute en Super-Concept solide, est développée en détail dans Comment avoir des idées de romans à succès, de Fred Godefroy.

Et si vous voulez aller au-delà de cette seule étape et être accompagné sur l’ensemble du processus — de l’idée jusqu’au roman terminé — la formation Comment écrire un roman reprend cette méthode pas à pas, avec des outils pratiques comme la triple implication ou la technique R.E.V.E. pour construire et affiner votre propre high concept.

Categories
Écrire un roman Erreurs fréquentes

Une écriture vague est une écriture faible. La précision est le domaine de l’auteur compétent et sûr de lui.

Les erreurs d'écriture les plus courantes : l'écriture vague

En tant que créateur de vos mondes et de vos personnages, vous aurez toujours la possibilité de faire des affirmations qui font autorité dans votre écriture. Après tout, si ce n’est pas vous l’autorité dans vos histoires, qui l’est ? Cela signifie que vous n’avez jamais besoin de vous embourber dans le marécage des détails vagues et des idées floues.

À quoi ressemble une écriture vague

Jetez un coup d’œil aux exemples suivants d’écriture vague :

  • Maddock regarda le mur, qui semblait maculé de sauce tomate.
  • La bombe tomba à environ trois ou quatre mètres de moi.
  • Elle avait à peu près quarante-cinq minutes de retard à son rendez-vous chez le dentiste quand un policier l’arrêta, apparemment pour excès de vitesse.
  • Les calculs de Marc révélaient que l’agrandissement de la maison occuperait grosso modo cinq mètres carrés.

Avez-vous repéré les ambiguïtés dans ces phrases ? Chacun de ces exemples contient des mots qui affaiblissent inutilement l’intensité et la certitude de l’auteur.

Comment corriger une écriture vague

Reprenons ces phrases, cette fois avec les mots vagues supprimés :

Maddock regarda le mur, qui était maculé de sauce tomate.

À moins que vous n’employiez « sauce tomate » pour dissimuler la véritable nature de la substance (c’est peut-être du sang, et vous avez une raison de retarder le moment où Maddock s’en rend compte), ne dites pas à vos lecteurs ce que quelque chose « semblait » être. Dites-leur simplement ce que c’est.

La bombe tomba à trois mètres de moi.

Le personnage narrateur sait-il que la bombe est tombée exactement à trois mètres ? Probablement pas. Mais comme les lecteurs comprendront que le narrateur fait une estimation, et comme ils ne se soucient pas de savoir si la bombe est tombée à trois ou à quatre mètres, épargnez-vous ces mots supplémentaires et ces tergiversations inutiles.

Elle avait quarante-cinq minutes de retard à son rendez-vous chez le dentiste quand un policier l’arrêta pour excès de vitesse.

Là encore, il n’est probablement pas important de savoir si Elle avait quarante-quatre, quarante-cinq ou quarante-six minutes de retard. Il n’est pas non plus important d’informer les lecteurs que le narrateur n’est pas certain que le chiffre exact soit quarante-cinq.

De même, à moins qu’il n’y ait une bonne raison pour que le narrateur doive deviner pourquoi le policier l’a arrêtée, supprimez sans hésiter le « apparemment ». La plupart du temps, les lecteurs ne s’intéressent pas à ce qui a semblé se produire, mais uniquement à ce qui s’est produit.

Les calculs de Marc révélaient que l’agrandissement de la maison occuperait cinq mètres carrés.

Le mot « grosso modo » apporterait-il vraiment quelque chose à cette phrase ? Si le chiffre exact est supérieur ou inférieur à cinq mètres carrés, et que ce chiffre exact est important pour l’histoire, donnez le chiffre exact. Sinon, arrondissez simplement à un nombre précis.

10 mots qui signalent une écriture vague

Il arrive que votre histoire exige une formulation vague pour des raisons d’intrigue. Mais lorsque les ambiguïtés ne sont pas nécessaires, vous pouvez épargner à vos lecteurs l’ennui et une éventuelle confusion en évitant les mots suivants :

  • Sembler
  • Environ
  • À peu près
  • Paraître
  • On aurait dit que
  • Grosso modo
  • Plus ou moins
  • À peu de chose près
  • Presque
  • Quasiment

Si vous êtes audacieux, précis et catégorique dans le choix de vos mots, vos lecteurs ressentiront la puissance de votre prose.

Note du traducteur : l’article original s’appuie sur des exemples en anglais (seemapproximatelyaboutappearlook as ifroughlymore or lessgive or takealmostnearly) et sur des distances exprimées en pieds. Les exemples et la liste de mots ont été transposés en français, avec des unités métriques, afin que la liste reste directement utilisable dans un manuscrit francophone. Le principe, lui, est parfaitement transposable : chaque approximation inutile affaiblit la phrase.


Pour aller plus loin : les livres de K.M. Weiland en français

Préparez votre roman
Préparez votre roman
Structurez votre roman
Construire des arcs de personnages Disponible sur Amazon et en librairie
Categories
Écrire un roman

La méthode IPER-V : les 5 étapes pour transformer une idée en roman terminé

Vous avez déjà commencé un roman. Peut-être même plusieurs. Et puis, à un moment, l’élan est retombé : le fil s’est perdu, les personnages se sont mis à tourner en rond, ou tout simplement l’envie a disparu avant le mot « fin ». Ce n’est pas un problème de talent. C’est un problème de méthode.

Fred Godefroy raconte que la première fois qu’il a écrit un roman sans structure, uniquement grâce à son expérience de scénariste, ça a fonctionné « comme par miracle ». Mais depuis qu’il a découvert la préparation systématique, il ne peut plus s’en passer : c’est, selon lui, l’étape la plus créative et la plus productive de tout le processus. C’est cette expérience, croisée avec des interviews d’auteurs et des recherches sur l’art de la narration remontant aux Grecs, qui a donné naissance à la méthode IPER-V, le socle de toute la Méthode Godefroy.

L’idée centrale est simple : quel que soit le média (roman, scénario, conférence, récit oral), la façon de construire une histoire qui capte durablement l’attention repose sur les mêmes fondations. Seule la forme change, jamais le fond. Comme le dit Fred Godefroy avec l’image du cuisinier qui passe de la cuisine française à la cuisine espagnole : les casseroles et les poêles restent les mêmes, seuls la présentation et le goût final changent.

Une structure vieille de 3 000 ans

Fred Godefroy fait remonter les fondations de l’IPER-V aux Grecs anciens, qui ont passé près de mille ans à travailler l’art de la rhétorique et de la narration au sein de l’Empire hellénistique. Depuis que l’homme parle, il raconte des histoires — que ce soit un chasseur-cueilleur autour du feu ou un collègue devant la machine à café. Ce qui distingue une histoire captivante d’une histoire qui fait fuir n’a jamais été une question de sujet, mais de structure : certains savent organiser la moindre anecdote de leur journée en récit, d’autres s’attardent sur des détails qui n’intéressent personne.

