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Créer des arcs de personnages, partie 14 : Le climax

La vérité vous libérera, mais pas tant qu’elle n’en n’aura pas fini avec vous.

David Foster Wallace

Dans les arcs de personnages, comme dans les intrigues, le climax est le clou du spectacle. Le climax est la raison d’être de l’histoire. C’est le moment où l’auteur révèle ce que le voyage que le personnage vient d’endurer signifiait vraiment — et, dans un arc transformationnel positif, pourquoi ce voyage s’est avéré valoir tous les maux et traumatismes.

Plus important encore, le climax est le moment où votre personnage prouve qu’il a vraiment changé. Vos lecteurs ont été témoins de son évolution. Ils l’ont vu être secoué lorsqu’il a été expulsé de son monde normal. Ils ont observé ses réactions désespérées alors qu’il tentait de reprendre pied dans la première moitié du deuxième acte. Ils ont vu sa révélation au point médian, et la transition qui s’en est suivie, de son mensonge vers la vérité. Ils l’ont vu agir en fonction de la vérité au troisième nœud dramatique — et en payer le prix.

Maintenant, à peu près à la moitié du troisième acte, le conflit s’est intensifié au point qu’une confrontation doit avoir lieu entre le protagoniste et l’antagoniste. Si le protagoniste veut avoir une chance de gagner ce conflit, il doit prouver qu’il est capable de rester fidèle à la vérité sur le long terme. S’il ne peut pas rassembler toutes les leçons qu’il a apprises tout au long de l’histoire et s’y raccrocher maintenant, lorsque la pression est à son maximum, alors tout sera perdu à jamais.

Le climax est une scène ou une série de scènes qui oblige le protagoniste à affronter le conflit principal dans une confrontation décisive.

Le climax amène le conflit principal à une résolution qui remplit toutes les promesses du livre, tout en surprenant agréablement les lecteurs, car les événements ne sont pas tous exactement conformes à ce qu’ils auraient pu prévoir.

Le climax commence vers les 90 % de votre histoire et se termine juste avant la dernière ou les deux dernières scènes.

Le climax est parfois divisé en deux (le premier étant appelé « faux climax »), en fonction de la complexité du conflit et du nombre d’antagonistes que le protagoniste doit affronter.

Le climax

Nous avons terminé notre analyse du troisième acte en mentionnant une nouvelle attaque contre le nouveau paradigme de votre personnage (c’est-à-dire son adhésion à la vérité). Bien que cette nouvelle attaque puisse avoir entièrement lieu avant le climax (comme c’est le cas dans Jane Eyre lorsque St. John tente d'empêcher Jane de retourner à Thornfield), le plus souvent, cette attaque psychologique se poursuivra jusqu’au climax lui-même. Dans The Writer’s Journey, Christopher Vogler explique :

L’explication psychologique de telles contre-attaques est que les névroses, les défauts, les habitudes, les désirs ou les dépendances que nous avons remis en question peuvent régresser pendant un certain temps, mais peuvent revenir à la charge dans une défense ultime ou une attaque désespérée avant d’être vaincus pour toujours.

Choisir le moment du rejet final du mensonge auquel croit votre personnage

Rejeter le mensonge au moment du climax

Si votre conflit extérieur avec l’antagoniste est étroitement lié au conflit intérieur du protagoniste, ce dernier ne pourra pas se débarrasser de cet assaut avant le point culminant lui-même. L’antagoniste peut frapper le protagoniste avec le mensonge, martelant la peau nouvellement guérie qui s’est formée sur cette vieille blessure. C’est le point faible du protagoniste, et l’antagoniste le sait.

Placer la nouvelle attaque et le rejet final du mensonge et le passage du côté de la vérité dans votre climax vous permet d’harmoniser vos conflits extérieurs et intérieurs. Cela augmente également les enjeux et la tension. Les lecteurs sont assis sur le bord de leur siège, se rongeant les ongles, car ils savent pertinemment que si le personnage ne peut pas achever son arc maintenant, l’antagoniste le détruira.

Cependant, l’harmonisation des deux conflits a aussi ses inconvénients. Le climax étant une section très chargée de votre histoire, vous n’aurez pas toujours le temps et l’espace nécessaires pour terminer de manière cohérente l’arc de votre personnage en même temps qu’il affronte l’antagoniste. Un duel au sabre jusqu’à la mort n’est généralement pas propice à la prise de décisions existentielles.

Rejeter le mensonge avant le climax

En fonction du rythme de votre histoire, vous pouvez décider que le meilleur choix est de faire en sorte que votre personnage affronte et vainque son mensonge une dernière fois avant de se lancer dans le climax. À ce moment-là, votre personnage rejettera les derniers vestiges de doute relatifs au mensonge et s’avancera pour revendiquer la vérité. Il est, enfin, complètement épanoui — et, par conséquent, complètement capable d’affronter l’antagoniste. Il est transformé.

Le climax commence lorsque le personnage agit enfin et pleinement en fonction de sa nouvelle vérité. À ce stade, le personnage devrait en avoir fini avec toutes ses longues réflexions internes. L’incertitude qui subsiste concerne davantage les ramifications de sa nouvelle vérité (lui permettra-t-elle de vaincre l’antagoniste ou de se faire tuer au passage ?) que ses propres choix personnels.

Quelle que soit votre décision, gardez à l’esprit les conseils de Jordan McCollum dans Character Arcs :

L’une des choses les plus importantes à vérifier avec ce type de fin est de s’assurer que le personnage a tiré des leçons juste avant le climax. Si ces événements sont trop éloignés l’un de l’autre, le lien de causalité entre le fait de tirer des leçons et le succès final du climax est affaibli. S’il est possible de faire coïncider les deux événements, cela permet d’éviter tout problème de timing.

Le point culminant

Le point culminant est le climax du climax. C’est le moment précis qui résout le conflit global de l’histoire. Pour identifier votre point culminant, recherchez (ou créez) la scène que les lecteurs attendent depuis le début de l’histoire. Le méchant meurt. Le héros fait sa demande en mariage. La jeune fille obtient le travail qu’elle convoitait.

Le conflit prend fin parce que le protagoniste a finalement et définitivement détruit la force antagoniste. L’obstacle entre lui et son objectif disparaît. Cependant, cela ne signifie pas que le personnage obtient nécessairement la chose qu’il veut. Les histoires d’arc transformationnel positif ont pour but principal de permettre au personnage de trouver la chose dont il a besoin.

Ainsi, au moment où il atteint son objectif, l’objectif lui-même peut s’être complètement transformé, de sorte qu’il ne désire plus la chose qu’il veut. (Dans Le Grand National de Clarence Brown, Mi Taylor a gagné en respect de soi et ne veut plus voler les Brown ou abandonner le nom de son père).

Ou bien il peut encore désirer la chose qu’il veut, mais il la rejette, sachant qu’il ne peut pas la posséder en même temps que la chose dont il a besoin. (Dans Spider-Man, Peter Parker rejette l’opportunité d’une relation avec Mary Jane, car il sait que c’est le seul moyen de la protéger).

Ou bien ses raisons de la vouloir ont changé, ce qui le laisse mitigé quant à sa victoire. (Dans Sale Môme, Russ Duritz se débarrasse enfin de son jeune lui, mais sa présence lui manque.

Il peut aussi obtenir la chose qu’il veut, mais seulement parce qu’il se concentre maintenant sur la chose dont il a besoin. (Dans le roman Emma de Jane Austen, Emma parvient à épouser M. Knightley, mais seulement parce qu’elle a surmonté son égoïsme et sa vanité).

Comment le climax se manifeste-t-il dans les arcs des personnages ?

L’arc de votre personnage dans le climax peut se manifester comme suit :

Thor : une nouvelle attaque au cours de laquelle le frère de Thor le fait revenir, brièvement, à son agressivité. Thor prouve alors finalement sa dévotion à sa nouvelle vérité en détruisant le Bifrost et (semble-t-il) toute chance de retourner auprès de son nouvel amour, afin de protéger les autres royaumes. Le point culminant est atteint lorsque Loki (semble) se suicider, éliminant ainsi l’obstacle entre Thor et son objectif de paix.

Jane Eyre : Jane rejette totalement la nouvelle attaque de St. John contre sa vérité lorsqu’elle entend Rochester l’appeler. Elle laisse tout tomber pour retourner auprès de lui à Thornfield. Elle prouve sa nouvelle mentalité en étant déterminée à ne pas l’épouser — pour être heureusement surprise lorsque les circonstances, y compris sa propre transformation, lui permettent finalement d’être avec lui. Le point culminant est atteint lorsqu’elle annonce à Rochester qu’elle est de retour auprès de lui.

Jurassic Park : le Dr Grant combat les raptors au péril de sa vie afin de sauver les enfants (ce n’est pas exactement une nouvelle attaque, mais elle remplit essentiellement la même fonction dans cette histoire où l’action est très présente et les personnages peu nombreux). Le point culminant est atteint lorsque le T-Rex s’écrase dans le hall et détruit les raptors.

Le Secret des frères McCann : Walter résiste aux attaques physiques du petit ami violent de sa mère et refuse de croire que ses oncles bien-aimés sont des voleurs. Il revendique activement comme vérité leurs histoires d’aventures de jeunesse et prouve qu’il est prêt à être torturé pour cela. Le point culminant arrive plus tard lorsqu’il confronte sa mère et insiste pour qu’elle lui permette de rester avec ses oncles.

Toy Story : les autres jouets se moquent du fait que Woody ait changé d’avis sur Buzz, même après qu’il a sauté dans le camion de déménagement et essayé d’utiliser Karting pour sauver Buzz. Le point culminant arrive lorsque Buzz et lui atterrissent sains et saufs dans la voiture d’Andy.

Les Rois du désert : les officiers supérieurs d’Archie, Troy et du sergent-chef les menacent de les faire passer en cour martiale et de rendre les réfugiés chiites aux soldats de Saddam. Le point culminant arrive lorsque, pour permettre à tout le monde de survivre, ils décident de troquer leur or pour faire passer la frontière aux chiites et les mettre en sécurité.

Hooligans : la nouvelle attaque vient surtout de Matt lui-même. Il ne peut supporter l’idée de laisser ses compagnons se battre seuls alors qu’il sait qu’ils sont susceptibles de mourir. Il revient, avec sa sœur et son neveu, pour tenter de les aider, mais il se rend compte que la meilleure chose qu’il puisse faire pour eux est de protéger sa famille. Le point culminant est atteint lorsque son beau-frère sacrifie sa vie pour les aider à s’échapper.

Quoi de neuf, Bob ? : la nouvelle attaque vient de Leo, qui attache Bob à des caisses de dynamite, appelant cela « la thérapie de la mort ». Une fois sa peur passée, Bob accepte finalement la thérapie et est « guéri ». Le point culminant est atteint lorsque Bob met fin à sa propre capacité à tourmenter Leo en faisant accidentellement exploser la maison du lac et en plongeant Leo dans un état catatonique.

Autres exemples de climax dans les arcs de personnages

Un chant de Noël : la transformation de Scrooge est pratiquement achevée avant qu’il ne quitte le Noël futur et n’entre dans le climax. Il jure au fantôme de Noël Futur qu’il sera un homme différent si on lui donne la chance de vivre à nouveau. De retour dans sa chambre à coucher, il entreprend immédiatement de prouver son changement en faisant du bien à tous ceux qu’il a snobés dans le premier acte. Le point culminant arrive lorsqu’il démontre de manière décisive sa dévotion à sa nouvelle vérité de charité et de bienveillance en donnant des cadeaux et de la nourriture aux Cratchit et en accordant à M. Cratchit une augmentation exorbitante.

Cars : Flash comprend l’importance de ses amis dans sa vie lorsqu’il accepte avec joie leur aide en tant que nouvelle équipe. Il reprend la course avec un nouvel objectif, rattrapant ainsi son retard. Mais même si son attitude envers les habitants de Radiator Springs est manifestement différente de celle qu’il avait au début, il n’a toujours rien fait pour prouver sa dévotion à la nouvelle vérité. Il en a l’occasion lorsque Chick Hicks agit de manière égoïste (tout comme l’aurait fait Flash au début du film) et provoque l’accident de The King, la vieille voiture de course respectée. Flash, qui est sur le point de gagner la course, voit ce qui s’est passé et se rend compte qu’il est plus important d’aider The King que de gagner la course. Dans un magnifique point culminant, il freine brusquement juste avant la ligne d’arrivée, permettant à Chick de gagner. Il fait ensuite demi-tour pour aider The King à terminer sa course.

Questions à se poser sur l’arc de votre personnage dans le climax

1. Comment votre personnage prouve-t-il qu’il a changé dans le climax ?

2. La nouvelle attaque contre sa nouvelle vérité a-t-elle lieu avant le climax ou pendant le climax ? Quels sont les défis de rythme de l’un ou l’autre choix ?

3. Comment l’adhésion finale du personnage à la vérité permet-elle sa victoire dans le conflit extérieur ?

4. Accepte-t-il pleinement la chose dont il a besoin dans le climax ?

5. Comment utilise-t-il la chose dont il a besoin pour vaincre l’antagoniste ?

6. Obtient-il la chose qu’il veut ?

7. Comment son point de vue sur la chose qu’il veut a-t-il changé ? La veut-il toujours ?

Le début de votre histoire posait une question : le personnage va-t-il surmonter son mensonge et ainsi obtenir la chose dont il a besoin ? 

Dans un arc transformationnel positif, le climax répond à cette question par un grand oui. Plus que cela, il fournit une preuve visuelle et spectaculaire de la façon dont le personnage a été changé par la vérité.

Votre personnage vient de terminer son arc. Il sort de votre histoire en étant une meilleure personne qu’il n’y est entré, et les lecteurs peuvent être sûrs que, quelles que soient les épreuves que le personnage devra affronter à l’avenir, il est maintenant mieux équipé pour les affronter. Tout ce qui reste à faire est la réparation émotionnelle (très importante) de la résolution.

Lire les articles précédents de cette série :

Partie 1 : Pouvez-vous structurer un personnage ?

Partie 2 : Le mensonge auquel croit votre personnage

Partie 3 : La chose que votre personnage veut vs. la chose dont votre personnage a besoin

Partie 4 : Le fantôme de votre personnage

Partie 5 : Le Moment Caractéristique

Partie 6 : le Monde Normal

Partie 7 : Le premier Acte

Partie 8 : Le premier nœud dramatique

Partie 9 : La première moitié du premier acte

Partie 10 : Le point médian

Partie 11 : La deuxième moitié du deuxième acte

Partie 12 : Le troisième nœud dramatique

Partie 13 : Le troisième acte

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Créer des arcs de personnages, partie 13 : le troisième acte

Les arcs des personnages du troisième acte ont comme maître -mot : intensité. À l’extérieur de l’histoire, le conflit s’intensifie. Le protagoniste est un train fou qui fonce vers ce qui est devenu une confrontation inévitable avec la force antagoniste. Mais, à l’intérieur, il vacille.

