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Écrire un roman

Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 8 : dix erreurs de style

En écriture, les petites fautes sont souvent de grandes fautes. Assurez-vous qu’aucune de ces bévues potentiellement tragiques ne vienne saboter la confiance que vos lecteurs placent dans votre compétence.

Note du traducteur : cet article passe en revue dix fautes de style et de ponctuation. Plusieurs d’entre elles relèvent de règles propres à l’anglais (capitalisation des titres, distinction entre less et fewer, trait d’union après un adverbe en -ly). Les règles et les exemples ont donc été transposés à leurs équivalents français les plus proches, en conservant l’esprit de chaque point — et le monstre Gorgola de l’autrice.

1. Ne mettez pas de majuscules à tous les mots d’un titre

Dans un titre français, la majuscule se limite au premier mot (et aux noms propres). L’usage anglais, qui capitalise presque tous les mots, n’a pas cours en français : les articles, les prépositions et les adjectifs restent en minuscules.

Ceci : L’Été du monstre Gorgola, une bête vraiment effrayante

Pas cela : L’Été Du Monstre Gorgola, Une Bête Vraiment Effrayante

2. Ne mettez pas deux espaces entre les phrases

Inutile de taper deux espaces après un point. Cette « règle » est un vestige de la machine à écrire. Les traitements de texte modernes ajustent eux-mêmes l’espacement entre les mots : l’espace supplémentaire n’est plus correct.

Ceci : Le monstre Gorgola émergea des profondeurs. Il s’ébroua et rugit.

Pas cela : Le monstre Gorgola émergea des profondeurs.  Il s’ébroua et rugit.

3. N’utilisez ni plus ni moins de trois points pour les points de suspension

Les points de suspension sont toujours au nombre de trois (ou le caractère unique « … » qui s'appelle ellipse).

Ceci : — Je ne sais pas… laissa-t-elle en suspens.

Pas cela : — Je ne sais pas……. laissa-t-elle en suspens.

4. Ne confondez pas « emmener » et « emporter »

On emmène des personnes (ou des animaux), on emporte des choses. Et le préfixe em- indique qu’on s’éloigne du lieu où l’on se trouve, là où amener et apporter indiquent qu’on s’en rapproche.

Ceci : J’ai emmené mon frère loin du campement et emporté les trois fleurs écrasées.

Pas cela : J’ai emporté mon frère loin du campement et emmené les trois fleurs écrasées.

Dans l’article original, ce point traite la confusion anglaise entre less (quantités non dénombrables) et fewer (quantités dénombrables), qui n’a pas d’équivalent en français.

5. N’oubliez pas la virgule entre deux propositions indépendantes

Quand deux propositions indépendantes ont chacune leur sujet et sont reliées par « et », « ou » ou « mais », la virgule s’impose devant la conjonction.

Ceci : Le Gorgola rugit et chargea, et je hurlai comme un bébé.

Pas cela : Le Gorgola rugit et chargea et je hurlai comme un bébé.

6. Ne soudez pas un adverbe à l’adjectif par un trait d’union

Un adverbe qui modifie un adjectif ne se relie jamais à lui par un trait d’union.

Ceci : Le garde-chasse parfaitement musclé refusa de tirer sur le Gorgola, même quand celui-ci me mordit le bras.

Pas cela : Le garde-chasse parfaitement-musclé refusa de tirer sur le Gorgola, même quand celui-ci me mordit le bras.

À l’inverse, n’oubliez pas le trait d’union dans les incises inversées : dit-il, répondit-elle, hurlai-je.

7. Placez correctement la ponctuation autour des guillemets

Les deux-points et le point-virgule se placent toujours à l’extérieur des guillemets. Le point final, lui, se met à l’intérieur quand les guillemets encadrent une phrase complète, et à l’extérieur quand ils n’encadrent qu’un mot ou un groupe de mots. Les guillemets français appellent par ailleurs une espace insécable à l’intérieur.

Ceci : Le garde-chasse disait que le Gorgola était « en danger » ; j’étais manifestement le seul à être « en danger ».

Pas cela : Le garde-chasse disait que le Gorgola était « en danger ; » j’étais manifestement le seul à être « en danger. »

8. N’utilisez pas la virgule dans une énumération dont les éléments contiennent déjà des virgules

Utilisez le point-virgule pour séparer les éléments d’une liste dès que l’un d’eux contient une virgule.

Ceci : J’ai fait l’inventaire : une marque de morsure ; deux baskets jaunes, taille petite ; trois fleurs écrasées.

Pas cela : J’ai fait l’inventaire : une marque de morsure, deux baskets jaunes, taille petite, trois fleurs écrasées.

9. Ne faites pas précéder un geste d’accompagnement d’une virgule

À moins que le geste n’interrompe la phrase de dialogue, ou que vous enchaîniez sur une incise (dit-il, répondit-elle), ne terminez pas la réplique par une virgule : le geste est une phrase à part entière.

Ceci : — Tu ne sers à rien. Je m’éloignai du garde-chasse à grands pas.

Pas cela : — Tu ne sers à rien, je m’éloignai du garde-chasse à grands pas.

Ce point est détaillé dans l’erreur n ° 5 de cette série.

10. Ne mettez de majuscule à un nom de parenté que s’il remplace un prénom

Les noms de parenté (« maman », « papa ») ne prennent la majuscule que lorsqu’ils tiennent la place d’un prénom : précédés d’un article ou d’un possessif, ils restent en minuscules.

Ceci : J’ai appelé mon père pour demander à parler à Maman de la meilleure façon de tenir un Gorgola à l’écart d’un campement.

Pas cela : J’ai appelé mon Père pour demander à parler à maman de la meilleure façon de tenir un Gorgola à l’écart d’un campement.


Retrouvez tous les articles de la série : Les erreurs d’écriture les plus courantes.

Pour aller plus loin

Les livres de K.M. Weiland traduits en français :
Structurez votre roman

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Archétypes Personnages de roman

Archétypes de personnages : les utiliser sans cliché

Les archétypes de personnages : Mentor, Ombre, Gardien du Seuil... comment les utiliser sans tomber dans le cliché

Dans Star Wars, vous n’avez jamais eu besoin qu’on vous explique qui était Yoda. Petit, vert, voix particulière : en quelques secondes, vous saviez que vous aviez affaire à un mentor, instinctivement, avant même d’avoir vu le film en entier.

C’est tout le pouvoir des archétypes. Ce sont des personnages universels et récurrents, présents dans les mythes depuis des siècles, que votre lecteur reconnaît sans effort parce qu’il les a déjà croisés des centaines de fois, dans d’autres romans, d’autres films, d’autres histoires qu’on lui a racontées enfant. Bien utilisés, ils vous font gagner un temps précieux : plus besoin de tartiner des pages de description, le lecteur comprend tout de suite à qui il a affaire. Mal utilisés, ou utilisés sans précaution, ils produisent l’effet inverse : des personnages plats, prévisibles, qu’on a déjà vus cent fois ailleurs. C’est précisément la frontière entre un archétype efficace et un cliché que nous allons explorer ici.

Archétype et fonction : deux choses différentes qu’on confond trop souvent

Avant d’aller plus loin, il faut lever une confusion fréquente chez les auteurs débutants : un archétype n’est pas une fonction.

La fonction, c’est le rôle qu’un personnage joue pour faire avancer l’histoire. L’archétype, lui, caractérise ce personnage de manière schématique : c’est son image, sa structure psychologique de surface, celle que le lecteur reconnaît immédiatement. Un personnage porte toujours un archétype et une fonction, les deux travaillent ensemble mais ne se confondent pas.

Autre point essentiel que beaucoup d’auteurs ignorent : en réalité, tous vos personnages portent en eux tous les archétypes à la fois. Ils s’expriment selon les situations, mais un seul prédomine à un instant donné. Prenez un homme de main classique : son archétype principal, c’est le gros bras, celui qui cogne sur ordre. Mais à un autre moment de l’histoire, ce même personnage peut endosser le masque du conseiller. Dans l’écrasante majorité du récit, cependant, il doit rester identifiable comme le gros bras, sans quoi le lecteur perd ses repères.

Pourquoi cette identification rapide compte-t-elle autant ? Parce qu’elle vous fait économiser des tonnes de description inutile. Un gros bras, c’est un gros bras : musclé, bras droit du patron, capable de cogner à la demande. Pas besoin de l’expliquer sur trois paragraphes, le lecteur a déjà la base en tête. C’est ce que Fred Godefroy appelle donner des points de repère au lecteur, et c’est la raison pour laquelle toute histoire, sans exception, est construite sur des archétypes. Un lecteur ou un spectateur a appris, de manière largement inconsciente, à reconnaître ces figures récurrentes. C’est un langage commun, presque universel, que l’auteur et son lecteur partagent sans même en parler.

Le psychiatre Carl Jung est le premier à avoir identifié ces figures comme des symboles universels de l’imaginaire collectif. Mais attention : il n’existe pas de liste officielle et figée des archétypes. Chaque auteur développe sa propre compréhension du sujet, au fil de ses lectures et de ses recherches personnelles. On peut ainsi croiser, selon les sources, le bon flic et le méchant flic, le sage magicien, le roi impartial, la reine-mère, le chasseur solitaire, l’artiste hors du monde, le conseiller occulte, le rebelle provocateur, le clown de service... La liste est, dans les faits, quasiment infinie.

Pourquoi il faut absolument camoufler vos archétypes

Voici le cœur du sujet, et la raison pour laquelle cet article existe : un archétype non camouflé, c’est généralement de la grosse artillerie. C’est lourd, c’est visible à des kilomètres, et c’est exactement ce qui transforme un personnage pourtant bien pensé en un cliché ambulant.

L’art de l’auteur, c’est justement de savoir camoufler ses archétypes. Concrètement, cela veut dire laisser suffisamment d’espace à l’imagination du lecteur pour qu’il comprenne de lui-même à quel archétype il a affaire, sans que vous ayez besoin de le lui asséner frontalement. Pourquoi ce camouflage est-il nécessaire ? Parce qu’un archétype, par nature, n’est pas humain : c’est une image, une abstraction. Prenez l’archétype du connard. Tout le monde sait instinctivement ce que c’est. Mais le personnage que vous construisez est peut-être, en réalité, un père adorable avec ses enfants, un mari fidèle et amoureux, tout en étant un vrai connard au travail avec ses collègues. L’archétype est là, présent, mais recouvert d’une couche de vernis humain qui le rend crédible et intéressant plutôt que caricatural.