Ce socle narratif se retrouve, selon lui, dans toutes les cultures du monde, quelle que soit leur origine historique : il y a toujours un protagoniste et un antagoniste, un début, un milieu et une fin, un enjeu difficile à atteindre, des épreuves, des pivots dramatiques, et un parcours qui transforme le protagoniste. Ce qui change d’une culture à l’autre, ce n’est pas cette architecture mais la philosophie qu’on y injecte : en Occident, et particulièrement aux États-Unis, le protagoniste l’emporte presque toujours ; dans la tradition russe, à l’inverse, le héros perd fréquemment quelque chose, et c’est cette perte qui le fait grandir. La mécanique reste la même — c’est elle que synthétise l’IPER-V.

Ce que veut dire IPER-V

IPER-V est un acronyme qui désigne les cinq étapes par lesquelles passe, sans exception, tout auteur qui va au bout d’un roman :

  • Idée
  • Préparation
  • Écriture
  • Réécriture
  • Vente

Chacune de ces étapes mobilise une ressource différente du cerveau : la phase des idées est purement créative, la préparation mélange analyse et créativité, l’écriture demande de l’immersion, la réécriture ramène à un mode analytique, et la vente relève de considérations très pratiques (mise en forme, normes éditoriales). C’est en partie pour cette raison que les étapes ne peuvent pas se mélanger sans dommage, un point sur lequel on reviendra plus loin.

À chaque étape est associé un pourcentage, qui correspond à une estimation du temps de travail total consacré à un roman. Si l’on prend l’exemple d’un roman écrit en dix mois, voici comment ce temps se répartit.

Idée (10 % du temps de travail)

Tout commence, logiquement, par une idée. Pas d’idée, pas de roman. Mais l’erreur classique du débutant est de se jeter sur la première idée venue, sans jamais tester son potentiel dramatique. Fred Godefroy est catégorique : un auteur qui se lance « la fleur au fusil » sur une idée non travaillée ne dépasse en général pas la centaine de pages.

La bonne pratique consiste à produire des idées en continu, bien au-delà des besoins immédiats. Un écrivain bien formé note plusieurs dizaines d’idées par jour dans un carnet toujours à portée de main, sans se soucier de savoir si elles serviront un jour. La plupart finiront à la poubelle, mais certaines deviendront la graine d’un roman entier, ou simplement d’une scène.

Sur les dix mois de l’exemple, cette phase représente environ un mois : le temps de chercher, de trouver, puis de « malaxer » son idée jusqu’à être certain que c’est la bonne, avant de passer à l’étape suivante.

Ces pourcentages ne sont pas sortis d’un chapeau : Fred Godefroy les a établis à partir de nombreuses interviews d’auteurs, croisées avec sa propre expérience. Il cite notamment l’exemple de l’auteur Romain Godest, qui applique des proportions légèrement différentes des siennes — preuve que le détail du minutage varie d’un écrivain à l’autre — mais chez qui l’on retrouve, dans le même ordre, les cinq étapes de l’IPER-V.

Préparation (40 % du temps de travail)

C’est, de loin, l’étape la plus lourde en volume horaire, et Fred Godefroy la qualifie d’étape la plus cruciale, la plus vitale de tout le processus. Sur un roman de dix mois, elle occupe environ quatre mois entiers.

Durant cette phase, l’auteur structure son histoire de A à Z : il connaît chaque moment clé, développe les pivots dramatiques, sait comment commence et comment finit chaque chapitre, et a en tête chaque lieu de son histoire comme s’il en était le guide touristique. Le bénéfice concret est immense : une fois cette préparation faite, on peut écrire son roman dans le désordre sans jamais s’y perdre, ajouter ou retirer une séquence sans perdre le fil rouge qui relie l’ensemble.

Le vécu de la préparation n’a rien d’un long fleuve tranquille — Fred Godefroy parle sans détour de nuits blanches. Mais c’est ce travail en amont qui rend possible tout ce qui suit, et notamment le plaisir de la phase suivante.

Écriture (25 % du temps de travail)

Sur un roman de dix mois, l’écriture pure occupe environ deux mois et demi. C’est l’étape que l’auteur attend depuis le début : après cinq mois passés sur l’idée et la préparation, il n’a plus qu’une hâte, se mettre au clavier.

Si la préparation a été faite sérieusement, cette phase devient, selon Fred Godefroy, l’instant le plus ludique de tout le travail d’écriture. Le syndrome de la page blanche n’a plus lieu d’être : l’auteur sait où il va, sait ce qu’il veut produire comme effet sur son lecteur, connaît le début et la fin de son histoire. Tout ce travail de structuration en amont libère, paradoxalement, une grande liberté créative au moment de rédiger.

Réécriture (20 % du temps de travail)

La première version (V1) du manuscrit est prête, mais le travail est loin d’être terminé. Sur les dix mois de référence, la réécriture occupe environ deux mois : il faut tailler dans le gras, enlever des passages entiers inutiles, affiner les détails, vérifier la cohérence de l’histoire, corriger les fautes, traquer les répétitions.

Fred Godefroy ne cache pas que c’est, pour lui comme pour beaucoup d’auteurs, l’étape la plus ingrate de toutes — au point qu’à un certain stade, on ne supporte plus de revoir son propre texte. C’est pourtant à l’issue de cette phase, après plusieurs versions, que naît le manuscrit final, avec ce mélange caractéristique de soulagement, de fierté et de vide un peu étrange qui suit la dernière relecture.

Vente (5 % du temps de travail)

Dernière étape, la plus courte : dix à quinze jours de travail. Elle consiste à mettre en forme le manuscrit selon les préconisations de chaque éditeur ciblé (format papier ou numérique, marges, police, interligne), avant de l’envoyer et d’attendre — parfois plusieurs mois — la réponse des filtres éditoriaux.

Un conseil revient souvent chez Fred Godefroy sur cette étape : ne jamais attendre la réponse des éditeurs pour se remettre au travail. Il rapporte le conseil que lui avait donné sa première éditrice, qu’il a lui-même vérifié à ses dépens : il faut avoir le deuxième roman écrit avant même que le premier ne sorte en librairie. Sans quoi l’excitation des premières dédicaces et interviews peut geler durablement l’écriture suivante.

Pourquoi ne jamais mélanger deux romans au même stade

C’est ici qu’intervient ce que la formation « Comment écrire un roman » appelle la règle d’or numéro un : il faut travailler sur plusieurs projets en même temps, mais aucun de ces projets ne doit se trouver à la même étape de l’IPER-V qu’un autre.

Concrètement, avoir deux romans au stade de l’écriture ou de la réécriture simultanément est une mauvaise idée : on s’y empêtre. En revanche, rien n’empêche d’avoir un roman en préparation, un second en écriture, un troisième en réécriture, et un quatrième en cours de vente auprès des éditeurs. Cette règle repose sur trois raisons précises.