Le troisième nœud dramatique l’a frappé de plein fouet. Quelque chose d’horrible et d’inattendu est sorti de nulle part et l’a assommé. Mais le plus important : cet événement a révélé ses progrès dans son arc de personnage lorsqu’il a eu le réflexe de s'emporter et d’agir selon la Vérité, au lieu de son Mensonge. Ce faisant, il a très bien pu mettre la chose qu’il voulait hors de portée.

Il a fait ce qu’il fallait. Et il l’a fait du plus profond de son âme. Mais maintenant, il doit vivre avec les conséquences. Il a appris à croire en la Vérité – et pourtant, la Vérité a ruiné sa vie. De l’extérieur, le troisième acte consiste à ce que votre personnage se démène pour retrouver son équilibre avant d’affronter l’antagoniste dans le climax. Mais à l’intérieur du personnage, le troisième acte consiste à déterminer s’il veut vraiment servir la Vérité après tout. Cela vaut-il le prix qu’il vient de payer ? S’il veut retourner à sa vie de « sécurité » dans le mensonge, c’est sa dernière chance.

Pour commencer, passons en revue les moments structurels de l’intrigue qui doivent se produire dans le troisième acte :

  • Le troisième acte s’ouvre sur une explosion – le troisième point de l’intrigue.
  • Le troisième acte rassemble tous les personnages (et d’autres pièces importantes, comme les accessoires, à la manière du Faucon maltais).
  • Le troisième acte met fin aux intrigues secondaires.
  • Le troisième acte concrétise les présages.
  • Le troisième acte occupe le dernier quart du livre, commençant vers ou un peu avant les 75 % et se poursuivant jusqu’à la fin.

4 aspects de l’arc de personnage dans le troisième acte

Dans le paysage du troisième acte, nous disposons de quatre panneaux de signalisation importants pour guider notre voyage. À l’exception des aspects du premier et du dernier de ces éléments (qui doivent être placés, respectivement, juste après le troisième nœud dramatique et juste avant le climax), la plupart de ces éléments seront répartis tout au long du troisième acte et évolueront morceau par morceau, plutôt que d’être présentés dans leur intégralité en une seule fois. Comme toujours, le rythme – qui sera nettement plus serré dans cette section – est la considération majeure.

1. Faire monter les enjeux

Après sa prise de conscience déchirante dans le troisième point de l’intrigue, le personnage doit maintenant faire face aux conséquences de cette prise de conscience. Et c’est assez effroyable. Il vient de jeter à la poubelle tout son travail et tous ses progrès vers la chose qu’il veut. Oui, il s’est tenu sur le terrain de la morale. Oui, il a libéré son âme de l’oppression du mensonge. Mais pour l’instant, ce n’est pas une grande consolation.

Le troisième nœud dramatique a planté un couteau dans le dos du personnage. C’est là que vous lui donnez un petit coup de pouce. C’est la suite de votre troisième intrigue, dans laquelle votre personnage réagit aux ravages que la Vérité vient de faire dans sa vie.

Alors pourquoi ne pas rendre les choses encore pires ? Augmentez les enjeux. Si le personnage est émotionnellement malheureux, pourquoi ne pas le rendre physiquement malheureux aussi ? Il vient de voir son meilleur ami se faire tuer ? Parfait. Maintenant, pourquoi ne pas le mettre aussi en fuite pour sauver sa vie ? Dans un blizzard. Avec une balle dans la jambe. Ne lui facilitez pas la tâche pour qu’il arrive à la conclusion qu’agir sur la Vérité était vraiment la meilleure chose qu’il pouvait faire pour lui-même.

Laissez-le se vautrer dans sa misère pendant un moment. Puis faites-le se relever. Le personnage doit choisir entre s’abandonner à sa douleur et se relever pour continuer le combat. Il doit réaliser que le prix qu’il a payé pour obtenir la Chose dont il a besoin valait la peine de souffrir. Il relève le menton et fait face au vent. Il sait qu’il a fait le bon choix, au point qu’il le referait s’il le fallait. Il est maintenant officiellement refait. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas encore brut de décoffrage. Il pourrait encore basculer si quelqu’un le frappe assez fort. Mais, à partir de maintenant, c’est un nouvel homme.

Dans Hooligans, Matt est extrêmement mal à l’aise avec sa décision de laisser derrière lui la violence des firmes de football et d’abandonner ses « potes » au moment où ils partent combattre la firme adverse qui a essayé de tuer son beau-frère. Il sait qu’il est dépassé par les événements cette fois-ci et qu’il doit mettre sa sœur et son neveu en sécurité, mais il ne peut s'empêcher de penser qu’il s’éloigne alors qu’il devrait se battre. Malgré tout, il monte dans la voiture et commence à rouler vers l’aéroport.

2. Maintenir le personnage en déséquilibre

À bien des égards, les événements du troisième point de l’intrigue sont décisifs. Le personnage n’a pas seulement agi sur la Vérité, il l’a revendiquée. Son arc semble être terminé. Mais, en fait, tout le troisième acte consiste à ce qu’il continue à revendiquer la Vérité – pas seulement par réflexe, mais consciemment. Son test final ne viendra pas avant le climax.

La distinction importante ici est que le personnage a affirmé la Vérité, mais qu’il n’a pas encore rejeté le Mensonge à 100%. Il a déjà pris le tournant le plus important de son arc – la Vérité s’élève et le Mensonge s’installe – mais l’ascendant de la Vérité n’est pas encore absolu. Même si le personnage s’adapte à son nouveau paradigme, il continuera à éprouver des doutes tout au long du troisième acte.

Ces doutes empêchent le personnage d’être complètement épanoui ou complètement efficace dans sa nouvelle vie basée sur la Vérité. Il est déséquilibré et malheureux, et n’est toujours pas totalement certain d’avoir fait les bons choix auparavant. L’ironie est que, bien qu’en choisissant la Vérité, il ait ouvert la porte du bonheur et de l’autonomie, il n’a pas encore franchi le seuil de cette porte.

Dans Quoi de neuf Bob ?, Bob convient qu’il serait préférable pour Léo de retourner à New York. Il s’avance courageusement dans la forêt obscure. Mais bien qu’il ait prouvé sa santé mentale à maintes reprises tout au long de la seconde moitié de l’histoire, il est soudainement envahi par des doutes. Il s’abandonne à sa peur et court, en hurlant, jusqu’à la maison du lac.

3. Prouvez le chemin parcouru par le personnage

Votre personnage a peut-être l’impression de ne pas progresser, mais ce n’est pas du tout le cas. Il a fait d’énormes progrès ; la personne qu’il est maintenant est à des kilomètres de celle qu’il était au début dans le monde normal. Vous l’avez déjà prouvé de façon spectaculaire dans le troisième nœud dramatique et vous le prouverez encore une fois dans le climax. Mais vous devez renforcer les changements, de manière plus modeste, tout au long du troisième acte.

L’une des meilleures façons de le faire est de créer un cas où votre personnage peut rejeter le mensonge d’une manière physique. Au milieu de tous les autres drames et traumatismes qui se déroulent, il est généralement préférable de présenter cette situation avec désinvolture, voire avec désinvolture. Dans le film The Kid de Jon Turteltaub, le protagoniste, qui était auparavant un crétin arrogant, demande humblement conseil à un présentateur de journal télévisé local, qu’il avait snobé de façon mémorable dans le premier acte. L’intérêt de la scène réside dans le conseil lui-même, et non dans le fait que le protagoniste était prêt à le demander, et en tant que tel, il renforce la façon dont le personnage a déjà changé sans en faire tout un plat.

Dans Jurassic Park, le Dr Grant démontre son affection nouvelle pour les enfants lorsqu’il les rassure avant de les laisser dans (ce qu’il croit être) la sécurité du hall principal. Il tapote les cheveux statiques de Tim et le taquine en lui disant : « Big Tim, le morceau de pain grillé humain », ce qu’il n’aurait jamais envisagé au début de l’histoire.

4. Renouvelez l’attaque sur le nouveau paradigme du personnage

Avant le climax (qui commence à peu près à la moitié du troisième acte – et dont nous parlerons en détail dans le prochain épisode), le nouveau paradigme de vérité du personnage doit subir un avant-dernier assaut. Dans la plupart des histoires, cette nouvelle attaque sera initiée par un personnage autre que l’antagoniste principal (qui devrait garder ses gros calibres pour le climax lui-même). L’attaque peut venir d’un antagoniste mineur (comme le contagoniste), d’un allié sceptique ou craintif, ou même des doutes intérieurs du personnage.

L’objectif de cette attaque est d’ébranler les doutes du personnage sur la vérité. Le mensonge doit être renforcé en termes convaincants et attrayants. Si le personnage revenait au mensonge, il aurait sûrement plus de chances de gagner la bataille – ou peut-être même de l’éviter complètement. Le personnage secoue la tête, rejetant le mauvais conseil, mais il est tenté. Plus l’attaque est convaincante et plus le risque de rechute du protagoniste est grand, plus la tension sera élevée.

Parfois, cette nouvelle attaque débouchera directement sur la décision finale. Si ce n’est pas le cas, veillez à ne pas trop intensifier l’attaque à ce stade. L’attaque finale et la plus puissante doit venir de l’antagoniste lui-même, au milieu du climax. Cette nouvelle attaque doit logiquement conduire à l’attaque finale du mensonge et au rejet final de ce dernier par le personnage. Faites attention aux besoins du rythme de votre histoire. Parfois, la seule attaque renouvelée que votre histoire pourra soutenir si près du climax est un bref paragraphe ou deux d’un personnage mineur secouant la tête et disant au protagoniste « Es-tu fou ? ».

Dans Jane Eyre, juste avant le climax (au cours duquel elle s’enfuira à Thornfield, craignant pour la vie de Rochester), Jane subit une attaque brutale contre sa nouvelle Vérité. Son cousin et futur mari, St. John Rivers, insiste sur le fait que sa nouvelle vérité est une quête égoïste et sans valeur. Il utilise ses anciennes croyances contre elle pour tenter de la convaincre qu’elle ne peut vivre une vie digne de ce nom que si elle se marie sans amour avec lui et le rejoint comme missionnaire en Inde.

Autres exemples de l’arc du personnage dans le troisième acte

Un conte de Noël de Charles Dickens : La majeure partie du troisième acte de Scrooge est une progression de la scène du troisième nœud dramatique, dans laquelle le terrifiant et silencieux troisième esprit lui montre le sombre avenir qui l’attend. Bien que Scrooge ne court actuellement aucun danger physique, on lui montre un avenir dans lequel il sera non seulement sans ami, mais où il mourra. (Le Christmas Carol de Mickey fait monter les enchères dans cette section en soumettant apparemment le Scrooge du présent, déjà misérable, aux feux de l’enfer lorsqu’il tombe dans sa propre tombe). Scrooge a fait beaucoup de chemin depuis le début de l’histoire, mais il n’est pas encore convaincu que l’argent n’est pas l’élément déterminant de la valeur d’un homme. Dans le troisième acte, il s’agit de prouver au reste du monde que Scrooge n’a aucune valeur, malgré son argent, comme en témoigne la réaction sans cœur de ses voisins à sa mort. Le chagrin de Scrooge face à la mort de Tiny Tim et au chagrin des Cratchits prouve son évolution.

Cars réalisé par John Lasseter : Après avoir été arraché à ses amis à Radiator Springs, sans même avoir pu leur dire au revoir, Flash est un désastre émotionnel. Il est sur le point de participer à la course pour la Piston Cup – la chose qu’il convoite depuis le début du film – mais il n’arrive pas à se concentrer. Il a même du mal à trouver une raison de s’intéresser à cette course décisive. Le rejet de son attitude « solo mio » met en péril ce moment crucial de sa carrière. Il ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive, mais il prouve son changement d’attitude en remerciant humblement Mack d’avoir remplacé l’équipe des stands qu’il avait renvoyée. Au moment où la course décisive commence, l’antagoniste Chick Hicks se moque de Flash parce qu’il a perdu sa concentration et raté l’occasion d’amadouer le précieux sponsor Dinoco. Lightning est distrait et prend un départ lent dans la course.

Questions à poser sur l’arc de votre personnage dans le troisième acte

  1. Comment votre personnage réagit-il au troisième nœud dramatique ?
  2. En quoi son adhésion à la vérité a-t-elle bouleversé sa vie et, en particulier, sa poursuite de l’objectif de l’intrigue ?
  3. Comment pouvez-vous faire monter les enchères en le forçant à faire face à des difficultés physiques et émotionnelles ?
  4. Comment ces épreuves obligent-elles votre personnage à reconsidérer si la Vérité est le bon choix pour lui ?
  5. Comment se relève-t-il de ces doutes, déterminé à s’accrocher à la vérité ?
  6. Quels doutes le personnage éprouve-t-il encore au sujet de la Vérité ?
  7. Comment son incapacité à rejeter complètement le Mensonge l'empêche-t-elle d’atteindre le bonheur total et l’autonomie ?
  8. En quoi les attitudes et les actions de votre personnage sont-elles différentes dans le troisième acte de ce qu’elles étaient dans le premier ? Comment pouvez-vous renforcer subtilement cette différence avant le climax ?
  9. Comment la dévotion de votre personnage à la vérité sera-t-elle mise à l’épreuve ? Quel personnage ou quelle situation allez-vous utiliser pour tenter ou intimider votre protagoniste afin qu’il serve à nouveau le mensonge ?

Le troisième acte est l’endroit où nous devons régler les derniers détails. Lorsqu’il s’agit d’arcs de personnages, ces détails incluent la mise à l’épreuve de la dévotion du personnage à la vérité et la démonstration de ses dernières douleurs alors qu’il se débarrasse du mensonge et avance pour affronter son test final dans le climax.

Le troisième acte doit être une section passionnante et pleine de tension de votre histoire. Mais c’est aussi une section très professionnelle, où vous vous concentrez sur la mise en place de toutes les pièces – à la fois le personnage et l’intrigue – pour l’épreuve de force finale. Si vous avez correctement mis en place l’arc de votre personnage dans les 90% précédents de votre histoire, vous aurez déjà tout en place pour une transformation incroyable du personnage dans le climax.