C’est exactement ce que fait Game of Thrones avec une maestria redoutable : il n’y a pas deux personnages qui se ressemblent dans cette série, alors même qu’elle est peuplée d’archétypes à chaque coin de scène. L’énorme travail de préparation en amont permet à chaque personnage de se distinguer nettement des autres, tout en restant immédiatement identifiable pour le spectateur.

Une règle pratique à retenir : camouflez fortement vos personnages principaux, et de façon plus légère vos personnages secondaires. Ce n’est même pas nécessaire pour vos simples figurants, la prostituée du coin de rue ou le pilier de comptoir du bar habituel : eux font partie du décor, et un archétype brut, sans vernis, suffit amplement à leur donner vie en une phrase.

Votre protagoniste constitue un cas à part. Comme vous l’avez déjà caractérisé en profondeur par ailleurs, vous pouvez vous permettre de rendre visibles, à certains moments précis de l’histoire, les différents archétypes qu’il incarne tour à tour, sans jamais risquer la caricature. Un héros classique, par exemple, qui recueille au fil de son aventure un gamin des rues devenu son compagnon de route, endosse alors ponctuellement le masque du mentor, tout en restant fondamentalement le héros de votre histoire.

Les archétypes essentiels à maîtriser

Au-delà du protagoniste et de l’antagoniste, que nous avons déjà abordés dans un précédent article, voici les figures archétypales que tout auteur doit connaître pour construire une distribution de personnages solide et reconnaissable.

Le Mentor

C’est un archétype quasiment incontournable dans toute histoire. Son rôle est d’enseigner au héros ce qu’il ne sait pas encore, afin qu’il puisse réussir à la fin de son parcours. Contrairement à une idée reçue, le mentor n’est pas forcément un personnage âgé : son rôle peut tout aussi bien consister à remettre un objet précis au héros, une carte par exemple, plutôt qu’un enseignement verbal.

Star Wars en propose plusieurs variations à lui seul : Yoda, Obi-Wan Kenobi, mais aussi, plus surprenant, Dark Vador et l’Empereur, qui jouent eux aussi un rôle de mentor négatif. Attention cependant à ne pas multiplier les mentors sans discernement : un mentor principal doit vraiment se distinguer des autres. Gandalf dans Le Seigneur des anneaux et Dumbledore dans Harry Potter illustrent les cas, rares, où un même personnage cumule plusieurs archétypes à la fois : le sage, le mentor, le magicien et le guerrier.

Le Messager

Dans la mythologie grecque, le messager est le seul archétype directement incarné par un dieu, Hermès, ce qui en dit long sur son importance narrative. Hermès cumule plusieurs qualités précieuses pour un personnage de roman : il jouit d’une neutralité relative entre les différentes parties en présence, il connaît tout le monde, il sait toujours où trouver les gens, et on fait appel à lui pour des missions variées. C’est aussi, symboliquement, le dieu de la chance, celui qu’on remercie en silence lorsqu’une rencontre inattendue change le cours d’une histoire.

Transposé dans votre roman, le messager peut prendre une multiplicité de formes : l’informateur de bas étage, le meilleur ami qui donne un conseil décisif au bon moment, le détective privé qui transmet un renseignement crucial, ou même un simple objet comme une lettre. Il peut être neutre, allié, adversaire, ou jouer sur une fausse apparence dans un sens ou dans l’autre. C’est un prototype de personnage extrêmement malléable, qui se suffit généralement à lui-même, sans avoir besoin d’être couplé à un autre archétype. Aragorn, dans Le Seigneur des anneaux, cumule ainsi protagoniste, messager et guerrier en une seule figure. Conseil pratique : si vous avez plusieurs messagers dans votre histoire, choisissez-en un qui soit plus central et plus riche que les autres. Votre récit y gagnera en cohésion.

L’Ombre

C’est, sans doute, l’archétype le plus difficile à construire correctement. L’ombre est l’incarnation physique et morale du côté obscur de votre protagoniste. Sa fonction est de montrer ce que ce dernier pourrait devenir s’il cédait à ses pulsions les plus sombres, s’il se laissait glisser du « côté facile » qui, à chaque instant d’une histoire bien construite, le tente discrètement.

Il ne peut y avoir qu’une seule véritable ombre par protagoniste. Dark Vador est l’ombre parfaite de Luke Skywalker, du premier au dernier film. Gollum est celle de Frodon dans Le Seigneur des anneaux : à travers sa déchéance physique et morale accumulée sur cinq cents ans de possession de l’anneau, on observe le parcours exact que suivrait Frodon s’il cédait lui aussi à cette tentation. Fight Club pousse le concept encore plus loin, puisque Tyler Durden se révèle être la pure projection psychique du narrateur, tout ce qu’il rêve d’être sans jamais oser l’incarner.

Chaque fois que votre protagoniste triomphe d’une ombre, il triomphe en réalité d’une part négative de sa propre personnalité. C’est un processus initiatique, que votre héros franchit étape par étape. Pour en construire une, soulignez d’abord les côtés les plus sombres de votre protagoniste, puis attribuez ce rôle à un personnage déjà existant dans votre distribution, ou créez-en un de toutes pièces. Étudiez ensuite comment cette ombre va servir de miroir initiatique, et notez en une phrase la leçon précise que votre protagoniste en retire.

Le Gardien du Seuil

Son rôle est simple à énoncer : il protège un passage, et interdit au protagoniste de le franchir sans combattre, discuter, négocier, payer, ou le contourner d’une manière ou d’une autre. Il peut être relié à votre antagoniste, faire simplement partie du décor, se révéler être un mentor rencontré en chemin, ou agir en totale indépendance, qu’il soit allié ou adversaire selon les circonstances.

Dans Collatéral de Michael Mann, le chauffeur de taxi interprété par Jamie Foxx doit entrer dans une boîte de nuit pour récupérer une information vitale ; plusieurs videurs tentent de l’en empêcher. Dans Le Portrait de Dorian Gray, exemple vertigineux de sophistication, Dorian Gray est simultanément protagoniste, antagoniste et gardien du seuil, puisqu’il protège lui-même, dans son grenier, le portrait maudit qui lui permet de rester éternellement jeune.

Une astuce très efficace pour éviter la caricature consiste à coupler ce gardien du seuil avec un autre archétype : un gardien du seuil-mentor, un gardien du seuil-messager, un gardien du seuil-antagoniste. Cette combinaison évite l’effet « obstacle gratuit » et enrichit considérablement votre intrigue.

La Femme tentatrice

Moins connu que les précédents, cet archétype mérite pourtant toute votre attention : son rôle est de libérer le protagoniste de ses croyances erronées en le confrontant brutalement à la réalité de ses illusions. C’est la révélation du vrai visage de ce qu’il croyait acquis, la vérité nue loin des illusions qu’il s’était forgées.

Elle peut prendre de très nombreux visages selon votre histoire : l’épouse du protagoniste, l’épouse de l’antagoniste, une femme mariée, une serveuse du bar habituel, la meilleure amie de sa femme... Le cas le plus classique, si votre protagoniste est en couple au moment où survient cette étape, c’est l’adultère assuré. Elle peut aussi incarner des passions destructrices ou un attachement démesuré à des biens matériels. L’essentiel à retenir, c’est qu’elle fracasse la réalité du protagoniste, qu’elle soit finalement une alliée ou une adversaire. Et si votre protagoniste est une femme, cet archétype devient naturellement un homme tentateur.

Quelques autres archétypes utiles à connaître

D’autres figures reviennent fréquemment et méritent d’être dans votre boîte à outils. Le guerrier, abondamment présent dans Game of Thrones, où aucun des nombreux porteurs de cet archétype ne se ressemble. L’escroc, d’abord sympathique en apparence, capable de manipuler autrui pour atteindre des objectifs contraires aux leurs, mais toujours après avoir patiemment gagné leur confiance, contrairement au simple voleur, qui entre dans un lieu pour y dérober directement un objet au héros, comme l’illustre la scène du coffre-fort dans The Dark Knight Rises. Et l’espion, qui dispose toujours d’une couverture, fidèle à une cause ou mercenaire vendu au plus offrant, comme le montre La Taupe, adapté du roman de John Le Carré.

Où commence le cliché

Un cliché, ce n’est rien d’autre qu’un archétype appliqué à un personnage principal, protagoniste, antagoniste ou personnage secondaire important, sans qu’il soit recouvert de ce fameux vernis humain dont nous parlions plus haut. C’est un archétype à nu, exposé tel quel, sans travail de personnalisation.

Les téléfilms américains tournés avec de petits budgets en sont souvent gorgés, tout comme le western des décennies 1960 et 1970. La logique est toujours la même : par souci de simplicité, ou par manque de temps, on laisse l’archétype brut faire tout le travail, sans jamais le nuancer. Le résultat est immédiatement perceptible par le lecteur, même s’il ne saurait pas mettre de mots dessus : quelque chose sonne faux, déjà-vu.

La bonne nouvelle, c’est que la solution est exactement celle que nous venons de détailler : plus vous personnalisez un archétype avec les techniques de construction de personnage vues par ailleurs (désir conscient, désir inconscient, faiblesse, contradictions internes), moins il risque de sombrer dans le cliché, quel que soit l’archétype de départ que vous avez choisi pour lui.

Exercice pratique : la fiche d’archétype camouflé

Prenez un personnage secondaire important de votre roman en cours, ou à défaut d’une idée de roman déjà en préparation. Répondez aux questions suivantes, une par une, sur une feuille ou dans votre logiciel d’écriture.

Quel est son archétype prédominant parmi ceux vus dans cet article, ou parmi d’autres archétypes que vous identifiez vous-même ? Quels autres masques archétypaux pourrait-il, ponctuellement, emprunter à certains moments précis de votre histoire ? Quels sont les codes archétypaux évidents associés à cet archétype, ceux que tout lecteur reconnaîtrait instantanément si vous les exposiez sans filtre ? Et surtout : quel vernis humain, quelle contradiction, quel détail inattendu pouvez-vous ajouter pour camoufler cet archétype et le rendre crédible plutôt que caricatural ?

Si vous peinez à répondre à cette dernière question, c’est le signe que ce personnage reste, en l’état, un pur cliché ambulant. C’est précisément l’endroit où concentrer votre prochain effort d’écriture ou de réécriture.

