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Intrigues secondaires : combien en créer, et comment les relier à l’intrigue principale

Beaucoup d’auteurs débutants pensent qu’une intrigue, aussi bien construite soit-elle, suffit à remplir un roman. C’est une erreur qui se paie cher : sans renfort, une intrigue principale s’use vite, même excellente. Elle devient prévisible, elle respire mal, elle ne fait pas illusion sur trois cents pages. Ce qui lui donne de l’épaisseur, ce qui la rend crédible et vivante, ce sont les intrigues secondaires. Encore faut-il savoir combien en créer, à quoi elles servent vraiment, et comment éviter qu’elles prennent le pas sur l’histoire qu’elles sont censées soutenir. C’est tout l’objet de ce chapitre central de la méthode de Fred Godefroy.

Une seule intrigue principale, des intrigues secondaires toujours moins importantes

Première règle, incontournable : il n’y a jamais qu’une seule intrigue principale dans un roman. Seconde règle, qui en découle directement : les intrigues secondaires ont obligatoirement moins d’importance, en termes d’enjeu et d’objectif, que l’intrigue principale. Elles sont là pour soutenir, compléter, enrichir, étoffer, expliciter ou compliquer l’intrigue principale — jamais pour lui faire concurrence. Une intrigue secondaire peut durer une page comme se dérouler en parallèle de tout le roman, par exemple comme une fausse piste.

L’intrigue secondaire est, dans l’immense majorité des cas, liée à l’intrigue principale, de près ou de loin. Elle n’est jamais là pour faire joli. Dans les rares cas où elle ne l’est pas, sa fonction est d’apporter au protagoniste, à l’antagoniste, à un personnage secondaire ou à l’univers un élément vital, sans lequel l’objectif et l’enjeu resteraient hors de portée. Dans ce cas précis, restez vigilant à ne pas tomber dans le deus ex machina, c’est-à-dire une solution surgie de nulle part qui n’a jamais été préparée.

On pourrait parfois croire qu’un roman contient plusieurs intrigues principales à la fois. C’est faux : il n’y en a toujours qu’une seule, entourée d’intrigues secondaires suffisamment travaillées pour qu’on les confonde avec elle. L.A. Confidential en est l’exemple le plus spectaculaire : trois protagonistes, chacun suivant sa propre enquête, un enchevêtrement qui donne l’impression d’une fresque éclatée en plusieurs histoires. Ce n’est qu’au climax, quand les intrigues se rejoignent, que l’on comprend qu’il n’y avait depuis le début qu’un seul fil rouge. Trois points de vue, d’innombrables intrigues secondaires, mais une seule intrigue principale : étudier cette construction vaut, à elle seule, une formation complète sur le sujet.

L’intrigue secondaire est en somme une branche de l’intrigue principale, qui exploite un écosystème mineur et complémentaire pour mieux faire comprendre l’écosystème plus vaste de l’histoire. Stephen King le rappelle dans son essai Écriture : tout ce que l’on écrit doit nourrir l’histoire. Si une intrigue secondaire n’apporte rien, si le roman fonctionnerait exactement pareil sans elle, alors elle n’a pas lieu d’être.

Pourquoi une intrigue secondaire est indispensable

Une intrigue secondaire n’est pas un supplément facultatif : il en faut au moins une, sans exception. Une intrigue principale seule, même dans une nouvelle courte, serait trop visible, trop facile, trop plate pour tenir un lecteur en haleine. C’est comme disposer d’un tronc sans bras ni jambes : impossible d’aller bien loin avec.

Prenez la fausse piste, forme la plus classique d’intrigue secondaire. Peut-on imaginer un thriller qui n’en contienne aucune ? Impensable. Jo Nesbø, dans Le Bonhomme de neige, égare volontairement son lecteur sur de multiples fausses pistes pour mieux le surprendre quand le vrai coupable, qu’on ne soupçonnait jamais, est enfin révélé.

Sans intrigues secondaires, l’intrigue principale semble cousue de fil blanc : elle manque de complexité, d’épaisseur, de vraisemblance. Dans un road movie, si le protagoniste traverse trois villes, il doit vivre, dans chacune, des événements différents — ce qui fait vivre l’intrigue principale sans jamais la changer. C’est exactement ce que fait Easy Rider : l’intrigue principale (vivre libre dans un monde plein de carcans) reste identique de bout en bout, mais chaque étape du voyage lui apporte une aventure secondaire qui l’empêche de devenir monotone.

Les ingrédients d’une bonne intrigue secondaire

Comme toute intrigue, une intrigue secondaire a un objectif et un enjeu — mais jamais plus importants que ceux de l’intrigue principale, sinon c’est elle qui en devient une. Elle comporte aussi ses propres obstacles : dans Easy Rider, quand les héros s’arrêtent dans une petite ville, ils terminent en prison. L’obstacle est posé, la résolution de l’intrigue secondaire (sortir de prison) arrive, et la route continue.

Une intrigue secondaire se définit également par une thématique : une histoire d’amour, une nouvelle piste, un personnage mystérieux, un lieu récurrent, un indice qui revient. C’est ce principe qui lui permet d’être disséminée, parsemée au fil du roman, sans jamais former un bloc isolé. Le défi, pour vous, est de parvenir à l’insérer naturellement dans l’intrigue principale : le lecteur ne doit jamais se dire « tiens, voilà une intrigue secondaire ». Dans un roman policier, l’indice que découvre le protagoniste crée des moments d’intensité et de révélation qui lui sont propres, en parallèle de l’intrigue principale, sans que le lecteur puisse clairement démêler l’une de l’autre. C’est ce qu’on appelle le maillage de l’intrigue.

Ce travail de construction est au cœur de Comment créer des intrigues de romans à succès, le livre de Fred Godefroy entièrement consacré à cette mécanique.

Les rôles d’une intrigue secondaire : le couteau suisse de l’auteur

Une bonne intrigue secondaire peut remplir des fonctions très différentes, et les repérer vous évitera bien des blocages.

Elle peut d’abord pallier la faiblesse d’une intrigue principale. C’est fréquent dans la romance, dont le canevas est quasi unique : ce sont les intrigues secondaires qui lui apportent profondeur, originalité et exotisme. C’est aussi ce qui explique pourquoi ce genre, malgré une intrigue principale toujours semblable, reste aussi vivant en littérature.

Elle peut donner plus de crédibilité à l’histoire. Dans The Revenant, l’intrigue secondaire liée au fils métis du protagoniste explique pourquoi celui-ci, guide en territoire hostile, inspire confiance aux trappeurs : sans elle, tout l’édifice du film s’effondrerait. C’est d’ailleurs un bon test pour juger de la qualité de votre roman : si vous pouvez retirer un élément sans que rien ne change au dénouement, il est inutile ; si vous pouvez en ajouter un sans rien casser, c’est que vous n’avez pas exploité toutes les possibilités de votre histoire.

Elle peut apporter des informations complémentaires ou essentielles. Dans La Taupe de John le Carré, l’agent envoyé en Turquie, qu’on croit retourné par le KGB, réapparaît plus tard avec des clés décisives pour l’intrigue principale qui se joue à Londres.

Elle peut faire vivre un personnage secondaire appelé à devenir important. Dans Hannibal, cent pages entières se déroulent à Florence autour d’un policier aux trousses d’Hannibal Lecter : une intrigue secondaire à part entière, qui montre comment le tueur s’est reconstruit une vie de notable, avant de se refermer sur sa mort brutale.

Elle peut présenter un monde encore inconnu du lecteur — technique de choix en science-fiction et en fantasy. Tolkien l’utilise systématiquement dans Le Seigneur des anneaux : les Rohirrims, l’anniversaire de Bilbon chez les Hobbits, la traversée de la Moria chez les Nains sont autant d’intrigues secondaires au service d’une seule culture à chaque fois.

Elle peut installer l’ambiance d’un lieu, comme chez Lovecraft, où le lieu est toujours l’épicentre des intrigues. Elle peut aussi présenter le monde du quotidien du protagoniste en pleine action plutôt qu’en pleine passivité : le prologue des James Bond avec Daniel Craig, souvent la fin d’une mission précédente, est une intrigue secondaire qui reste pourtant reliée à l’intrigue principale du film.

Elle peut enfin présenter un personnage, son passé, ses ressources, avant d’en avoir besoin : dans Collatéral, savoir que le chauffeur de taxi a eu un vrai lien avec sa dernière cliente explique, bien plus tard, pourquoi il risquera tout pour la sauver du tueur à gages qu’il transporte. Une intrigue secondaire est également idéale pour introduire une histoire d’amour dans un roman qui n’en est pas une, ou pour amener un obstacle supplémentaire dans l’intrigue principale. Retenez ceci : si vous êtes bloqué dans votre roman, pensez « intrigue secondaire ». C’est le couteau suisse de l’auteur.

Combien d’intrigues secondaires faut-il créer ?

C’est la question que se posent presque tous les auteurs en cours de préparation, et la réponse du livre de Fred Godefroy est volontairement sans dogme : il n’existe pas de règle absolue, parce que chaque roman, chaque auteur, chaque univers est différent. Tout dépend de vos besoins pour amener l’intrigue principale à son terme — c’est la seule chose qui compte réellement.

Cela dit, la formation « Comment écrire un roman » apporte des repères beaucoup plus opérationnels, à prendre comme des garde-fous plutôt que comme des lois absolues. Vous pouvez créer entre une et cinq intrigues secondaires, jamais plus : au-delà, vous risquez de diluer l’attention du lecteur et de perdre le contrôle de votre propre construction. De manière empirique, comptez une intrigue secondaire toutes les cent cinquante à deux cents pages : un roman de 300 pages en justifie rarement plus de deux, un roman de 500 pages peut en accueillir trois ou quatre.

Il y a surtout une règle de dosage à retenir par-dessus tout : l’ensemble de vos intrigues secondaires doit toujours occuper moins de pages que l’intrigue principale, qui doit, elle, représenter au moins la moitié du roman. Si ce ratio s’inverse, l’intrigue principale finit par disparaître derrière ses propres renforts — un comble.

Un cas particulier mérite d’être signalé : celui du roman à intrigues multiples, où plusieurs protagonistes suivent chacun leur propre fil. Dans cette configuration précise, chaque intrigue est traitée comme une intrigue principale à part entière, et il n’y a tout simplement pas d’intrigues secondaires au sens classique du terme. La logique de dosage décrite ici ne s’applique donc pas de la même façon ; c’est une structure à part, qui mériterait un article à elle seule.

Les deux erreurs qui ruinent un bon dosage

La première erreur est de laisser une intrigue secondaire grossir au point de brouiller la hiérarchie entre elle et l’intrigue principale. Fred Godefroy appelle ça « des intrigues pas si secondaires » : un mauvais dosage entre l’intrigue principale et ses renforts a des conséquences directes sur la cohérence entre protagoniste, antagoniste, objectif et enjeu. Toutes les cartes se brouillent, et c’est la confusion qui frappe à la porte du lecteur. Une intrigue secondaire doit rester secondaire ; l’intrigue principale doit rester clairement identifiable comme prééminente, à tout moment de la lecture.

La seconde erreur, à l’opposé, est d’en créer trop. Au-delà d’un certain seuil, les intrigues secondaires étouffent littéralement l’intrigue principale : le lecteur la perd de vue, tout comme l’objectif et l’enjeu qui en dépendent. Fred Godefroy compare cela à un jardin japonais : tout ce qui entoure la pièce maîtresse doit exister pour la magnifier, jamais pour la masquer. Si votre lecteur ne sait plus très bien quelle intrigue suivre en priorité, vous avez dépassé la limite.