La première tient à la créativité elle-même : une idée en entraîne toujours une autre, qui n’a pas forcément de rapport avec le projet en cours mais qui peut nourrir un autre chantier. Sans projet parallèle pour l’accueillir, cette idée se perd purement et simplement. Plus on a de projets ouverts à des stades différents, plus la créativité globale augmente.

La deuxième raison est que chaque étape de l’IPER-V mobilise une ressource mentale distincte, comme on l’a vu plus haut : créativité pure pour les idées, mélange d’analyse et de créativité pour la préparation, immersion pour l’écriture, pensée analytique pour la réécriture, sens pratique pour la vente. Avoir un projet par étape permet, en quelque sorte, de faire tourner ces différentes ressources en parallèle plutôt que de les épuiser une par une sur un unique texte.

La troisième raison est plus pragmatique : beaucoup de projets sont abandonnés en cours de route, pour toutes sortes de bonnes ou mauvaises raisons. Multiplier les chantiers à des stades différents multiplie aussi les chances qu’au moins l’un d’entre eux aille au bout.

Exercice pratique : vivre l’IPER-V en une semaine

Pour ressentir de l’intérieur ce que représente un cycle IPER-V complet, sans attendre dix mois, voici un exercice directement inspiré de celui proposé en ouverture de la formation de Fred Godefroy.

Sur une semaine, en parallèle de la recherche du high concept de votre futur roman, écrivez une nouvelle de quatre à huit pages en suivant ce calendrier :

  • Mardi : recherche du high concept de la nouvelle.
  • Mercredi et jeudi : préparation (structurer le début, le milieu, la fin).
  • Vendredi et samedi : écriture de la nouvelle.
  • Dimanche : réécriture, mise en forme, puis envoi ou archivage avant 19 heures.

L’intérêt de cet exercice n’est pas la nouvelle elle-même, mais l’expérience physique du cycle complet : en une semaine, vous traversez dans l’ordre les quatre premières étapes de l’IPER-V (l’étape « vente » n’a ici pas lieu d’être, la nouvelle n’étant pas destinée à un éditeur), à une échelle suffisamment courte pour observer où vous bloquez, où vous accélérez, et quelle étape vous demande le plus d’efforts. Pendant ce temps, votre projet de roman à succès continue d’avancer en parallèle, au stade de la recherche du high concept — exactement l’articulation à plusieurs vitesses que décrit la règle d’or numéro un.

Une méthode à s’approprier, pas un carcan

Fred Godefroy insiste sur un point : la France est probablement le seul pays au monde où l’on croit encore qu’on naît écrivain, par talent inné, sans que la technique compte. Sa position est nuancée mais ferme : de rares personnes naissent avec le talent et la technique à la fois, mais l’écriture s’apprend, comme n’importe quel métier artistique, et la maîtrise de la technique peut compenser un manque de talent — jamais l’inverse.

L’IPER-V n’est donc pas présentée comme un carcan rigide mais comme un socle à tester au moins une fois, jusqu’au premier manuscrit terminé, avant de l’adapter à sa propre personnalité, à son rythme, à ses horaires de travail. Certains auteurs préféreront un seul carnet pour les idées et la préparation, d’autres découvriront une variante personnelle pour construire leur high concept. L’essentiel est d’appliquer la méthode sans la juger a priori, puis de la faire sienne avec l’expérience.

Pour aller plus loin

La méthode IPER-V dans son intégralité — avec le détail de chaque étape, des dizaines d’exemples et les outils qui l’accompagnent — est développée dans le livre Comment écrire des romans à succès de Fred Godefroy.

Si vous voulez appliquer la méthode pas à pas, avec l’accompagnement vidéo complet, les exercices semaine après semaine et les échanges avec la communauté d’auteurs, la formation Comment écrire un roman reprend l’intégralité du parcours, à commencer par cette fameuse règle d’or numéro un.

Categories
Structures de romans et d'histoires

Forrest Gump

Cet article fait partie de la collection de structures de romans et histoires que vous pouvez consulter sur le site ecrireunroman.fr pour en savoir plus sur les structures de romans qui marchent…

Film réalisé par Robert Zemeckis.

Événement déclencheur : Le but principal de Forrest tout au long de l’histoire (même implicite) est de rester auprès de sa meilleure amie et grand amour, Jenny. Le premier obstacle à cet objectif survient quand le récit avance jusqu’à leur remise de diplôme du lycée, ce qui entraîne leur première séparation : Jenny part dans une université réservée aux filles. En réalité, le véritable événement déclencheur est le fait que Jenny a grandi et a dépassé l’amour enfantin de Forrest, mais l’événement qui symbolise et scelle cela est leur départ du lycée vers l’université.

Premier nœud dramatique : Après l’université, Forrest s’engage dans l’armée. À la veille de son départ pour le Vietnam, une Jenny suicidaire lui dit de ne plus jamais la revoir, affirmant qu’il ne « sait pas ce qu’est l’amour ». Cela lance pleinement le conflit principal : la difficulté de Forrest à être avec Jenny.

Premier goulot d’étranglement : Forrest est blessé au Vietnam en sauvant son peloton, dont le lieutenant Dan. Mais son meilleur ami Bubba est tué. À l’hôpital, Forrest découvre que toutes les lettres qu’il avait écrites à Jenny lui reviennent, son adresse étant indiquée comme inconnue.

Point médian : Renvoyé chez lui et décoré de la Medal of Honor, Forrest revoit Jenny lors d’un rassemblement pacifiste à Washington. Bien qu’elle reparte une nouvelle fois avec son petit ami violent, après que Forrest l’a rossé, elle lui avoue qu’elle « sera toujours sa petite amie, Forrest ».

Second goulot d’étranglement : Après un Nouvel An déprimant passé avec un lieutenant Dan désormais handicapé, la vie de Forrest bascule quand il est démobilisé de l’armée — ce qui lui permet enfin de tenir sa promesse envers Bubba en achetant un bateau de pêche à la crevette.

Troisième nœud dramatique : Après avoir fait fortune grâce à son empire de la crevette, Forrest apprend que sa mère se meurt d’un cancer et retourne en Alabama pour lui dire adieu. Il erre un moment, seul, en manque de sa mère et surtout de Jenny.

Climax : Pour la première fois, Jenny invite Forrest à venir la retrouver. Lorsqu’il arrive, il apprend qu’ils ont eu un fils ensemble quelques années plus tôt, qu’elle est mourante, et qu’elle veut l’épouser. Le fil conducteur de cette intrigue globalement épisodique a toujours été la dévotion de Forrest envers Jenny. Enfin, dans le climax, leur relation atteint son point culminant.

Moment décisif : Jenny meurt, mettant fin au conflit principal.

Résolution : Forrest élève leur fils, Forrest Jr.


Retrouvez tous les articles sur la structure des histoires et des romans.