Ce qu’il faut retenir

Les archétypes ne sont pas vos ennemis : ce sont des outils puissants, hérités de milliers d’années de récits, qui vous permettent d’installer vos personnages dans l’esprit de votre lecteur en quelques phrases à peine. Le danger n’est jamais de les utiliser, mais de les utiliser nus, sans ce travail de camouflage qui transforme une image universelle en un être humain crédible. Identifiez l’archétype dominant de chaque personnage, acceptez qu’ils en portent tous plusieurs à la fois, et consacrez le temps nécessaire à les recouvrir de ce vernis d’humanité qui fait toute la différence entre un cliché et un personnage dont on se souvient.


L’ensemble des archétypes détaillés dans cet article, avec les techniques complètes pour les construire et les personnaliser, est développé en profondeur dans Comment créer des personnages de romans à succès.

Pour aller plus loin et structurer l’ensemble de votre méthode d’écriture, de l’idée jusqu’à la vente de votre roman, retrouvez également la formation complète Comment écrire un roman.

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Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 7 : des premières lignes qui mentent au lecteur

Votre première phrase a peut-être tout pour elle : de l’énergie, du danger, des hameçons barbelés destinés à ferrer le lecteur. Mais si le paragraphe qui suit opère un changement de décor en douce, le lecteur sera plus agacé qu’impressionné.

Prenons un exemple de première phrase mensongère :

Jeanette franchit le virage du sentier de montagne et se retrouva nez à nez avec un énorme grizzly. L’ours se dressa sur ses deux pattes et rugit dans sa direction.

Effrayant, non ? Cette première phrase nous entraîne dans un récit palpitant, parce que nous voulons découvrir ce qui va arriver à la pauvre Jeanette, prise au piège. Puis nous continuons à lire…

Je tournai une nouvelle page du livre et baissai les yeux vers mes deux enfants aux yeux écarquillés, blottis sous mes bras.

— Trop effrayant pour vous ?

Si vous imaginez le bruit de l’air qui s’échappe d’un ballon crevé, vous avez à peu près saisi la sensation de quiconque lit cette histoire. Bien sûr, la première phrase de l’auteur nous a ferrés — mais c’était un tour de passe-passe minable. Le livre ne parle même pas de Jeanette, et celle-ci ne risque certainement pas de finir en tranche de viande dans le sandwich de dix heures du grizzly.

4 types de premières lignes qui mentent au lecteur

Ce genre de tromperie peut prendre plusieurs formes, parmi lesquelles…

1. La première ligne « rêve »

Brett suffoquait, luttant contre la traction du courant, tandis qu’une nouvelle vague lui écrasait le visage.

Soudain, le hurlement de son réveil l’arracha au sommeil, et il se redressa dans son lit avec un soupir de soulagement.

Juste un rêve, Dieu merci.

2. La première ligne « blague »

Quand Kelly hurla, Joanna se détourna de ses hamburgers pour découvrir sa meilleure amie un couteau à légumes à la main et du sang partout sur les doigts. Joanna se précipita, attrapant un torchon pour étancher le sang.

Kelly éclata de rire et se mit à lécher la substance rouge sur sa main.

— Je t’ai eue ! C’est juste du ketchup.

3. La première ligne hyperbolique

— Ma vie est finie ! sanglota Sandra dans le téléphone. Tu réalises ce que ça veut dire ? Je vais devoir m’installer en Argentine sous un faux nom !

— Calme-toi, dit Callie. Tu as raté ta coupe de cheveux, et alors ?

4. La première ligne « fausse alerte »

Eric leva les yeux de sa classe de maternelle au moment où l’alarme incendie se mit à hurler dans tout le bâtiment et où les sprinklers déversèrent l’eau du plafond. Le cœur battant, il rassembla ses enfants hurlants pour l’évacuation, avant d’être arrêté à mi-chemin du couloir par le directeur, penaud. Quelqu’un avait déclenché l’alarme par accident.

On peut concevoir de faire fonctionner chacune de ces ouvertures si le retournement n’est pas seulement un mensonge, mais un élément important de caractérisation (par exemple, l’ouverture hyperbolique pourrait servir à montrer que Sandra est superficielle, complexée et portée à l’hystérie). Mais trop souvent, ces accroches ne sont construites pour aucune autre raison que de permettre à une ouverture par ailleurs insipide de démarrer en fanfare.

Reprenez votre première phrase et posez-vous les questions suivantes.

  1. Fait-elle croire au lecteur qu’il se passe quelque chose, alors qu’en réalité il ne se passe rien ?
  2. Les informations qui suivent prolongent-elles correctement la tension installée par cette première ligne ?

Si la réponse est non, votre première phrase ment peut-être à vos lecteurs sans même que vous vous en rendiez compte. Les lecteurs méritent toujours d’être traités avec plus de respect que cela.


Pour aller plus loin sur l’ouverture de votre histoire, voyez aussi : Les secrets de la structure de l’histoire, partie 2 : l’accroche et Les secrets de la structure de l’histoire, partie 3 : le premier acte.

Pour aller plus loin

Les livres de K.M. Weiland traduits en français :
Structurez votre roman


Les 5 secrets de la structure du récit

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Créer un antagoniste plus fort que votre héros : la clé (contre-intuitive) d’une intrigue captivante

La plupart des auteurs débutants passent des semaines à peaufiner leur héros : son passé, ses failles, ses désirs, sa voix. Puis, arrivés au personnage qui s’oppose à lui, ils bâclent le travail en quelques lignes. Un « méchant » suffisamment menaçant pour créer des obstacles, un point c’est tout. Erreur fondamentale : dans la méthode de Fred Godefroy, c’est justement ce personnage-là, l’antagoniste, qui détermine à lui seul la puissance de toute l’histoire.

Pas le héros. Pas l’intrigue en elle-même. L’antagoniste. Voilà l’idée contre-intuitive qui va changer votre manière de préparer un roman : plus vous soignez votre antagoniste, plus votre protagoniste devient intéressant, et plus votre histoire devient captivante. C’est un vase communicant, pas une addition de personnages.

L’antagoniste n’est pas (forcément) le méchant

Commençons par corriger une confusion très répandue. Un antagoniste n’est pas systématiquement un « méchant ». C’est avant tout un personnage qui poursuit un objectif opposé à celui du protagoniste. C’est cette opposition d’objectifs, et elle seule, qui crée ce qu’on appelle l’antagonisme.

Dans 95 % des histoires, effectivement, cette opposition se traduit par un personnage clairement malveillant. Mais ce n’est en rien une règle absolue. Dans le film Exotica d’Atom Egoyan, l’antagoniste protège en réalité le protagoniste plutôt que de lui nuire. Dans La Guerre des Rose, les deux membres d’un couple qui s’entre-déchire sont, chacun à leur tour, protagoniste et antagoniste l’un de l’autre : aucun des deux n’est plus « héros » que l’autre, ils sont exactement au même niveau, et c’est précisément cette symétrie qui rend le film aussi mémorable.

L’antagoniste peut également être une entité plutôt qu’un individu : une agence d’espionnage, une organisation criminelle, un État. Dans ce cas, la règle est simple, elle porte un nom savant, la métonymie : une entité doit toujours être incarnée par un personnage qui la personnifie. Jason Bourne ne lutte pas contre « la CIA » de manière abstraite ; il affronte un ou deux agents précis qui en sont l’incarnation. Dans Star Wars, l’Empire tout entier se résume, aux yeux du spectateur, à un seul visage : celui de Dark Vador. Sans ce visage, l’entité resterait froide, impossible à détester ou à craindre vraiment.

Il existe même, plus rarement, des antagonistes qui ne sont ni des personnes ni des organisations. Dans 127 heures de Danny Boyle, l’antagoniste est un rocher, celui sur lequel le bras du protagoniste reste coincé. Dans Duel de Steven Spielberg, c’est un camion, piloté par un conducteur dont on ne voit jamais le visage. Ces exceptions confirment la règle : ce qui définit un antagoniste, ce n’est ni son humanité ni sa méchanceté, c’est sa fonction dans l’histoire.

Sans antagoniste, il n’y a tout simplement pas d’histoire

Voici pourquoi ce personnage mérite autant de soin que votre héros : s’il n’y avait pas d’antagoniste, il n’y aurait pas de protagoniste, tout simplement parce que le protagoniste se définit en fonction de l’antagoniste et des objectifs opposés qu’ils poursuivent tous les deux. Retirez l’un, l’autre s’effondre.

Et s’il n’y avait pas d’antagoniste, il n’y aurait pas non plus d’histoire du tout, puisque l’intrigue repose entièrement sur le fait que ces deux personnages agissent pour remplir des objectifs incompatibles. Cela reste vrai même si le lecteur ne connaît pas encore l’identité de l’antagoniste : dans la plupart des thrillers, l’auteur sait parfaitement qui est le tueur bien avant que le lecteur ne le découvre, mais son influence façonne déjà chaque scène.

Protagoniste et antagoniste forment ainsi la colonne vertébrale de toute histoire. Et une colonne vertébrale déséquilibrée, ça se voit tout de suite. Si votre antagoniste n’est pas aussi structuré, aussi réfléchi, aussi cohérent que votre protagoniste, l’ensemble de votre roman perd son équilibre. Le dessin animé Kirikou et la Sorcière en offre une belle démonstration : le titre lui-même annonce les deux personnages principaux, et l’intrigue entière repose sur le passé de la sorcière autant que sur le parcours du jeune héros. Les deux vivent un processus de transformation aussi spectaculaire l’un que l’autre, jusqu’à cette double métamorphose finale où Kirikou guérit la sorcière et devient adulte au même instant.

Autre cas d’école : dans Usual Suspects, l’identité de l’antagoniste, Keyser Söze, n’est révélée que dans les toutes dernières minutes. Ce coup de génie n’est possible que parce que l’auteur a construit ce personnage avec un soin extrême dès le départ, même si le lecteur ou le spectateur ne le découvre qu’à la fin. Un antagoniste peut apparaître à n’importe quel moment de votre roman, y compris dans la toute dernière scène : ce qui compte, c’est que vous, l’auteur, le connaissiez parfaitement dès les premières pages, même s’il reste dans l’ombre.