Une dernière règle, non négociable celle-ci : résolvez systématiquement toutes vos intrigues secondaires, y compris celles qui se terminent après le climax mais avant la toute dernière phrase du roman. C’est ce qu’on appelle l’effet Zeigarnik, cette tension psychologique qui tient un lecteur en haleine tant qu’une promesse n’a pas été honorée. Laisser une intrigue secondaire sans conclusion n’est pas une liberté artistique : c’est une faute professionnelle qui gâche le plaisir de lecture, même si le lecteur ne saurait pas forcément dire pourquoi la fin le laisse insatisfait.

Exercice pratique : auditez les intrigues secondaires de votre roman

Prenez la liste complète des intrigues secondaires de votre manuscrit en cours, ou de votre prochain projet, et posez-vous ces sept questions pour chacune d’entre elles, telles que les formule Fred Godefroy :

  • Pourquoi créer cette intrigue secondaire précise ?
  • Où la commencer, où la terminer ?
  • Quel personnage en est le protagoniste ?
  • Quels en sont les antagonismes ?
  • Comment l’intégrer naturellement à l’intrigue principale ?
  • Qu’apporte-t-elle de vital à l’ensemble ?
  • Si je la retire complètement, est-ce que mon édifice s’écroule ?

Si une intrigue secondaire ne survit pas à la dernière question — si le roman fonctionnerait exactement de la même façon sans elle —, coupez-la sans regret, même si vous y êtes attaché. Ensuite, comptez : combien en avez-vous au total ? Si vous dépassez cinq, cherchez lesquelles fusionner. Enfin, estimez, même grossièrement, la proportion de pages qu’elles représentent cumulées par rapport à l’intrigue principale. Si elles menacent de dépasser la moitié du livre, c’est le signal qu’il faut soit en couper une, soit redonner plus de place à votre intrigue principale.

Cet exercice, fait honnêtement, révèle presque toujours la même chose : on garde trop d’intrigues secondaires par attachement sentimental, et pas assez pour les bonnes raisons. Une intrigue secondaire qui ne sert qu’à décorer votre roman n’a, par définition, rien à y faire.

Pour aller plus loin

La construction détaillée des intrigues secondaires, avec davantage d’exemples et la méthode complète pour les relier à l’intrigue principale, fait l’objet d’un chapitre entier de Comment créer des intrigues de romans à succès, le livre de Fred Godefroy.

Si vous voulez aller plus loin et appliquer cette méthode, étape par étape, à votre propre roman, la formation complète « Comment écrire un roman » reprend l’ensemble de la méthode Godefroy, intrigues principale et secondaires comprises.

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Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 10 : la surcharge de personnages

Quand on manie de vastes distributions de personnages — ou même simplement des scènes qui exigent la présentation en rafale de plus de deux ou trois personnages —, les lecteurs se retrouvent parfois en grand danger de « surcharge de personnages ». La sagesse commune veut qu’il n’existe pas de « trop de bons personnages ». Mais, en réalité, trop de personnages peut devenir bien trop d’une bonne chose.

Prenons un exemple.

Gabrielle examina le festin étalé sur sa table. Si cela ne suffisait pas à nourrir tout le monde, elle était dans de beaux draps.

La sonnette retentit, et elle se précipita pour ouvrir.

Entrèrent son cousin Bill et sa femme Tootsie, avec leurs trois adorables enfants, Annamarie, Hank et Bill Junior.

Gabrielle eut à peine le temps de les saluer avant que la sonnette ne retentisse de nouveau : elle ouvrit la porte pour accueillir Ella — sa cousine au second degré (ou était-ce au troisième ?). Puis arrivèrent l’oncle Mutt et la tante Kitty, ses meilleures amies Jeri et Mae avec leurs maris Andrew et Mike. Et ce n’était là que la première moitié des invités !

Cet extrait vient de nous présenter le nombre peu engageant de treize personnages. Combien d’entre eux avez-vous des chances de retenir ? Quelques paragraphes plus loin, personne ne se souviendra si Jeri est une cousine au second degré ou une meilleure amie. Et pourtant, tous ces personnages sont essentiels à l’histoire. Il faut bien les présenter.

4 façons d’éviter la surcharge de personnages quand vous présentez une distribution nombreuse

Que faire, alors ? Vous avez plusieurs options.

1. Réévaluez la nécessité de vos personnages

Avez-vous vraiment besoin de ces treize personnages ? Passez-les en revue. Pourriez-vous en fusionner deux ou plus afin de resserrer votre distribution et de rendre votre histoire plus fluide ? Jeri et Mae, les deux meilleures amies, pourraient peut-être n’en faire qu’une — et, pour simplifier encore les choses, cette amie unique pourrait être célibataire, ce qui supprime le besoin d’un mari. Peut-être le cousin Bill et sa femme n’ont-ils qu’un seul adorable enfant au lieu de trois.

2. Étalez les présentations sur plusieurs scènes

Une fois votre distribution ramenée à son poids de forme, examinez la scène elle-même. Tous ces personnages ont-ils réellement besoin d’être présentés dans cette seule scène ? Pourriez-vous les répartir sur plusieurs scènes différentes, afin de laisser aux lecteurs le temps d’assimiler chaque personnage ? Peut-être que seuls les cousins Bill et Ella viennent dîner chez Gabrielle. La meilleure amie Jeri-Mae, elle, pourra passer après la fête pour aider à ranger.

3. Espacez les présentations au fil de la scène

Si vous avez conclu que tous vos personnages doivent absolument être présentés dans cette unique scène, espacez au moins leurs entrées sur toute la durée de la scène. Au lieu d’un assaut devant la porte de Gabrielle, laissez les invités arriver au compte-gouttes tout au long de la soirée, de sorte que Gabrielle ait l’occasion d’échanger quelques répliques avec chacun d’eux — ce qui contribue à ancrer les personnages dans l’esprit des lecteurs.

4. Rendez chaque personnage mémorable

Enfin, la chose la plus importante que vous puissiez faire pour que vos personnages s’impriment dans la mémoire de vos lecteurs — quelle que soit la vitesse à laquelle vous les présentez —, c’est de les rendre mémorables. Plutôt que de débiter la liste des invités à mesure qu’ils font irruption chez Gabrielle, donnez à chaque personnage un trait, une action ou une réplique mémorable qui l’aidera à rester en mémoire. Tootsie s’est peut-être teint les cheveux en cramoisi ; Ella est peut-être en larmes ; Bill Junior débarque peut-être avec le chat suspendu par la queue ; l’oncle Mutt est peut-être ivre.

Quoi qu’il en soit, gardez à l’esprit que les personnages qui ont leur place dans votre histoire méritent qu’on se souvienne d’eux : faites donc en sorte que leurs entrées soient inoubliables.

Pour approfondir la présentation et la caractérisation de vos personnages, voyez aussi : Le personnage : la partie la plus importante du début de votre histoire et Créer des arcs de personnages, partie 5 : le Moment Caractéristique. Pour évaluer l’utilité réelle de chacun d’eux, voyez Plus de 100 questions pour vous aider à interroger votre personnage.


Retrouvez tous les articles de la série : Les erreurs d’écriture les plus courantes.

Pour aller plus loin

Les livres de K.M. Weiland traduits en français :

Construire des arcs narratifs de personnages

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Préparez votre roman

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L’élément déclencheur : le vrai début de votre roman

Un roman qui démarre mal n’a presque jamais un problème de style. Il a un problème de minutage : l’auteur n’a pas identifié, ou pas construit, le bon élément déclencheur — ce moment précis où le monde du quotidien de son protagoniste explose pour le projeter dans l’aventure. Beaucoup de manuscrits accumulent des pages avant que quoi que ce soit ne se passe vraiment, pendant que leur auteur attend, sans le savoir, l’instant qui fera réellement démarrer l’histoire.

Dans Comment structurer vos romans à succès, Fred Godefroy consacre un chapitre entier à cette étape, qu’il considère comme l’une des deux plus importantes de toute la structure héroïque, avec l’épreuve extrême. Voici comment la repérer, la construire, et éviter les pièges qui font fuir le lecteur dès les premières pages.

Qu’est-ce qu’un élément déclencheur, exactement ?

L’élément déclencheur se situe entre le monde du quotidien et le monde de l’aventure. Son rôle est simple à énoncer, plus délicat à exécuter : extraire le protagoniste de son quotidien pour le projeter de force dans l’aventure qui va suivre.

Il peut prendre des formes très variées : un dialogue, un événement direct qui arrive au protagoniste, un événement indirect (quelque chose qui se passe dans le monde et qui va avoir une influence sur l’histoire), un objet qu’on lui donne, une information qu’il découvre. Ce qui compte, ce n’est pas sa nature, c’est sa fonction : il doit fracasser littéralement l’équilibre des forces du monde du quotidien.

Et il doit le faire vite. L’idéal, c’est qu’il tienne en une ligne — la dernière phrase d’un chapitre, la fin d’un dialogue — ou qu’il occupe un chapitre entier, deux au grand maximum. Plus il est franc, tranché, direct, mieux il fonctionne. Un élément déclencheur qui s’étale est un élément déclencheur qui s’affaiblit.

Cette brutalité n’est pas un hasard. Le lecteur sait, dès qu’il ouvre un roman, qu’il va s’y passer quelque chose : c’est une promesse tacite que l’auteur lui fait. « Hé, il se passe quelque chose, ça valait le coup d’ouvrir ce livre. » Un roman sans véritable élément déclencheur est un roman où l’on attend, on attend… et il ne se passe rien. (Il existe une exception célèbre, La Route de Cormac McCarthy, où l’événement déclencheur n’arrive qu’à la toute fin : tout le reste n’est que monde du quotidien. Mais c’est précisément parce que cette exception est rarissime qu’elle fonctionne.)

Un seul élément déclencheur, jamais deux

Première règle, et elle est stricte : il ne peut y avoir qu’un seul élément déclencheur dans toute une histoire, même s’il y a ensuite des pivots dramaturgiques très puissants au fil de l’aventure. C’est le seul moment où le monde du quotidien est cassé pour de bon, projetant le héros ailleurs. Une fois franchi, ce monde du quotidien n’existe plus : pour les écrivains, l’élément déclencheur joue le même rôle que le premier pivot de la structure cinématographique en trois actes.

Dans la réalité, chacun de nous vit plusieurs « élément déclencheur » au cours d’une vie : un divorce, un licenciement, un accident. Mais dans une histoire, on choisit de ne raconter qu’un seul de ces instants de bascule — le jour où… Il y aura bien d’autres pivots à l’intérieur de l’aventure elle-même, mais ce premier basculement reste unique : c’est lui, et lui seul, à partir duquel tout change pour toujours.

Comment le lecteur doit-il le reconnaître ?

C’est le test le plus simple pour vérifier qu’un élément déclencheur fonctionne : le lecteur doit comprendre, au moment même où il se produit, que les règles du jeu viennent de changer pour le protagoniste — pas après. S’il ne le comprend qu’avec retard, il aura une impression de flottement et se demandera : « Quand est-ce que ça commence ? »

Dans Harry Potter à l’école des sorciers, on bascule dans le monde du fantastique quand la boîte aux lettres des Dursley se met à cracher des centaines d’enveloppes. On ne sait pas encore ce qu’elles contiennent, mais on sait déjà que quelque chose d’anormal, de magique, vient de se produire. Le lecteur n’a pas besoin d’en savoir plus pour comprendre que le quotidien de Harry vient d’exploser.

Même logique dans Le Secret de la Licorne : l’élément déclencheur, c’est le moment où Tintin découvre, dans le mât brisé d’une maquette de bateau, un parchemin couvert d’un code mystérieux. Tout ce qui précède — y compris le cambriolage de son appartement — appartenait encore au quotidien. C’est avec ce code à résoudre que Tintin bascule dans l’aventure, parce que résoudre des mystères, c’est précisément ce qui définit ses histoires.