Pour aller plus loin dans la construction de vos propres histoires, découvrez le livre de référence de K.M. Weiland, Structurez votre roman :

Structurez votre roman, par K.M. Weiland (lien affilié Amazon)

Categories
Écrire un roman

Comment écrire un roman : la méthode complète

« Comment écrire un roman ? » C’est sans doute la question que se pose, un jour ou l’autre, toute personne qui referme un livre en se disant « moi aussi, j’ai une histoire à raconter ». Et c’est aussi la question qui, faute de réponse claire, laisse le plus de manuscrits inachevés dans des tiroirs.

Fred Godefroy, auteur publié depuis 1998 et formateur d’auteurs depuis 2014, a construit sa méthode à partir d’un constat simple : ce ne sont presque jamais le talent ou l’imagination qui manquent aux auteurs débutants. Ce qui manque, c’est une méthode. Une structure claire qui indique, à chaque étape, quoi faire, dans quel ordre, et pourquoi. Sans elle, on avance à l’aveugle, on s’épuise, et on abandonne — souvent à quelques dizaines de pages de la fin.

Cet article est le guide complet pour écrire un roman du début à la fin. Il reprend l’ossature de la Méthode Godefroy, la méthode IPER-V, et détaille chacune de ses cinq étapes : trouver une idée, la préparer, l’écrire, la réécrire, puis la vendre. Vous y trouverez aussi les pièges les plus fréquents et un exercice pour appliquer tout de suite ce que vous venez de lire à votre propre projet.

La méthode IPER-V : la carte de route pour écrire un roman

L’IPER-V n’est pas une invention marketing. C’est la synthèse d’un processus utilisé, sous une forme ou une autre, par la quasi-totalité des auteurs qui parviennent à terminer un roman et à le publier — Fred Godefroy l’a construite à partir de sa propre expérience d’auteur et de scénariste, et confirmée par des dizaines d’interviews d’autres écrivains.

IPER-V signifie :

  1. Idée
  2. Préparation
  3. Écriture
  4. Réécriture
  5. Vente

À chaque étape est associé un pourcentage, qui représente une estimation du temps de travail qu’elle demande. Si vous mettez dix mois à obtenir un manuscrit prêt à être envoyé aux éditeurs, voici comment ce temps se répartit :

  • Idée — 10 % (environ un mois) : trouver et tester une idée suffisamment solide pour porter un roman entier.
  • Préparation — 40 % (environ quatre mois) : structurer l’histoire de A à Z, avant d’écrire une seule scène.
  • Écriture — 25 % (environ deux mois et demi) : rédiger le premier jet.
  • Réécriture — 20 % (environ deux mois) : couper, corriger, fluidifier jusqu’au manuscrit final.
  • Vente — 5 % (dix à quinze jours) : mettre en forme et envoyer le manuscrit aux éditeurs.

Le chiffre qui surprend le plus, presque à chaque fois qu’on le découvre, c’est celui de la préparation : 40 %, soit davantage que l’écriture elle-même. C’est pourtant ce qui fait toute la différence entre un roman qui tient debout du premier au dernier chapitre et un roman qui s’effondre à mi-parcours parce que son auteur ne savait plus où il allait.

Ces pourcentages sont indicatifs, pas une loi gravée dans le marbre — chaque auteur, avec l’expérience, ajuste la méthode à sa propre façon de travailler. Mais la logique de fond, elle, ne change pas : une idée testée, une préparation sérieuse, une écriture libérée parce que le travail de structure est déjà fait, une réécriture qui ne laisse rien au hasard, puis l’envoi. Voyons maintenant chacune de ces cinq étapes en détail.

Étape 1 : trouver une idée qui tient la route (10 %)

Tout roman commence par une idée. Mais toutes les idées ne se valent pas, et la plupart d’entre elles ne suffisent pas, à elles seules, à porter 300 pages.

La première règle, c’est d’en produire beaucoup. Un écrivain bien entraîné note plusieurs idées par jour dans un carnet à idées, sans les juger sur le moment — un lieu, une réplique entendue dans la rue, une situation qui vous a marqué. La plupart ne serviront jamais telles quelles. C’est normal, et même souhaitable : neuf idées sur dix finissent à la poubelle, et c’est en écrivant, en testant, en développant plusieurs pistes sur quelques pages qu’on finit par tomber sur celle qui tient vraiment la route — pas en attendant, les bras croisés, l’illumination géniale.

La deuxième règle, c’est de tester le potentiel dramatique de l’idée avant de vous y engager à fond. C’est là qu’intervient la notion de « high concept » (ou « super-concept ») : une idée à fort potentiel se laisse résumer en une ou deux phrases et repose sur cinq éléments identifiables — un protagoniste clair, un antagoniste à sa mesure, un cadre qui sert l’histoire, un élément déclencheur qui lance l’intrigue, et un enjeu suffisamment fort pour tenir un lecteur en haleine sur des centaines de pages. Si vous ne savez pas répondre à ces cinq questions sur votre idée, ce n’est pas un drame : c’est simplement le signe qu’elle a encore besoin d’être travaillée avant de passer à l’étape suivante.

Le livre Comment avoir des idées de romans à succès détaille en profondeur cette étape : comment tenir un carnet à idées efficace, comment construire et tester un high concept, et comment reconnaître, parmi des dizaines d’idées notées, celles qui méritent vraiment d’être développées.

Étape 2 : la préparation, l’étape qui change tout (40 %)

C’est l’étape la plus longue, et la plus déterminante. Durant la préparation, vous ne rédigez pas encore une seule scène : vous construisez l’architecture complète de votre roman, pour être capable, une fois à l’écriture, de savoir exactement où vous allez.

Une bonne préparation couvre au minimum trois grands chantiers.

La structure de l’histoire. Plutôt que la structure en trois actes héritée du cinéma, la Méthode Godefroy s’appuie sur une structure universelle en neuf étapes, inspirée du voyage du héros de Joseph Campbell : du monde du quotidien jusqu’à l’épreuve suprême, en passant par l’élément déclencheur qui bascule le héros hors de son univers familier. C’est cette ossature qui garantit qu’une histoire progresse, monte en tension, et ne s’essouffle pas au milieu. Un point mérite une attention particulière : le « vrai » début d’un roman — celui qui accroche réellement le lecteur — n’est pas toujours le chapitre 1 tel qu’il a été écrit au premier jet ; il faut souvent chercher, et parfois déplacer, l’élément déclencheur pour qu’il tombe au bon endroit.

Les personnages, et en particulier l’antagoniste. Un protagoniste attachant ne suffit pas à faire une bonne histoire : c’est la force de l’antagoniste qui détermine, dans une large mesure, la puissance de l’intrigue tout entière. Un antagoniste doit être construit avec autant de soin que le héros — ses motivations, sa logique interne, sa capacité réelle à s’opposer au protagoniste. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus dommageable : un « méchant » sous-développé, réduit à une fonction, qui n’oppose jamais de résistance crédible. Au-delà du duo protagoniste-antagoniste, les archétypes issus du voyage du héros (le mentor, l’ombre, le gardien du seuil, le messager) donnent une boîte à outils pour peupler une histoire de personnages secondaires cohérents, à condition de savoir les camoufler pour éviter l’effet cliché.