La règle contre-intuitive : plus il est fort, plus votre histoire est intense

Voici le point central, celui qui change vraiment la manière de préparer un roman : l’antagoniste doit toujours être beaucoup plus fort que le protagoniste. S’il est plus faible, il n’y a tout simplement pas d’histoire. Et si les deux sont à peu près au même niveau, l’intrigue n’a aucun intérêt : rien ne pousse le héros à se dépasser, rien ne crée de véritable tension.

La formule à retenir est simple : plus le contraste de puissance est grand entre le protagoniste et l’antagoniste, plus l’histoire est prometteuse, donc intense. Prenez Star Wars : Dark Vador possède un pouvoir écrasant face au jeune Luke Skywalker, un gamin par rapport à lui. C’est précisément cet écart de puissance qui rend chaque affrontement palpitant. George Lucas ne s’y est pas trompé : il s’est directement inspiré des mythes grecs, où les héros affrontent régulièrement des forces qui les dépassent largement.

L'Odyssée d’Homère pousse cette logique à l’extrême : l’antagoniste d’Ulysse n’est ni un homme ni une organisation, mais un dieu, Poséidon, avec la quasi-totalité du panthéon grec contre lui. Ulysse ne survit que grâce à l’intervention d’Athéna. Face à une histoire purement humaine, opposer un mortel à des divinités démultiplie l’intensité des conflits et la quantité de ressources que le héros doit mobiliser pour s’en sortir. Résultat : une histoire bien plus passionnante qu’un simple affrontement entre deux humains de force comparable.

Fred Godefroy résume ce principe par une image tirée de l’électricité : c’est la différence de potentiel qui crée la tension. Plus l’écart entre les deux pôles est grand, plus le courant est puissant. Transposé au roman, c’est exactement cette tension, née du déséquilibre de force, qui va tirer le protagoniste vers le haut et l’obliger à révéler son véritable potentiel. Dans Le Hobbit de J.R.R. Tolkien, Bilbo ne découvre sa capacité à se déplacer sans un bruit qu’au moment précis où il doit le faire face à un dragon capable de le tuer en un instant. Sans cette menace disproportionnée, cette compétence ne se serait jamais révélée, ni au lecteur, ni au personnage lui-même.

Autrement dit : l’histoire est la révélation du potentiel du protagoniste, et c’est l’antagoniste, par sa seule puissance, qui oblige cette révélation à se produire. Le protagoniste porte le regard du lecteur et son empathie ; mais du point de vue de la construction de l’intrigue, c’est bien l’antagoniste qui est, pour l’auteur, le personnage le plus important à concevoir.

Ce principe a même une conséquence géographique, souvent négligée : l’antagoniste détermine aussi l’espace dans lequel se déroule votre histoire. Si votre protagoniste sort de la zone d’influence de son antagoniste, il échappe mécaniquement au conflit central. Si votre antagoniste est un caïd qui contrôle une rue précise, il est logique que l’essentiel de l’action reste cantonné à cette rue : au-delà, son pouvoir de nuisance s’effondre, et avec lui, la tension de votre récit.

Dix conseils concrets pour construire un antagoniste à la hauteur

Au-delà des grands principes, la formation « Comment écrire un roman » de Fred Godefroy propose une série de conseils très opérationnels pour passer de la théorie à la fiche de personnage. En voici l’essentiel, à appliquer directement à votre propre antagoniste.

Premièrement, gardez en tête que la puissance de votre antagoniste détermine directement l’ampleur et la puissance de votre histoire tout entière : ne le sous-estimez jamais au moment de le concevoir.

Deuxièmement, travaillez sur lui au minimum autant que sur votre protagoniste, en temps et en profondeur. Troisièmement, utilisez exactement les mêmes outils de construction de personnage pour les deux : une fiche d’antagoniste doit être aussi détaillée qu’une fiche de protagoniste, pour pouvoir se répondre point par point.

Quatrièmement, rendez-le aussi humain que possible : plus un antagoniste conserve une part d’humanité, même minime, plus votre histoire gagne en puissance et en crédibilité. Un pur monstre sans nuance intéresse rarement un lecteur au-delà des premières pages.

Cinquièmement, placez-le idéalement à l’opposé exact de votre protagoniste sur le plan du conflit moral. Vous avez déjà défini le processus de transformation de votre héros : construisez celui de votre antagoniste dans le sens strictement inverse. Sixièmement, faites en sorte que lui aussi traverse, à sa manière, un processus transformateur au fil du roman.

Septièmement, un détail qui change tout : si votre antagoniste partage le même désir conscient que votre protagoniste, votre histoire n’en fonctionnera que mieux, car la compétition devient directe et lisible. Huitièmement, votre antagoniste doit disposer des moyens concrets pour attaquer sans relâche la faiblesse majeure de votre protagoniste : ce n’est pas un hasard s’il trouve toujours le point faible, c’est un choix de construction.

Neuvièmement, situez-le, autant que possible, au même endroit que votre protagoniste : la proximité géographique nourrit la tension. Dixièmement, reliez-le à l’ensemble de vos autres personnages, exactement comme vous le faites pour votre héros, que ce soit par affinité ou par opposition.

Comme le formule joliment le scénariste John Truby, cité par Fred Godefroy dans cette formation : « Le contraste entre le héros et l’adversaire n’a d’intérêt que s’il oppose deux êtres qui présentent de fortes similarités. Chacun d’entre eux symbolise alors une approche légèrement différente du même problème. Et c’est dans la similarité que les différences déterminantes et instructives s’éclaircissent. » Un bon antagoniste n’est donc pas simplement l’opposé de votre héros : c’est presque son reflet inversé, confronté au même problème de fond, mais avec des réponses radicalement différentes.

L’erreur classique à ne surtout pas commettre

Il existe un piège fréquent, particulièrement chez les auteurs débutants : lorsque le protagoniste manque de cohérence avec l’aventure qu’il vit — par exemple un personnage sans compétence particulière propulsé dans une intrigue d’espionnage international —, la tentation est grande de compenser cette faiblesse en rendant l’antagoniste plus accessible, plus facile à vaincre. C’est une erreur qui se retourne immédiatement contre vous : un antagoniste affaibli pour « équilibrer » un protagoniste mal préparé finit par prendre, malgré lui, la place du véritable protagoniste, simplement parce qu’il devient le personnage le plus cohérent de l’histoire.

La bonne solution n’est jamais d’affaiblir l’antagoniste. C’est de renforcer la cohérence du protagoniste — quitte à lui donner des compétences cachées, révélées progressivement au fil du récit, à condition que cette révélation reste logique et crédible. Un plombier ne devient pas tireur d’élite du jour au lendemain sans raison : en revanche, un plombier qui a un passé de tireur d’élite soigneusement dissimulé au lecteur peut tout à fait révéler ce talent au moment opportun.

Exercice pratique : la fiche miroir

Prenez une feuille et tracez une ligne verticale au milieu. À gauche, notez tout ce que vous savez déjà de votre protagoniste : son objectif conscient, son objectif inconscient, sa faiblesse principale, son processus de transformation prévu, les lieux où il évolue, les personnages qui l’entourent.

À droite, remplissez la même grille, mais pour votre antagoniste, en appliquant les dix conseils vus plus haut. Posez-vous, ligne après ligne, les questions suivantes : mon antagoniste est-il au moins aussi puissant que mon protagoniste, idéalement bien plus ? Partage-t-il, au moins en partie, le même désir conscient ? A-t-il les moyens concrets d’attaquer la faiblesse précise de mon héros ? Son processus de transformation va-t-il dans le sens strictement opposé à celui de mon protagoniste ? Est-il relié, comme lui, au reste de mes personnages ?

Si l’une de ces cases reste vide ou approximative pendant que la colonne de gauche déborde de détails, vous avez identifié précisément où se trouve le déséquilibre de votre histoire — et donc, l’endroit exact où concentrer votre prochain effort de préparation.

Ce qu’il faut retenir

Un antagoniste n’est pas un simple obstacle jeté sur le chemin de votre héros pour faire durer l’intrigue. C’est l’un des deux piliers qui portent toute votre histoire, et c’est même lui, en dernière analyse, qui en détermine la puissance, l’intensité et la crédibilité. Construisez-le avec le même soin que votre protagoniste, rendez-le aussi puissant que possible, reliez-le intimement à votre héros par ses objectifs et par ses failles, et vous obtiendrez ce que toute bonne intrigue recherche : une vraie différence de potentiel, celle qui produit la tension.


Cette méthode de construction du protagoniste et de l’antagoniste, avec l’ensemble des fiches et exercices détaillés de Fred Godefroy, est développée en profondeur dans Comment créer des personnages de romans à succès.

Pour aller plus loin et structurer l’ensemble de votre méthode d’écriture, de l’idée jusqu’à la vente de votre roman, retrouvez également la formation complète Comment écrire un roman.

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Écrire un roman Erreurs fréquentes

Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 6 : un narrateur à la première personne trop envahissant

Les histoires racontées par un narrateur à la première personne sont de plus en plus populaires.

Première personne : « Je suis allée à l’école aujourd’hui. »

Troisième personne : « Elle est allée à l’école aujourd’hui. »

La première personne est souvent une perspective narrative difficile à maîtriser. Plus que tout autre type de narrateur, le narrateur à la première personne a tendance à verser dans un récit égocentré, où le personnage qui raconte écrase l’histoire au détriment des autres personnages, et parfois même de l’intrigue.

3 pièges à éviter avec un narrateur à la première personne

Passons en revue quelques-uns des pièges les plus courants du narrateur à la première personne, et la manière de les éviter.

1. Commencer chaque phrase par « je »

Le narrateur à la première personne pousse les auteurs à se concentrer sur le personnage narrateur à l’exclusion de tout autre sujet. Le résultat : une enfilade de phrases assommantes qui ont toutes le même sujet. Variez les sujets pour redonner un peu de vie à votre syntaxe.

À éviter : Je dévalai l’escalier, le cœur battant. J'entendais le géant zombifié marteler le sol derrière moi. Devant, je voyais la porte de la cave qui m’offrait une chance de fuir et de me cacher. J'atteignis la porte, l’ouvris à la volée et plongeai à l’intérieur.

À préférer : Mon cœur battait à tout rompre tandis que je dévalais l’escalier. Derrière moi, le géant zombifié martelait le sol. Deux mètres devant, la porte de la cave offrait une chance de fuir et de me cacher. J'atteignis la porte, l’ouvris à la volée et plongeai à l’intérieur.