Un exemple plus intime permet de bien saisir la nuance : une femme découvre que son mari la trompe. L’élément déclencheur n’est pas le fait qu’il la trompe — cela peut durer depuis des mois sans qu’elle le sache, et tant qu’elle l’ignore, elle vit encore dans son monde du quotidien. L’élément déclencheur, c’est l’instant précis où elle en prend conscience : elle le surprend, elle entend une conversation, elle lit un message qu’elle n’aurait pas dû voir. Ce qui compte, ce n’est jamais l’événement en lui-même, c’est le moment où le protagoniste en prend conscience.

Cars illustre bien ce piège de datation. Flash McQueen demande à son ami le camion Mack de rouler toute la nuit ; Mack s’endort au volant ; Flash McQueen est éjecté lors d’une embardée. Où est l’élément déclencheur ? Pas dans la demande de Flash McQueen, pas dans l’endormissement de Mack, pas même dans la chute : tout cela fait encore partie du monde du quotidien, même si cela y a conduit. L’élément déclencheur, c’est le réveil de Flash McQueen, seul, après sa chute — l’instant où il prend conscience que tout a changé. C’est seulement à partir de là que commence, à proprement parler, le départ pour l’aventure.

L’erreur à ne jamais commettre : le hasard extérieur

Un élément déclencheur ne doit jamais provenir d’un hasard extérieur à l’histoire que vous racontez — un événement qui n’a aucun lien avec votre protagoniste, vos personnages ou le monde que vous avez construit. Le hasard, utilisé ainsi, affaiblit une histoire, et peut même la détruire dès ses premières pages : le lecteur sent instinctivement qu’on a forcé les choses pour le faire démarrer.

Il existe cependant une nuance que Fred Godefroy appelle un secret d’auteur : le hasard qui nuit au protagoniste peut renforcer votre histoire, alors que le hasard qui le sauve l’affaiblit systématiquement. Un protagoniste qui subit un coup du sort reste crédible ; un protagoniste qui s’en sort grâce à une coïncidence providentielle sonne faux.

Le meilleur des deux mondes, c’est un élément déclencheur directement relié à votre antagoniste. Ce n’est pas une obligation, mais quand le début et la fin de votre roman se rejoignent — parce qu’ils se déroulent au même endroit, par exemple —, cette boucle donne à l’histoire une cohérence et une puissance que le hasard ne pourra jamais lui offrir.

Trois façons d’amener l’élément déclencheur

Vous avez trois possibilités pour placer cette bascule dans votre roman.

Il peut arriver d’un coup, sans préparation. C’est le cas dans World War Z : le monde du quotidien du protagoniste est à peine suggéré en une minute, puis tout dégringole instantanément. Cette option convient particulièrement bien quand votre monde du quotidien, en lui-même, n’a pas grand-chose d’intéressant à montrer : mieux vaut l’expédier vite que de laisser le lecteur s’ennuyer.

Il peut être préparé en amont, au sein même du monde du quotidien. C’est la technique du milking — en référence au fameux fusil de Tchekhov, popularisé par Hitchcock sous forme de règle : si vous montrez un fusil accroché au mur au premier acte, un coup de feu doit forcément être tiré plus tard. Concrètement, cela veut dire distiller, dans les pages qui précèdent l’élément déclencheur, tous les germes, indices et objets qui seront réutilisés ensuite par votre protagoniste pour résoudre ses problèmes. Dans Millénium, par exemple, deux cents pages développent la vie de journaliste du héros, son procès, ses relations — avant qu’un simple appel téléphonique d’un avocat, le soir de Noël, ne devienne l’élément déclencheur qui bascule tout. L’appel ne sort pas de nulle part : tout ce qui précède l’a rendu possible, voire inévitable.

Il peut enfin avoir lieu avant le monde du quotidien lui-même. C’est une technique plus avancée, réservée aux auteurs qui savent déjà manier la structure en profondeur : elle consiste à inverser l’ordre, en plaçant l’élément déclencheur en ouverture, puis en revenant au monde du quotidien par flash-back. C’est la technique de Stephen King, qui donne volontiers la fin ou un drame énorme dès les premières pages, avant de revenir en arrière : le lecteur accepte alors de patienter dans un monde du quotidien plus calme, puisqu’il sait déjà qu’un sentiment d’urgence l’attend.

Le prologue : un raccourci pour sauver un début trop sage

Cette dernière technique rejoint un outil que beaucoup d’auteurs débutants maîtrisent mal : le prologue. Il s’écrit, par définition, entre le moment où se déroule votre élément déclencheur et la fin de votre roman — c’est une sorte de premier chapitre qui reprend un détail, une scène ou un personnage que l’on retrouvera plus tard dans l’histoire, après l’élément déclencheur proprement dit.

Un bon prologue poursuit deux objectifs à la fois : convaincre l’éditeur, et accrocher le lecteur. Votre première phrase, puis votre premier paragraphe, puis votre première page, puis le prologue tout entier doivent être ciselés pour susciter la curiosité de l’un comme de l’autre — car après le prologue, c’est le tout dernier chapitre qui compte le plus aux yeux d’un éditeur : la lecture de ces deux morceaux suffit souvent à emporter sa décision.

Bonne nouvelle pour les auteurs qui craignent de « trahir » leur histoire : un prologue n’est pas obligé de parler de votre protagoniste. Il peut présenter des événements passés, un personnage secondaire, une situation connexe à votre intrigue principale — tout ce qui, d’une manière générale, peut aiguiser la curiosité de votre lecteur et de votre futur éditeur.

Indiana Jones, dans ses meilleures adaptations, en est un exemple limpide : le personnage est professeur, un métier a priori peu spectaculaire. Son monde du quotidien ne décolle vraiment que grâce à une scène d’ouverture digne d’un James Bond, suivie d’un petit détail intrigant — une étudiante qui a écrit love you sur ses paupières — qui rend ce quotidien de professeur, pourtant banal, immédiatement vivant. On retrouve la même logique chez Paul Auster dans Léviathan : le monde du quotidien, très ordinaire, occupe la majeure partie du roman, mais il devient passionnant parce qu’un prologue explique dès le départ pourquoi le narrateur doit raconter son histoire le plus vite possible, avant d’être arrêté par la police.

Il existe deux cas précis où vous pouvez vous dispenser de prologue : quand votre roman s’ouvre directement sur l’élément déclencheur, ou quand votre premier chapitre crée déjà, à lui seul, suffisamment de curiosité. Dans tous les autres cas — en particulier si votre monde du quotidien est un peu terne —, le prologue reste le raccourci le plus sûr pour donner faim au lecteur avant même que l’aventure ne commence vraiment.

Ce que l’élément déclencheur déclenche vraiment

Un élément déclencheur réussi ne se contente pas de faire sortir le protagoniste de chez lui : il avance, renforce, développe ou contrecarre son désir conscient — et s’il n’avait pas encore de désir inconscient, c’est précisément ce moment qui doit le faire naître. C’est le croisement de ces désirs avec l’élément déclencheur qui génère l’objectif du protagoniste : un grand objectif pour tout le roman, et souvent des objectifs d’étape, conscients ou inconscients, qu’il vaut mieux noter noir sur blanc sur votre fiche de personnage.

Juste après, dans la structure complète, vient une étape corollaire que l’on appelle le passage du seuil : l’instant où le protagoniste prend conscience qu’il doit agir, qu’il doit quitter son monde du quotidien pour entrer dans celui de l’aventure afin de rétablir l’équilibre rompu. Ce passage du seuil peut être la conséquence immédiate de l’élément déclencheur, ou une conséquence plus réfléchie, qui vient un peu après ; il tient le plus souvent en un paragraphe, parfois en un chapitre, mais toujours un chapitre court. C’est grâce à lui que le lecteur comprend enfin l’attitude de votre protagoniste et peut, comme on dit, « entrer dans sa peau ».

Exercice pratique

Avant de poursuivre votre lecture, reprenez le début de votre roman en cours (ou d’un projet que vous préparez) et répondez à ces trois questions, directement inspirées du défi que propose Fred Godefroy dans sa formation :

  • Pouvez-vous identifier, en une phrase, l’instant exact de votre élément déclencheur — celui où les règles du jeu changent pour votre protagoniste ?
  • Cet élément déclencheur est-il relié, même indirectement, à votre antagoniste ou aux germes déjà présents dans votre monde du quotidien, plutôt qu’à un hasard extérieur ?
  • Avez-vous écrit, ou au moins esquissé, le passage du seuil qui doit suivre — le moment où votre protagoniste comprend qu’il doit agir ?

Si vous ne savez répondre à aucune de ces trois questions, c’est probablement le signe que votre roman n’a pas encore véritablement commencé, quel que soit le nombre de pages déjà écrites.

Pour aller plus loin

L’élément déclencheur n’est que la deuxième des neuf étapes de la structure héroïque mise au point par Fred Godefroy. Pour comprendre comment elle s’articule avec le monde du quotidien qui la précède et les huit étapes qui la suivent, direction le livre Comment structurer vos romans à succès, qui détaille l’ensemble de cette structure en neuf étapes pas à pas.

Pour aller encore plus loin et construire, chapitre par chapitre, votre élément déclencheur, le passage du seuil qui l’accompagne et la rencontre avec votre mentor, la formation « Comment écrire un roman » propose un accompagnement complet, module après module, pour transformer ces principes en pages réellement écrites.

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Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 9 : rien ne se passe dans votre scène

Que se passe-t-il ensuite ? Voilà la question que nous voulons tous entendre, le souffle coupé, dans la bouche de nos lecteurs. Mais pour qu’il se passe quelque chose ensuite, il faut déjà qu’il se passe quelque chose au départ.

À première vue, cela paraît évident. En réalité, il est ridiculement facile d’écrire scène après scène dans lesquelles il ne se passe qu’un gros et beau paquet de rien. Il est même possible d’écrire un roman entier dans lequel il ne se passe rien — bien qu’il soit nettement moins possible de faire publier ledit roman.

7 types de scènes dans lesquelles il ne se passe rien

Examinons quelques signes indiquant que votre scène relève peut-être plutôt du « rien » que du « il se passe quelque chose ».

1. La scène de la routine quotidienne

Décrire de temps à autre, en détail, la routine quotidienne d’un personnage peut être à la fois intéressant et instructif. Mais, trop souvent, c’est une manœuvre dilatoire de la part d’un auteur qui est encore en train de faire connaissance avec son personnage et/ou qui ne sait pas encore ce qui est censé se passer ensuite.

2. La scène de passé du personnage

Le passé du personnage est un élément crucial de tout roman, mais il doit être manié avec art, de façon à ne livrer les informations qu’au moment et dans la mesure où elles deviennent nécessaires. Par exemple, une scène qui explique le parcours professionnel de vos personnages au moment où ils arrivent sur leur lieu de travail actuel est probablement non seulement inutile, mais aussi le signe qu’il ne se passe pas grand-chose sur ce lieu de travail.

3. La scène de bavardage

Le dialogue est l’un des éléments les plus énergiques, les plus chargés de conflit et les plus moteurs pour l’intrigue dans une histoire — mais il ne fonctionne que s’il fait réellement progresser l’intrigue. Deux personnages qui prennent le temps d’échanger des amabilités déjà assez ennuyeuses dans la vie réelle, et plus encore en fiction, devraient susciter une attraction magnétique entre l’index de l’auteur et la touche « Supprimer ».

4. La scène trop descriptive

La description est une bonne chose — une très, très bonne chose —, puisque la description des personnages et des décors est le seul médium à travers lequel les lecteurs peuvent voir et interpréter l’histoire. Mais une bonne chose en trop grande quantité reste une chose en trop grande quantité. Une scène qui repose principalement sur la description est une scène dans laquelle vous pouvez être à peu près certain qu’il ne se passe pas grand-chose.