L’intrigue et ses ramifications. Une intrigue principale porte l’enjeu central du roman, mais elle s’accompagne presque toujours d’intrigues secondaires, qui enrichissent l’histoire et donnent de la respiration au récit. La question n’est pas d’en mettre le plus possible, mais de choisir le bon nombre selon la longueur du roman, et de vérifier que chacune sert réellement l’intrigue principale — une intrigue secondaire qui n’a pas de rôle clair dans l’histoire globale est un poids mort à couper. Ce qui rend une intrigue captivante tient à quelques ingrédients précis : la tension, le conflit, l’enjeu, des obstacles qui se durcissent progressivement, et un sentiment d’urgence qui grandit jusqu’au climax.

Trois livres couvrent en détail ces trois chantiers : Comment structurer vos romans à succès pour l’architecture de l’histoire, Comment créer des personnages de romans à succès pour le protagoniste, l’antagoniste et les archétypes, et Comment créer des intrigues de romans à succès pour l’intrigue principale, les intrigues secondaires et la mécanique du suspense.

Une préparation sérieuse a un effet très concret : une fois à l’écriture, vous connaissez déjà chaque moment clé de votre histoire, le début et la fin de chaque chapitre, et vous êtes capable d’écrire dans le désordre, ou d’ajouter une scène, sans jamais perdre le fil rouge qui tient l’ensemble.

Étape 3 : l’écriture, enfin (25 %)

Si la préparation a été faite sérieusement, l’écriture devient l’étape la plus agréable : vous connaissez vos personnages, vous savez où l’histoire va, et il ne reste plus qu’à la raconter.

Deux points techniques méritent une attention particulière à ce stade. D’abord, les dialogues : chaque personnage doit avoir une voix reconnaissable, cohérente avec ce qu’il vit et ce qu’il est, sans tomber dans le dialogue purement « explicatif », celui qui ne sert qu’à informer le lecteur au lieu de faire avancer la scène. Ensuite, le sous-texte et le suspense : ce que les personnages ne disent pas, ou disent entre les lignes, est souvent plus efficace que ce qu’ils expriment frontalement — c’est cette tension contenue qui donne aux scènes leur électricité.

Le deuxième enjeu de cette étape n’a rien de littéraire : c’est la régularité. Écrire un roman est une course de fond, pas un sprint. Un objectif quotidien modeste mais tenu — même 250 mots par jour — produit, sur deux à trois mois, infiniment plus qu’une série d’élans ponctuels suivis de longues pauses. Chaque interruption prolongée fait perdre le contact avec le texte : on oublie une partie de ce qu’on a écrit, l’histoire semble soudain fade, et il devient difficile de s’y replonger avec la même énergie.

Étape 4 : la réécriture, l’étape ingrate mais vitale (20 %)

Le premier jet terminé, le travail est loin d’être fini. Il faut maintenant tailler dans le gras, enlever les passages inutiles, vérifier la cohérence de l’histoire de bout en bout, corriger les fautes, traquer les répétitions. C’est, de l’aveu même de la plupart des auteurs, l’étape la plus ingrate de toutes — et pourtant, c’est elle qui transforme un premier jet correct en manuscrit publiable.

Pour ne pas s’y perdre indéfiniment, une astuce simple consiste à se fixer un nombre limité de passes de relecture, chacune avec un objectif précis : une passe pour la cohérence globale de l’histoire, une pour l’orthographe et la grammaire, une dernière pour les détails de style. Sans cette limite, la tentation de « perfectionner » sans fin peut retarder indéfiniment l’envoi du manuscrit — ce qui est, en réalité, une autre façon de ne jamais se confronter au jugement d’un éditeur.

Étape 5 : la vente, formater et envoyer (5 %)

Dernière étape, la plus courte : dix à quinze jours de travail. Il s’agit de mettre en forme le manuscrit selon les préconisations de chaque éditeur ciblé — format papier ou numérique, marges, police, interligne — puis de l’envoyer et d’attendre, ce qui peut prendre plusieurs mois.

Un conseil revient souvent chez les auteurs expérimentés : ne pas attendre la réponse des éditeurs les bras croisés, mais se remettre immédiatement au travail sur le roman suivant. Ce n’est pas seulement une question de productivité : c’est aussi ce qui évite de vivre l’attente, puis l’éventuel succès du premier livre, comme une pression qui bloque l’écriture du deuxième.

Les erreurs qui empêchent la plupart des romans d’être terminés

Au-delà de la méthode elle-même, certaines erreurs reviennent si souvent chez les auteurs débutants qu’elles méritent d’être connues à l’avance, pour ne pas y tomber : se lancer sans préparation, copier consciemment le style d’un auteur admiré au lieu de trouver sa propre voix, viser une perfection impossible avant d’oser envoyer son manuscrit, attendre passivement une idée « géniale » plutôt que d’en produire beaucoup, vouloir tout décrire au lieu de laisser de la place à l’imagination du lecteur, abandonner à la première vraie difficulté d’écriture, et ne pas tenir un rythme de travail régulier.

Ces sept erreurs sont détaillées, avec pour chacune une solution concrète, dans le livre gratuit Les 7 erreurs des écrivains débutants — une lecture utile avant même de commencer, pour repérer à l’avance les pièges qui font le plus de dégâts.

Exercice pratique : votre feuille de route IPER-V

Prenez une feuille, et posez-vous, pour votre projet de roman actuel, les cinq questions suivantes — une par étape de la méthode :

  1. Idée. Puis-je résumer mon idée en une ou deux phrases, avec un protagoniste, un antagoniste, un cadre, un élément déclencheur et un enjeu clairement identifiables ?
  2. Préparation. Est-ce que je connais déjà le début et la fin de mon histoire, ses grands pivots dramatiques, et la motivation profonde de mon antagoniste ?
  3. Écriture. Ai-je un objectif d’écriture quotidien réaliste, et l’ai-je tenu au cours des sept derniers jours ?
  4. Réécriture. Si mon manuscrit était terminé aujourd’hui, saurais-je dire précisément ce que je vérifierais en premier ?
  5. Vente. Ai-je déjà une petite liste d’éditeurs dont la ligne éditoriale correspond à mon roman ?

Si plusieurs réponses vous mettent en difficulté, ce n’est pas un problème : c’est simplement l’indication de l’étape sur laquelle concentrer votre prochain temps de travail. Reprenez cet exercice toutes les quatre à six semaines pendant l’avancée de votre roman : c’est en suivant l’évolution des réponses dans le temps qu’on mesure ses vrais progrès.