2. Raconter les pensées au lieu de les montrer

Dans un récit à la première personne, tout ce que vous écrivez sort déjà du cerveau du personnage principal. Vous n’avez pas besoin de signaler ses pensées en les mettant en italique ni de les accompagner d’un « pensai-je ».

À éviter : Je n’arrivais pas à croire que cela m’arrivait. Les géants zombifiés, ça n’existe pas, si ? pensai-je. Je suis peut-être en train de rêver.

À préférer : Cela ne pouvait pas être en train d’arriver. Les géants zombifiés, ça n’existait pas, si ? J’étais peut-être en train de rêver.

Si la différence entre montrer et raconter vous échappe encore, c’est le moment de la revoir : c’est elle qui est en jeu ici.

3. Insérer de longs passages narratifs au détriment de l’action et du dialogue

La narration à la première personne donne envie de partager avec le lecteur tout ce que le personnage pense. Méfiez-vous des longues digressions narratives, là où vous devriez laisser l’action et le dialogue porter l’histoire.

À éviter :

— Qu’est-ce qui t’arrive, en ce moment ? demanda Kirsten.

Je poussai un soupir. Kirsten n’avait aucune idée du degré de folie qu’avait atteint ma vie. Elle n’avait aucune idée que des géants zombifiés — énormes, hideux et puants — étaient à mes trousses.

[Insérer ici une longue description des géants zombifiés, de la vie de la narratrice, de l’histoire de son amitié avec Kirsten, etc.]

À préférer :

— Qu’est-ce qui t’arrive, en ce moment ? demanda Kirsten.

Je poussai un soupir.

— Tu n’as aucune idée du degré de folie qu’a atteint ma vie.

Je jetai mon sac dans mon casier, lançai un regard furtif des deux côtés du couloir, puis me penchai pour lui souffler à l’oreille :

— Des zombies ! Des gros !

[Insérer ici un dialogue vif et conflictuel qui transmet les informations essentielles sur les géants zombifiés, la vie de la narratrice, l’histoire de son amitié avec Kirsten, etc.]

Recourir à un narrateur à la première personne peut être une façon passionnante de créer une histoire immédiate et intime, dont les lecteurs ne pourront pas se détacher. Assurez-vous seulement de ne pas trébucher sur ces erreurs courantes, et vous serez plus que prêt à mettre vos lecteurs (et les géants zombifiés) à terre par la puissance de votre narration.

Pour aller plus loin sur le choix de la perspective narrative, voyez aussi : 5 questions pour choisir le bon point de vue.

Pour aller plus loin

Les livres de K.M. Weiland traduits en français :

Structurez votre roman
Préparez votre roman
Préparez votre roman

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Écrire un roman

Le carnet à idées : la technique pour ne plus jamais manquer d’inspiration pour vos romans

Une idée de roman ne prévient jamais avant de disparaître. Elle traverse votre esprit en une seconde ou deux, pendant que vous faites la queue à la boulangerie, que vous écoutez une conversation à la terrasse d’un café, ou que vous êtes à moitié endormi dans les transports. Si vous ne la notez pas immédiatement, elle s’évapore, et avec elle, peut-être, la graine d’un futur roman.

C’est pour cette raison très simple que tout écrivain professionnel a un point commun : il a toujours un carnet à idées sur lui. Pas dans le tiroir du bureau, pas « quelque part à la maison » : sur lui, en permanence, prêt à dégainer aussi vite qu’un stylo peut sortir d’une poche.

Cette règle paraît presque trop basique pour mériter un article entier. Et pourtant, c’est probablement l’habitude la plus négligée par les auteurs débutants, et l’une des plus rentables sur la durée d’une carrière d’écrivain.

La règle d’or : tout noter, sans jamais juger

Où que vous soyez, quelle que soit votre activité du moment, ayez toujours un carnet à idées sur vous. Une idée est tellement volatile que vous ne disposez que de quelques secondes pour la noter en quelques mots avant qu’elle ne s’efface.

Peu importe qu’elle vous semble géniale ou complètement anodine sur le moment, complète ou seulement à moitié formée : un jour, elle servira. Sur l’instant, vous ne connaissez jamais le véritable potentiel d’une idée. C’est justement le piège dans lequel tombent la plupart des auteurs en herbe : ils filtrent avant de noter, ils décident eux-mêmes qu’une idée « ne vaut pas le coup », et ils la laissent filer.

Dans son livre Comment avoir des idées de romans à succès, le romancier Fred Godefroy raconte avoir un jour retrouvé, au fond d’un carton, un vieux carnet rempli de notes prises quinze ans plus tôt. À l’époque, il jugeait ces notes médiocres. En les relisant, il y a découvert de véritables pépites, complètement oubliées. Comme le disait Stephen King : « Un lecteur qui lit tout ce qu’on publie ne lit en réalité que 10 % de tout ce qu’on a écrit. » Ce principe s’applique tout autant à vos carnets : la majorité de ce que vous y notez ne servira jamais directement, mais vous ne pouvez pas savoir à l’avance laquelle de vos notes fera partie des 10 % qui comptent. La seule façon de ne pas perdre cette pépite, c’est de l’avoir notée.

D’où la règle d’or, sans exception : le principal est de tout noter. Ne jugez jamais une idée sur l’instant. Un détail anodin observé dans une file d’attente peut devenir, des années plus tard, le point de départ d’une saga de plusieurs centaines de pages. Gardez cette idée en tête à chaque fois que vous hésitez à sortir votre carnet pour « si peu ».

Choisir et organiser son carnet : il n’y a pas une seule bonne méthode

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’existe pas de méthode unique et obligatoire pour tenir un carnet à idées. La meilleure est celle qui vous correspond, celle avec laquelle vous vous sentez à l’aise au quotidien. Quelques pistes concrètes, observées chez des auteurs professionnels, pour vous aider à trouver la vôtre :

Multipliez les formats. Achetez plusieurs carnets, de tailles différentes. Selon que vous portez un sac à main, un manteau d’hiver ou juste une poche de jean, la taille de ce que vous pouvez transporter change. L’essentiel est d’en avoir toujours un sur vous, accompagné d’un bon stylo ou d’un feutre. Un dicton bien connu des musiciens de musique classique résume l’idée : « Pas de crayon, pas de cachet. » Un musicien qui n’a pas de quoi noter les indications du chef d’orchestre ne peut pas faire son travail correctement. Pour un écrivain, c’est exactement pareil.

Codez vos notes par couleur. Certains auteurs gardent toujours sur eux plusieurs feutres de couleurs différentes, pour distinguer d’un coup d'œil si une idée notée concerne une situation, un personnage ou un lieu.

Structurez par catégories. D’autres organisent directement leur carnet en six rubriques, correspondant aux grandes catégories de la préparation d’un roman : personnages, genres, lieux, structures, styles, histoires. Un simple sommaire en début de carnet suffit à s’y retrouver rapidement des mois plus tard.

Ou passez à l’oral. Certains écrivains enregistrent leurs idées sur leur téléphone ou sur un dictaphone. L’avantage d’un dictaphone un peu sophistiqué est de proposer plusieurs pistes d’enregistrement séparées : une piste pour les idées de personnages, une pour les lieux, etc. On peut aussi revenir compléter un enregistrement déjà commencé, ce qui évite de devoir fouiller dans des dizaines de notes vocales pour retrouver celle qui correspond. Comptez une centaine d’euros pour un dictaphone correct, qui permet en plus de transférer ensuite tous les enregistrements sur ordinateur et de se constituer une véritable base d’idées audio.

Peu importe le système choisi : un bon auteur produit plusieurs dizaines d’idées par jour, dans toutes les catégories. Il ne les juge pas. Parfois ce sont trois mots griffonnés, parfois une page entière. Cela n’a aucune importance : tant que vous les notez, vous disposerez, au bon moment, d’un diamant brut à tailler.

Pourquoi noter sans juger : l’image du filet à papillons

Il y a une raison précise pour laquelle il ne faut jamais filtrer ses idées au moment de les noter : une idée qui surgit spontanément — en voyant un film, en entendant une conversation, en repensant à une anecdote qu’un ami vous a racontée — est ce qu’on appelle une idée instinctive. Elle est primaire, brute, parfois bonne, parfois sans intérêt. Mais on ne le sait jamais sur le moment.

Une idée instinctive est comme un papillon qui passe devant vous : l’instant d’après, il est déjà loin, et il ne vous reste qu’un vague souvenir de ses couleurs. C’est exactement pour cette raison qu’on a inventé le filet à papillons — l’équivalent, pour un écrivain, du carnet à idées. Une idée instinctive se capture au vol, à l’instant précis où elle traverse votre esprit. Vous n’avez pas le temps de réfléchir à sa valeur : il faut l’attraper, immédiatement, avant qu’elle ne disparaisse.

Ces idées brutes ne sont volontairement PAS encore des idées de romans. Elles sont la matière première, rien de plus — un peu comme le vent qui, seul, ne produit pas d’électricité : il faut une éolienne pour le transformer en quelque chose d’exploitable. Vos idées instinctives sont le vent ; le travail que vous ferez ensuite dessus, pour en faire une véritable idée de roman construite, c’est l’éolienne.

Un exemple concret suffit à illustrer le principe. Un soir, dans un self-service, l’auteur qui raconte cette anecdote se retrouve encerclé à la sortie par une quinzaine de voyous, en compagnie d’un ami ancien militaire. Ce dernier, d’un ton parfaitement assuré, lance : « Bon, on se les fait tous ? » Les voyous, déstabilisés par cette assurance totale, les laissent passer sans encombre. Cette scène vécue, notée telle quelle dans un carnet sur le moment, n’est encore qu’une idée instinctive : une situation, une tension, un personnage marquant. Ce n’est pas un roman. C’est une pépite brute, en attente d’être travaillée.

De l’idée brute à l’idée exploitable

C’est là que le carnet prend toute sa valeur : il devient un réservoir dans lequel on peut puiser au moment de construire une véritable idée de roman, ce qu’on appelle une « idée neuve ». Concrètement, l’auteur qui souhaite écrire un roman d’espionnage réaliste, par exemple, va rouvrir tous ses carnets de notes et laisser resurgir certaines idées instinctives accumulées au fil du temps. Il en sélectionne quelques-unes, en écarte d’autres, et les combine pour aboutir à une véritable idée structurée : un jeune homme tombe amoureux d’une serveuse à 18 ans, la perd de vue, la retrouve vingt-deux ans plus tard alors qu’il traverse une dépression — et découvre qu’elle est devenue officier traitant, qu’elle le manipule pour une mission suicide, et que leur histoire d’amour ressurgit au pire moment possible.