5. La scène du monologue sans objet

Les pensées développées d’un personnage, rapportées par la narration, doivent toujours avoir un but, toujours faire avancer l’intrigue. Si tout ce que fait votre personnage, c’est ruminer sur le fait qu’elle devrait vraiment refaire son vernis à ongles écaillé, ou que son dernier client est la 113e personne d’affilée à commander un chai latte, c’est probablement le signe qu’il ne se passe pas grand-chose dans votre scène.

6. La scène du déjà-vu

Les scènes répétitives sont des pièges faciles, d’autant plus que les auteurs oublient souvent ce qu’ils ont déjà écrit et ce qu’ils n’ont pas écrit. Mais une fois que vous avez établi le mode opératoire de votre personnage perceur de coffres, vous n’avez pas besoin d’y revenir en détail dans une scène ultérieure.

7. La scène « histoire de passer le temps »

Les Séquences, dans lesquelles les personnages reprennent leur souffle après une action ininterrompue, sont un élément vital du rythme. Mais il est tout aussi vital que ces scènes fassent avancer l’intrigue. Ne laissez pas vos personnages rester assis à ressasser leur sale journée ou à contempler les fissures du plafond. Assurez-vous que leurs actions et leurs dialogues continuent de faire progresser l’intrigue.

Si vous parvenez à faire qu’il se passe quelque chose dans toutes vos scènes, vous êtes assuré de garder vos lecteurs rivés à chacune de vos pages !

Pour approfondir la mécanique de la Scène et de la Séquence, voyez aussi : Structurer les scènes de votre histoire, partie 1 : maîtriser les deux parties de la structure d’une scène et partie 7 : les trois éléments constitutifs de la Séquence. Sur le passé du personnage livré par le dialogue, voyez Les déversements d’information n’ont pas leur place dans le dialogue.


Retrouvez tous les articles de la série : Les erreurs d’écriture les plus courantes.

Pour aller plus loin

Les livres de K.M. Weiland traduits en français :
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Structurer un roman

La structure en 9 étapes pour un roman qui tient en haleine

Pourquoi certains romans vous tiennent-ils en haleine du premier au dernier chapitre, alors que d’autres, pourtant bien écrits, vous perdent en cours de route ? La réponse ne tient pas qu’au style ou à l’originalité de l’intrigue. Elle tient d’abord à une architecture invisible, utilisée depuis l’Antiquité : la structure héroïque. C’est elle qui donne son squelette à l’Odyssée d’Homère, à Harry Potter, au Seigneur des anneaux comme à n’importe quel thriller contemporain. Fred Godefroy l’a adaptée au roman en neuf étapes claires, que nous allons détailler pas à pas, pour que vous puissiez enfin construire une histoire qui avance, qui monte en intensité, et qui ne lâche jamais son lecteur.

Cette structure n’est pas une contrainte qui brimerait votre inspiration : c’est l’inverse. Une fois qu’elle est intégrée, elle devient un filet de sécurité. Vous savez à chaque instant où vous en êtes dans votre histoire, ce qui doit encore arriver, et pourquoi telle scène fonctionne ou pas. C’est aussi ce qui vous évite le piège numéro un du primo-auteur : un manuscrit qui s’essouffle au tiers du livre, faute de savoir où aller.

Une structure universelle, pas une invention d’auteur

Cette structure n’a été inventée par personne. Elle a été observée. Dès l’Antiquité grecque, dans les agoras, on discutait déjà de la manière de raconter une bonne histoire. En 1949, l’anthropologue Joseph Campbell a mis des mots savants sur ce schéma universel dans Le Héros aux mille et un visages : le monomythe. Un héros quitte le monde du quotidien, affronte des forces qui le dépassent, remporte une victoire décisive, puis revient transformé, capable de transmettre ce qu’il a appris. Hollywood s’en est emparé dans les années 1970 grâce au script doctor Christopher Vogler, qui en a tiré un guide pratique pour les scénaristes. Depuis, la quasi-totalité des films à succès, et des meilleurs romans, suivent ce canevas, consciemment ou non.

Fred Godefroy a repris les dix-huit étapes de Campbell et les a condensées en neuf étapes principales, pensées spécifiquement pour le roman, où l’espace ne manque pas comme au cinéma (un scénario de deux heures tient en cent vingt pages, un roman peut en faire mille deux cents). Ces neuf étapes ne sont pas une recette rigide qui tuerait votre créativité : c’est au contraire ce qui vous évite d’être bloqué devant votre page blanche, parce que vous savez toujours ce qui doit arriver ensuite. Une fois la structure maîtrisée, vous pourrez d’ailleurs vous amuser à en changer l’ordre, à condition de connaître d’abord la règle pour la transgresser en connaissance de cause.


Les neuf étapes qui tiennent un roman en haleine

Voici les neuf étapes, dans l’ordre où elles apparaissent le plus souvent dans un roman. Vous pourrez, une fois la structure maîtrisée, en changer l’ordre (flash-back, prologue qui démarre plus loin dans l’histoire) : mais tant que vous apprenez, respectez-le scrupuleusement.

1. Le monde du quotidien

Avant que l’aventure ne commence, le lecteur doit comprendre dans quel monde vit votre protagoniste : son métier, sa famille, ses habitudes, ses manies. Ce monde du quotidien n’a pas besoin d’être extraordinaire en lui-même : il doit simplement être cohérent avec le personnage, et vu à travers ses yeux, jamais à travers les vôtres. Un espion a pour quotidien la filature, un mercenaire se fait payer pour éliminer des cibles, un écrivain tape des mots devant son ordinateur. Cette étape ne doit pas dépasser dix pour cent du roman : au-delà, le lecteur commence à se demander quand l’histoire va enfin démarrer.

Le vrai défi, c’est de rendre ce quotidien intéressant sans pour autant commencer l’intrigue. La technique la plus efficace s’appelle le milking, en référence au célèbre fusil de Tchekhov : si vous montrez une arme accrochée au mur, elle doit être utilisée plus tard. Glissez, dès ces premières pages, tous les germes, indices et objets qui seront réutilisés ensuite par votre protagoniste. Rien ne doit décorer pour rien.

Deux sous-étapes optionnelles peuvent encore densifier ce début : l’appel de l’aventure, où une opportunité de changement se présente une première fois à votre protagoniste, et le refus de cet appel, où il la laisse passer. Comme tout être humain, il peut avoir peur du changement : montrer ce refus avant que l’événement déclencheur ne le rattrape de force révèle déjà beaucoup de sa personnalité.

2. L’événement déclencheur

C’est, avec l’épreuve extrême, l’étape la plus importante du roman. Le lecteur l’attend dès qu’il ouvre votre livre : c’est une promesse tacite, une manière de lui dire « il va se passer quelque chose qui vaut le coup d’avoir ouvert ce livre ». L’événement déclencheur signe une rupture radicale avec le monde du quotidien : à partir de cet instant, rien ne sera plus jamais pareil pour le protagoniste. Il peut être subi (un accident, une convocation, une mauvaise nouvelle) ou provoqué par le personnage lui-même. Peu importe sa forme : ce qui compte, c’est qu’il projette définitivement votre héros hors de son confort.

3. Le départ pour le monde de l’aventure

Le protagoniste comprend, et le lecteur avec lui, qu’il n’y a plus de retour en arrière possible. Les repères habituels s’effondrent : le personnage ne sait plus comment se comporter, ni à qui faire confiance. Ce départ peut être géographique, comme dans la plupart des récits d’aventure, ou purement psychologique : on peut très bien rester dans le même lieu, avec les mêmes personnages, mais tout y a changé de sens. Ce qui différencie un héros de fiction d’un humain ordinaire, c’est justement qu’il ne résiste pas à l’appel : il franchit le pas que la plupart d’entre nous n’oserions pas franchir dans la vraie vie. C’est d’ailleurs tout le pouvoir de la fiction : elle nous permet de vivre, par procuration, les aventures que notre peur du changement nous interdit.

4. La rencontre avec le mentor

Perdu dans un monde dont il ne connaît ni les règles ni les codes, votre protagoniste a besoin de quelqu’un qui les lui explique. C’est le rôle du mentor : il transmet des viatiques (conseils, objets, informations, outils) qui donnent au héros un minimum de chances de survivre à ce qui l’attend. Le mentor peut prendre n’importe quel visage : le vieux sage à la Gandalf ou Dumbledore, mais aussi un enfant, une femme fatale, un ancien flic reconverti en gardien de parking. Il peut exister depuis le monde du quotidien ou apparaître seulement après le départ pour l’aventure. Dans tous les cas, votre héros doit prouver qu’il mérite ce qu’on lui transmet : le mentor ne lui donne jamais toutes les clés, seulement de quoi avancer d’un pas, et c’est au protagoniste de faire le reste avec ses propres ressources.

5. Les épreuves

C’est le cœur du roman : entre soixante et quatre-vingts pour cent du texte. C’est aussi l’étape la plus redoutée des primo-auteurs, celle où les manuscrits mal préparés finissent au fond d’un tiroir. La règle d’or : tout doit progresser en crescendo, sur ce que Fred Godefroy appelle la courbe hypnotique. Chaque épreuve doit être plus intense que la précédente, jusqu’à un niveau que le lecteur n’imaginait pas possible au départ.

Dans un roman, contrairement au cinéma, vous pouvez multiplier les pivots : ces petits retournements qui relancent l’histoire dans une nouvelle direction. Quand chaque chapitre se termine sur un cliffhanger, votre roman devient un véritable page-turner. Le principe est simple : le protagoniste cherche toujours, instinctivement, le chemin le plus court vers son objectif. Votre travail d’auteur consiste à lui barrer ce chemin, encore et encore, pour l’obliger à emprunter un détour plus long et plus révélateur de son caractère.

Chaque épreuve révèle aussi le caractère profond de votre protagoniste, de ses alliés et de l’antagoniste : on ne connaît vraiment un personnage que lorsqu’il est soumis au stress. Ne créez jamais une épreuve gratuite : chacune doit avoir une fonction dans l’intrigue ou dans la construction du personnage, qu’elle prenne la forme d’une énigme à résoudre, d’un allié à convaincre ou d’un choix moral impossible.

6. L’envie de rentrer à la maison

Cette étape n’est pas indépendante : c’est une sous-étape nichée à l’intérieur des épreuves, le plus souvent autour du pivot central, entre trente et soixante pour cent de cette phase. À un moment, votre protagoniste craque : il veut abandonner, retrouver sa zone de confort d’avant. Problème : ce monde du quotidien n’existe plus. Un événement extérieur, jamais une décision volontaire du héros lui-même, vient le rattraper et le renvoyer, de force, dans l’aventure. Cette étape est précieuse : elle réhumanise votre personnage et offre une respiration au lecteur avant la montée finale vers l’épreuve extrême. C’est un rappel salutaire que votre héros reste humain, faillible, et que le lecteur peut s’identifier à son découragement autant qu’à son courage.

7. L’événement extrême

Tout le roman converge vers cet instant : c’est la confrontation finale entre le protagoniste et l’antagoniste, la résolution de l’intrigue principale. Il ne peut rien y avoir de plus intense après : sur une échelle de un à dix, c’est le onze. Fred Godefroy conseille de connaître cette scène avant même d’avoir imaginé le détail des épreuves : elle est votre ligne d’arrivée, celle vers laquelle toute l’histoire doit tendre. Si vous la ratez, même six cents pages réussies ne suffiront pas à sauver votre roman, car c’est elle, et elle seule, que le lecteur retiendra.

8. La récompense

Une fois l’épreuve extrême franchie, le protagoniste, ou parfois l’antagoniste dans un choix d’auteur plus audacieux, obtient le fruit de tous ses efforts. Cette récompense n’a de valeur que parce qu’elle a été méritée : elle n’est jamais offerte gratuitement. Protagoniste et antagoniste convoitent en général le même objet, mais avec des intentions opposées : c’est ce qui crée le conflit depuis le début du roman. Ce que le héros a appris en chemin compte finalement davantage que ce qu’il a gagné. Et attention : la récompense peut aussi se révéler être un piège ou un poids à porter, ou tout simplement rester hors de portée. C’est une option plus rare, qui demande du métier, mais qui peut rendre un roman inoubliable.