Pour aller plus loin

Cet article pose le cadre général de la méthode IPER-V, mais chaque étape mérite d’être approfondie séparément. Fred Godefroy a écrit un livre dédié à chacune des grandes étapes de la méthode :

Et si vous voulez suivre la méthode pas à pas, avec des exercices guidés à chaque étape, la formation complète « Comment écrire un roman » reprend l’intégralité de la Méthode Godefroy, de la première idée jusqu’à l’envoi du manuscrit.

Categories
Écrire un roman

Les 7 erreurs des écrivains débutants (et comment les éviter dès votre premier chapitre)

Il y a un point commun entre presque tous les écrivains débutants qui n’arrivent jamais au bout de leur roman : ce ne sont pas des questions de talent. Ce sont des erreurs. Toujours les mêmes. Des pièges dans lesquels tombent, les uns après les autres, l’immense majorité des gens qui se lancent dans l’écriture d’un premier roman.

Fred Godefroy, auteur publié depuis 1998 et formateur d’auteurs depuis 2014, les a observées des dizaines de fois dans son livre gratuit Les 7 erreurs des écrivains débutants. Ce ne sont pas des fautes de style ni des maladresses d’apprenti : ce sont des façons d’aborder le travail d’écriture qui, mécaniquement, mènent à l’abandon. La bonne nouvelle, c’est qu’elles sont identifiables, et qu’il suffit de les connaître pour ne plus les reproduire.

Ce qui rend ces erreurs particulièrement traîtres, c’est qu’elles ne ressemblent pas à des erreurs sur le moment. Elles se déguisent en bon sens, en perfectionnisme légitime, en prudence raisonnable. C’est justement pour ça qu’elles piègent autant de monde : personne ne se dit consciemment « je vais saboter mon roman ». On se dit plutôt « je préfère attendre d’avoir une meilleure idée » ou « je vais encore retravailler ce chapitre avant de l’envoyer ». Et c’est précisément cette logique, en apparence raisonnable, qui mène droit dans le mur.

Voici les 7 erreurs les plus fréquentes, et surtout, ce qu’il faut faire à la place.

Erreur n°1 : vous lancer sans préparation

Le scénario est classique : une idée surgit pendant que vous regardez la télévision, vous sentez qu’il y a quelque chose à en tirer, et pour ne pas la perdre, vous vous précipitez à votre bureau pour écrire. Vous enchaînez quelques pages, parfois une centaine, puis vous vous arrêtez net. Vous ne savez plus où aller. Quelques jours plus tard, une « nouvelle idée géniale » surgit, et le cycle recommence.

C’est ainsi que naissent les tiroirs pleins de débuts de romans inachevés.

Une histoire qui tient debout est le fruit d’un long travail de réflexion en amont. Un roman ne se construit pas comme il s’improvise : il existe trois grandes phases dans le travail d’un auteur, et la première, la préparation, est de loin la plus déterminante. Selon les romanciers, elle représente entre 50 et 80 % du temps de travail total. C’est pendant cette phase que l’on teste le potentiel dramatique d’une idée, qu’on lui cherche une fin, qu’on construit ses pivots, qu’on comprend les valeurs qu’elle porte. La plupart des idées n’y survivent pas : neuf sur dix sont abandonnées avant même d’être écrites. C’est normal, et c’est même souhaitable — mieux vaut abandonner une mauvaise idée à ce stade que de le découvrir 150 pages plus tard.

Une fois la préparation faite sérieusement, l’écriture elle-même devient beaucoup plus fluide : on a suffisamment travaillé l’univers, les personnages et l’intrigue pour ne jamais être perdu, même quand l’inspiration ajoute des éléments imprévus en cours de route.

À faire à la place : avant de vous lancer dans la rédaction, prenez le temps de tester votre idée. Cherchez sa fin. Identifiez ses pivots dramatiques. Si vous ne savez pas répondre à ces questions, ce n’est pas grave : c’est le signe qu’il faut continuer à préparer, pas à écrire.

Erreur n°2 : copier le style d’un auteur que vous admirez

« Ça ressemble à du Stephen King. » Combien d’auteurs débutants rêvent d’entendre cette phrase, sans se rendre compte qu’elle signifie en réalité l’inverse d’un compliment : elle dit qu’ils n’ont pas encore trouvé leur propre voix.

Être influencé par les auteurs qu’on aime est inévitable, et même sain. Mais il y a une différence fondamentale entre être influencé et copier consciemment un style à la mode dans l’espoir d’augmenter ses chances d’être publié. Cette stratégie ne fonctionne jamais : elle transforme l’auteur en simple imitateur, incapable d’exprimer une vision personnelle, et noyé dans la masse des textes qui ressemblent à autre chose. Un éditeur a bien plus de chances d’être séduit par une voix originale, même imparfaite, que par une pâle décalcomanie d’un best-seller existant.

À faire à la place : repérez, dans vos propres textes, les tics d’écriture qui reviennent naturellement — un certain rythme de phrase, une façon de construire les dialogues, un vocabulaire. Ne les corrigez pas pour coller à une mode. C’est précisément cette singularité qui deviendra, avec le temps, votre style.

Erreur n°3 : vouloir la perfection tout de suite

Certains auteurs passent des années à retravailler chaque phrase de leur manuscrit avant d’oser l’envoyer, persuadés qu’ils doivent atteindre une forme de perfection avant de l’affronter au jugement d’un éditeur. Le problème, c’est que la perfection n’existe pas — ce qui est parfait pour vous ne le sera jamais pour quelqu’un d’autre.

Dans les faits, un manuscrit imparfait, envoyé, a plus de valeur qu’un manuscrit parfait qui dort dans un tiroir. Ce qui compte pour un éditeur, ce n’est pas l’absence totale de fautes, mais la force de l’histoire, le style et le potentiel qu’il perçoit derrière le texte. La quête de perfection est souvent, en réalité, une excuse inconsciente pour repousser le moment de se confronter à un refus. Or il n’y a pas d’échec à recevoir un refus : c’est une étape normale du métier, y compris pour des best-sellers qui ont parfois tourné pendant des années dans les comités de lecture avant de trouver preneur.

À faire à la place : fixez-vous une limite claire — par exemple trois réécritures maximum (cohérence de l’histoire, orthographe et grammaire, détails), chacune bornée dans le temps — puis envoyez votre manuscrit. Un refus n’est presque jamais un jugement sur votre valeur d’auteur ; c’est le plus souvent une question d’adéquation avec la ligne éditoriale du moment.

Erreur n°4 : attendre d’avoir « LA » idée géniale

« J’attends d’avoir la bonne idée, celle qui va tout changer. » Cette phrase, tous les auteurs l’ont entendue, ou pire, prononcée. Elle repose sur une conception complètement fausse de la créativité : celle d’une idée géniale qui surgirait du néant, toute faite, prête à être écrite.

En réalité, neuf idées sur dix que vous aurez ne donneront jamais un bon roman. C’est vrai pour tout le monde, y compris pour les auteurs les plus expérimentés. Une idée qui a un vrai potentiel n’émerge pas de l’attente passive : elle émerge du travail. C’est en écrivant, en testant, en développant des pistes qui échouent, que l’on finit par tomber sur celle qui tient la route. Rester assis à espérer l’illumination, c’est la meilleure garantie de ne jamais rien écrire.