Restez à l’écoute : La prochaine fois, nous parlerons de l’arc de votre personnage dans le climax.

Lire les articles précédents de cette série :

Partie 1 : Pouvez-vous structurer un personnage ?

Partie 2 : Le mensonge auquel croit votre personnage

Partie 3 : La chose que votre personnage veut vs. la chose dont votre personnage a besoin

Partie 4 : Le fantôme de votre personnage

Partie 5 : Le Moment Caractéristique

Partie 6 : le Monde Normal

Partie 7 : Le premier Acte

Partie 8 : Le premier nœud dramatique

Partie 9 : La première moitié du premier acte

Partie 10 : le point médian

Partie 11 : La deuxième moitié du deuxième acte

Partie 12 : Le troisième nœud dramatique

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Écrire un roman Personnages

Créer des arcs de personnages, partie 12 : Le troisième nœud dramatique

Si vous deviez choisir le moment le plus important dans les arcs des personnages, quel serait-il ? Le troisième nœud dramatique, dites-vous ? Eh bien, vous auriez raison. Maintenant, voici la question la plus difficile : Pourquoi est-ce le moment le plus important ?

Le troisième nœud dramatique est le moment le plus bas de votre histoire. Il y a une minute, à la fin du deuxième acte, votre protagoniste semblait avoir remporté une victoire. Tout semblait aller dans son sens. Il était en train de découvrir la Vérité, et il semblait avoir au moins repoussé le Mensonge à l’arrière de sa vie. Même l’antagoniste semblait être à sa merci.

C’est le moment de démarrer la sonate « happily ever after », non ?

Pas du tout. Parce que, comme vous ne le savez que trop bien maintenant, reléguer ce mensonge au second plan n’est pas suffisant. Avant que l’histoire puisse se terminer, ce mensonge doit réapparaître au premier plan et confronter le protagoniste de plein fouet. C’est ce qu’est le troisième nœud dramatique. Ce moment de faiblesse – cette défaite, qui est d’autant plus écrasante qu’elle survient après une victoire apparente – obligera le personnage à cesser de se tromper sur le mensonge. Il ne peut plus l’éluder. Il ne peut plus faire semblant de l’ignorer. Il doit l’affronter une fois pour toutes – et le détruire ou être détruit.

Avant de poursuivre, considérons les bases structurelles du troisième nœud dramatique :

  • Le troisième nœud dramatique est un moment de faiblesse pour votre personnage, un lieu de défaite apparente.
  • Le troisième nœud dramatique oblige le personnage à être absolument honnête avec lui-même à propos de lui-même.
  • Le troisième nœud dramatique change une fois de plus le paradigme de l’histoire.
  • Le troisième nœud dramatique lève les derniers voiles et révèle au personnage la véritable nature du conflit.

Le troisième nœud dramatique

La deuxième moitié du deuxième acte a été un lieu où votre protagoniste est devenu enfin autonome. Son adhésion à la vérité après le point médian lui a permis d’agir correctement avec de plus en plus de conviction (et de succès) pendant le reste du deuxième acte. Mais après la victoire apparente qui a clôturé le deuxième acte, le troisième nœud dramatique impose une crise, tant dans l’intrigue que dans l’arc du personnage.

Ce point de crise est le résultat d’un renversement opéré par la force antagoniste. Le protagoniste pensait que le méchant était à sa portée, mais ce dernier a encore un tour dans sa manche. En général, ce retournement de situation s’accompagne d’une révélation totalement inattendue (bien que, bien sûr, pas imprévue).

Parfois, cette révélation sera un rebondissement de l’intrigue, mais souvent, elle ne sera rien d’autre qu’une compréhension soudaine et complète des faiblesses du protagoniste, et de tous les mensonges qui l’ont porté jusque là. C’est cette nouvelle information, plus que toute autre chose, qui permet à votre protagoniste de recevoir le coup final. Il est tellement abasourdi qu’il ne peut même pas se défendre.

Le choix ultime entre le désir et le besoin

En termes d’intrigue, le troisième point consiste à créer un moment « physique » au cours duquel les objectifs du protagoniste sont menacés. Mais en termes de personnage, le troisième nœud de l’intrigue ne dépend pas seulement de « quelque chose de mauvais » qui se produit dans le conflit extérieur, mais plutôt d’un choix intérieur de la part du protagoniste.

Après deux longs actes de l’histoire, il doit enfin choisir entre ce qu’il veut et ce dont il a besoin, entre le mensonge et la vérité. Tout au long de la deuxième moitié du deuxième acte, il s’est convaincu qu’il pouvait avoir les deux. Maintenant, il se rend compte que c’est impossible.

Pour que ce moment ait tout son poids dans l’histoire, il doit s’agir d’un choix déchirant. Quelle que soit la décision prise ici par le protagoniste, il perdra quelque chose de vital. Il peut soit choisir la vérité et perdre son rêve. Ou bien il peut choisir le désir de son cœur et vivre le mensonge pour le reste de sa vie.

La chose que le personnage veut doit être à sa portée. Elle est enfin là, dans toute sa splendeur. Il en a rêvé pendant si longtemps. Maintenant, elle est à sa portée. Tout ce qu’il doit faire, c’est fermer les yeux sur la vérité et tendre la main pour la prendre. Et il le veut tellement, que ce désir le tue presque. Plus l’aspiration de votre personnage à la chose qu’il veut est forte à ce stade, plus votre troisième point d’intrigue sera puissant.

Mais ce n’est qu’un côté du choix. L’autre côté est la vérité – dont il a également réalisé qu’il ne pouvait pas vivre sans. Même si le chant des sirènes de la Chose qu’il veut l’attire presque irrésistiblement, ses yeux s’ouvrent enfin à l’horreur du mensonge. Il frémit à l’idée de sacrifier la chose qu’il veut, mais il est tout aussi dégoûté par la possibilité de devoir rejeter la vérité et de retourner dans l’ombre de son mensonge. Dans Plot vs. Character, Jeff Gerke souligne :

[Le protagoniste] en vient à comprendre à la fois la promesse et le prix des deux voies. En d’autres termes, il en vient à comprendre véritablement son choix….. Le moment de vérité n’est pas complet tant que le héros ne comprend pas non seulement ce qu’il a à gagner en choisissant une option plutôt qu’une autre, mais aussi ce qu’il risque de perdre.

Comme il s’agit d’un arc de changement positif, vos lecteurs savent tous, au fond d’eux-mêmes, ce que votre protagoniste va choisir. Mais plus son choix sera difficile, plus les lecteurs commenceront à douter de sa décision finale – et plus son choix sera puissant lorsqu’il le fera.

L’ancien moi meurt

Finalement, le protagoniste fait son choix, son cœur semblant sur le point de se déchirer en deux. Il choisit la Vérité. Il choisit de rejeter le mensonge. Il ne se permettra plus de vivre selon cette fausse croyance. Il embrasse la vérité et fait ce qui est juste, même si cela signifie (ou, dans certaines histoires, semble signifier) perdre à jamais la chose qu’il veut. (Qu’il obtienne ou non la chose qu’il désire à la fin n’a aucune importance. Pour l’instant, la seule chose qui compte est qu’il est tout à fait disposé à y renoncer).

À ce stade, le choix doit devenir plus qu’une décision ; il doit devenir une action. Ses convictions sont si fortes qu’elles l’obligent à agir en fonction d’elles d’une manière qui solidifie sa nouvelle voie. Il doit brûler ses ponts physiques. Après le troisième nœud dramatique, il ne pourra plus revenir en arrière et changer d’avis pour obtenir la chose qu’il veut, même si sa détermination venait à faiblir.

Métaphoriquement, ce moment est une représentation de la mort du personnage à son ancien moi. Bien qu’il puisse encore faire des expériences tout au long du troisième acte, il est, à ce moment-là, tellement attaché à la vérité qu’il est prêt à mourir physiquement pour elle. En effet, il meurt métaphoriquement, en même temps que son mensonge.

Le troisième nœud dramatique sera souvent marqué par une mort réelle, soit littéralement, soit symboliquement. Si un personnage important ne finit pas par mourir littéralement (comme Obi-Wan dans La Guerre des étoiles), la mort peut être représentée par une météo menaçante en arrière-plan, le personnage perdant son emploi (ce qui signifie une mort professionnelle), la mort d’un animal domestique, un enterrement sur la route ou une notice nécrologique dans le journal. Le motif de la mort doit être organique à votre histoire. Le symbolisme ne peut jamais être arbitraire (par exemple, l’enterrement devant lequel le personnage passe sur la route doit avoir un rapport avec l’intrigue). Mais le spectre de la mort sera presque toujours, sinon au premier plan, du moins à l’arrière-plan du troisième nœud dramatique.

Comment le troisième nœud dramatique se manifeste-t-il dans les arcs des personnages ?

L’arc de votre personnage dans le troisième nœud dramatique peut se manifester comme suit :

  • Une attaque impitoyable contre une ville innocente (y compris des gens qu’il a appris à aimer) lorsque son frère tente de le tuer. Il choisit d’arrêter littéralement de se battre et de sacrifier sa propre vie pour sauver les autres. (Thor)
  • La découverte que Rochester est déjà marié à une folle et que Jane ne peut rester avec lui que si elle est prête à sacrifier sa liberté spirituelle et morale en devenant sa maîtresse. Elle décide que le prix à payer pour être aimée est trop élevé et s’enfuit. (Jane Eyre)
  • L’électrocution de Tim, suivie de la fuite des rapaces. Le Dr Grant décide de faire tout ce qu’il faut pour protéger les enfants. (Jurassic Park)
  • Le retour de sa mère et de son dernier petit ami violent et leur affirmation que ses oncles sont des voleurs qui lui ont menti sur la façon dont ils sont devenus riches. Il choisit de rejeter les mensonges de sa mère et refuse de révéler où se trouve l’argent. (Le Secret des frères McCann)
  • Les autres jouets d’Andy refusent de l’aider à s’échapper de la chambre de Sid, puis Buzz est attaché à la fusée de Sid. Woody réalise qu’il ne peut pas s’échapper seul et choisit d’admettre que le besoin d’Andy de Woody et Buzz est plus important que sa propre évasion. (Toy Story)
  • Ils réalisent que l’un d’entre eux, Troy, a été capturé par des Irakiens et est torturé. Ils décident de sacrifier la moitié de leur or dans un marché pour obtenir des véhicules et revenir le sauver. (Les Rois du désert)
  • Une trahison de la part d’un des membres du cabinet qui conduit à ce que le beau-frère de Matt soit poignardé. Matt décide qu’il est temps de s’éloigner de la violence et d'emmener sa sœur et son fils en sécurité en Amérique. (Hooligans)
  • La dépression psychotique de son psychiatre. Bob choisit d’écouter les souhaits de la famille et de les quitter, même s’ils ont appris à s’aimer les uns les autres. (Quoi de neuf Bob ?)

Autres exemples du troisième nœud dramatique dans les arcs de personnages

Un conte de Noël de Charles Dickens : Sur le coup de minuit, comme Jacob Marley l’avait prédit, Scrooge est visité par le spectre le plus terrifiant qui soit : le fantôme du Noël futur. L’odeur de la mort est miasmique dans cette section. La mort de Tiny Tim est révélée. Mais, plus important encore, la mort de Scrooge et le traitement impitoyable que lui réservent ses connaissances et les étrangers remplissent le troisième nœud dramatique et la majeure partie du troisième acte. Scrooge voit clairement le coût de son mensonge et décide finalement de renoncer à sa richesse et de vivre le reste de sa vie en honorant Noël « dans son cœur » tout au long de l’année.

Cars réalisé par John Lasseter : Au beau milieu de sa nouvelle amitié avec les habitants de la ville et peut-être de son amour avec Mlle Sally, le troisième nœud dramatique de Flash lui est imposé. Doutant de la sincérité des nouvelles vertus de Flash, Doc a fait appel aux médias. Flash se voit offrir l’échappatoire qu’il recherchait depuis le début. Sa capacité à arriver à temps à sa course décisive est pratiquement emballée pour lui. Mais, au même moment où il est confronté à la prise de conscience que la course pourrait signifier l’abandon de la paix et du bonheur qu’il a trouvés à Radiator Springs, Flash doit suivre son équipe au loin pour la dernière course de l’année.

Questions à poser sur l’arc de votre personnage dans le troisième nœud dramatique

  1. Quel événement et/ou révélation bouleversant transforme le succès apparent de votre personnage en sa pire défaite ?
  2. Comment cette défaite a-t-elle été rendue possible par le refus de votre personnage, jusqu’à présent, de rejeter complètement son mensonge ?
  3. Comment cette défaite oblige-t-elle votre personnage à faire face aux véritables ramifications de son mensonge ?
  4. Comment cette défaite peut-elle offrir au personnage un chemin clair vers la Chose qu’il veut ?
  5. S’il emprunte cette voie, comment cela le forcera-t-il à rejeter la Chose dont il a besoin ?
  6. Comment pouvez-vous mettre en place un choix clair et décidé entre la Chose dont il a besoin et la Chose qu’il veut ?
  7. Laquelle choisira-t-il ?
  8. Comment pouvez-vous représenter littéralement ou symboliquement la mort dans cette scène, afin de renforcer la disparition de l’ancien moi de votre personnage, fondé sur le mensonge ?

À ce stade, vous devriez être en mesure de voir comment les nœuds dramatiques dirigent votre histoire dans les coins de l’arc de votre personnage. Le premier nœud de l’intrigue l’a fait sortir de son monde normal et l’a forcé à commencer à réagir. Le point médian l’a réveillé de ses réactions et l’a guidé vers l’action. Mais cette action n’était, au moins partiellement, qu’une réponse externe. Le personnage passe la deuxième moitié du deuxième acte à agir de la bonne façon (pour la plupart), mais il n’a pas encore tout à fait appris sa leçon. Au fond de lui, il croyait encore qu’il avait plusieurs options possibles, même s’il n’y avait qu’une seule bonne option pour lui dans l’histoire.

Comme vous venez de l’apprendre, c’est pour cela que nous avons besoin du troisième nœud dramatique. Le troisième nœud dramatique supprime toutes ces options et oblige le personnage à être absolument honnête avec lui-même et avec sa situation. Dans le climax à venir, votre protagoniste renaîtra de ses cendres, prêt à se battre depuis un lieu de plénitude intérieure. Le troisième nœud dramatique est le lieu d’où il se lève.

Restez à l’écoute : La prochaine fois, nous parlerons de l’arc de votre personnage dans le troisième acte.