9. Le retour à la maison

Dernière étape, et la plus courte : quelques pages, un chapitre maximum. Le protagoniste retrouve son monde du quotidien, identique en apparence, mais il ne le perçoit plus de la même façon, parce que lui a changé. C’est ce contraste qui permet au lecteur de mesurer la transformation vécue par le héros. Ce retour peut être littéral, il rentre chez lui, ou symbolique, il s’installe dans un nouveau quotidien. L’essentiel : toutes les portes ouvertes pendant le roman doivent être fermées. Évitez la fin ouverte qui frustre le lecteur : il doit pouvoir, lui aussi, faire son propre retour à la maison, transformé par votre histoire.


Deux exercices pratiques pour s’approprier la structure

La meilleure façon de s’approprier cette structure, c’est d’abord de la repérer ailleurs que dans votre propre texte. Prenez un roman ou un film que vous aimez et que vous connaissez par cœur, et essayez d’identifier, scrupuleusement, chacune des neuf étapes : où commence exactement le monde du quotidien ? Quel est l’événement déclencheur, et combien de pages ou de minutes s’écoulent avant qu’il n’arrive ? Qui joue le rôle du mentor ? Une fois que vous aurez fait cet exercice deux ou trois fois, vous ne regarderez plus jamais une histoire de la même manière : c’est le sort de tous les étudiants de la Méthode Godefroy.

Le second exercice consiste à appliquer la structure à votre propre étape 1. Fred Godefroy recommande une méthode en trois temps, enseignée dans sa formation :

  • Prenez trois jours pour lister toutes les scènes possibles qui pourraient présenter votre protagoniste dans son univers normal : son travail, sa famille, son intimité.
  • Concentrez cette liste en trois scènes clés maximum, une par dimension du personnage (intime, personnelle, sociale).
  • Rédigez ces trois scènes en répondant, pour chacune, à une question simple : qu’est-ce que cette scène révèle du caractère de mon protagoniste, et quel germe plante-t-elle pour la suite de l’histoire ?

Un exemple concret : dans Jusqu’en enfer, de Sam Raimi, l’héroïne est d’abord montrée heureuse en se rendant à son travail, puis à la banque, où elle apprend qu’un collègue la concurrence pour une promotion, puis au restaurant, où elle découvre que sa future belle-mère la déteste, et enfin de retour au bureau, où ce même collègue la rabaisse devant tout le monde. Quatre petites touches, qui dessinent une femme ambitieuse, fragile sur sa légitimité professionnelle et sentimentale : l’événement déclencheur n’a plus qu’à arriver, le terrain est déjà préparé. Faites le même exercice avec votre propre protagoniste : vous serez surpris de la clarté que ça apporte, avant même d’avoir écrit votre premier chapitre.


Pour aller plus loin

Cette structure en neuf étapes est détaillée, exemple après exemple, dans Comment structurer vos romans à succès, le troisième tome de la Méthode Godefroy, avec des dizaines d’exemples tirés du cinéma et de la littérature pour chaque étape. Vous y trouverez aussi les techniques avancées : comment changer l’ordre des étapes, construire un prologue, ou gérer la structure d’une saga en plusieurs tomes.

Si vous voulez être guidé pas à pas dans l’écriture de votre roman, la formation Comment écrire un roman reprend l’intégralité de la Méthode Godefroy, avec des exercices pratiques pour chacune des neuf étapes.

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Écrire un roman

Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 8 : dix erreurs de style

En écriture, les petites fautes sont souvent de grandes fautes. Assurez-vous qu’aucune de ces bévues potentiellement tragiques ne vienne saboter la confiance que vos lecteurs placent dans votre compétence.

Note du traducteur : cet article passe en revue dix fautes de style et de ponctuation. Plusieurs d’entre elles relèvent de règles propres à l’anglais (capitalisation des titres, distinction entre less et fewer, trait d’union après un adverbe en -ly). Les règles et les exemples ont donc été transposés à leurs équivalents français les plus proches, en conservant l’esprit de chaque point — et le monstre Gorgola de l’autrice.

1. Ne mettez pas de majuscules à tous les mots d’un titre

Dans un titre français, la majuscule se limite au premier mot (et aux noms propres). L’usage anglais, qui capitalise presque tous les mots, n’a pas cours en français : les articles, les prépositions et les adjectifs restent en minuscules.

Ceci : L’Été du monstre Gorgola, une bête vraiment effrayante

Pas cela : L’Été Du Monstre Gorgola, Une Bête Vraiment Effrayante

2. Ne mettez pas deux espaces entre les phrases

Inutile de taper deux espaces après un point. Cette « règle » est un vestige de la machine à écrire. Les traitements de texte modernes ajustent eux-mêmes l’espacement entre les mots : l’espace supplémentaire n’est plus correct.

Ceci : Le monstre Gorgola émergea des profondeurs. Il s’ébroua et rugit.

Pas cela : Le monstre Gorgola émergea des profondeurs.  Il s’ébroua et rugit.

3. N’utilisez ni plus ni moins de trois points pour les points de suspension

Les points de suspension sont toujours au nombre de trois (ou le caractère unique « … » qui s'appelle ellipse).

Ceci : — Je ne sais pas… laissa-t-elle en suspens.

Pas cela : — Je ne sais pas……. laissa-t-elle en suspens.

4. Ne confondez pas « emmener » et « emporter »

On emmène des personnes (ou des animaux), on emporte des choses. Et le préfixe em- indique qu’on s’éloigne du lieu où l’on se trouve, là où amener et apporter indiquent qu’on s’en rapproche.

Ceci : J’ai emmené mon frère loin du campement et emporté les trois fleurs écrasées.

Pas cela : J’ai emporté mon frère loin du campement et emmené les trois fleurs écrasées.

Dans l’article original, ce point traite la confusion anglaise entre less (quantités non dénombrables) et fewer (quantités dénombrables), qui n’a pas d’équivalent en français.

5. N’oubliez pas la virgule entre deux propositions indépendantes

Quand deux propositions indépendantes ont chacune leur sujet et sont reliées par « et », « ou » ou « mais », la virgule s’impose devant la conjonction.

Ceci : Le Gorgola rugit et chargea, et je hurlai comme un bébé.

Pas cela : Le Gorgola rugit et chargea et je hurlai comme un bébé.

6. Ne soudez pas un adverbe à l’adjectif par un trait d’union

Un adverbe qui modifie un adjectif ne se relie jamais à lui par un trait d’union.

Ceci : Le garde-chasse parfaitement musclé refusa de tirer sur le Gorgola, même quand celui-ci me mordit le bras.

Pas cela : Le garde-chasse parfaitement-musclé refusa de tirer sur le Gorgola, même quand celui-ci me mordit le bras.

À l’inverse, n’oubliez pas le trait d’union dans les incises inversées : dit-il, répondit-elle, hurlai-je.

7. Placez correctement la ponctuation autour des guillemets

Les deux-points et le point-virgule se placent toujours à l’extérieur des guillemets. Le point final, lui, se met à l’intérieur quand les guillemets encadrent une phrase complète, et à l’extérieur quand ils n’encadrent qu’un mot ou un groupe de mots. Les guillemets français appellent par ailleurs une espace insécable à l’intérieur.

Ceci : Le garde-chasse disait que le Gorgola était « en danger » ; j’étais manifestement le seul à être « en danger ».

Pas cela : Le garde-chasse disait que le Gorgola était « en danger ; » j’étais manifestement le seul à être « en danger. »

8. N’utilisez pas la virgule dans une énumération dont les éléments contiennent déjà des virgules

Utilisez le point-virgule pour séparer les éléments d’une liste dès que l’un d’eux contient une virgule.

Ceci : J’ai fait l’inventaire : une marque de morsure ; deux baskets jaunes, taille petite ; trois fleurs écrasées.

Pas cela : J’ai fait l’inventaire : une marque de morsure, deux baskets jaunes, taille petite, trois fleurs écrasées.

9. Ne faites pas précéder un geste d’accompagnement d’une virgule

À moins que le geste n’interrompe la phrase de dialogue, ou que vous enchaîniez sur une incise (dit-il, répondit-elle), ne terminez pas la réplique par une virgule : le geste est une phrase à part entière.

Ceci : — Tu ne sers à rien. Je m’éloignai du garde-chasse à grands pas.

Pas cela : — Tu ne sers à rien, je m’éloignai du garde-chasse à grands pas.

Ce point est détaillé dans l’erreur n ° 5 de cette série.

10. Ne mettez de majuscule à un nom de parenté que s’il remplace un prénom

Les noms de parenté (« maman », « papa ») ne prennent la majuscule que lorsqu’ils tiennent la place d’un prénom : précédés d’un article ou d’un possessif, ils restent en minuscules.

Ceci : J’ai appelé mon père pour demander à parler à Maman de la meilleure façon de tenir un Gorgola à l’écart d’un campement.

Pas cela : J’ai appelé mon Père pour demander à parler à maman de la meilleure façon de tenir un Gorgola à l’écart d’un campement.


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Pour aller plus loin

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Archétypes Personnages de roman

Archétypes de personnages : les utiliser sans cliché

Les archétypes de personnages : Mentor, Ombre, Gardien du Seuil... comment les utiliser sans tomber dans le cliché

Dans Star Wars, vous n’avez jamais eu besoin qu’on vous explique qui était Yoda. Petit, vert, voix particulière : en quelques secondes, vous saviez que vous aviez affaire à un mentor, instinctivement, avant même d’avoir vu le film en entier.

C’est tout le pouvoir des archétypes. Ce sont des personnages universels et récurrents, présents dans les mythes depuis des siècles, que votre lecteur reconnaît sans effort parce qu’il les a déjà croisés des centaines de fois, dans d’autres romans, d’autres films, d’autres histoires qu’on lui a racontées enfant. Bien utilisés, ils vous font gagner un temps précieux : plus besoin de tartiner des pages de description, le lecteur comprend tout de suite à qui il a affaire. Mal utilisés, ou utilisés sans précaution, ils produisent l’effet inverse : des personnages plats, prévisibles, qu’on a déjà vus cent fois ailleurs. C’est précisément la frontière entre un archétype efficace et un cliché que nous allons explorer ici.

Archétype et fonction : deux choses différentes qu’on confond trop souvent

Avant d’aller plus loin, il faut lever une confusion fréquente chez les auteurs débutants : un archétype n’est pas une fonction.

La fonction, c’est le rôle qu’un personnage joue pour faire avancer l’histoire. L’archétype, lui, caractérise ce personnage de manière schématique : c’est son image, sa structure psychologique de surface, celle que le lecteur reconnaît immédiatement. Un personnage porte toujours un archétype et une fonction, les deux travaillent ensemble mais ne se confondent pas.

Autre point essentiel que beaucoup d’auteurs ignorent : en réalité, tous vos personnages portent en eux tous les archétypes à la fois. Ils s’expriment selon les situations, mais un seul prédomine à un instant donné. Prenez un homme de main classique : son archétype principal, c’est le gros bras, celui qui cogne sur ordre. Mais à un autre moment de l’histoire, ce même personnage peut endosser le masque du conseiller. Dans l’écrasante majorité du récit, cependant, il doit rester identifiable comme le gros bras, sans quoi le lecteur perd ses repères.