À faire à la place : ne cherchez pas une idée géniale, cherchez des idées, au pluriel, et notez-les toutes sans les juger. Développez-en plusieurs sur quelques pages avant de choisir. C’est le volume de travail, pas l’inspiration soudaine, qui fait émerger les bonnes histoires.

Erreur n°5 : vouloir à tout prix imposer votre vision

C’est l’erreur la plus fréquente chez les auteurs qui écrivent de la fantasy ou de la science-fiction, mais elle touche tous les genres : décrire un lieu ou un personnage sous toutes les coutures, dans le moindre détail, en pensant que cela rendra l’univers plus vivant pour le lecteur.

C’est l’inverse qui se produit. La pensée de chaque lecteur est différente : la couleur rouge que vous imaginez n’est jamais exactement celle qui apparaît dans la tête de votre lecteur, et aucune description, aussi précise soit-elle, n’y changera rien. En réalité, ce sont souvent les textes qui décrivent le moins qui laissent l’empreinte la plus forte, parce qu’ils laissent au lecteur la liberté de construire son propre imaginaire. Les auteurs qui maîtrisent le mieux leur art ne décrivent pas leurs personnages et leurs décors frontalement : ils les font exister à travers des actions, des situations, le regard d’un personnage sur un autre. C’est ce regard indirect, et non l’accumulation de détails, qui rend une scène mémorable.

À faire à la place : dans votre prochain chapitre, repérez les passages purement descriptifs qui n’apportent rien à l’intrigue ni à la tension, et coupez-les. Ne gardez une description que lorsqu’elle est vitale à la compréhension ou au suspense de la scène.

Erreur n°6 : vous arrêter à la première difficulté

Écrire un roman de 300 ou 400 pages qui tient debout de la première à la dernière ligne est un exercice d’une difficulté que sous-estiment tous ceux qui ne l’ont jamais tenté. Il est absolument normal de se heurter à des blocages : un personnage qui sonne faux, un passage qui ne dit pas ce que vous vouliez dire, un pan entier de l’intrigue qui s’effondre aux trois quarts du livre parce qu’un ressort dramatique n’est pas assez solide.

La différence entre un auteur qui termine son roman et un auteur qui l’abandonne ne se joue pas sur le talent : elle se joue sur ce qui se passe au moment de la première vraie difficulté. Beaucoup de gens s’arrêtent d’écrire à cet instant précis, en attendant une illumination qui résoudra le problème à leur place. Cette illumination ne vient jamais tant qu’on ne reste pas devant la page à chercher activement la solution — parfois pendant des semaines.

À faire à la place : quand vous butez sur un passage, ne posez pas le stylo en attendant l’inspiration. Restez devant votre texte et cherchez consciemment des solutions, même mauvaises au départ : c’est en creusant le problème par écrit, et non en s’en éloignant, qu’on finit par le résoudre.

Erreur n°7 : ne pas vous asseoir chaque jour devant votre table de travail

C’est sans doute l’erreur la plus banale, et pourtant la plus destructrice. Écrire un roman est une course de fond, pas un sprint : il faut un rythme de travail régulier, tenu sur plusieurs mois, pour arriver au bout. Céder une fois à la tentation de sauter une journée — parce qu’il y a un mariage, des courses à faire, un film à la télévision — semble anodin. Mais le mécanisme est implacable : une pause en entraîne une autre, puis une semaine, puis plusieurs semaines. Un jour, on se rend compte que cela fait un an que le manuscrit n’a pas été rouvert.

Le vrai danger n’est pas seulement le temps perdu : c’est la perte de contact avec le texte. Après une longue interruption, on a oublié une bonne partie de ce qu’on avait écrit, l’histoire semble soudain fade, et il devient presque impossible de s’y replonger avec la même énergie.

À faire à la place : fixez-vous un objectif quotidien réaliste, même modeste — une page, 250 mots — et tenez-le tous les jours, y compris les jours sans envie. La régularité compte infiniment plus que le volume d’un seul jour d’écriture.

Exercice pratique : votre auto-diagnostic en 7 points

Prenez votre projet de roman actuel, qu’il en soit au stade de l’idée ou déjà à la moitié du premier jet, et répondez honnêtement à ces sept questions :

  1. Ai-je testé mon idée avant de commencer à écrire (fin, pivots, enjeux), ou me suis-je lancé directement ?
  2. Si je devais décrire mon style en une phrase, est-ce que je le comparerais à celui d’un auteur précis, ou saurais-je le décrire avec mes propres mots ?
  3. Ai-je un manuscrit fini que je retravaille depuis des mois sans jamais l’envoyer ?
  4. Suis-je en train d’attendre une meilleure idée avant de me remettre au travail ?
  5. Dans mon dernier chapitre, combien de paragraphes sont de la pure description sans effet sur l’intrigue ?
  6. Ai-je un passage bloqué depuis plusieurs semaines que j’évite d’ouvrir ?
  7. Depuis combien de jours n’ai-je pas écrit une seule ligne ?

Si une ou plusieurs réponses vous mettent mal à l’aise, c’est normal : ce sont exactement les points sur lesquels la majorité des auteurs débutants trébuchent. Les identifier est déjà la moitié du chemin.

Ne traitez pas ces sept questions comme un jugement sur vos capacités. Traitez-les comme un diagnostic technique, au même titre qu’un sportif analyserait sa foulée ou sa respiration. Reprenez-les une fois par mois pendant que vous avancez sur votre roman : les réponses évoluent, et c’est en les suivant dans le temps que vous verrez si vous progressez réellement ou si vous retombez dans les mêmes travers.

Pour aller plus loin

Ces 7 erreurs ne sont qu’un point de départ : elles évitent les pièges les plus grossiers, mais ne suffisent pas à elles seules à construire un roman solide de bout en bout. Pour aller plus loin, vous pouvez lire l’intégralité du livre gratuit de Fred Godefroy, Les 7 erreurs des écrivains débutants, qui détaille chacune de ces erreurs avec davantage d’exemples tirés de son expérience d’auteur et de formateur.

Si vous voulez une méthode complète pour transformer votre prochaine idée en roman terminé — de la préparation à la réécriture, en passant par la structure et les personnages — la formation « Comment écrire un roman » reprend l’ensemble de la méthode pas à pas.

Categories
Structures de romans et d'histoires

Jurassic Park

Cet article fait partie de la collection de structures de romans et histoires que vous pouvez consulter sur le site ecrireunroman.fr pour en savoir plus sur les structures de romans qui marchent…

Film réalisé par Steven Spielberg (1993).

Événement déclencheur : John Hammond, propriétaire du parc, invite les paléontologues Alan Grant et Ellie Sattler à venir visiter et cautionner son mystérieux nouveau parc à thème.