Cette idée neuve n’est pas sortie de nulle part un matin, par magie. Elle est le résultat d’un tri et d’un assemblage d’idées instinctives accumulées au fil des mois, voire des années, dans un carnet. Sans ce carnet, la matière première n’existe simplement pas au moment où l’auteur en a besoin.

Retenez ce chiffre comme ordre de grandeur : un carnet à idées bien rempli doit contenir plusieurs centaines, voire un bon millier d’idées instinctives accumulées, avant même de commencer à en assembler certaines pour construire un roman. Cela peut sembler énorme, mais c’est précisément ce volume qui garantit d’avoir, au bon moment, suffisamment de matière pour faire des combinaisons intéressantes.

9 idées sur 10 finissent à la poubelle — et c’est très bien ainsi

Une fois le carnet rempli, une question se pose inévitablement : comment savoir si une idée est assez solide pour devenir un roman ? La réponse est aussi simple que frustrante : il faut s’y faire, neuf idées sur dix ne donneront pas une bonne histoire. Ce n’est pas un échec, c’est la norme.

Une idée, à ce stade, ressemble à un gros bout de glaise bien dur. En la travaillant, en l’humidifiant, on peut commencer à sentir s’il y a un potentiel ou non. Mais attention : sentir un potentiel ne veut pas dire tenir un roman entre les mains. Cela veut dire, au mieux, qu’il existe une base qu’il faudra encore préparer, écrire, réécrire, puis proposer à des lecteurs ou des éditeurs.

Pour vérifier concrètement si une idée a ce potentiel, il existe un test simple et redoutablement efficace, à faire directement à partir de votre carnet.

Exercice pratique : le test des 50 scènes

Prenez une idée qui vous trotte dans la tête depuis un moment, notée dans votre carnet ou fraîchement surgie. Installez-vous avec un stylo (ou un fichier texte), et suivez ces étapes :

  1. Résumez votre idée initiale en trois lignes maximum.
  2. Donnez-vous deux à trois heures, pas plus, pour lister 50 scènes possibles liées à cette idée. Chaque scène doit tenir en une seule phrase.
  3. Ne cherchez pas l’ordre logique : une scène de fin, de début ou de milieu, peu importe. Notez-les dans le désordre, au fil de ce qui vient.
  4. Ne jugez rien pendant l’exercice. L’objectif n’est pas la qualité à ce stade, c’est la quantité et la spontanéité. Écrivez pour vous, pas pour plaire à un lecteur imaginaire : cette préoccupation prématurée est l’une des principales causes de blocage.
  5. Mettez un chronomètre. La contrainte de temps est volontaire : elle empêche l’autocensure et pousse l’imagination à s’emballer.

Le verdict est simple : une idée de roman avec laquelle vous n’arrivez pas à générer au moins 50 scènes en quelques heures, sans avoir à vous forcer, n’est probablement pas une bonne idée de base. À l’inverse, si les scènes s’enchaînent presque toutes seules, que des détails supplémentaires vous viennent en cours de route sur tel personnage ou tel lieu, notez-les aussitôt dans la marge : c’est le signe que vous tenez quelque chose de solide.

Ce qu’il faut retenir

Un carnet à idées n’est pas un gadget d’auteur en devenir : c’est un outil de travail au même titre qu’un stylo ou un traitement de texte. Il repose sur trois principes simples, mais qu’il faut appliquer avec discipline : toujours l’avoir sur soi, tout noter sans jamais juger sur l’instant, et accepter qu’une grande majorité de ce qui y est consigné ne servira jamais directement — tout en sachant que c’est justement dans cette masse que se cachent les quelques idées qui, une jour, deviendront un roman.

Commencez dès aujourd’hui, même avec un simple carnet de poche ou une note vocale sur votre téléphone. Dans six mois, vous aurez un réservoir d’idées instinctives dans lequel puiser. Dans un an, vous ne comprendrez plus comment vous faisiez avant.


Cette méthode de tri et de construction des idées, du Super-Concept jusqu’à l’intrigue complète, est détaillée en profondeur dans Comment avoir des idées de romans à succès, qui consacre plusieurs chapitres à la constitution et à l’exploitation d’un carnet à idées.

Pour aller plus loin et structurer l’ensemble de votre méthode d’écriture, de l’idée jusqu’à la vente de votre roman, retrouvez également la formation complète Comment écrire un roman.

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Le roi lion

Cet article fait partie de la collection de structures de romans et histoires que vous pouvez consulter sur le site ecrireunroman.fr pour en savoir plus sur les structures de romans qui marchent…

Film d’animation Disney réalisé par Roger Allers et Rob Minkoff.

Événement déclencheur : Pour tenter de retrouver son droit au trône, que la naissance de Simba lui a fait perdre, Scar pousse le jeune lionceau à explorer le cimetière des éléphants, terrain interdit, pour prouver son courage. Simba y affronte une bande de hyènes que Scar espère voir le tuer ; le plan échoue, et Scar élabore alors un nouveau plan pour éliminer à la fois Mufasa et Simba en maquillant le tout en accident.

Premier nœud dramatique : Scar met son plan à exécution et utilise Simba, à son insu, comme appât pour attirer Mufasa au cœur d’une débandade de gnous. Il tue lui-même Mufasa puis convainc Simba qu’il est responsable de sa mort en lui ordonnant de fuir et de ne jamais revenir ; Simba le croit et s’exile, fermant ainsi la porte sur la vie qu’il menait et l’engageant dans le conflit central de l’histoire : réclamera-t-il un jour son trône, ou passera-t-il sa vie à fuir la honte ?

Premier goulot d’étranglement : Devenu l’unique héritier, Scar prend le contrôle des Terres du Royaume et les réduit à un désert par un règne aussi négligent que tyrannique.

Point médian : Après des années passées à fuir sa douleur grâce à la philosophie insouciante « Hakuna Matata » aux côtés de Timon et Pumbaa, Simba reste hanté par son passé. Rafiki, qui a deviné qu’il est vivant, le retrouve et le conduit devant un bassin où le reflet de l’eau lui révèle que son père vit toujours en lui ; une vision de Mufasa dans les nuages lui rappelle alors de se souvenir de qui il est, et Simba, désormais tourné vers l’action, reprend le chemin des Terres du Royaume pour les sauver.

Second goulot d’étranglement : La force antagoniste se manifeste à travers la réaction de Simba face à la désolation des Terres du Royaume et à la vue de sa mère maltraitée par Scar ; ce goulot, très bref, précède presque immédiatement le troisième nœud dramatique, au point de se confondre avec lui.

Troisième nœud dramatique : Scar accuse faussement Simba d’avoir tué Mufasa et tente de le tuer à son tour, de la même manière ; c’est à cet instant qu’il lui murmure à l’oreille que c’est bien lui, Scar, l’assassin de son père.

Climax : Cette confession triomphante met Simba hors de lui : il maîtrise Scar et exige qu’il avoue la vérité devant toute la troupe des lions, qui se lance alors dans la bataille contre Scar et les hyènes.

Moment décisif : Simba accule Scar et lui propose de vivre en exil, mais celui-ci désigne les hyènes comme les « véritables ennemis » et tente une dernière fois de le tuer ; Simba pare l’attaque d’un geste qui projette Scar au milieu de ses anciens alliés, les hyènes, qui le mettent à mort.

Résolution : Simba prend sa place légitime de roi, et le royaume retrouve sa prospérité.

Notes : Le film déploie une belle symétrie en écho, reprenant chacun de ses grands motifs — le rugissement de Simba, les talents de bondissement de Nala, la réplique « enfuis-toi et ne reviens jamais », ou même des détails plus légers comme le bowling aux vautours de Timon et Pumbaa. Il suit presque à la lettre les points de passage classiques de la structure narrative : le troisième acte, un peu resserré, ne s’en ressent pourtant pas grâce au rythme des scènes d’action et à un enchaînement fluide jusqu’au moment décisif.


Retrouvez l’intégralité des articles de K.M. Weiland sur la structure des histoires et des romans sur le blog.

Pour en savoir plus sur la structure des romans et les clés essentielles pour bien raconter des histoires et donner plus envie de lire à vos lecteurs, vous pouvez retrouver le livre de K.M. Weiland sur Amazon.

Structurez votre roman, de K.M. Weiland

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Les erreurs d’écriture les plus courantes, n° 5 : incises de dialogue et gestes d’accompagnement mal employés

Ne compromettez pas les dialogues pleins d’esprit de vos personnages par des maladresses de ponctuation et de style. Examinons les deux moyens dont vous disposez pour indiquer qui parle et pour varier le rythme entre parole et narration : l'incise de dialogue et le geste d’accompagnement.

Comment ne pas utiliser les incises de dialogue

L'incise de dialogue (en anglais speaker tag), qui dans sa forme la plus simple se compose du nom du locuteur et d’un verbe de parole (dit, cria, demanda, etc.), est souvent la manière la plus simple d’indiquer quel personnage parle.

Exemple : « Je t’avais dit de ne pas me lancer ce chat », dit Mike.

4 règles pour utiliser les incises de dialogue

  • N’abusez pas des incises. Il est inutile de placer un « dit-il / dit-elle » à la fin de chaque réplique. Si vous n’avez que deux locuteurs, il suffit d’indiquer qui parle toutes les quelques répliques. Si vous en avez plus de deux, alternez vos incises avec des gestes d’accompagnement (voir plus bas).
  • Ne variez pas trop le verbe. « Dire » est votre verbe de parole le plus polyvalent. Sa quasi-invisibilité permet au dialogue de tenir seul, sans raconter au lecteur comment il doit lire la réplique. Employez les autres verbes (cria, renifla, gémit) et les adverbes (vivement, doucement, nerveusement) avec prudence.
  • Ne sous-utilisez pas les incises. Chaque fois qu’il est possible que les lecteurs ne comprennent pas qui parle (après un long paragraphe de narration, par exemple), indiquez le locuteur à la première occasion.
  • Ne terminez pas la réplique qui précède par un point. Sauf si le dialogue se termine par un point d’exclamation ou un point d’interrogation, fermez-le par une virgule, puis enchaînez avec l’incise (voir l’exemple ci-dessus).