Pourquoi cette identification rapide compte-t-elle autant ? Parce qu’elle vous fait économiser des tonnes de description inutile. Un gros bras, c’est un gros bras : musclé, bras droit du patron, capable de cogner à la demande. Pas besoin de l’expliquer sur trois paragraphes, le lecteur a déjà la base en tête. C’est ce que Fred Godefroy appelle donner des points de repère au lecteur, et c’est la raison pour laquelle toute histoire, sans exception, est construite sur des archétypes. Un lecteur ou un spectateur a appris, de manière largement inconsciente, à reconnaître ces figures récurrentes. C’est un langage commun, presque universel, que l’auteur et son lecteur partagent sans même en parler.

Le psychiatre Carl Jung est le premier à avoir identifié ces figures comme des symboles universels de l’imaginaire collectif. Mais attention : il n’existe pas de liste officielle et figée des archétypes. Chaque auteur développe sa propre compréhension du sujet, au fil de ses lectures et de ses recherches personnelles. On peut ainsi croiser, selon les sources, le bon flic et le méchant flic, le sage magicien, le roi impartial, la reine-mère, le chasseur solitaire, l’artiste hors du monde, le conseiller occulte, le rebelle provocateur, le clown de service... La liste est, dans les faits, quasiment infinie.

Pourquoi il faut absolument camoufler vos archétypes

Voici le cœur du sujet, et la raison pour laquelle cet article existe : un archétype non camouflé, c’est généralement de la grosse artillerie. C’est lourd, c’est visible à des kilomètres, et c’est exactement ce qui transforme un personnage pourtant bien pensé en un cliché ambulant.

L’art de l’auteur, c’est justement de savoir camoufler ses archétypes. Concrètement, cela veut dire laisser suffisamment d’espace à l’imagination du lecteur pour qu’il comprenne de lui-même à quel archétype il a affaire, sans que vous ayez besoin de le lui asséner frontalement. Pourquoi ce camouflage est-il nécessaire ? Parce qu’un archétype, par nature, n’est pas humain : c’est une image, une abstraction. Prenez l’archétype du connard. Tout le monde sait instinctivement ce que c’est. Mais le personnage que vous construisez est peut-être, en réalité, un père adorable avec ses enfants, un mari fidèle et amoureux, tout en étant un vrai connard au travail avec ses collègues. L’archétype est là, présent, mais recouvert d’une couche de vernis humain qui le rend crédible et intéressant plutôt que caricatural.

C’est exactement ce que fait Game of Thrones avec une maestria redoutable : il n’y a pas deux personnages qui se ressemblent dans cette série, alors même qu’elle est peuplée d’archétypes à chaque coin de scène. L’énorme travail de préparation en amont permet à chaque personnage de se distinguer nettement des autres, tout en restant immédiatement identifiable pour le spectateur.

Une règle pratique à retenir : camouflez fortement vos personnages principaux, et de façon plus légère vos personnages secondaires. Ce n’est même pas nécessaire pour vos simples figurants, la prostituée du coin de rue ou le pilier de comptoir du bar habituel : eux font partie du décor, et un archétype brut, sans vernis, suffit amplement à leur donner vie en une phrase.

Votre protagoniste constitue un cas à part. Comme vous l’avez déjà caractérisé en profondeur par ailleurs, vous pouvez vous permettre de rendre visibles, à certains moments précis de l’histoire, les différents archétypes qu’il incarne tour à tour, sans jamais risquer la caricature. Un héros classique, par exemple, qui recueille au fil de son aventure un gamin des rues devenu son compagnon de route, endosse alors ponctuellement le masque du mentor, tout en restant fondamentalement le héros de votre histoire.

Les archétypes essentiels à maîtriser

Au-delà du protagoniste et de l’antagoniste, que nous avons déjà abordés dans un précédent article, voici les figures archétypales que tout auteur doit connaître pour construire une distribution de personnages solide et reconnaissable.

Le Mentor

C’est un archétype quasiment incontournable dans toute histoire. Son rôle est d’enseigner au héros ce qu’il ne sait pas encore, afin qu’il puisse réussir à la fin de son parcours. Contrairement à une idée reçue, le mentor n’est pas forcément un personnage âgé : son rôle peut tout aussi bien consister à remettre un objet précis au héros, une carte par exemple, plutôt qu’un enseignement verbal.

Star Wars en propose plusieurs variations à lui seul : Yoda, Obi-Wan Kenobi, mais aussi, plus surprenant, Dark Vador et l’Empereur, qui jouent eux aussi un rôle de mentor négatif. Attention cependant à ne pas multiplier les mentors sans discernement : un mentor principal doit vraiment se distinguer des autres. Gandalf dans Le Seigneur des anneaux et Dumbledore dans Harry Potter illustrent les cas, rares, où un même personnage cumule plusieurs archétypes à la fois : le sage, le mentor, le magicien et le guerrier.

Le Messager

Dans la mythologie grecque, le messager est le seul archétype directement incarné par un dieu, Hermès, ce qui en dit long sur son importance narrative. Hermès cumule plusieurs qualités précieuses pour un personnage de roman : il jouit d’une neutralité relative entre les différentes parties en présence, il connaît tout le monde, il sait toujours où trouver les gens, et on fait appel à lui pour des missions variées. C’est aussi, symboliquement, le dieu de la chance, celui qu’on remercie en silence lorsqu’une rencontre inattendue change le cours d’une histoire.

Transposé dans votre roman, le messager peut prendre une multiplicité de formes : l’informateur de bas étage, le meilleur ami qui donne un conseil décisif au bon moment, le détective privé qui transmet un renseignement crucial, ou même un simple objet comme une lettre. Il peut être neutre, allié, adversaire, ou jouer sur une fausse apparence dans un sens ou dans l’autre. C’est un prototype de personnage extrêmement malléable, qui se suffit généralement à lui-même, sans avoir besoin d’être couplé à un autre archétype. Aragorn, dans Le Seigneur des anneaux, cumule ainsi protagoniste, messager et guerrier en une seule figure. Conseil pratique : si vous avez plusieurs messagers dans votre histoire, choisissez-en un qui soit plus central et plus riche que les autres. Votre récit y gagnera en cohésion.

L’Ombre

C’est, sans doute, l’archétype le plus difficile à construire correctement. L’ombre est l’incarnation physique et morale du côté obscur de votre protagoniste. Sa fonction est de montrer ce que ce dernier pourrait devenir s’il cédait à ses pulsions les plus sombres, s’il se laissait glisser du « côté facile » qui, à chaque instant d’une histoire bien construite, le tente discrètement.

Il ne peut y avoir qu’une seule véritable ombre par protagoniste. Dark Vador est l’ombre parfaite de Luke Skywalker, du premier au dernier film. Gollum est celle de Frodon dans Le Seigneur des anneaux : à travers sa déchéance physique et morale accumulée sur cinq cents ans de possession de l’anneau, on observe le parcours exact que suivrait Frodon s’il cédait lui aussi à cette tentation. Fight Club pousse le concept encore plus loin, puisque Tyler Durden se révèle être la pure projection psychique du narrateur, tout ce qu’il rêve d’être sans jamais oser l’incarner.

Chaque fois que votre protagoniste triomphe d’une ombre, il triomphe en réalité d’une part négative de sa propre personnalité. C’est un processus initiatique, que votre héros franchit étape par étape. Pour en construire une, soulignez d’abord les côtés les plus sombres de votre protagoniste, puis attribuez ce rôle à un personnage déjà existant dans votre distribution, ou créez-en un de toutes pièces. Étudiez ensuite comment cette ombre va servir de miroir initiatique, et notez en une phrase la leçon précise que votre protagoniste en retire.

Le Gardien du Seuil

Son rôle est simple à énoncer : il protège un passage, et interdit au protagoniste de le franchir sans combattre, discuter, négocier, payer, ou le contourner d’une manière ou d’une autre. Il peut être relié à votre antagoniste, faire simplement partie du décor, se révéler être un mentor rencontré en chemin, ou agir en totale indépendance, qu’il soit allié ou adversaire selon les circonstances.

Dans Collatéral de Michael Mann, le chauffeur de taxi interprété par Jamie Foxx doit entrer dans une boîte de nuit pour récupérer une information vitale ; plusieurs videurs tentent de l’en empêcher. Dans Le Portrait de Dorian Gray, exemple vertigineux de sophistication, Dorian Gray est simultanément protagoniste, antagoniste et gardien du seuil, puisqu’il protège lui-même, dans son grenier, le portrait maudit qui lui permet de rester éternellement jeune.

Une astuce très efficace pour éviter la caricature consiste à coupler ce gardien du seuil avec un autre archétype : un gardien du seuil-mentor, un gardien du seuil-messager, un gardien du seuil-antagoniste. Cette combinaison évite l’effet « obstacle gratuit » et enrichit considérablement votre intrigue.

La Femme tentatrice

Moins connu que les précédents, cet archétype mérite pourtant toute votre attention : son rôle est de libérer le protagoniste de ses croyances erronées en le confrontant brutalement à la réalité de ses illusions. C’est la révélation du vrai visage de ce qu’il croyait acquis, la vérité nue loin des illusions qu’il s’était forgées.

Elle peut prendre de très nombreux visages selon votre histoire : l’épouse du protagoniste, l’épouse de l’antagoniste, une femme mariée, une serveuse du bar habituel, la meilleure amie de sa femme... Le cas le plus classique, si votre protagoniste est en couple au moment où survient cette étape, c’est l’adultère assuré. Elle peut aussi incarner des passions destructrices ou un attachement démesuré à des biens matériels. L’essentiel à retenir, c’est qu’elle fracasse la réalité du protagoniste, qu’elle soit finalement une alliée ou une adversaire. Et si votre protagoniste est une femme, cet archétype devient naturellement un homme tentateur.

Quelques autres archétypes utiles à connaître

D’autres figures reviennent fréquemment et méritent d’être dans votre boîte à outils. Le guerrier, abondamment présent dans Game of Thrones, où aucun des nombreux porteurs de cet archétype ne se ressemble. L’escroc, d’abord sympathique en apparence, capable de manipuler autrui pour atteindre des objectifs contraires aux leurs, mais toujours après avoir patiemment gagné leur confiance, contrairement au simple voleur, qui entre dans un lieu pour y dérober directement un objet au héros, comme l’illustre la scène du coffre-fort dans The Dark Knight Rises. Et l’espion, qui dispose toujours d’une couverture, fidèle à une cause ou mercenaire vendu au plus offrant, comme le montre La Taupe, adapté du roman de John Le Carré.

Où commence le cliché

Un cliché, ce n’est rien d’autre qu’un archétype appliqué à un personnage principal, protagoniste, antagoniste ou personnage secondaire important, sans qu’il soit recouvert de ce fameux vernis humain dont nous parlions plus haut. C’est un archétype à nu, exposé tel quel, sans travail de personnalisation.

Les téléfilms américains tournés avec de petits budgets en sont souvent gorgés, tout comme le western des décennies 1960 et 1970. La logique est toujours la même : par souci de simplicité, ou par manque de temps, on laisse l’archétype brut faire tout le travail, sans jamais le nuancer. Le résultat est immédiatement perceptible par le lecteur, même s’il ne saurait pas mettre de mots dessus : quelque chose sonne faux, déjà-vu.

La bonne nouvelle, c’est que la solution est exactement celle que nous venons de détailler : plus vous personnalisez un archétype avec les techniques de construction de personnage vues par ailleurs (désir conscient, désir inconscient, faiblesse, contradictions internes), moins il risque de sombrer dans le cliché, quel que soit l’archétype de départ que vous avez choisi pour lui.

Exercice pratique : la fiche d’archétype camouflé

Prenez un personnage secondaire important de votre roman en cours, ou à défaut d’une idée de roman déjà en préparation. Répondez aux questions suivantes, une par une, sur une feuille ou dans votre logiciel d’écriture.