Premier nœud dramatique : En arrivant dans le parc, Alan, Ellie et le mathématicine du chaos Ian Malcolm découvrent les dinosaures vivants pour la première fois et sont submergés d’émerveillement.

Premier goulot d’étranglement : Alors que les scientifiques et les petits-enfants de Hammond effectuent leur visite du parc, celle-ci tourne court : Hammond et son équipe réalisent que la tempête tropicale qui approche s’aggrave et rappellent les jeeps, ce qui sépare Ellie du reste du groupe.

Point médian : Nedry, technicien mécontent de Hammond, désactive les systèmes de sécurité et d’alimentation du parc pour voler des embryons de dinosaures au profit d’une société concurrente. Le tyrannosaure s’échappe alors et attaque les jeeps immobilisées où se trouvent Alan, Ian et les enfants.

Second goulot d’étranglement : Nedry meurt, dévoré par un dinosaure venimeux. Sa disparition scelle le sort du parc : plus personne ne peut le remettre en marche.

Troisième nœud dramatique : Ellie rétablit le courant et les clôtures électriques, sans savoir qu’Alan et les enfants escaladent la clôture. Timmy est électrocuté et n’est sauvé de justesse que grâce au bouche-à-bouche d’Alan, tandis qu’Ellie est attaquée par les raptors qui ont infiltré le local technique, où elle découvre que M. Arnold a déjà été dévoré.

Climax : Alan et Ellie sauvent les enfants des raptors dans la cuisine, puis tout le monde se barricade dans la salle de contrôle, avant d’y être attaqué par les raptors.

Moment décisif : Alors que les raptors s’apprêtent à tous les tuer, le tyrannosaure surgit dans le hall et dévore les raptors, permettant à tout le monde de s’échapper dans la confusion.

Résolution : Tout le monde rentre en hélicoptère, et Alan, autrefois réfractaire aux enfants, tient désormais les enfants endormis dans ses bras.


Retrouvez tous les articles sur la structure des histoires et des romans.

Pour aller plus loin dans la construction de vos propres structures de romans, découvrez le livre de K.M. Weiland, Structurez votre roman :

Structurez votre roman – K.M. Weiland

Structurez votre roman - K.M. Weiland

Categories
Écrire un roman

Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 3 : une mauvaise relation de cause à effet

En tant que créateurs de mondes fictifs, les auteurs bénéficient d’un certain nombre d’informations privilégiées. Nous savons presque toujours ce qui va arriver aux personnages avant que l’événement ne se produise réellement. Nous comprenons la relation de cause à effet de façon intuitive. Les lecteurs et le personnage principal n’ont peut-être pas vu venir ce crochet du gauche de l’antagoniste, mais nous, les auteurs, nous avons vu le méchant s’approcher subrepticement du protagoniste bien avant que ses actes ne se manifestent sur la page.

L’effet d’une relation de cause à effet embrouillée

À cause de ces informations privilégiées, il est bien trop facile de dérouter les lecteurs en montrant l’effet d’une action avant d’en montrer la cause. Prenez l’exemple suivant :

Cora ouvrit la fenêtre pour crier après son fils. Il se tenait à côté de la bouche d’incendie, de l’autre côté de la rue, alors qu’elle lui avait répété un million de fois de rester dans le jardin.

Au début de ce paragraphe, les lecteurs n’ont aucune idée de la raison pour laquelle Cora crie. Ils ne savent pas que son fils se trouve de l’autre côté de la rue, pas plus qu’ils ne savent que Cora lui avait ordonné de rester dans le jardin. Voici un exemple encore plus subtil de cette inversion :

Cora sursauta et fit volte-face lorsque la bouche d’incendie explosa.

Les lecteurs voient Cora sursauter, mais ils n’ont aucune idée du pourquoi.

Pourquoi une mauvaise relation de cause à effet est-elle un problème ?

À première vue, cela peut sembler un détail insignifiant. Après tout, les lecteurs n’ont qu’à lire jusqu’à la fin de la phrase pour découvrir pourquoi Cora a réagi ainsi. Mais en inversant les événements, même brièvement, vous leur bouchez la vue sur votre histoire.

Dans son article « 3 Secrets to Great Storytelling » (Writer’s Digest, janvier 2011), l’auteur de thrillers Steven James explique :

En tant qu’auteur de fiction, vous voulez que votre lecteur soit toujours émotionnellement présent dans l’histoire. Mais lorsque les lecteurs sont contraints de deviner pourquoi quelque chose s’est produit (ou ne s’est pas produit), ne serait-ce qu’une fraction de seconde, cela les amène à décrocher intellectuellement et les éloigne de l’histoire. Au lieu de rester présents aux côtés des personnages, ils commencent à analyser ou à remettre en question la progression de l’intrigue. Et ce n’est vraiment pas ce que vous voulez.

Souvent, les écrivains montrent l’effet avant la cause par simple négligence. Parce que nous, nous savons ce qui s’est passé, cette rupture de la linéarité ne nous pose aucun problème de compréhension.

Ne confondez pas mauvaise relation de cause à effet et « création de suspense »

Certains auteurs vont plus loin en inversant délibérément la cause et l’effet, dans une tentative malavisée de créer du suspense :

Elliot regardait, sous le choc. C’était impossible. S’il avait su, il aurait peut-être pu l’empêcher. Le cœur battant, il se laissa tomber sur le trottoir. Devant lui, des voitures de police entouraient la Camry défoncée de son frère.

Cette technique ne fonctionne que dans une poignée de cas rares (les débuts de chapitre en font parfois partie). Le plus souvent, le résultat est la frustration du lecteur, qui vous en veut de refuser de partager les informations que les personnages reçoivent au moment où ils les reçoivent.

Si vous parvenez à renforcer votre récit en montrant une progression logique de la cause vers l’effet, vous obtiendrez une prose plus dense, des réactions de personnages plus honnêtes et des lecteurs plus impliqués.

Et comment corriger ces exemples ?

Interrogée en commentaire, K.M. Weiland propose ces réécritures (parmi bien d’autres possibles) :

  • Exemple n° 1 : Cora regarda par la fenêtre et vit son fils debout à côté de la bouche d’incendie, de l’autre côté de la rue. Elle ouvrit la fenêtre et cria : « Je ne t’ai pas répété un million de fois de rester dans le jardin ? »
  • Exemple n° 2 : La bouche d’incendie explosa, et Cora sursauta et fit volte-face.
  • Exemple n° 3 : En tournant au coin de la rue, Elliot vit la Camry défoncée de son frère entourée de voitures de police. Il regardait, sous le choc. C’était impossible. S’il avait su, il aurait peut-être pu l’empêcher. Le cœur battant, il se laissa tomber sur le trottoir.

Pour aller plus loin

Structurez votre roman — la structure de la Scène et de la Séquence repose entièrement sur un enchaînement rigoureux de cause à effet.

Les 5 secrets de la structure du récit