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Écrire un roman

Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 12 : vos retours en arrière sont-ils réussis ou ratés ?

Faut-il revenir en arrière, ou non ? Tôt ou tard, tout auteur doit se poser la question. Un bon retour en arrière peut parfois donner vie à un événement important du passé de votre personnage. Mais mal construit, ou glissé au mauvais endroit, un retour en arrière finit par agacer les lecteurs plus qu’il ne les impressionne. Cherchons les signes qui indiquent que votre retour en arrière est une petite merveille — ainsi que les symptômes qui trahissent un retour en arrière qui tombe à plat.

Votre flashback

1. Votre flashback arrive au bon moment

Pour avoir une puissance maximale, les retours en arrière doivent être placés exactement au bon moment. Ne donnez pas au lecteur l’information contenue dans votre retour en arrière avant de l’avoir mis dans un état de curiosité quasi insoutenable, comme le fait Brandon Sanderson en distribuant lentement les informations sur le passé d’esclave de son protagoniste dans Fils-des-Brumes (Mistborn).

2. Votre flashback est nécessaire

L’essentiel de La Voleuse d’hommes (The Robber Bride) de Margaret Atwood est composé de trois gigantesques retours en arrière, vus respectivement du point de vue des trois protagonistes. Dans ce livre, les retours en arrière sont si nécessaires que, sans eux, il n’y aurait littéralement pas d’histoire.

3. La longueur de votre flashback est appropriée

La longueur d’un bon retour en arrière dépend largement des exigences de l’histoire. Certains tiendront des centaines de pages, à la manière de La Voleuse d’hommes ; d’autres ne feront que quelques phrases, comme lorsque le protagoniste de The Practice Effect de David Brin se souvient d’avoir été traîné à une conférence par un ami.

4. Votre flashback est clairement un retour en arrière

Utilisez le plus-que-parfait et d’autres signaux comme « et alors elle se souvint… » ou « deux ans plus tôt… » pour être sûr que les lecteurs comprennent que le flashback est un événement passé de la vie de votre personnage. Milena McGraw s’en sort très bien avec ses nombreux retours en arrière dans After Dunkirk.

Note du traducteur : Weiland parle ici du past participle, c’est-à-dire du past perfect anglais (« she had washed the dishes »). L’équivalent français est le plus-que-parfait : « elle avait fait la vaisselle, ce jour fatidique ». Comme en anglais, on signale l’entrée dans le retour en arrière au plus-que-parfait, avant de revenir au passé simple ou à l’imparfait pour fluidifier le récit, puis de signaler la sortie par un nouveau plus-que-parfait.

Votre flashback est peut-être raté si…

1. Votre flashback serait plus puissant raconté « en temps réel »

En cherchant à commencer leur histoire in medias res, les auteurs inexpérimentés ouvrent parfois leur récit sur un retour en arrière qui, à un extrême, déverse le passé du personnage ou, à l’autre extrême, résume trop vite les informations les plus intéressantes de l’histoire. Si votre flashback commence juste avant votre histoire et constitue en réalité le premier domino de votre rangée de dominos, vous auriez probablement intérêt à en faire votre première scène officielle, comme l’a fait Marion Zimmer Bradley dans La Reine des tempêtes (Stormqueen!).

2. Votre flashback est trop long

Même si certains livres comme La Voleuse d’hommes peuvent se permettre de longs retours en arrière, la grande majorité d’entre eux n’ont aucune raison de dépasser un paragraphe ou deux. N’arrachez pas vos lecteurs à votre récit au présent en les faisant tomber brutalement dans une scène entièrement nouvelle et déconnectée. Les Neuf Princes d’Ambre (Nine Princes in Amber) de Roger Zelazny, mené tambour battant, donne au lecteur exactement la dose d’histoire ancienne qu’il faut pour garder le récit vif.

3. Votre flashback est inutile

Les auteurs ont tendance à trouver le passé banal de leurs personnages bien plus intéressant que leurs lecteurs. Si l’extraction dentaire que votre personnage a subie à cinq ans n’influence pas l’intrigue de façon décisive, vous n’avez pas besoin d’y revenir. Hunger Games de Suzanne Collins réussit merveilleusement bien à revenir sur la « vie normale » de son personnage sans y inclure la moindre information superflue ou fastidieuse.

4. Votre flashback manque de clarté

Si vos retours en arrière sont si subtils que les lecteurs ne se rendent pas compte que vous revenez en arrière, ils ne rendront pas grand service à votre histoire. Signalez clairement au lecteur le moment où votre récit entre dans un retour en arrière. Utilisez le plus-que-parfait (« elle avait fait la vaisselle, ce jour fatidique ») et n’ayez pas honte de dire tout bonnement au lecteur que votre personnage se souvient, comme le font Mary Ann Shaffer et Annie Barrows dans Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates (The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society).

En résumé

Les retours en arrière ne sont pas seulement amusants : ils peuvent aussi apporter une nouvelle profondeur à votre histoire. Si vous veillez à les utiliser correctement, les lecteurs finiront par adorer ces délicieux petits coups d’œil dans le passé de vos personnages.

Pour approfondir le sujet, voyez aussi : Contexte : l’importance de ce qui n’est pas dit, qui explique pourquoi le passé du personnage gagne souvent à rester implicite, et Passez le prologue !, sur le piège qui consiste à ouvrir son roman par le passé. Pour creuser l’événement fondateur qui mérite, lui, d’être montré, voyez Créer des arcs de personnages, partie 4 : le fantôme de votre personnage.


Retrouvez tous les articles de la série : Les erreurs d’écriture les plus courantes.

Pour aller plus loin

Les livres de K.M. Weiland traduits en français :

Structurez votre roman

Couverture de Structurez votre roman

Construire des arcs narratifs de personnages

Couverture de Construire des arcs narratifs de personnages

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Par K.M. Weiland

K.M. Weiland est romancière, a écrit plusieurs romans et des livres pratiques sur le métier d’écrivain et l’art de la narration. Son site helpingwritersbecomeauthors.com a reçu plusieurs récompenses, et ses livres Préparez votre roman, Structurez votre roman, Construire des arcs narratifs de personnages, Écrire le thème de votre histoire font partie des livres recommandés aux auteurs qui veulent améliorer la maîtrise de leur discipline.