Quel est son archétype prédominant parmi ceux vus dans cet article, ou parmi d’autres archétypes que vous identifiez vous-même ? Quels autres masques archétypaux pourrait-il, ponctuellement, emprunter à certains moments précis de votre histoire ? Quels sont les codes archétypaux évidents associés à cet archétype, ceux que tout lecteur reconnaîtrait instantanément si vous les exposiez sans filtre ? Et surtout : quel vernis humain, quelle contradiction, quel détail inattendu pouvez-vous ajouter pour camoufler cet archétype et le rendre crédible plutôt que caricatural ?

Si vous peinez à répondre à cette dernière question, c’est le signe que ce personnage reste, en l’état, un pur cliché ambulant. C’est précisément l’endroit où concentrer votre prochain effort d’écriture ou de réécriture.

Ce qu’il faut retenir

Les archétypes ne sont pas vos ennemis : ce sont des outils puissants, hérités de milliers d’années de récits, qui vous permettent d’installer vos personnages dans l’esprit de votre lecteur en quelques phrases à peine. Le danger n’est jamais de les utiliser, mais de les utiliser nus, sans ce travail de camouflage qui transforme une image universelle en un être humain crédible. Identifiez l’archétype dominant de chaque personnage, acceptez qu’ils en portent tous plusieurs à la fois, et consacrez le temps nécessaire à les recouvrir de ce vernis d’humanité qui fait toute la différence entre un cliché et un personnage dont on se souvient.


L’ensemble des archétypes détaillés dans cet article, avec les techniques complètes pour les construire et les personnaliser, est développé en profondeur dans Comment créer des personnages de romans à succès.

Pour aller plus loin et structurer l’ensemble de votre méthode d’écriture, de l’idée jusqu’à la vente de votre roman, retrouvez également la formation complète Comment écrire un roman.

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Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 7 : des premières lignes qui mentent au lecteur

Votre première phrase a peut-être tout pour elle : de l’énergie, du danger, des hameçons barbelés destinés à ferrer le lecteur. Mais si le paragraphe qui suit opère un changement de décor en douce, le lecteur sera plus agacé qu’impressionné.

Prenons un exemple de première phrase mensongère :

Jeanette franchit le virage du sentier de montagne et se retrouva nez à nez avec un énorme grizzly. L’ours se dressa sur ses deux pattes et rugit dans sa direction.

Effrayant, non ? Cette première phrase nous entraîne dans un récit palpitant, parce que nous voulons découvrir ce qui va arriver à la pauvre Jeanette, prise au piège. Puis nous continuons à lire…

Je tournai une nouvelle page du livre et baissai les yeux vers mes deux enfants aux yeux écarquillés, blottis sous mes bras.

— Trop effrayant pour vous ?

Si vous imaginez le bruit de l’air qui s’échappe d’un ballon crevé, vous avez à peu près saisi la sensation de quiconque lit cette histoire. Bien sûr, la première phrase de l’auteur nous a ferrés — mais c’était un tour de passe-passe minable. Le livre ne parle même pas de Jeanette, et celle-ci ne risque certainement pas de finir en tranche de viande dans le sandwich de dix heures du grizzly.

4 types de premières lignes qui mentent au lecteur

Ce genre de tromperie peut prendre plusieurs formes, parmi lesquelles…

1. La première ligne « rêve »

Brett suffoquait, luttant contre la traction du courant, tandis qu’une nouvelle vague lui écrasait le visage.

Soudain, le hurlement de son réveil l’arracha au sommeil, et il se redressa dans son lit avec un soupir de soulagement.

Juste un rêve, Dieu merci.

2. La première ligne « blague »

Quand Kelly hurla, Joanna se détourna de ses hamburgers pour découvrir sa meilleure amie un couteau à légumes à la main et du sang partout sur les doigts. Joanna se précipita, attrapant un torchon pour étancher le sang.

Kelly éclata de rire et se mit à lécher la substance rouge sur sa main.

— Je t’ai eue ! C’est juste du ketchup.

3. La première ligne hyperbolique

— Ma vie est finie ! sanglota Sandra dans le téléphone. Tu réalises ce que ça veut dire ? Je vais devoir m’installer en Argentine sous un faux nom !

— Calme-toi, dit Callie. Tu as raté ta coupe de cheveux, et alors ?

4. La première ligne « fausse alerte »

Eric leva les yeux de sa classe de maternelle au moment où l’alarme incendie se mit à hurler dans tout le bâtiment et où les sprinklers déversèrent l’eau du plafond. Le cœur battant, il rassembla ses enfants hurlants pour l’évacuation, avant d’être arrêté à mi-chemin du couloir par le directeur, penaud. Quelqu’un avait déclenché l’alarme par accident.

On peut concevoir de faire fonctionner chacune de ces ouvertures si le retournement n’est pas seulement un mensonge, mais un élément important de caractérisation (par exemple, l’ouverture hyperbolique pourrait servir à montrer que Sandra est superficielle, complexée et portée à l’hystérie). Mais trop souvent, ces accroches ne sont construites pour aucune autre raison que de permettre à une ouverture par ailleurs insipide de démarrer en fanfare.

Reprenez votre première phrase et posez-vous les questions suivantes.

  1. Fait-elle croire au lecteur qu’il se passe quelque chose, alors qu’en réalité il ne se passe rien ?
  2. Les informations qui suivent prolongent-elles correctement la tension installée par cette première ligne ?

Si la réponse est non, votre première phrase ment peut-être à vos lecteurs sans même que vous vous en rendiez compte. Les lecteurs méritent toujours d’être traités avec plus de respect que cela.


Pour aller plus loin sur l’ouverture de votre histoire, voyez aussi : Les secrets de la structure de l’histoire, partie 2 : l’accroche et Les secrets de la structure de l’histoire, partie 3 : le premier acte.

Pour aller plus loin

Les livres de K.M. Weiland traduits en français :
Structurez votre roman


Les 5 secrets de la structure du récit

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Créer un antagoniste plus fort que votre héros : la clé (contre-intuitive) d’une intrigue captivante

La plupart des auteurs débutants passent des semaines à peaufiner leur héros : son passé, ses failles, ses désirs, sa voix. Puis, arrivés au personnage qui s’oppose à lui, ils bâclent le travail en quelques lignes. Un « méchant » suffisamment menaçant pour créer des obstacles, un point c’est tout. Erreur fondamentale : dans la méthode de Fred Godefroy, c’est justement ce personnage-là, l’antagoniste, qui détermine à lui seul la puissance de toute l’histoire.

Pas le héros. Pas l’intrigue en elle-même. L’antagoniste. Voilà l’idée contre-intuitive qui va changer votre manière de préparer un roman : plus vous soignez votre antagoniste, plus votre protagoniste devient intéressant, et plus votre histoire devient captivante. C’est un vase communicant, pas une addition de personnages.

L’antagoniste n’est pas (forcément) le méchant

Commençons par corriger une confusion très répandue. Un antagoniste n’est pas systématiquement un « méchant ». C’est avant tout un personnage qui poursuit un objectif opposé à celui du protagoniste. C’est cette opposition d’objectifs, et elle seule, qui crée ce qu’on appelle l’antagonisme.

Dans 95 % des histoires, effectivement, cette opposition se traduit par un personnage clairement malveillant. Mais ce n’est en rien une règle absolue. Dans le film Exotica d’Atom Egoyan, l’antagoniste protège en réalité le protagoniste plutôt que de lui nuire. Dans La Guerre des Rose, les deux membres d’un couple qui s’entre-déchire sont, chacun à leur tour, protagoniste et antagoniste l’un de l’autre : aucun des deux n’est plus « héros » que l’autre, ils sont exactement au même niveau, et c’est précisément cette symétrie qui rend le film aussi mémorable.

L’antagoniste peut également être une entité plutôt qu’un individu : une agence d’espionnage, une organisation criminelle, un État. Dans ce cas, la règle est simple, elle porte un nom savant, la métonymie : une entité doit toujours être incarnée par un personnage qui la personnifie. Jason Bourne ne lutte pas contre « la CIA » de manière abstraite ; il affronte un ou deux agents précis qui en sont l’incarnation. Dans Star Wars, l’Empire tout entier se résume, aux yeux du spectateur, à un seul visage : celui de Dark Vador. Sans ce visage, l’entité resterait froide, impossible à détester ou à craindre vraiment.

Il existe même, plus rarement, des antagonistes qui ne sont ni des personnes ni des organisations. Dans 127 heures de Danny Boyle, l’antagoniste est un rocher, celui sur lequel le bras du protagoniste reste coincé. Dans Duel de Steven Spielberg, c’est un camion, piloté par un conducteur dont on ne voit jamais le visage. Ces exceptions confirment la règle : ce qui définit un antagoniste, ce n’est ni son humanité ni sa méchanceté, c’est sa fonction dans l’histoire.

Sans antagoniste, il n’y a tout simplement pas d’histoire

Voici pourquoi ce personnage mérite autant de soin que votre héros : s’il n’y avait pas d’antagoniste, il n’y aurait pas de protagoniste, tout simplement parce que le protagoniste se définit en fonction de l’antagoniste et des objectifs opposés qu’ils poursuivent tous les deux. Retirez l’un, l’autre s’effondre.

Et s’il n’y avait pas d’antagoniste, il n’y aurait pas non plus d’histoire du tout, puisque l’intrigue repose entièrement sur le fait que ces deux personnages agissent pour remplir des objectifs incompatibles. Cela reste vrai même si le lecteur ne connaît pas encore l’identité de l’antagoniste : dans la plupart des thrillers, l’auteur sait parfaitement qui est le tueur bien avant que le lecteur ne le découvre, mais son influence façonne déjà chaque scène.

Protagoniste et antagoniste forment ainsi la colonne vertébrale de toute histoire. Et une colonne vertébrale déséquilibrée, ça se voit tout de suite. Si votre antagoniste n’est pas aussi structuré, aussi réfléchi, aussi cohérent que votre protagoniste, l’ensemble de votre roman perd son équilibre. Le dessin animé Kirikou et la Sorcière en offre une belle démonstration : le titre lui-même annonce les deux personnages principaux, et l’intrigue entière repose sur le passé de la sorcière autant que sur le parcours du jeune héros. Les deux vivent un processus de transformation aussi spectaculaire l’un que l’autre, jusqu’à cette double métamorphose finale où Kirikou guérit la sorcière et devient adulte au même instant.

Autre cas d’école : dans Usual Suspects, l’identité de l’antagoniste, Keyser Söze, n’est révélée que dans les toutes dernières minutes. Ce coup de génie n’est possible que parce que l’auteur a construit ce personnage avec un soin extrême dès le départ, même si le lecteur ou le spectateur ne le découvre qu’à la fin. Un antagoniste peut apparaître à n’importe quel moment de votre roman, y compris dans la toute dernière scène : ce qui compte, c’est que vous, l’auteur, le connaissiez parfaitement dès les premières pages, même s’il reste dans l’ombre.

La règle contre-intuitive : plus il est fort, plus votre histoire est intense

Voici le point central, celui qui change vraiment la manière de préparer un roman : l’antagoniste doit toujours être beaucoup plus fort que le protagoniste. S’il est plus faible, il n’y a tout simplement pas d’histoire. Et si les deux sont à peu près au même niveau, l’intrigue n’a aucun intérêt : rien ne pousse le héros à se dépasser, rien ne crée de véritable tension.

La formule à retenir est simple : plus le contraste de puissance est grand entre le protagoniste et l’antagoniste, plus l’histoire est prometteuse, donc intense. Prenez Star Wars : Dark Vador possède un pouvoir écrasant face au jeune Luke Skywalker, un gamin par rapport à lui. C’est précisément cet écart de puissance qui rend chaque affrontement palpitant. George Lucas ne s’y est pas trompé : il s’est directement inspiré des mythes grecs, où les héros affrontent régulièrement des forces qui les dépassent largement.