Lire les articles précédents de cette série :

Partie 1 : Pouvez-vous structurer un personnage ?

Partie 2 : Le mensonge auquel croit votre personnage

Partie 3 : La chose que votre personnage veut vs. la chose dont votre personnage a besoin

Partie 4 : Le fantôme de votre personnage

Partie 5 : Le Moment Caractéristique

Partie 6 : le Monde Normal

Partie 7 : Le premier Acte

Partie 8 : Le premier nœud dramatique

Partie 9 : La première moitié du premier acte

Partie 10 : le point médian

Partie 11 : La deuxième moitié du deuxième acte

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Créer des arcs de personnages, partie 11 : la deuxième moitié du deuxième acte

La deuxième moitié du deuxième acte est le moment où l’on fait retentir la musique des héros dans les arcs de personnages. Grâce à cette révélation personnelle majeure au point médian, le protagoniste a maintenant compris. Les pièces du puzzle se mettent en place. Les projecteurs se sont allumées. Il voit ce qu’il doit faire pour gagner le conflit. Méchants, attention !

La deuxième moitié du deuxième acte est le moment où votre personnage passe de la phase réactive (dans laquelle le conflit est contrôlé par l’antagoniste) à la phase active (dans laquelle il commence à prendre le contrôle du conflit pour lui-même). Il a appris la Vérité au point médian, et cela lui permet de commencer à mettre en œuvre les actions correctes pour obtenir les résultats souhaités dans sa quête de l’objectif de l’intrigue.

On dirait que l’histoire est déjà bouclée, n’est-ce pas ? Après tout, c’est ce que votre héros commence à croire.

Mais pas si vite, Charlie Brown !

Cette histoire n’est pas terminée, loin s’en faut. Et toutes ces leçons que votre protagoniste pense avoir assimilées ? Eh bien, il s’avère qu’il ne les maîtrise qu’à moitié. Il a peut-être découvert la Vérité, mais il n’a toujours pas abandonné son Mensonge – et ce Mensonge est toujours le cœur du problème.

Avant de nous plonger dans les détails de cette section ultra-importante de votre histoire, prenons un autre moment pour revoir les bases de la structure de l’intrigue dans la deuxième moitié du deuxième acte.

  • La deuxième moitié du deuxième acte commence par une action forte du protagoniste, basée sur la révélation du point médian.
  • Dans la deuxième moitié du deuxième acte, votre personnage avance avec confiance et prend le contrôle du conflit.
  • La deuxième moitié du deuxième acte est le moment où vous devez assembler toutes les pièces de votre histoire, afin qu’elles soient en place pour le troisième acte.
  • La deuxième moitié du deuxième acte commence au point médian et s’étend sur 25 % du livre jusqu’au début du troisième acte, à 75 %.
  • La deuxième moitié du deuxième acte comporte un deuxième point de pincement (au point 5/8), qui souligne la capacité de l’antagoniste à vaincre le protagoniste et préfigure la bataille finale.

Selon notre vision générale du roman, la deuxième moitié du deuxième acte est la phase « d’action », dans laquelle votre personnage fonce, pensant qu’il voit maintenant clair. Mais ce qu’il faut retenir de cette partie de l’histoire, c’est que votre personnage est encore à moitié aveuglé par le mensonge. Il fonce dans le conflit en pensant qu’il a maintenant une vision de 20/20, alors qu’en réalité, il n’a qu’un œil ouvert.

Les 6 parties de l’arc du personnage dans la deuxième moitié du deuxième acte

Nous avons six éléments importants à discuter à propos de la deuxième moitié du deuxième acte. À quelques exceptions près, notées ci-dessous, vous disposez d’une grande flexibilité dans la manière de placer ces éléments dans la deuxième moitié du deuxième acte. Le rythme sera votre principale considération. Tant que vous avez mis en place tous ces éléments avant le troisième point de l’intrigue, tout sera en place pour le grand spectacle du climax.

1. Permettez au personnage d’agir de manière éclairée

Grâce aux leçons apprises dans la première moitié du deuxième acte et à la révélation du point médian, votre personnage est maintenant capable d’agir d’une manière qu’il n’aurait pas pu faire dans la première moitié.

Plus précisément, cela signifie qu’il a maintenant de nouveaux outils avec lesquels travailler, ce qui lui permettra de faire des progrès significatifs vers la Chose qu’il veut. Auparavant, il essayait peut-être d’abattre le mur de briques qui le séparait de son objectif en utilisant ses ongles pour faire sauter les briques. Mais maintenant, il a une pioche et, mieux encore, il sait quelles briques il doit briser pour faire s’écrouler le mur.

Votre personnage peut désormais franchir les obstacles plus rapidement. Cela ne veut pas dire que sa progression n’est pas entravée, mais il semble être sur la bonne voie, et il est maintenant beaucoup plus efficace pour éliminer ou contourner les obstacles.

Dans Quoi de neuf Bob, l’acceptation de Bob par la famille de Léo l’a rendu plus fort, et il commence à prendre vie dans la deuxième moitié du deuxième acte, lorsqu’il sauve avec charisme l’interview désastreuse de Léo dans Good Morning America, puis séduit le personnel de l’hôpital psychiatrique après que Léo ait essayé de le faire interner d’office.

2. Piéger le personnage entre l’ancien mensonge et la nouvelle vérité

La chose la plus importante à comprendre dans cette partie de l’histoire est que votre personnage n’a pas encore renoncé à son mensonge. Le point médian l’a amené à comprendre la Vérité, et il est occupé à agir en conséquence. Mais il n’a pas encore fait face au Mensonge. Il est toujours là, enfoui au plus profond de son subconscient.

Et le résultat est une dissonance cognitive. Il est coincé entre deux croyances incompatibles. Cela lui fera faire des erreurs. Il croit en la Vérité ; il agit en fonction de la Vérité. Mais il n’est pas encore engagé à 100% dans cette voie. Le Mensonge le retient, et cela lui cause un conflit intérieur assez sévère. Un instant, il agit en fonction de la vérité ; l’instant d’après, le mensonge pointe le bout de son nez et il essaie d’agir en fonction de lui.

Dans Plot vs. Character, Jeff Gerke appelle cela « l’escalade de la vacillation » :

Vous voyez l’élément clé ici, n’est-ce pas ? Le vascillement. Cela ne veut pas dire que votre personnage est faible d’esprit. Cela signifie simplement que là où il n’y avait qu’un seul pouvoir dans le quadrant de l’univers de votre personnage, il y en a maintenant deux [la vérité et le mensonge – la bonne et la mauvaise voie]. Tout n’est pas aussi réglé que le héros le pensait.

Dans Toy Story, Woody est convaincu qu’il doit sauver Buzz s’il veut retourner auprès d’Andy. Mais le mensonge qui alimente sa jalousie et sa haine envers Buzz est toujours bien vivant. Il n’aide pas Buzz parce qu’il le veut ; il l’aide parce qu’il le doit. Il entraîne Buzz dans son sillage sans jamais s’arrêter pour le considérer comme un égal ou pour se demander ce qui se passe avec son soudain changement de personnalité après que Buzz a vu la publicité pour les jouets à la télévision. Le mensonge de Woody continue de le gêner, même si la vérité lui permet de progresser résolument vers son objectif.

3. Amorcer les tentatives du personnage d’échapper aux effets du mensonge

Le personnage commence à se sentir de plus en plus mal à l’aise avec les effets du Mensonge dans sa vie. La Vérité le séduit dans toute sa gloire étincelante. Il veut la Vérité. Il commence donc à s’en rapprocher. Elle l’aspire, comme un rayon tracteur. Le mensonge continue de tourner autour de sa tête, se jetant sur son visage comme un moustique. Mais il est envoûté par la Vérité. Il continue de marcher vers elle, repoussant le mensonge encore et encore.

À ce stade, si quelqu’un lui demandait s’il croit toujours au mensonge, il dirait par réflexe « Bien sûr que j’y crois ! ». Mais ses actions commencent à raconter une histoire différente. Il est tellement attiré par la vérité qu’en se rapprochant d’elle (et de la chose dont il a besoin), il peut même s’éloigner de la chose qu’il veut. Souvent, on peut le constater lorsqu’un personnage commence à agir de manière plus désintéressée dans la deuxième partie. Il veut toujours ce qu’il veut, mais il est tellement occupé à faire ce qui est juste que ce qu’il veut est relégué au second plan.

Dans Les Rois du désert, les personnages veulent toujours l’or. Ils sont toujours aussi déterminés à ramener en contrebande le moindre lingot aux États-Unis. Mais leurs actions ont maintenant un tout autre objectif : ils sont déterminés à aider les villageois chiites à traverser la frontière en toute sécurité avant de retourner chercher leur or.

4. Comparez l’état d’esprit de votre personnage « avant et après ».

Nous pouvons considérer les deux moitiés d’une histoire comme des images miroir l’une de l’autre. Tout au long de la seconde moitié, le personnage doit être placé dans des situations qui reflètent celles de la première moitié. La seule différence ? Ce sont des images inversées.

J’aime penser à ces scènes comme à des scènes « avant et après ». En plaçant délibérément votre personnage dans une scène de la seconde moitié qui est similaire à une scène de la première moitié, vous pouvez donner aux lecteurs une représentation dramatique des progrès qu’il a faits dans son évolution personnelle. Dans la première moitié, c’était un crétin égoïste qui jetait ses déchets de fast-food sur le sans-abri du coin de la rue ; dans la seconde moitié, il regarde le gars, regarde son Big Mac non mangé et le lui donne.

Votre personnage est (ou devrait être) une personne différente dans la deuxième moitié du deuxième acte. Prouvez-le. Ne vous contentez pas de dire aux lecteurs qu’il est différent. Montrez-leur.

Dans le premier acte, Thor plonge ses amis dans la bataille sans réfléchir et manque de les tuer. Dans le deuxième acte, lorsqu’ils risquent un voyage vers la Terre pour le sauver, il exprime sa gratitude de les revoir mais leur dit qu’ils n’auraient pas dû se mettre en danger pour lui. Il prouve que son état d’esprit de « toujours attaquer » de la première partie a évolué lorsqu’il admet la faiblesse (relative) de son corps mortel et choisit d’aider à évacuer les habitants de la ville plutôt que de rejoindre le combat avec ses amis.

5. Offrez une fausse victoire à votre personnage

Grâce à la détermination énergique et éclairée de votre personnage dans cette section, le deuxième acte se terminera par ce qui, à première vue, semble être une grande victoire. La chose qu’il veut semble être à sa portée. Tout ce qu’il a à faire est de tendre la main et de la prendre.

Mais ce conflit intérieur surgit avec plus d’insistance que jamais. La chose qu’il veut est juste là. Et, bon sang, il la veut encore avec tout ce qu’il a en lui. Mais il est déstabilisé. Quelque chose ne tourne pas rond dans tout ça.

S’il veut réclamer la chose qu’il veut dans ces circonstances, il devra se soumettre une fois de plus à l'emprise du mensonge. Il devra sacrifier la Chose dont il a besoin et étouffer l’appel de la Vérité. Cela en vaut-il la peine ? Après tout, il court après la Chose qu’il veut depuis le début de l’histoire. Et la voilà, elle est à sa portée.

Alors que fait-il ? Il la prend. Il se convainc que la chose qu’il veut n’est pas un obstacle à la chose dont il a besoin. Il peut avoir le meilleur des deux mondes. Il est certain que le mensonge et la vérité peuvent vivre en harmonie en lui. Il s'empare donc de la chose qu’il veut, et le conflit semble, sinon gagné, du moins en passe de l’être. Mais, comme le prouvera le troisième point dramatique, sa paix est fausse. Il a sacrifié son besoin intérieur le plus profond pour obtenir une victoire physique, et il faut savoir qu’il va devoir payer pour cela.

Jane Eyre semble obtenir exactement ce qu’elle veut quand elle accepte d’épouser Rochester. Elle a trouvé quelqu’un qu’elle aime et qui l’adore en retour. Elle ne s’attendait pas à être aimée, et pourtant, sortant d’un ciel bleu limpide, tous ses rêves les plus fous sont sur le point de se réaliser. Bien sûr, elle dit oui ! Mais, à l’intérieur, elle n’est pas en paix. Elle sent, presque immédiatement, qu’en épousant Rochester, elle sacrifie une fois de plus son indépendance d’esprit et s’asservit. Mais elle veut tellement être avec lui qu’elle jette la Vérité par la fenêtre et s’accroche au Mensonge selon lequel la servitude émotionnelle et physique doit être le prix de l’amour.

6. Démontrez de manière flagrante le point central de l’arc de votre personnage.

La subtilité est l’une des meilleures armes de l’écrivain. Mais l’heure n’est pas à la subtilité. C’est le moment de sortir l’artillerie lourde. Juste avant de précipiter votre personnage dans la gueule de son creuset personnel (alias le troisième acte), vous devez lui donner (et aux lecteurs) une solide validation de la Vérité. Dites-le clairement. Quelle est la chose dont il a besoin ?

Cette démonstration peut prendre la forme d’un dialogue entre personnages, d’une action de la part d’un personnage (Jane Eyre s’efforce d’acquérir une « indépendance » financière, même si elle ploie sous le poids de l’amour de Rochester), ou d’une narration interne. Votre personnage a besoin de ce dernier outil à la fin du deuxième acte, car, au troisième acte, il sera sa dernière ligne de défense contre le mensonge.

Dans Le Secret des frères McCann, l’oncle Hub partage avec Walter une petite partie du discours qu’il aime donner aux jeunes hommes – et il se trouve que la partie qu’il partage s’applique directement à la peur de Walter de placer sa confiance dans les personnes qu’il aime. Hub dit : « Parfois les choses qui peuvent être ou ne pas être vraies sont les choses auxquelles un homme a le plus besoin de croire….. Peu importe si c’est vrai ou non. …un homme doit croire en ces choses, parce que ce sont les choses qui valent la peine qu’on y croie. »

Autres exemples d’arc de personnage dans la deuxième moitié du deuxième acte

Un conte de Noël de Charles Dickens : L’état d’esprit de Scrooge a considérablement évolué dans la deuxième moitié du deuxième acte. Il commence à se préoccuper (bien que la logique soit encore erronée à cause de son mensonge) des personnes qui ne peuvent pas acheter de pain le jour du sabbat. Il est de tout cœur avec Tiny Tim, et il devient « léger de cœur » en observant le dîner de son neveu. Il se joindrait même à leur toast s’il le pouvait – mais, bien sûr, il ne le peut pas, car il est toujours physiquement lié par son mensonge. Un chant de Noël est truffé de moments « avant et après », semés magistralement dans le premier acte et concrétisés tout au long du deuxième acte, lorsque Scrooge retrouve avec joie les gens qu’il connaît et qu’il a mal traités au début. L’histoire est également truffée de démonstrations flagrantes du principe thématique, puisque le conte est essentiellement une fable du début à la fin.

