Les histoires racontées par un narrateur à la première personne sont de plus en plus populaires.
Première personne : « Je suis allée à l’école aujourd’hui. »
Troisième personne : « Elle est allée à l’école aujourd’hui. »
La première personne est souvent une perspective narrative difficile à maîtriser. Plus que tout autre type de narrateur, le narrateur à la première personne a tendance à verser dans un récit égocentré, où le personnage qui raconte écrase l’histoire au détriment des autres personnages, et parfois même de l’intrigue.
3 pièges à éviter avec un narrateur à la première personne
Passons en revue quelques-uns des pièges les plus courants du narrateur à la première personne, et la manière de les éviter.
1. Commencer chaque phrase par « je »
Le narrateur à la première personne pousse les auteurs à se concentrer sur le personnage narrateur à l’exclusion de tout autre sujet. Le résultat : une enfilade de phrases assommantes qui ont toutes le même sujet. Variez les sujets pour redonner un peu de vie à votre syntaxe.
À éviter : Je dévalai l’escalier, le cœur battant. J’entendais le géant zombifié marteler le sol derrière moi. Devant, je voyais la porte de la cave qui m’offrait une chance de fuir et de me cacher. J’atteignis la porte, l’ouvris à la volée et plongeai à l’intérieur.
À préférer : Mon cœur battait à tout rompre tandis que je dévalais l’escalier. Derrière moi, le géant zombifié martelait le sol. Deux mètres devant, la porte de la cave offrait une chance de fuir et de me cacher. J’atteignis la porte, l’ouvris à la volée et plongeai à l’intérieur.
2. Raconter les pensées au lieu de les montrer
Dans un récit à la première personne, tout ce que vous écrivez sort déjà du cerveau du personnage principal. Vous n’avez pas besoin de signaler ses pensées en les mettant en italique ni de les accompagner d’un « pensai-je ».
À éviter : Je n’arrivais pas à croire que cela m’arrivait. Les géants zombifiés, ça n’existe pas, si ? pensai-je. Je suis peut-être en train de rêver.
À préférer : Cela ne pouvait pas être en train d’arriver. Les géants zombifiés, ça n’existait pas, si ? J’étais peut-être en train de rêver.
Si la différence entre montrer et raconter vous échappe encore, c’est le moment de la revoir : c’est elle qui est en jeu ici.
3. Insérer de longs passages narratifs au détriment de l’action et du dialogue
La narration à la première personne donne envie de partager avec le lecteur tout ce que le personnage pense. Méfiez-vous des longues digressions narratives, là où vous devriez laisser l’action et le dialogue porter l’histoire.
À éviter :
— Qu’est-ce qui t’arrive, en ce moment ? demanda Kirsten.
Je poussai un soupir. Kirsten n’avait aucune idée du degré de folie qu’avait atteint ma vie. Elle n’avait aucune idée que des géants zombifiés — énormes, hideux et puants — étaient à mes trousses.
[Insérer ici une longue description des géants zombifiés, de la vie de la narratrice, de l’histoire de son amitié avec Kirsten, etc.]
À préférer :
— Qu’est-ce qui t’arrive, en ce moment ? demanda Kirsten.
Je poussai un soupir.
— Tu n’as aucune idée du degré de folie qu’a atteint ma vie.
Je jetai mon sac dans mon casier, lançai un regard furtif des deux côtés du couloir, puis me penchai pour lui souffler à l’oreille :
— Des zombies ! Des gros !
[Insérer ici un dialogue vif et conflictuel qui transmet les informations essentielles sur les géants zombifiés, la vie de la narratrice, l’histoire de son amitié avec Kirsten, etc.]
Recourir à un narrateur à la première personne peut être une façon passionnante de créer une histoire immédiate et intime, dont les lecteurs ne pourront pas se détacher. Assurez-vous seulement de ne pas trébucher sur ces erreurs courantes, et vous serez plus que prêt à mettre vos lecteurs (et les géants zombifiés) à terre par la puissance de votre narration.
Pour aller plus loin sur le choix de la perspective narrative, voyez aussi : 5 questions pour choisir le bon point de vue.
Pour aller plus loin
Les livres de K.M. Weiland traduits en français :