Note du traducteur. Ce dernier point renvoie à une règle propre à la typographie anglaise, où la virgule se place à l’intérieur des guillemets. En français, la virgule se place après le guillemet fermant, et l’incise inverse le sujet et le verbe :

— « Je t’avais dit de ne pas me lancer ce chat », dit Mike.
— « Je n’ai rien lancé du tout », répondit-elle.

Si vous employez le dialogue au tiret cadratin plutôt qu’aux guillemets, le principe reste le même :

— Je t’avais dit de ne pas me lancer ce chat, dit Mike.

Le fond du conseil de K.M. Weiland est inchangé : la réplique ne se clôt pas par un point quand une incise la suit.

Comment ne pas utiliser les gestes d’accompagnement

Le geste d’accompagnement (en anglais action beat) est la description des actions — gestes, expressions du visage, voire pensées — qui accompagnent les paroles du personnage. Il figure dans le même paragraphe que le dialogue, ce qui indique que la personne qui accomplit l’action est aussi celle qui parle.

Exemple : « Je ne t’ai pas lancé le chat » — Leigh attrapa un vase de fleurs — « mais celui-ci, je vais te le lancer ! »

4 règles pour utiliser les gestes d’accompagnement

  • Ne combinez pas geste d’accompagnement et incise. Utilisés ensemble, ils font presque toujours double emploi. Dans le doute, supprimez l’incise au profit du geste, car celui-ci offre davantage d’occasions de caractériser le personnage.
  • N’utilisez pas un geste d’accompagnement dans le seul but d’identifier le locuteur. Si la seule raison pour laquelle vous avez inséré ce geste est d’indiquer qui parle, vous avez probablement intérêt à lui préférer une incise. Un geste d’accompagnement doit faire avancer l’histoire ou approfondir le personnage ; il ne peut pas exister uniquement pour occuper les mains du personnage.
  • Ne laissez pas les gestes d’accompagnement interrompre votre dialogue. Un long geste inséré à chaque réplique hache le rythme de la parole des personnages et détruit la fluidité de la conversation.
  • Ne terminez pas la réplique qui précède par une virgule. Sauf lorsque le geste vient interrompre une phrase de dialogue (voir l’exemple ci-dessus), terminez toujours la réplique qui précède le geste comme si elle était seule.

Note du traducteur. Ce point-ci se transpose directement en français, et c’est l’erreur la plus courante en la matière : un geste n’est pas un verbe de parole, on ne peut donc pas l’accrocher à la réplique par une simple virgule.

❌ « Je ne sais pas », Jean traversa la pièce.
✅ « Je ne sais pas. » Jean traversa la pièce.

En revanche, quand le geste interrompt véritablement une phrase de dialogue, on l’encadre de tirets cadratins, comme dans l’exemple de Leigh ci-dessus.

Si vous parvenez à éliminer ces erreurs courantes de vos dialogues, vous ne renforcerez pas seulement les conversations de vos personnages : vous vous signalerez aussi comme un professionnel.


Pour aller plus loin

Les livres de K.M. Weiland traduits en français :

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Écrire un roman

High concept : le test en 5 éléments pour votre roman

Vous avez une idée. Elle vous obsède depuis des jours, elle vous réveille la nuit, vous êtes certain qu’elle a du potentiel. Alors vous ouvrez un document vierge et vous commencez à écrire.

Six mois plus tard, vous êtes coincé au chapitre douze, vous ne savez plus où va votre histoire, et vous commencez à douter que cette fameuse idée valait vraiment le coup.

Le problème n’est presque jamais l’écriture elle-même. Le problème, c’est qu’une idée brute, aussi excitante soit-elle, n’est pas un roman. Entre les deux, il manque une étape que la plupart des écrivains débutants sautent : la transformation de cette idée en ce qu’on appelle un high concept (ou Super-Concept, pour reprendre le terme français).

Et un bon high concept se teste. Il existe un moyen simple et objectif de savoir, avant d’écrire la moindre ligne, si votre idée a les épaules pour porter tout un roman : vérifier qu’elle contient cinq éléments précis. C’est ce test que nous allons voir en détail, avec un exemple entièrement décortiqué et un outil concret pour construire le vôtre.

Le high concept, ce n’est pas un synopsis

Avant d’aller plus loin, il faut lever une confusion fréquente. Le high concept n’est pas un résumé de votre histoire, et ce n’est surtout pas un synopsis.

Un synopsis déploie l’histoire : il a des chapitres, des actes, une chronologie, des rebondissements détaillés. Le high concept, lui, fait exactement l’inverse. Il extrait de votre histoire son essence la plus concentrée, ce noyau qui, à lui seul, contient tout le potentiel dramatique du roman à venir. C’est un peu comme une huile essentielle : quelques gouttes suffisent à parfumer toute une pièce, mais il a fallu distiller des kilos de matière première pour les obtenir.

Dans le cinéma américain, cette technique est née dans les années 1980, quand les producteurs, pressés par le temps et par l’ampleur croissante des budgets, ont commencé à exiger des scénaristes qu’ils racontent leur histoire en vingt à trente secondes montre en main. C’est ce qu’on appelle pitcher son concept — l’équivalent, dans le monde des affaires, de l'elevator pitch. La méthode s’est ensuite largement diffusée dans la littérature, où elle rend exactement le même service.

Le high concept a deux fonctions vitales. D’une part, c’est votre outil de navigation pendant l’écriture : celui qui vous évite de vous perdre en cours de route, celui vers lequel vous revenez chaque fois que vous doutez de la direction à prendre. D’autre part, c’est votre outil de vente : celui qui, en une poignée de phrases, donne à un éditeur l’envie irrépressible d’en savoir plus. Un auteur qui n’arrive pas à résumer son roman en vingt secondes clairement structurées a de très fortes chances de perdre son interlocuteur — que ce soit un directeur littéraire dans un salon du livre ou, tout simplement, lui-même au milieu de son manuscrit.

Reste à savoir ce qui fait, concrètement, la solidité d’un high concept. C’est là qu’intervient le test en cinq éléments.

Le test : les 5 éléments vitaux d’un high concept

Un bon high concept doit contenir, au minimum, ces cinq composantes. Peu importe l’ordre dans lequel elles apparaissent dans votre formulation : ce qui compte, c’est qu’aucune ne manque à l’appel. Si l’une d’elles est absente ou trop faible, c’est le signal qu’il faut soit retravailler l’idée en profondeur, soit l’abandonner — car statistiquement, neuf idées sur dix méritent effectivement la poubelle.

1. Un protagoniste fort

Il n’y a pas d’histoire sans protagoniste. Ce personnage doit avoir de la volonté, un objectif clair, et la capacité de se transformer entre le début et la fin du récit. Dans les faits, le protagoniste porte toujours, consciemment ou non, le point de vue de l’auteur sur le monde : ce que vous détestez, ce que vous admirez, ce en quoi vous croyez transparaîtra à travers lui.

2. Un antagoniste identifié

Pas de protagoniste sans antagoniste digne de ce nom. Et contrairement à une idée reçue, antagoniste ne veut pas dire "méchant" : c’est simplement l’incarnation de ce qui empêche votre héros d’atteindre son objectif. C’est un point souvent sous-estimé par les débutants, alors qu’il est déterminant : ce n’est pas la force du protagoniste qui donne son intensité à une histoire, c’est celle de l’antagoniste. Un antagoniste fade, et c’est toute l’histoire qui s’affaisse. Si votre "méchant" est une entité abstraite — un gouvernement, une organisation, une mafia — il est impératif de l’incarner à travers un personnage précis, palpable, contre lequel le protagoniste peut réellement se battre.

3. Un cadre, et si possible un contexte

Le cadre, c’est l’époque et le lieu : les années folles ou notre époque, un empire à son apogée ou en pleine chute, une bourgeoisie provinciale du XIXe siècle. Il conditionne tout le reste — les dialogues, la psychologie des personnages, le traitement de l’intrigue. Une même trame peut donner deux romans radicalement différents selon qu’on la transpose dans les années 1920 ou aujourd’hui.

Le contexte, plus subtil, est le seul élément qui ne soit pas strictement obligatoire. Il vient préciser l’enjeu et situer plus finement le protagoniste et l’antagoniste l’un par rapport à l’autre. Il n’est pas indispensable, mais il donne toujours de l’épaisseur à un high concept.

4. Un événement déclencheur

C’est ce qui projette votre protagoniste hors de son quotidien et le pousse dans le monde de l’aventure. Il doit être visible, puissant, et laisser immédiatement comprendre au lecteur (ou à l’éditeur) que plus rien ne sera comme avant tant qu’un problème majeur n’aura pas été résolu.

5. Un enjeu

L’enjeu, c’est l’objectif ultime — l’équivalent de la ligne d’arrivée. Et la règle est stricte sur ce point : un bon enjeu est un enjeu que le protagoniste ET l’antagoniste visent tous les deux. Si leurs objectifs divergent, vous ne racontez plus une seule histoire mais deux intrigues parallèles qui ne se répondent jamais vraiment — un piège classique qui dilue toute tension dramatique.

L’exemple qui rend tout ça concret

Rien ne remplace un exemple décortiqué. Voici un high concept construit à partir de deux idées de départ :

"Un écrivain dépressif retrouve l’amour de sa vie vingt-deux ans après l’avoir perdue de vue. Ils retombent amoureux avant qu’elle ne l’emmène dans les Balkans pour une soi-disant lune de miel. Piégé, il comprend qu’il doit accomplir une mission dont il ne reviendra pas vivant pour le compte d’un service secret dont le mystérieux Albert dirige tout d’une main de fer."

Décomposons :

  • Protagoniste : l’écrivain dépressif.
  • Événement déclencheur : il retrouve l’amour de sa vie vingt-deux ans après.
  • Contexte : leur histoire d’amour retrouvée, jusqu’au voyage dans les Balkans.
  • Enjeu : accomplir une mission dont il ne reviendra probablement pas vivant.
  • Antagoniste : le mystérieux Albert, qui dirige le service secret d’une main de fer.