Cars réalisé par John Lasseter : Après le point médian, l’esprit de Flash a été ouvert. Il voit Radiator Springs sous un jour nouveau et est récompensé par une découverte après l’autre : les trois victoires de Doc à la Piston Cup et les raisons pour lesquelles Mlle Sally a abandonné la « vie à cent à l’heure ». Doc l’interpelle ouvertement : « À quand remonte la dernière fois où tu t’es préoccupé de quelque chose d’autre que ta petite personne ? Cite-moi une fois…. Ce sont de bonnes personnes ici, qui se soucient les unes des autres. Je ne veux pas qu’ils dépendent de quelqu’un sur qui ils ne peuvent pas compter. » Flash McQueen répond par une série d’actions véritablement gentilles et généreuses, en commençant par réparer la route qu’il a abîmée, puis en visitant tous les magasins des habitants de la ville. Il veut toujours aller en Californie pour la course décisive, mais pour l’instant, il est un peu distrait par la sensation de vérité qu’il ressent ici à Radiator Springs.

Questions à vous poser sur l’arc de votre personnage dans la deuxième moitié du deuxième acte

  1. Comment votre personnage commence-t-il à prendre le contrôle du conflit après le point médian ?
  2. En quoi la révélation du point médian permet-elle à votre personnage de voir le conflit sous un jour nouveau ?
  3. Quels « outils » la révélation du point médian a-t-elle donné à votre personnage pour qu’il soit plus efficace face à l’antagoniste ?
  4. Comment votre personnage s’accroche-t-il encore à son mensonge ?
  5. En quoi sa nouvelle vérité crée-t-elle des frictions avec son ancien mensonge ?
  6. En quoi votre personnage est-il toujours en décalage avec la Vérité ?
  7. Comment l’état d’esprit de votre personnage soutient-il encore le Mensonge ?
  8. Comment ses actions démontrent-elles sa croyance croissante en la Vérité ?
  9. Comment pouvez-vous utiliser une scène « avant et après » pour montrer en quoi votre personnage est différent de celui qu’il était dans la première moitié de l’histoire ?
  10. Quelle fausse victoire mettra fin au deuxième acte ? Comment votre personnage a-t-il compromis la vérité pour obtenir (apparemment) la chose qu’il veut ?
  11. Comment avez-vous démontré de manière flagrante la vérité quelque part dans la deuxième moitié du deuxième acte ?

À première vue, la deuxième moitié du deuxième acte semble relativement bonne pour votre personnage. Tout se passe comme il le souhaite. Mais, plus important encore, il apprend la valeur de l’application de la Vérité dans sa vie. Il voit la Vérité en action et commence à l’apprécier – probablement sans même s’en rendre compte – plus qu’il n’apprécie la Chose qu’il veut. Par habitude, il va trahir cette vérité à la fin du deuxième acte, mais il est déjà trop loin dans la vérité pour l’abandonner. Il a déjà changé – et lorsqu’il atteindra le troisième point de l’intrigue, il le prouvera.

Restez à l’écoute : La prochaine fois, nous parlerons de l’arc de votre personnage dans le troisième point dramatique.

Lire les articles précédents de cette série :

Partie 1 : Pouvez-vous structurer un personnage ?

Partie 2 : Le mensonge auquel croit votre personnage

Partie 3 : La chose que votre personnage veut vs. la chose dont votre personnage a besoin

Partie 4 : Le fantôme de votre personnage

Partie 5 : Le Moment Caractéristique

Partie 6 : le Monde Normal

Partie 7 : Le premier Acte

Partie 8 : Le premier nœud dramatique

Partie 9 : La première moitié du premier acte

Partie 10 : le point médian

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Écrire un roman Personnages

Créer des arcs de personnages, partie 10 : le point médian

Dans un arc de personnage à évolution positive, votre personnage aura passé la première moitié du deuxième acte à se perdre en territoire étranger, à faire des erreurs basées sur de fausses suppositions et à se faire taper sur les doigts à chaque fois qu’il fait un faux pas. Mais il aura aussi lentement – peut-être même inconsciemment – appris sa leçon et compris des choses. Ces révélations personnelles vont le conduire à un tournant très spécial, au point central de l’histoire.

Jusqu’à présent, votre protagoniste s’est débattu sous le poids de son mensonge. Il est toujours convaincu qu’il ne peut pas vivre sans lui. Mais la première moitié du deuxième acte l’a transformé, probablement sans même qu’il s’en rende compte. Il est prêt pour un grand changement. Le point médian est ce changement. Il incite le personnage à se détourner des effets du mensonge, mais pas encore du mensonge lui-même.

Le point médian sert de pivot à l’ensemble de l’histoire. Non seulement c’est un moment crucial de révélation dans l’arc de votre personnage, mais il marque aussi la fin de sa phase de réaction et son passage en mode actif. Avant de poursuivre notre discussion sur le développement du personnage, passons rapidement en revue les éléments importants du rôle du point médian dans la structure de l’intrigue :

  • Le point médian couronne les réactions de la première moitié du livre et met en place la chaîne d’actions qui se poursuivra dans la dernière moitié.
  • Le point médian change le paradigme de l’histoire.
  • Le point médian exige des personnages une réponse définitive qui modifie l’histoire.
  • Le point médian doit être négatif si le premier nœud de l’intrigue était positif ; il doit être positif si le premier nœud de l’intrigue était négatif.
  • Le point médian se situe à la moitié de l’intrigue.

Le réalisateur Sam Peckinpah appelait le point médian la « pièce maîtresse » d’une histoire : il est grand, impressionnant et au centre de l’attention. Votre point médian est une occasion importante pour une scène qui tue. Dans son livre « Write Your Novel From the Middle », James Scott Bell recommande de commencer l’élaboration de votre scénario par le point médian, afin que vous puissiez planifier toute votre histoire autour de ce moment.

Le point médian

Dans les discussions sur la structure de l’intrigue, le point médian met toujours l’accent sur le passage du protagoniste d’un rôle réactif (qui ne contrôle pas le conflit) à un rôle actif (qui prend le contrôle du conflit). C’est le tournant fondamental de votre livre. Sans ce changement, vous n’avez pas d’évolution, pas de variété et pas d’histoire.

Mais, prise au pied de la lettre, cette explication du point médian est incomplète. Après tout, d’où vient ce changement ?

Il vient du plus profond du personnage. Il vient du cœur de l’arc de son personnage.

Le moment de grâce

Au point médian, le personnage cesse de survivre simplement dans un rôle de réaction et commence à prendre des mesures définitives pour vaincre la force antagoniste. Il le fait non pas parce que son objectif ou sa détermination à l’atteindre ont changé, mais parce que le point médian est l’endroit où il va acquérir une meilleure compréhension du conflit externe et de son moi intérieur dans ce conflit.

En d’autres termes, il voit enfin la Vérité. Stanley D. Williams appelle cela le « moment de grâce ». James Scott Bell l’appelle le « moment du miroir » (puisqu’il implique métaphoriquement – et parfois littéralement – que le personnage se regarde dans un miroir et voit la vérité sur lui-même). Le personnage a vu des preuves de la Vérité tout au long de la première moitié de l’histoire, mais le moment de grâce au point médian est celui où il accepte finalement cette Vérité. Il ne l’accepte pas seulement comme une vérité universelle et générique, mais comme une vérité qui est la clé pour atteindre son objectif – la chose qu’il veut.

Coincé entre le mensonge et la vérité

Cela ne signifie pas que votre personnage rejette le mensonge. Il est encore trop tôt dans l’histoire pour cela. Mais le point médian lui montre l’importance du point de vue opposé. Consciemment, il continuera à affirmer qu’il croit au mensonge pendant le reste du deuxième acte, mais inconsciemment, il commencera à agir en harmonie avec la vérité.

Par exemple, le meurtre de Po-han au point médian de The Sand Pebbles de Richard McKenna oblige le protagoniste Jake Holman à faire face à la vérité, à savoir qu’il est impossible de rester personnellement neutre au milieu d’une guerre. À ce stade, il pourrait encore prétendre à la neutralité, en insistant sur le fait que la moralité et la politique de la guerre sont quelque chose avec laquelle les officiers peuvent « s’amuser ». Mais ses actions, alors qu’il complote pour déserter la marine, prouvent qu’au plus profond de son âme, il n’adhère plus à ce mensonge de neutralité.

À ce stade, votre personnage est maintenant un être divisé : il est pris entre le Mensonge et la Vérité. Le fait qu’il ne comprenne pas encore complètement comment mettre en œuvre sa nouvelle connaissance de la Vérité est la raison pour laquelle il ne sera pas encore en mesure d’obtenir une victoire totale dans le reste du Second Acte.

Une partie d’une évolution subtile

Bien que le point médian lui-même fasse partie d’une grande et importante série de scènes, le passage personnel du personnage du mensonge à la vérité sera souvent un moment subtil. Il peut ne pas être capable d’articuler consciemment le changement, mais le changement lui-même est solide et dramatique pour autant. Dans The Moral Premise, Williams écrit ,

Le moment de grâce est généralement déclenché par un événement subtil qui est soutenu par des événements antérieurs plus dramatiques. Ce n’est pas le moment de grâce seul qui change le comportement du personnage, mais c’est « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ».

Comment le point médian se manifeste-t-il dans les arcs des personnages ?

L’arc de votre personnage au point médian peut se manifester par :

  • Une incapacité physique à soulever son propre marteau et une prise de conscience que la force seule ne le rend pas digne de le manier. (Thor)
  • Un aperçu de l’horreur du secret de Rochester et de sa dépendance croissante envers elle – et une prise de conscience qu’elle ne peut pas continuer à travailler pour lui s’il doit épouser quelqu’un d’autre. (Jane Eyre)
  • Une attaque stupéfiante sur les enfants par le T-Rex, maintenant libéré de son enclos – et une prise de conscience que les enfants doivent être sauvés, même au risque de sa propre vie. (Jurassic Park)
  • Une bagarre entre l’oncle Hub et un gang – et la prise de conscience que les histoires héroïques de l’oncle Garth sont peut-être vraies après tout. (Le Secret des frères McCann)
  • Une attaque contre Buzz, alimentée par la jalousie, qui se termine par leur abandon dans une station-service et la prise de conscience qu’il ne pourra pas retourner auprès d’Andy s’il ne sauve pas Buzz aussi. (Toy Story)
  • La découverte et le vol de l’or irakien tant recherché – et la prise de conscience qu’ils ne peuvent pas laisser les villageois chiites en supporter les conséquences. (Les Rois du désert)
  • Un combat victorieux au match de Manchester – et la prise de conscience de l’importance de pouvoir se battre avec et pour les gens qu’il aime. (Hooligans)
  • Une leçon de plongée réussie (bien qu’un peu accidentelle) avec le fils du Dr Leo et la prise de conscience que « la famille » fait attention à lui parce qu’elle l’aime bien, et non parce qu’il est fou. (Quoi de neuf, Bob ?)

Autres exemples de points médians dans les arcs de personnages

Un conte de Noël de Charles Dickens : Après une première moitié du deuxième acte mouvementée, consacrée à l’exploration de son passé, Scrooge est remis entre les mains du second esprit, le fantôme du Noël Présent. À ce stade, Scrooge est déjà relativement abattu, n’osant même pas croiser le regard du fantôme. Le premier acte a ébranlé sa croyance en la valeur absolue de l’argent, et ce qu’il a vu l’a convaincu qu’il a peut-être quelque chose à apprendre pour devenir un homme meilleur. Il se soumet humblement aux pouvoirs du fantôme et admet qu’il a « appris une leçon qui fonctionne sur moi maintenant ». Il n’est pas tout à fait prêt à renoncer complètement à son mensonge, mais la Vérité le tient sous son emprise. Son moment de grâce se manifeste lorsque non seulement il ne résiste pas à ce fantôme, comme il l’a fait pour le premier, mais qu’il le supplie même : « Ce soir, si tu as quelque chose à m’apprendre, laisse-moi en profiter ».

Cars réalisé par John Lasseter : Après avoir perdu la course contre Doc, Flash McQueen croit toujours aussi fermement qu’il travaille mieux « solo mio ». Mais il est aussi confronté à la vérité qu’il a besoin d’aide. Il ne peut pas comprendre comment prendre le virage sur le circuit de terre battue sans l’aide de Doc. Il ne veut pas admettre cette vérité, mais, au fond de lui, il sait que c’est vrai. Il va faire un tour de tracteur avec Martin et se retrouve à devoir admettre qu’il aime Martin et qu’il s’amuse avec lui. Son moment de grâce le rattrape lorsqu’il commence à se plaindre de ses sponsors Rust-Eze, pour se rendre compte qu’il critique également Martin. Mlle Sally insiste sur la nouvelle vérité en lui rappelant que Martin lui fait confiance et que, en ayant un ami en qui il peut avoir confiance, il doit aussi être digne de confiance lui-même. Flash McQueen répond de manière nonchalante, mais les actions qu’il entreprend pour aider la ville dans la seconde partie de l’histoire montrent que, dans son cœur, il croit à cette nouvelle vérité.

Questions à poser sur l’arc de votre personnage au point médian

  1. Quelle révélation personnelle frappe votre protagoniste au point médian ?
  2. En quoi votre personnage est-il différent, au point médian, de celui qu’il était au premier nœud de l’intrigue ?
  3. Comment la révélation du point médian incite-t-elle le personnage à passer de la réaction à l’action en lui fournissant les connaissances nécessaires pour commencer à prendre le contrôle du conflit ?
  4. Quelle action définitive votre protagoniste va-t-il entreprendre contre la force antagoniste ?
  5. Quelle nouvelle compréhension du conflit le protagoniste acquiert-il au point médian ?
  6. Quelle nouvelle compréhension de lui-même le protagoniste acquiert-il à ce point médian ?
  7. Quel est son moment de grâce ? Quelle vérité reconnaît-il et accepte-t-il ? Qu’est-ce qui l’amène à l’accepter ?
  8. Comment votre personnage s’accroche-t-il encore consciemment à son mensonge ?
  9. Quelles sont les actions qu’il entreprend et qui sont basées sur la Vérité ?
  10. Comment le contraste entre le mensonge et la vérité qu’il détient simultanément fait-il évoluer son conflit intérieur ?