L'Odyssée d’Homère pousse cette logique à l’extrême : l’antagoniste d’Ulysse n’est ni un homme ni une organisation, mais un dieu, Poséidon, avec la quasi-totalité du panthéon grec contre lui. Ulysse ne survit que grâce à l’intervention d’Athéna. Face à une histoire purement humaine, opposer un mortel à des divinités démultiplie l’intensité des conflits et la quantité de ressources que le héros doit mobiliser pour s’en sortir. Résultat : une histoire bien plus passionnante qu’un simple affrontement entre deux humains de force comparable.

Fred Godefroy résume ce principe par une image tirée de l’électricité : c’est la différence de potentiel qui crée la tension. Plus l’écart entre les deux pôles est grand, plus le courant est puissant. Transposé au roman, c’est exactement cette tension, née du déséquilibre de force, qui va tirer le protagoniste vers le haut et l’obliger à révéler son véritable potentiel. Dans Le Hobbit de J.R.R. Tolkien, Bilbo ne découvre sa capacité à se déplacer sans un bruit qu’au moment précis où il doit le faire face à un dragon capable de le tuer en un instant. Sans cette menace disproportionnée, cette compétence ne se serait jamais révélée, ni au lecteur, ni au personnage lui-même.

Autrement dit : l’histoire est la révélation du potentiel du protagoniste, et c’est l’antagoniste, par sa seule puissance, qui oblige cette révélation à se produire. Le protagoniste porte le regard du lecteur et son empathie ; mais du point de vue de la construction de l’intrigue, c’est bien l’antagoniste qui est, pour l’auteur, le personnage le plus important à concevoir.

Ce principe a même une conséquence géographique, souvent négligée : l’antagoniste détermine aussi l’espace dans lequel se déroule votre histoire. Si votre protagoniste sort de la zone d’influence de son antagoniste, il échappe mécaniquement au conflit central. Si votre antagoniste est un caïd qui contrôle une rue précise, il est logique que l’essentiel de l’action reste cantonné à cette rue : au-delà, son pouvoir de nuisance s’effondre, et avec lui, la tension de votre récit.

Dix conseils concrets pour construire un antagoniste à la hauteur

Au-delà des grands principes, la formation « Comment écrire un roman » de Fred Godefroy propose une série de conseils très opérationnels pour passer de la théorie à la fiche de personnage. En voici l’essentiel, à appliquer directement à votre propre antagoniste.

Premièrement, gardez en tête que la puissance de votre antagoniste détermine directement l’ampleur et la puissance de votre histoire tout entière : ne le sous-estimez jamais au moment de le concevoir.

Deuxièmement, travaillez sur lui au minimum autant que sur votre protagoniste, en temps et en profondeur. Troisièmement, utilisez exactement les mêmes outils de construction de personnage pour les deux : une fiche d’antagoniste doit être aussi détaillée qu’une fiche de protagoniste, pour pouvoir se répondre point par point.

Quatrièmement, rendez-le aussi humain que possible : plus un antagoniste conserve une part d’humanité, même minime, plus votre histoire gagne en puissance et en crédibilité. Un pur monstre sans nuance intéresse rarement un lecteur au-delà des premières pages.

Cinquièmement, placez-le idéalement à l’opposé exact de votre protagoniste sur le plan du conflit moral. Vous avez déjà défini le processus de transformation de votre héros : construisez celui de votre antagoniste dans le sens strictement inverse. Sixièmement, faites en sorte que lui aussi traverse, à sa manière, un processus transformateur au fil du roman.

Septièmement, un détail qui change tout : si votre antagoniste partage le même désir conscient que votre protagoniste, votre histoire n’en fonctionnera que mieux, car la compétition devient directe et lisible. Huitièmement, votre antagoniste doit disposer des moyens concrets pour attaquer sans relâche la faiblesse majeure de votre protagoniste : ce n’est pas un hasard s’il trouve toujours le point faible, c’est un choix de construction.

Neuvièmement, situez-le, autant que possible, au même endroit que votre protagoniste : la proximité géographique nourrit la tension. Dixièmement, reliez-le à l’ensemble de vos autres personnages, exactement comme vous le faites pour votre héros, que ce soit par affinité ou par opposition.

Comme le formule joliment le scénariste John Truby, cité par Fred Godefroy dans cette formation : « Le contraste entre le héros et l’adversaire n’a d’intérêt que s’il oppose deux êtres qui présentent de fortes similarités. Chacun d’entre eux symbolise alors une approche légèrement différente du même problème. Et c’est dans la similarité que les différences déterminantes et instructives s’éclaircissent. » Un bon antagoniste n’est donc pas simplement l’opposé de votre héros : c’est presque son reflet inversé, confronté au même problème de fond, mais avec des réponses radicalement différentes.

L’erreur classique à ne surtout pas commettre

Il existe un piège fréquent, particulièrement chez les auteurs débutants : lorsque le protagoniste manque de cohérence avec l’aventure qu’il vit — par exemple un personnage sans compétence particulière propulsé dans une intrigue d’espionnage international —, la tentation est grande de compenser cette faiblesse en rendant l’antagoniste plus accessible, plus facile à vaincre. C’est une erreur qui se retourne immédiatement contre vous : un antagoniste affaibli pour « équilibrer » un protagoniste mal préparé finit par prendre, malgré lui, la place du véritable protagoniste, simplement parce qu’il devient le personnage le plus cohérent de l’histoire.

La bonne solution n’est jamais d’affaiblir l’antagoniste. C’est de renforcer la cohérence du protagoniste — quitte à lui donner des compétences cachées, révélées progressivement au fil du récit, à condition que cette révélation reste logique et crédible. Un plombier ne devient pas tireur d’élite du jour au lendemain sans raison : en revanche, un plombier qui a un passé de tireur d’élite soigneusement dissimulé au lecteur peut tout à fait révéler ce talent au moment opportun.

Exercice pratique : la fiche miroir

Prenez une feuille et tracez une ligne verticale au milieu. À gauche, notez tout ce que vous savez déjà de votre protagoniste : son objectif conscient, son objectif inconscient, sa faiblesse principale, son processus de transformation prévu, les lieux où il évolue, les personnages qui l’entourent.

À droite, remplissez la même grille, mais pour votre antagoniste, en appliquant les dix conseils vus plus haut. Posez-vous, ligne après ligne, les questions suivantes : mon antagoniste est-il au moins aussi puissant que mon protagoniste, idéalement bien plus ? Partage-t-il, au moins en partie, le même désir conscient ? A-t-il les moyens concrets d’attaquer la faiblesse précise de mon héros ? Son processus de transformation va-t-il dans le sens strictement opposé à celui de mon protagoniste ? Est-il relié, comme lui, au reste de mes personnages ?

Si l’une de ces cases reste vide ou approximative pendant que la colonne de gauche déborde de détails, vous avez identifié précisément où se trouve le déséquilibre de votre histoire — et donc, l’endroit exact où concentrer votre prochain effort de préparation.

Ce qu’il faut retenir

Un antagoniste n’est pas un simple obstacle jeté sur le chemin de votre héros pour faire durer l’intrigue. C’est l’un des deux piliers qui portent toute votre histoire, et c’est même lui, en dernière analyse, qui en détermine la puissance, l’intensité et la crédibilité. Construisez-le avec le même soin que votre protagoniste, rendez-le aussi puissant que possible, reliez-le intimement à votre héros par ses objectifs et par ses failles, et vous obtiendrez ce que toute bonne intrigue recherche : une vraie différence de potentiel, celle qui produit la tension.


Cette méthode de construction du protagoniste et de l’antagoniste, avec l’ensemble des fiches et exercices détaillés de Fred Godefroy, est développée en profondeur dans Comment créer des personnages de romans à succès.

Pour aller plus loin et structurer l’ensemble de votre méthode d’écriture, de l’idée jusqu’à la vente de votre roman, retrouvez également la formation complète Comment écrire un roman.

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Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 6 : un narrateur à la première personne trop envahissant

Les histoires racontées par un narrateur à la première personne sont de plus en plus populaires.

Première personne : « Je suis allée à l’école aujourd’hui. »

Troisième personne : « Elle est allée à l’école aujourd’hui. »

La première personne est souvent une perspective narrative difficile à maîtriser. Plus que tout autre type de narrateur, le narrateur à la première personne a tendance à verser dans un récit égocentré, où le personnage qui raconte écrase l’histoire au détriment des autres personnages, et parfois même de l’intrigue.

3 pièges à éviter avec un narrateur à la première personne

Passons en revue quelques-uns des pièges les plus courants du narrateur à la première personne, et la manière de les éviter.

1. Commencer chaque phrase par « je »

Le narrateur à la première personne pousse les auteurs à se concentrer sur le personnage narrateur à l’exclusion de tout autre sujet. Le résultat : une enfilade de phrases assommantes qui ont toutes le même sujet. Variez les sujets pour redonner un peu de vie à votre syntaxe.

À éviter : Je dévalai l’escalier, le cœur battant. J'entendais le géant zombifié marteler le sol derrière moi. Devant, je voyais la porte de la cave qui m’offrait une chance de fuir et de me cacher. J'atteignis la porte, l’ouvris à la volée et plongeai à l’intérieur.

À préférer : Mon cœur battait à tout rompre tandis que je dévalais l’escalier. Derrière moi, le géant zombifié martelait le sol. Deux mètres devant, la porte de la cave offrait une chance de fuir et de me cacher. J'atteignis la porte, l’ouvris à la volée et plongeai à l’intérieur.

2. Raconter les pensées au lieu de les montrer

Dans un récit à la première personne, tout ce que vous écrivez sort déjà du cerveau du personnage principal. Vous n’avez pas besoin de signaler ses pensées en les mettant en italique ni de les accompagner d’un « pensai-je ».

À éviter : Je n’arrivais pas à croire que cela m’arrivait. Les géants zombifiés, ça n’existe pas, si ? pensai-je. Je suis peut-être en train de rêver.

À préférer : Cela ne pouvait pas être en train d’arriver. Les géants zombifiés, ça n’existait pas, si ? J’étais peut-être en train de rêver.

Si la différence entre montrer et raconter vous échappe encore, c’est le moment de la revoir : c’est elle qui est en jeu ici.

3. Insérer de longs passages narratifs au détriment de l’action et du dialogue

La narration à la première personne donne envie de partager avec le lecteur tout ce que le personnage pense. Méfiez-vous des longues digressions narratives, là où vous devriez laisser l’action et le dialogue porter l’histoire.

À éviter :

— Qu’est-ce qui t’arrive, en ce moment ? demanda Kirsten.

Je poussai un soupir. Kirsten n’avait aucune idée du degré de folie qu’avait atteint ma vie. Elle n’avait aucune idée que des géants zombifiés — énormes, hideux et puants — étaient à mes trousses.

[Insérer ici une longue description des géants zombifiés, de la vie de la narratrice, de l’histoire de son amitié avec Kirsten, etc.]

À préférer :

— Qu’est-ce qui t’arrive, en ce moment ? demanda Kirsten.

Je poussai un soupir.

— Tu n’as aucune idée du degré de folie qu’a atteint ma vie.

Je jetai mon sac dans mon casier, lançai un regard furtif des deux côtés du couloir, puis me penchai pour lui souffler à l’oreille :

— Des zombies ! Des gros !

[Insérer ici un dialogue vif et conflictuel qui transmet les informations essentielles sur les géants zombifiés, la vie de la narratrice, l’histoire de son amitié avec Kirsten, etc.]

Recourir à un narrateur à la première personne peut être une façon passionnante de créer une histoire immédiate et intime, dont les lecteurs ne pourront pas se détacher. Assurez-vous seulement de ne pas trébucher sur ces erreurs courantes, et vous serez plus que prêt à mettre vos lecteurs (et les géants zombifiés) à terre par la puissance de votre narration.

Pour aller plus loin sur le choix de la perspective narrative, voyez aussi : 5 questions pour choisir le bon point de vue.

Pour aller plus loin

Les livres de K.M. Weiland traduits en français :

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