Les cinq éléments sont là, en trois phrases. C’est précisément ce qui fait qu’on peut, en vingt secondes, donner envie d’en savoir plus. Notez au passage que chaque mot compte : un bon high concept doit évoquer, pour vous comme pour votre interlocuteur, des milliers de scènes possibles. Vous savez que votre futur manuscrit comptera 50, 60 ou 80 chapitres — mais c’est 200 chapitres que vous devez pouvoir imaginer rien qu’en relisant ces quelques lignes.

Un outil pour construire son high concept : la triple implication

Le test des cinq éléments permet de vérifier qu’un high concept tient la route. Mais comment en construire un, concrètement, à partir d’une simple idée neuve ? La méthode de la triple implication, empruntée à l’origine à la construction de personnages, fait remarquablement bien l’affaire.

Imaginez trois boules emboîtées les unes dans les autres, comme des poupées russes. Chacune représente une dimension vitale de votre protagoniste :

  • la plus petite, au centre, représente son intimité : ses pensées, ses émotions, ses désirs ;
  • la boule intermédiaire représente son champ personnel : sa famille, ses proches, ses amis ;
  • la plus grande représente son champ social : son travail, ses interactions avec les institutions, sa vie quotidienne au sens large.

L’exercice consiste à prendre une idée neuve et à examiner comment elle vient percuter chacune de ces trois sphères. Prenons l’idée suivante : "un flic intègre trahit ses idéaux pour venger la mort de sa femme." Passée au filtre de la triple implication, elle donne :

  • Sphère intime : le protagoniste est déchiré entre le bien et le mal en découvrant que sa femme est morte dans un accident de voiture… en compagnie de son amant. Son conflit intérieur, entre son éthique de flic et son désir de vengeance, a un fort pouvoir dramatique.
  • Sphère personnelle : l’antagoniste — l’amant — se révèle être le meilleur ami du protagoniste. Les liens entre eux sont plus forts que ceux qui unissaient sa femme à un simple amant de passage.
  • Sphère sociale : l’antagoniste est en réalité le supérieur hiérarchique du protagoniste, un "super-flic" à la réputation trouble.

En trois phrases, on obtient un high concept complet et solide : "Bob, un flic intègre, décide de venger la mort de sa femme, décédée dans un accident de voiture alors qu’elle se trouvait avec son amant, Bill. Sauf que Bill est également le supérieur et le meilleur ami de Bob. Une lutte à mort s’engage entre les deux hommes."

L’intérêt de cet outil, c’est qu’il connecte automatiquement votre idée à l’ensemble des dimensions de votre personnage — et fait souvent apparaître, comme ici, un lien inattendu entre protagoniste et antagoniste qui démultiplie la tension dramatique.

Épurer son high concept : la méthode R.E.V.E.

Une fois qu’un premier jet de high concept existe, il reste rarement parfait du premier coup. La méthode R.E.V.E. — Révéler, Évaluer, Valoriser, Élaguer — permet de l’affiner par étapes :

  1. Révéler : générer en vrac un maximum d’idées, sans les juger, autour des personnages, des lieux, des situations.
  2. Évaluer : trier cette masse pour ne retenir que les idées les plus intéressantes.
  3. Valoriser : développer ces idées retenues en explorant leurs possibilités — quels protagonistes, quels lieux, quels événements déclencheurs, quels contextes.
  4. Élaguer : concentrer, couper, resserrer jusqu’à ne garder que l’essentiel — l’âme de l’histoire.

Pour valoriser une idée, trois techniques simples fonctionnent bien. D’abord, remplacer un personnage par un autre profil (un homme par une femme, un jeune par une personne âgée) pour voir quelles failles ou quels prolongements inattendus apparaissent. Ensuite, chercher au moins cinq événements déclencheurs différents pour la même situation de départ, histoire d’explorer un maximum de directions possibles. Enfin, changer de cadre ou de contexte — transposer l’histoire dans un autre pays, une autre époque — pour voir ce que cela change vraiment.

Pour élaguer, trois autres réflexes sont tout aussi efficaces. Soulignez, dans votre formulation actuelle, les segments qui correspondent effectivement à un des cinq éléments vitaux, et supprimez tout le reste sans pitié. Dites votre high concept à voix haute : s’il ne tient pas en trente secondes de façon fluide, c’est qu’il y a encore du gras à couper. Enfin, essayez de le réécrire en style télégraphique, un peu comme un vieux télégramme ("Bob stop attend stop gare stop") : en ne conservant que les mots strictement indispensables, vous isolez ce qui constitue réellement l’ossature de votre histoire.

L’exercice pratique

Prenez une idée sur laquelle vous travaillez en ce moment — ou une idée instinctive notée dans votre carnet depuis quelque temps. Passez-la au crible des cinq éléments vitaux : protagoniste, antagoniste, cadre et/ou contexte, événement déclencheur, enjeu. Notez, en face de chacun, ce que votre idée propose actuellement.

Si un élément manque, ne vous arrêtez pas à mi-chemin de l’exercice : c’est justement là que se joue le travail. Appliquez la triple implication pour faire émerger l’élément manquant à partir des trois sphères de votre protagoniste (intime, personnel, social). Puis testez votre résultat à voix haute : si vous n’arrivez pas à le raconter en une trentaine de secondes de façon claire, reprenez l’élagage jusqu’à ce que chaque mot compte.

Vous saurez que votre high concept est prêt le jour où vous pourrez le dire à voix haute sans bafouiller, où chaque mot évoque déjà des dizaines de scènes possibles dans votre tête — et où, en le relisant, vous avez du mal à ne pas vous précipiter sur votre clavier pour commencer à écrire.

Pour aller plus loin

Cette méthode du high concept, avec ses quinze exemples décortiqués et l’ensemble des techniques pour transformer une idée brute en Super-Concept solide, est développée en détail dans Comment avoir des idées de romans à succès, de Fred Godefroy.

Et si vous voulez aller au-delà de cette seule étape et être accompagné sur l’ensemble du processus — de l’idée jusqu’au roman terminé — la formation Comment écrire un roman reprend cette méthode pas à pas, avec des outils pratiques comme la triple implication ou la technique R.E.V.E. pour construire et affiner votre propre high concept.

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Écrire un roman Erreurs fréquentes

Une écriture vague est une écriture faible. La précision est le domaine de l’auteur compétent et sûr de lui.

Les erreurs d'écriture les plus courantes : l'écriture vague

En tant que créateur de vos mondes et de vos personnages, vous aurez toujours la possibilité de faire des affirmations qui font autorité dans votre écriture. Après tout, si ce n’est pas vous l’autorité dans vos histoires, qui l’est ? Cela signifie que vous n’avez jamais besoin de vous embourber dans le marécage des détails vagues et des idées floues.

À quoi ressemble une écriture vague

Jetez un coup d'œil aux exemples suivants d’écriture vague :

  • Maddock regarda le mur, qui semblait maculé de sauce tomate.
  • La bombe tomba à environ trois ou quatre mètres de moi.
  • Elle avait à peu près quarante-cinq minutes de retard à son rendez-vous chez le dentiste quand un policier l’arrêta, apparemment pour excès de vitesse.
  • Les calculs de Marc révélaient que l’agrandissement de la maison occuperait grosso modo cinq mètres carrés.

Avez-vous repéré les ambiguïtés dans ces phrases ? Chacun de ces exemples contient des mots qui affaiblissent inutilement l’intensité et la certitude de l’auteur.

Comment corriger une écriture vague

Reprenons ces phrases, cette fois avec les mots vagues supprimés :

Maddock regarda le mur, qui était maculé de sauce tomate.

À moins que vous n’employiez « sauce tomate » pour dissimuler la véritable nature de la substance (c’est peut-être du sang, et vous avez une raison de retarder le moment où Maddock s’en rend compte), ne dites pas à vos lecteurs ce que quelque chose « semblait » être. Dites-leur simplement ce que c'est.

La bombe tomba à trois mètres de moi.

Le personnage narrateur sait-il que la bombe est tombée exactement à trois mètres ? Probablement pas. Mais comme les lecteurs comprendront que le narrateur fait une estimation, et comme ils ne se soucient pas de savoir si la bombe est tombée à trois ou à quatre mètres, épargnez-vous ces mots supplémentaires et ces tergiversations inutiles.

Elle avait quarante-cinq minutes de retard à son rendez-vous chez le dentiste quand un policier l’arrêta pour excès de vitesse.

Là encore, il n’est probablement pas important de savoir si Elle avait quarante-quatre, quarante-cinq ou quarante-six minutes de retard. Il n’est pas non plus important d’informer les lecteurs que le narrateur n’est pas certain que le chiffre exact soit quarante-cinq.

De même, à moins qu’il n’y ait une bonne raison pour que le narrateur doive deviner pourquoi le policier l’a arrêtée, supprimez sans hésiter le « apparemment ». La plupart du temps, les lecteurs ne s’intéressent pas à ce qui a semblé se produire, mais uniquement à ce qui s’est produit.

Les calculs de Marc révélaient que l’agrandissement de la maison occuperait cinq mètres carrés.

Le mot « grosso modo » apporterait-il vraiment quelque chose à cette phrase ? Si le chiffre exact est supérieur ou inférieur à cinq mètres carrés, et que ce chiffre exact est important pour l’histoire, donnez le chiffre exact. Sinon, arrondissez simplement à un nombre précis.

10 mots qui signalent une écriture vague

Il arrive que votre histoire exige une formulation vague pour des raisons d’intrigue. Mais lorsque les ambiguïtés ne sont pas nécessaires, vous pouvez épargner à vos lecteurs l’ennui et une éventuelle confusion en évitant les mots suivants :

  • Sembler
  • Environ
  • À peu près
  • Paraître
  • On aurait dit que
  • Grosso modo
  • Plus ou moins
  • À peu de chose près
  • Presque
  • Quasiment

Si vous êtes audacieux, précis et catégorique dans le choix de vos mots, vos lecteurs ressentiront la puissance de votre prose.

Note du traducteur : l’article original s’appuie sur des exemples en anglais (seem, approximately, about, appear, look as if, roughly, more or less, give or take, almost, nearly) et sur des distances exprimées en pieds. Les exemples et la liste de mots ont été transposés en français, avec des unités métriques, afin que la liste reste directement utilisable dans un manuscrit francophone. Le principe, lui, est parfaitement transposable : chaque approximation inutile affaiblit la phrase.


Pour aller plus loin : les livres de K.M. Weiland en français

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Construire des arcs de personnages Disponible sur Amazon et en librairie