Le point médian est l’un des moments les plus excitants de votre histoire. C’est le moment où votre personnage comprend enfin. Les pièces du puzzle se mettent en place. Il réalise ce qu’il doit faire pour gagner le conflit, et il adapte ses actions en conséquence. Ce n’est pas une transformation du jour au lendemain. C’est une accumulation de tout ce qu’il a appris dans le premier acte, et il continuera à affiner sa compréhension de la Vérité pendant le reste du deuxième acte.

Lorsque vous planifiez votre point médian, identifiez la Vérité que votre personnage doit reconnaître et créez une scène époustouflante pour la soutenir. Si vous le faites bien, ce sera l’un des chapitres les plus mémorables de votre livre.

Restez à l’écoute : La prochaine fois, nous parlerons de l’arc de votre personnage dans la deuxième moitié du deuxième acte.

Lire les articles précédents de cette série : 

Partie 1 : Pouvez-vous structurer un personnage ?

Partie 2 : Le mensonge auquel croit votre personnage

Partie 3 : La chose que votre personnage veut vs. la chose dont votre personnage a besoin

Partie 4 : Le fantôme de votre personnage

Partie 5 : Le Moment Caractéristique

Partie 6 : le Monde Normal

Partie 7 : Le premier Acte

Partie 8 : Le premier nœud dramatique

Partie 9 : La première moitié du premier acte

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Écrire un roman Personnages

Créer des arcs de personnages étonnants, partie 9 : la première moitié du deuxième acte

Dans la structure des arcs de personnage, la première moitié du deuxième acte est le moment où votre personnage s’aventure (ou est poussé) en territoire inconnu et se perd. Il ne le voit peut-être pas lui-même de cette façon, mais c’est là qu’il commence à découvrir que les anciennes règles (le mensonge auquel il croit) ne s’appliquent plus.

Cela le met un peu dans le pétrin. Il s’efforce de réagir aux événements du premier nœud de l’intrigue, tout en poursuivant plus que jamais la chose qu’il veut. Il est réactif dans le sens où il est à la merci de la force antagoniste ; il ne contrôle pas le conflit. Mais ne confondez pas réactivité et passivité. Votre personnage sera très actif dans la poursuite de ses objectifs pendant cette période, et il apprendra quelles sont les méthodes inefficaces pour atteindre cet objectif. Ces nouvelles connaissances lui permettront de réaliser que sa croyance dans le mensonge l'empêche d’avancer.

Le deuxième acte est la plus grande partie de votre histoire, environ 50 %. C’est pourquoi j’aime la diviser en trois parties : la première moitié du deuxième acte, le milieu et la deuxième moitié du deuxième acte. Nous discuterons du point médian et de la seconde moitié dans de futurs articles. Pour l’instant, prenons le temps de passer en revue les principes structurels de la première moitié du deuxième acte :

  • La première moitié du deuxième acte est le moment où vos personnages réagissent au premier nœud de l’intrigue.
  • La première moitié du deuxième acte montre votre personnage essayant de retrouver son équilibre et de trouver comment survivre dans le nouveau monde dans lequel il se trouve.
  • La première moitié du deuxième acte comporte un point de pincement (au 3/8e), dans lequel l’antagoniste montre ses muscles et rappelle aux lecteurs ce à quoi le protagoniste est confronté.
  • La première moitié du deuxième acte commence immédiatement après le premier nœud dramatique et se poursuit jusqu’au point médian, à la moitié de l’acte.

D’une manière générale, vous pouvez diviser votre livre en deux moitiés. La première moitié est consacrée à la réaction du personnage aux événements ; la seconde est consacrée à son action. Cela n’est nulle part plus clair que dans la première moitié du deuxième acte, lorsque la véritable charge du mensonge de votre personnage commence enfin à émerger.

Les 4 parties de l’arc du personnage dans la première moitié du second acte

En structurant l’arc de votre personnage dans la première moitié du deuxième acte, veillez à intégrer les quatre points de repère suivants. Il n’y a pas de moment précis pour chacun d’entre eux ; tant qu’ils ont lieu avant le point médian, vous aurez tout en place pour le prochain grand tournant dans le développement de votre personnage.

1. Fournissez au personnage des outils pour surmonter son mensonge

Après que le premier nœud dramatique a bouleversé le monde normal de votre personnage, celui-ci va se retrouver dans un état de vulnérabilité. Et cela signifie qu’il est prêt à recevoir de l’aide pour surmonter son mensonge. On ne lui donnera pas encore tous les outils, mais il recevra au moins un clou. Il reçoit une pièce du puzzle. On peut aussi le considérer comme le premier barreau de l’échelle qu’il utilisera pour escalader le mur du mensonge.

Ce premier outil se présentera sous la forme d’informations sur la façon de surmonter le Mensonge. Souvent, il s’agira de conseils donnés par un autre personnage (souvent un archétype de mentor ou de tuteur). La première moitié du deuxième acte est souvent l’occasion pour le protagoniste de s’entraîner ou d’acquérir les compétences nécessaires pour combattre l’antagoniste dans le climax. En même temps qu’il apprend les compétences physiques nécessaires, il doit aussi apprendre des vérités pour combattre son mensonge.

Ces vérités doivent être applicables et pas seulement théoriques. Par exemple, si le Mensonge de votre personnage est « celui qui voyage le plus vite est celui qui voyage seul », alors les outils qu’il reçoit dans cette section ne doivent pas être simplement quelqu’un d’autre qui lui dit « Plusieurs mains font un travail léger ». Il faut plutôt lui donner des occasions pratiques d’apprendre la vérité en la voyant en action. En d’autres termes, montrez, ne dites pas. Ou comme Stanley Williams l’explique dans The Moral Premise :

Gardez vos mots visuels. Il est facile [d’écrire une scène] qui semble correcte, mais le lendemain matin, il devient évident que vous ne décrivez pas une action physique ou un comportement visuel, mais une attitude mentale. Les attitudes sont acceptables pour commencer, mais avant d’aller beaucoup plus loin, vous devez proposer une action que le public peut voir.

Dans Toy Story, Bo Peep encourage un Woody marginalisé (et légèrement hystérique) en lui disant : « Je sais qu’Andy est excité par Buzz, mais tu sais qu’il aura toujours une place spéciale pour toi. »

2. Montrez le protagoniste rencontrant des difficultés à poursuivre son mensonge

Dès le premier nœud de l’intrigue, le monde autour du protagoniste a changé. Mais il n’a toujours pas rattrapé son retard. La lumière de la Vérité peut briller au bord de sa vision, mais il n’en est pas encore conscient. Il n’a même pas encore reconnu qu’il y a un mensonge à surmonter. Il essaie toujours de poursuivre ses activités habituelles. Il réagit aux nouveaux événements de la même manière et cela ne fonctionne pas.

Tout au long du deuxième acte, votre personnage sera, par essence, puni pour avoir agi en fonction de son mensonge. Alors qu’auparavant son mensonge semblait lui donner du pouvoir et lui permettre d’obtenir ce qu’il voulait, il commence maintenant à se mettre de plus en plus en travers de son chemin. Il devient une pierre d’achoppement dans sa progression vers, non seulement la Chose dont il a besoin, mais même la Chose qu’il veut – son objectif global. Mais il continue, car il ne réalise pas encore ce qui se passe. Dans Character Arcs, Jordan McCollum explique,

…le personnage échoue sans comprendre pourquoi – peut-être nie-t-il l’existence du problème.

Le résultat de cette punition est une évolution des tactiques. Le personnage n’est peut-être pas encore capable de reconnaître le mensonge sous-jacent qui est à l’origine de ses échecs. Mais il reconnaîtra qu’il échoue, et il commencera à chercher des moyens d’adapter son comportement. Encore Williams :

…au cours de l’Acte 2A, les traits de comportement antérieurs d’un personnage [actions et attitudes basées sur le Mensonge] deviennent plus difficiles à adopter et à mettre en œuvre pour ce personnage. Cette remise en question du vice qu’il a pratiqué amène le personnage à envisager une méthode différente que le Moment de Grâce [Midpoint] lui offrira.

Par exemple, après que Thor se soit retrouvé banni sur Terre, son ancienne attitude d’immortel arrogant le pousse à essayer de se frayer un chemin par la force vers l’autorité – et à échouer de diverses manières humiliantes (il se fait taser, mettre sous sédatif et écraser).

3. Rapprochez le personnage de ce qu’il veut et éloignez-le de ce dont il a besoin.

À ce stade, le personnage est toujours déterminé à mettre la main sur la chose qu’il veut. Il est convaincu que cela va résoudre tous ses problèmes et il le désire avec un fanatisme sans faille. Ce qu’il ne réalise pas, alors qu’il court vers son but, c’est que plus il se rapproche de la chose qu’il veut, plus il s’éloigne de la chose dont il a besoin, ne serait-ce que parce qu’il croit que la chose qu’il veut annule la nécessité de la chose dont il a besoin.

Malgré les problèmes engendrés par ses méthodes erronées et basées sur le mensonge, votre personnage progressera tout de même vers son objectif dans cette section. Dans le film The Kid de Jon Turteltaub, Russ semble s’être débarrassé de son jeune sosie. Dans le film Monsters, Inc. de Pete Docter, Sully et Mike ont un plan pour renvoyer Boo chez lui. Dans le film Ready Player One d’Ernest Cline, Wade est en tête du tableau d’affichage et séduit une fille.

Mais ces avancées apparentes ne sont que du lait de chaux sur du bois vermoulu. Ces victoires de surface aveuglent le personnage sur la véritable nature de son conflit intérieur. L’attrait de la chose qu’il veut l’entraîne vers sa destruction. Il est peut-être en train de gagner le conflit extérieur, mais s’il continue sur cette voie, il est destiné à perdre sa bataille intérieure.

Dans Trois Rois, les personnages trouvent l’or, le volent et quittent la ville. Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient, mais ils laissent un village entier à la merci des soldats ennemis, ce qui ne les rend pas meilleurs que les hommes contre lesquels ils ont risqué leur vie.

4. Donnez au personnage un aperçu de la vie sans le mensonge.

Le premier nœud de l’intrigue met en place un tout nouveau scénario pour votre personnage, dans lequel il entrevoit, pour la première fois, ce que pourrait être la vie sans le mensonge. Cet aperçu résultera probablement d’une démonstration des actions et des attitudes des autres personnages, mais il pourrait aussi venir grâce au personnage qui se débarrasse momentanément de son Mensonge et obtient un aperçu de la récompense de la Vérité.

À ce stade précoce de l’histoire, le personnage ne devrait pas obtenir beaucoup plus qu’un aperçu. Il n’est pas prêt à être convaincu des prémisses défectueuses de son mensonge. Mais il devrait commencer à voir les fissures. Il y a une vie au-delà du mensonge, et c’est une vie plutôt géniale. Il faut lui faire comprendre, ne serait-ce qu’un tout petit peu, à quel point ce serait génial de rejeter le mensonge et de ne jamais regarder en arrière.

Dans Green Street Hooligans, Matt se bat aux côtés de l’équipe de football de son beau-frère et apprend, pour la première fois, à quel point il est bon de se défendre lorsque quelqu’un vous pousse à bout.

Autres exemples d’arc de personnage dans la première moitié du deuxième acte

Un conte de Noël de Charles Dickens : Les trois esprits ont pour but de fournir à Scrooge des outils pour surmonter son mensonge. Le fantôme des Noëls passés lui fait revivre son histoire, lui rappelant les merveilleux souvenirs de sa jeunesse passée à travailler chez le vieux Fezziwig. Le fantôme fait admettre à Scrooge que la gentillesse de Fezziwig a fait de lui un homme plus important que n’importe quelle somme d’argent. Le fantôme montre ensuite à Scrooge un aperçu de ce qu’aurait pu être sa vie s’il avait rejeté le mensonge dès le départ et épousé Belle. Scrooge résiste aux révélations et se bat avec le fantôme, pour finalement se faire rejeter dans sa maison – et sur les genoux d’un autre esprit.

Cars, réalisé par John Lasseter : Lightning McQueen reçoit des outils d’à peu près tous les personnages qu’il rencontre à Radiator Springs. Mater et Miss Sally lui disent combien Radiator Springs est merveilleux, avec ses voisins amicaux et son rythme de vie tranquille. Mais il résiste. Il effraie leurs clients en essayant d’échapper à sa peine de travaux d’intérêt général et, en conséquence, Doc le « punit » en le défiant de participer à une course – et en le battant. Lightning essaie de se rapprocher de la chose qu’il veut et de s’éloigner de Radiator Springs en réparant la route aussi vite que possible. Tout au long de la première moitié du deuxième acte, les habitants de la ville ne cessent de lui montrer un monde où les gens s’entraident. La vérité est juste devant le visage de McQueen mais il continue à y résister, en insistant sur le fait que c’est quelque chose qui ne l’intéresse même pas.

Questions à poser sur l’arc de votre personnage dans la première moitié du deuxième acte.

  1. Comment votre personnage réagit-il au premier nœud de l’intrigue ?
  2. Quels « outils » pouvez-vous fournir à votre personnage pour l’aider à construire le premier barreau de l’échelle qui le mènera au mensonge ?
  3. Quel personnage secondaire peut offrir des conseils ou un comportement exemplaire pour aider à guider votre protagoniste ?
  4. Comment pouvez-vous montrer à votre personnage la première étape pour surmonter son Mensonge, au lieu de simplement lui en parler ?
  5. Comment votre personnage va-t-il tenter d’utiliser son Mensonge pour résoudre les problèmes de l’intrigue ?
  6. Comment sera-t-il « puni » en conséquence ?
  7. Comment ces échecs vont-ils faire évoluer les perspectives et les tactiques de votre personnage ?
  8. Comment la poursuite résolue de l’objectif de votre personnage le rapprochera-t-elle de la Chose qu’il veut ?
  9. Comment sa poursuite de la Chose qu’il veut l’amènera-t-elle à risquer de s’éloigner de la Chose dont il a besoin ?
  10. Après le premier nœud de l’intrigue, comment le nouveau monde ou le monde normal modifié donnera-t-il au personnage un aperçu de ce que pourrait être la vie sans son mensonge ?

Pendant la première moitié du deuxième acte, votre personnage sera plus déterminé que jamais à atteindre son objectif. Il essaie très fort de prendre le contrôle de sa vie et du conflit et, à certains égards, cela semble fonctionner. À d’autres niveaux, il se trompe plus que jamais. Utilisez la première moitié du deuxième acte pour explorer les profondeurs de la personnalité de votre personnage, ses croyances et ses désirs. Le résultat est un puits de possibilités infinies pour des scènes amusantes et pleines de conflits !

Lire les articles précédents de cette série : 

Partie 1 : Pouvez-vous structurer un personnage ?

Partie 2 : Le mensonge auquel croit votre personnage

Partie 3 : La chose que votre personnage veut vs. la chose dont votre personnage a besoin

Partie 4 : Le fantôme de votre personnage

Partie 5 : Le Moment Caractéristique

Partie 6 : le Monde Normal

Partie 7 : Le premier Acte

Partie 8 : Le premier nœud dramatique

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Écrire un roman Personnages

Créer des arcs de personnages, partie 8 : le premier nœud dramatique

Si le premier acte est une mise en place, alors le premier nœud dramatique est le point de non-retour dans les arcs de personnages. La mise en place se termine, et l’histoire commence « pour de vrai ». À ce stade, le personnage s’engage – généralement parce qu’il n’a pas le choix – à prendre une décision qui le propulsera hors de la stagnation confortable du monde normal et du mensonge auquel il croit.

Nous pourrions imaginer une porte verrouillée séparant le premier acte du deuxième acte. Le premier nœud dramatique est le moment où le protagoniste enfonce sa clé dans cette porte et la déverrouille. Et, comme la boîte de Pandore, il ne pourra jamais la refermer.

Ceux d’entre vous qui connaissent déjà la structure des intrigues reconnaîtront que le premier nœud dramatique est une sorte de point culminant du premier acte. Jetons un coup d’œil rapide aux bases structurelles de ce premier tournant important de votre histoire :

Le premier nœud dramatique se situe aux alentours de 20-25%.

Le premier nœud met fin à la mise en place de votre premier acte.

Le premier point dramatique est le moment où votre personnage quitte son monde normal.

Le premier nœud dramatique intègre ou est directement suivi par la décision de votre personnage de réagir de manière forte et irrévocable.

Le premier nœud dramatique est généralement une scène majeure. Dans un thriller ou une histoire d’action, quelque chose va exploser. Dans une histoire d’amour, ce peut être le moment où les protagonistes se rencontrent pour la première fois – ou celui où ils décident de se détester pour la première fois. Quel que soit l’événement que votre histoire exige, profitez-en pour en faire l’une des séquences les plus passionnantes et les plus mémorables de l’histoire.

Structurez votre roman, livre de K.M. Weiland

Le premier nœud dramatique

Le premier nœud dramatique sera presque toujours imposé à votre personnage. Quelque chose d’important et d’imprévu le frappe de plein fouet. Il peut s’agir d’un événement qui semble plutôt positif : obtenir son diplôme (La Stratégie Ender d’Orson Scott Card), creuser un tunnel d’évasion (La grande évasion de John Sturges), découvrir une princesse dans sa chambre (Vacances romaines de William Wyler). Mais il est probable qu’elle sera désastreuse : un meurtre (Gladiator de Ridley Scott), une dépression nerveuse (The Kid de Jon Turteltaub), un rêve brisé (La vie est merveilleuse de Frank Capra).

Quelle que soit la manifestation, l’effet du premier nœud dramatique sur l’arc de votre personnage peut être trouvé dans trois décisions importantes que votre personnage doit prendre :

Décision n°1 : avant le premier nœud dramatique.

Votre premier nœud dramatique doit être précédé d’une décision forte de la part de votre personnage (Dorothy Gale décide de s’enfuir de chez elle ; Jane Eyre décide de devenir gouvernante), mais le nœud dramatique lui-même est presque toujours quelque chose qui bouleverse les plans du personnage (atterrir à Oz ; rencontrer Rochester). Cette décision conduit le personnage au premier point dramatique, mais la décision elle-même n’est pas le point dramatique.

Le premier point dramatique est quelque chose qui arrive à votre personnage. Il déséquilibre son monde et fait voler en éclats son équilibre. Soit il détruit carrément son monde normal, ne lui laissant d’autre choix que de continuer à voyager physiquement (l’incendie de la plantation dans Le Patriote de Roland Emmerich), soit il déforme le monde normal, obligeant le protagoniste à s’adapter à de nouvelles façons de survivre en son sein (la mort de l’oncle Ben dans Spider-Man de Sam Raimi).

Décision concernant le personnage n°2 : lors du premier nœud dramatique

L’élément le plus important du premier nœud dramatique est la réaction de votre personnage. S’il reste là à observer, puis se retourne et retourne à son ancienne vie, il n’y a pas d’histoire. Le premier nœud dramatique met en place une série de réactions qui occuperont votre personnage pendant le prochain quart du livre, jusqu’au point central.

En tant que tel, le premier nœud dramatique doit provoquer une réaction initiale très spécifique. En fait, il s’agit simplement de la décision de votre personnage de réagir. C’est sa décision d’aller de l’avant et de déverrouiller la porte du deuxième acte. Il ne se détourne pas du premier nœud dramatique, il s’y engage.

Décision du personnage n°3 : après le premier nœud dramatique

Votre personnage aura deux réactions de base au premier nœud dramatique. Soit il dira « Heck, yeah ! ». et franchir la porte, sans avoir la moindre idée de ce dans quoi il s’engage. Soit il se débat et crie alors que des événements indépendants de sa volonté l’entraînent.

Quoi qu’il en soit, l’important à ce stade est que votre personnage se fixe rapidement un objectif physique clair, basé sur la Chose qu’il veut. En général, cet objectif sera très clair, compte tenu de ce qui vient de lui arriver au premier nœud dramatique. Physiquement, il aura des besoins immédiats qui devront être satisfaits, soit dans le but de trouver une nouvelle « normalité » pour remplacer l’ancienne (comme ce sera toujours le cas lorsque le premier nœud dramatique déplace le personnage dans un nouveau cadre) et/ou dans le but de restaurer l’ancienne normalité.

Ce nouvel objectif de l’intrigue sera une progression évidente des événements du premier acte, mais c’est à ce moment que l’objectif se concrétise pleinement. Cet objectif propulsera votre conflit pour le reste de l’histoire, jusqu’à ce que votre personnage l’atteigne à la fin ou décide que ce n’était pas le bon objectif (auquel cas, il peut ou non l’atteindre physiquement).

Tout aussi important, cette réaction définitive au premier point dramatique façonnera l’arc de votre personnage. Vous savez que vous avez trouvé le bon premier nœud dramatique lorsqu’il tire votre personnage de son ancienne complaisance et le met sur la voie de la destruction de son mensonge, même s’il ne se rendra probablement pas compte de ce qui se passe et, en fait, luttera peut-être activement contre cette destination. Qu’il le réalise ou non, il s’est engagé à changer, même s’il essaie peut-être encore de changer de la mauvaise façon.

La différence maintenant est que, contrairement à son monde normal de confort où vivre selon le mensonge était de rigueur, sa vie après le premier nœud d’intrigue ne permettra plus sa complaisance. Dans Character Arcs, Jordan McCollum commente :

À partir de maintenant, chaque fois qu’il se réfugiera dans ses peurs, il subira des conséquences négatives.

Comment le premier nœud dramatique se manifeste-t-il dans les arcs de personnages ?

L’arc de votre personnage dans le premier nœud dramatique peut se manifester comme suit :

  • Il se fait expulser de son majestueux monde normal parce que son mensonge l’a rendu trop odieux, ce qui lui donne un nouvel objectif : essayer de retourner dans le monde normal. (Thor)
  • Se faire embaucher comme gouvernante par un nouvel employeur redoutable – ce qui lui donne pour nouvel objectif de faire fonctionner à la fois son travail et sa relation. (Jane Eyre)
  • Arriver au parc et voir de vrais dinosaures vivants pour la première fois – ce qui lui donne le nouvel objectif d’explorer chaque centimètre carré du parc. (Jurassic Park)
  • Découvrir que l’oncle Hub se bat à l’épée dans son sommeil et entendre les premières histoires de l’oncle Garth sur leurs exploits de jeunesse – ce qui lui donne le nouvel objectif d’apprendre tout ce qu’il peut sur la mystérieuse Jasmine. (Le Secret des frères McCann)
  • Il se fait (littéralement) virer de sa place d’honneur par l’arrivée du nouveau jouet Buzz l’Éclair, ce qui lui donne pour nouvel objectif d’essayer de regagner sa place de maître. (Toy Story)
  • Découvrir qu’une carte au trésor menant à des lingots d’or irakiens a été trouvée, ce qui lui donne un nouvel objectif : trouver le trésor. (Les Rois du désert)
  • Se retrouver pris dans le violent chassé-croisé de deux entreprises de football rivales – ce qui lui donne pour nouvel objectif de se battre avec l’entreprise qui le sauve. (Hooligans)
  • Se rendre au lac Winnipesaukee pour trouver son psychiatre, ce qui lui donne un nouvel objectif : prendre des vacances loin de ses problèmes. (Quoi de neuf, Bob ?)


Autres exemples du premier nœud dramatique dans les arcs de personnage

Un conte de Noël de Charles Dickens : Le premier nœud dramatique fait irruption, sans y être invité, dans la vie de Scrooge lorsque le premier des trois fantômes arrive. Le fantôme des Noëls passés apparaît dans la chambre de Scrooge, changeant à jamais la perception du monde de Scrooge. Même si le fantôme disparaît, le monde normal de Scrooge a été ébranlé. Mais le fantôme ne disparaît pas. Au contraire, il entraîne Scrooge à travers la porte à la fin du premier acte. Il oblige Scrooge à entamer le deuxième acte avec un nouvel objectif : apprendre tout ce qu’il peut sur sa propre vie et sur l’esprit de Noël, même s’il n’en a pas encore pleinement conscience. Au début, tout ce qu’il veut, c’est survivre à la nuit, mais il a déjà franchi son point de non-retour : il ne pourra jamais retourner dans son monde normal. Le monde lui-même n’a pas changé, mais lui, oui.

Cars réalisé par John Lasseter : La chose que Flash McQueen veut (la Piston Cup) est hors de sa portée immédiate lorsqu’il est accidentellement abandonné – et arrêté – dans la ville rurale oubliée de Radiator Springs. S’il n’en tenait qu’à lui, il ne se serait jamais aventuré hors de son brillant monde normal, et sa réaction immédiate au premier nœud dramatique est de se fixer comme objectif de ramener son pare-chocs à la normale aussi vite qu’il peut faire tourner son moteur. Mais dans ce nouveau monde, toutes les règles sont différentes. Le comportement mensonger pour lequel il a été généreusement récompensé auparavant lui attire des ennuis de plus en plus graves à Radiator Springs.

Questions à poser au sujet du premier nœud dramatique de votre personnage

  1. Quel événement majeur va s’abattre sur le monde normal de votre personnage et l’obliger à modifier ses plans initiaux ?
  2. Quelle décision conduira votre protagoniste au premier nœud ?
  3. Le premier nœud sera-t-il favorable ? Si oui, comment les complications vont-elles se révéler pires que ce à quoi le protagoniste s’attendait ?
  4. Ou bien cet événement sera-t-il manifestement désastreux ?
  5. Le protagoniste acceptera-t-il volontiers le premier point dramatique et entrera-t-il dans le deuxième acte par ses propres moyens ?
  6. Ou devra-t-il être traîné, à coups de pieds et de cris, à travers la passerelle entre les actes ?
  7. Le premier nœud dramatique détruira-t-il le monde normal ? Ou fera-t-il sortir physiquement votre personnage du monde normal ? Ou bien va-t-il déformer le monde normal autour du protagoniste ?
  8. Comment votre personnage va-t-il réagir au premier nœud dramatique ?
  9. Quel nouvel objectif d’intrigue votre personnage va-t-il se fixer en réponse au Premier nœud dramatique ?
  10. Comment le premier nœud dramatique mettra-t-il votre personnage sur la voie de sa nouvelle vérité ?
  11. Comment le premier nœud dramatique va-t-il créer un nouveau monde dans lequel votre personnage sera « puni » pour avoir agi selon son mensonge ?

Le premier acte consiste à mettre en place le mensonge de votre personnage. À partir du premier point dramatique, les jours de ce mensonge sont comptés. À partir de là, l’histoire consiste à détruire le mensonge et à aider votre personnage à trouver la vérité qui lui permettra de combattre le conflit extérieur et de devenir une personne à part entière. Prévoyez un premier nœud dramatique qui arrachera les filets de sécurité de votre personnage et le forcera à se lancer dans la plus grande aventure de sa vie !

Restez à l’écoute : la prochaine fois, nous parlerons de l’arc de votre personnage dans la première moitié du deuxième acte.

Lire les articles précédents de cette série : 

Partie 1 : Pouvez-vous structurer un personnage ?

Partie 2 : Le mensonge auquel croit votre personnage

Partie 3 : La chose que votre personnage veut vs. la chose dont votre personnage a besoin

Partie 4 : Le fantôme de votre personnage

Partie 5 : Le Moment Caractéristique

Partie 6 : le Monde Normal

Partie 7 : Le premier Acte

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Créer des arcs de personnages, partie 7 : Le premier acte

Le premier acte est l’une de mes parties préférées de toute histoire. Pourquoi ? En apparence, le premier acte semble être la partie la plus lente de l’histoire – et c’est souvent le cas. C’est juste une mise en place, après tout, non ? C’est assez vrai, sauf pour ce petit mot « juste ». Ce n’est pas « juste » une mise en place, c’est une mise en place ! Elle met en place l’intrigue, mais plus important encore, elle met en place les arcs des personnages.

Comme vous l’avez déjà vu dans les six parties précédentes de cette série, la mise en place nécessaire à la préparation de votre premier acte est assez intensive. Mais une fois que vous avez terminé le travail de préparation consistant à décider du mensonge auquel votre personnage croit, de la chose qu’il veut, de la chose dont il a besoin, de son fantôme, de son moment caractéristique et de son monde normal (ouf !), le premier acte lui-même est relativement simple à mettre en place.

Structurez votre roman, livre de K.M. Weiland

La structure de l’arc du personnage trouve son fondement dans la structure de l’intrigue (dont je parle davantage dans mon livre Structurez votre roman). Pour l’instant, passons rapidement en revue les bases de la structure de l’intrigue du premier acte, afin de vous rafraîchir la mémoire :

  • Le premier acte couvre le premier quart de votre livre.
  • Le premier acte présente les personnages, les décors et les enjeux importants.
  • Le premier acte présente le conflit, mais le protagoniste ne s’y engagera pas pleinement avant le premier point de l’intrigue, au début du deuxième acte (nous y reviendrons).

Dans A Writer’s Journey, Christopher Vogler fait remarquer que,

Les [histoires] sont souvent construites en trois actes, qui peuvent être considérés comme représentant 1) la décision du héros d’agir, 2) l’action elle-même et 3) les conséquences de l’action.

Les 6 parties de l’arc du personnage au premier acte

À quelques exceptions près, la structure de l’arc du personnage est beaucoup plus flexible dans son timing que la structure de l’intrigue. Vous trouverez ci-dessous six éléments majeurs de l’arc de changement positif qui doivent être inclus dans le premier acte, mais la plupart de ces éléments peuvent se produire à peu près n’importe où dans le premier quart de votre livre. Utilisez votre compréhension de votre histoire et de son rythme pour vous aider à planifier les moments clés de l’arc de votre personnage.

1. Renforcez le mensonge

Le renforcement du mensonge de votre personnage commencera dès le premier chapitre, notamment par la révélation de la chose qu’il veut et de la chose dont il a besoin. Son moment caractéristique et son monde normal illustreront tous deux le mensonge. Les lecteurs doivent voir comment les problèmes internes de votre personnage provoquent à leur tour des problèmes externes.

Ce renforcement doit se poursuivre tout au long du premier acte. Le Mensonge de votre personnage peut avoir plusieurs facettes, alors n’hésitez pas à prendre votre temps pour présenter chacune d’entre elles. Vous n’êtes pas obligé de tout entasser dans le premier chapitre. Accrochez les lecteurs avec un aperçu des problèmes de votre personnage, puis utilisez le reste du premier acte pour combler les lacunes.

Par exemple, le mensonge de Thor lui est pratiquement remis par son père qui lui dit carrément qu’il est né pour être roi.

2. Indiquez le potentiel du personnage à surmonter le mensonge

Dès le début, les lecteurs ont besoin de voir ne serait-ce qu’une petite promesse que votre personnage a la capacité de changer. Quelle qualité spécifique sera intrinsèque à la capacité de votre personnage à se battre pour sortir du mensonge (reportez-vous au Thésaurus des traits positifs d’Angela Ackerman et Becca Puglisi pour vous en inspirer) ? Même si votre personnage n’a pas encore pleinement développé ce trait de caractère, laissez entendre dès le début que la graine est là.

Dans Toy Story, la capacité de Woody à être un bon ami se manifeste dès le début par son attitude attentionnée envers les autres jouets de la chambre d’Andy.

3. Offrez au personnage la première étape de la découverte de la croissance et du changement

Cela ne signifie pas nécessairement qu’il fait le premier pas pour changer. Après tout, il s’agit toujours du premier acte, et votre personnage est encore loin de pouvoir admettre qu’il a un problème. Mais cela ne signifie pas que vous ne pouvez pas commencer à préparer le terrain. Il ne peut pas changer s’il ne sait pas d’abord comment changer. Le premier acte est l’endroit idéal pour commencer à préfigurer ce changement en donnant au personnage un ou deux indices sur la nature de son mensonge et, plus spécifiquement encore, sur la vérité qu’il devra apprendre pour le contrer.

Dans What About Bob, le remède de Bob (l’amour et la famille) est fortement préfiguré par son lien immédiat avec les photos de famille de Léo.

4. Donnez au personnage un événement déclencheur à refuser

L’endroit le plus solide pour l’événement déclencheur de votre histoire se situe au milieu du premier acte. Cela vous donne l’occasion de présenter votre personnage et son univers avant de le frapper de plein fouet avec l’événement déclencheur. Notez que cela ne signifie pas que les événements précédents seront sans rapport avec l’intrigue principale. Tout s’imbrique dans tout, ne serait-ce que par le biais de l’anticipation.

Considérez l’événement déclencheur comme une opportunité pour votre personnage. En apparence, il peut s’agir de quelque chose d’affreux (comme une déclaration de guerre). Mais pour votre héros involontaire, c’est l’opportunité qu’il attendait. Il ne le sait pas encore, mais c’est sa grande chance de changer sa vie et de se libérer de ce mensonge pour toujours. Dans Plot vs. Character, Jeff Gerke souligne,

Les bons événements déclencheurs semblent d’abord être des ennuis venus de nulle part, mais ils finissent par être adaptés individuellement au héros.

Voici ce qui est important à propos de l’événement déclencheur : Votre personnage ne l’aime pas trop. Il le considère, puis secoue la tête et lève le nez. Non, ça ne l’intéresse pas. Il a mieux à faire, comme peaufiner son mensonge. S’il s’engage dans l’événement déclencheur, son ancienne vie va changer, et il ne veut pas de ça. Aussi inconfortable que soit son ancienne vie, il préfère encore s’accrocher à sa familiarité.

Mais il est trop tard ! L’événement déclencheur a déjà changé son personnage. D’une manière infime, il a modifié sa conscience de lui-même, de son monde et de son problème. Pour la première fois, il commence à réaliser qu’il a un problème. Il ne sera probablement pas encore capable de nommer ce problème. Mais soudain, ça le démange. La familiarité de son ancien monde n’est plus aussi confortable.

Dans Jurassic Park, la première réaction d’Alan Grant à l’offre grotesque de John Hammond est de la refuser catégoriquement. Il s’en remet assez vite lorsque Hammond fait monter les enchères, mais sa réticence initiale est importante.

5. Évolution de la croyance du personnage dans le mensonge

Vers la fin du premier acte, votre personnage sera toujours ancré dans le mensonge. Il y croit tout aussi fermement qu’au début de l’histoire. Mais, à un niveau subconscient, il commence à lutter contre ses fondements. Par conséquent, sa croyance dans la façon dont il sert le mensonge commence à évoluer. Par exemple, il peut toujours croire que l’argent est le pouvoir, mais il croit maintenant qu’il peut gagner cet argent honnêtement au lieu de travailler comme escroc.

À la fin du premier acte, Jane Eyre croit toujours qu’elle doit servir pour être digne de l’amour. Mais elle décide de voler de ses propres ailes et d’accepter un poste de gouvernante, plutôt que de continuer à travailler péniblement comme enseignante à la Lowood School for Girls.

6. Faites décider le personnage

Le premier acte se termine lorsque le personnage prend une décision, et pas n’importe laquelle. Il décide qu’il va faire quelque chose à propos de cet événement déclencheur ennuyeux qui a fait irruption dans sa vie il y a quelques chapitres. En fait, il décide de franchir la porte entre les mondes. Il est sur le point de quitter son monde normal (peut-être littéralement, peut-être métaphoriquement) et d’entrer dans un tout nouveau monde d’aventure, rempli de défis qu’il n’a jamais relevés auparavant et qu’il ne sera plus jamais le même après les avoir surmontés. Cela le propulsera dans le premier point de l’intrigue, que nous aborderons dans le prochain billet.

À la fin du premier acte de Secondhand Lions, Walter décide de retourner vivre chez ses oncles. Ce n’est pas une décision passive de sa part. C’est un choix actif, qui fait de lui un résident volontaire de la ferme pour la première fois dans l’histoire.

Autres exemples d’arc de personnage dans le premier acte

Un conte de Noël de Charles Dickens : Le mensonge de Scrooge est renforcé tout au long du premier acte par une série de rencontres, d’abord avec son neveu et son employé Bob Cratchit, puis avec les hommes qui font la collecte pour les pauvres, les chanteurs de chants de Noël, et enfin, de façon plus dramatique, avec le fantôme de Jacob Marley. Nous voyons la plus petite lueur d’une possibilité de changement dans la véritable chaleur de l’amitié qui surgit momentanément chez Scrooge en réponse à Marley. Quant à Marley, il ne se contente pas de faire allusion à ce que Scrooge doit faire pour changer, il l’explique en détail. L’avertissement de Marley est l’événement déclencheur, dont Scrooge se moque, même à la lumière d’une preuve aussi convaincante qu’un fantôme bien vivant. Pourtant, il est secoué et une petite partie de son cerveau commence à se demander si la promesse de damnation de Marley n’est pas vraie. Il décide de rester éveillé jusqu’à ce que l’heure prophétique du premier fantôme soit passée, juste pour se prouver à lui-même que tout cela est complètement fou.

Cars réalisé par John Lasseter : Le mensonge de Lightning McQueen est mis en place dans la longue séquence de course d’ouverture, puis renforcé de manière cohérente par son attitude tout au long du premier acte. Nous voyons une lueur d’espoir pour lui dans son amitié (telle qu’elle est) avec son camion de transport Mack, le seul membre de l’équipe qu’il ne semble pas détester. La légende de la course automobile The King donne à Lightning les conseils dont il a besoin pour se constituer une « bonne équipe », même si Lightning n’en tient pas compte. L’annonce de la course de départage, qui aura lieu en Californie, est l’événement déclencheur. Lightning y adhère de tout cœur, mais, sans le savoir, il rejette en même temps le « monde de l’aventure » dans lequel il est sur le point d’atterrir, lorsqu’il méprise ses sponsors Rust-eze délabrés. Lightning décide de voyager toute la nuit pour atteindre la Californie à temps pour faire la cour au nouveau sponsor qu’il espère gagner.

Questions à poser sur l’arc de votre personnage dans le premier acte

  1. Comment allez-vous introduire et renforcer le mensonge de votre personnage dans le premier acte ?
  2. Comment allez-vous utiliser l’espace libre du premier acte pour espacer les différentes couches du mensonge, des objectifs et de la personnalité de votre personnage ? 3.
  3. Comment allez-vous indiquer le potentiel latent de votre personnage à surmonter le Mensonge ?
  4. Quel aspect de la Vérité pouvez-vous partager avec votre personnage dans le premier acte ? Comment allez-vous la partager (par le biais du mentorat d’un autre personnage, etc.) ?
  5. Quel sera votre événement déclencheur ?
  6. Pourquoi votre personnage va-t-il d’abord le rejeter ?
  7. En combien de temps votre personnage se remettra-t-il de son rejet initial de « l’appel à l’aventure » de l’événement déclencheur ?
  8. Vers la fin du premier acte, comment la conviction de votre personnage sur la façon dont il sert le Mensonge commencera-t-elle à évoluer ?
  9. Quelle décision votre personnage prendra-t-il pour s’engager dans l’événement déclencheur ?

En tant que premier élément de l’arc de votre personnage, le premier acte est l’occasion de poser des bases solides pour l’ensemble de votre histoire. La mise en place est plus que la moitié de la bataille. Si vous mettez tout en place dès le début, vous aurez tous les outils nécessaires à votre disposition dans les autres actes. Faites participer vos lecteurs et lancez votre personnage dans l’aventure qui changera sa vie à jamais.

Restez à l’écoute : La semaine prochaine, nous parlerons de l’arc de votre personnage dans le premier nœud dramatique.

Lire les articles précédents de cette série : 

Partie 1 : Pouvez-vous structurer un personnage ?

Partie 2 : Le mensonge auquel croit votre personnage

Partie 3 : La chose que votre personnage veut vs. la chose dont votre personnage a besoin

Partie 4 : Le fantôme de votre personnage

Partie 5 : Le Moment Caractéristique

Partie 6 : le Monde Normal

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Créer des arcs de personnages, partie 6 : le Monde Normal

Qui veut lire sur un vieux monde normal et ennuyeux ? Le Monde Perdu ? Oui, volontiers ! Le monde excitant, inhabituel, exotique et absolument palpitant ? Évidemment. Mais le monde normal ? N’est-ce pas une façon un peu boiteuse de commencer une histoire ? Non, pas du tout. Pas si vous voulez que l’arc de changement de votre personnage ait un sens.

La semaine dernière, nous avons appris comment le Moment Caractéristique est lié à l’accroche de votre histoire en présentant le protagoniste, le mensonge auquel il croit, la chose qu’il veut et la chose dont il a besoin. Mais le moment caractéristique n’est que la moitié de l’ouverture d’un bon arc de personnage. Il nous donne du caractère, mais il faut quand même un contexte. Le monde normal fournit ce contexte.

Les gens sont largement définis par les microcosmes dans lesquels ils vivent. Nous sommes inévitablement façonnés par notre environnement, que ce soit par la façon dont nous nous intégrons ou non. Tout aussi inévitablement, nous sommes définis par notre environnement parce qu’il reflète nos choix et nos limites. Comment nous sommes arrivés quelque part, pourquoi nous choisissons d’y rester, ou pourquoi nous sommes forcés d’y rester même si nous ne le voulons pas – tous ces facteurs révèlent des facettes intéressantes de notre personnalité, de nos valeurs, de nos forces et de nos faiblesses.

Dans une histoire, le monde normal jouera un rôle important dans le premier quart de votre histoire – le premier acte. Ce segment entier peut se résumer à une « mise en place », et le monde normal joue un rôle vital en ancrant l’histoire dans un cadre concret. Plus important encore, le monde normal crée la norme par rapport à laquelle seront mesurés tous les changements personnels et d’intrigue à venir. Sans ce premier exemple frappant de ce qui va changer dans la vie de votre personnage, le reste de l’arc manquera de définition et de puissance.

Le monde normal

Au niveau le plus fondamental, le monde normal est, comme son nom l’indique, un décor. C’est l’endroit où s’ouvre votre histoire. C’est un endroit dans lequel votre personnage a trouvé le contentement, ou du moins la tranquillité.

Manifestations possibles du monde normal

Le monde normal peut sembler merveilleux à première vue (comme dans Edward Scissorhands de Tim Burton ou Equilibrium de Kurt Wimmer), mais sa façade parfaite se fissure, tout comme les idées fausses du personnage sur le monde et sur lui-même.
Le monde normal peut aussi être sûr mais ennuyeux, et le protagoniste s’y heurte sans faire de réels efforts pour avancer dans sa vie (comme dans A New Hope de George Lucas ou RED de Robert Schwentke).
Le monde normal peut aussi être assez mauvais, mais le protagoniste y est au moins temporairement coincé contre son gré (comme dans La Grande Évasion de John Sturges ou Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg).
Ou bien le monde normal peut être légitimement génial, mais le protagoniste n’est pas encore prêt à l’apprécier ou est temporairement retenu par les avantages du monde normal (comme dans Le Magicien d’Oz de L. Frank Baum ou It’s a Wonderful Life de Frank Capra).
Le monde normal peut aussi présenter une série de défis que le protagoniste n’est pas en mesure de relever tant qu’il n’a pas fait l’expérience de la vie en dehors du monde normal (comme dans Up de Pete Docter et Bob Peterson et Frozen de Chris Buck et Jennifer Lee).

Le symbolisme du monde normal

Le monde normal est un endroit que le protagoniste ne veut pas ou ne peut pas quitter. C’est le point de départ de sa grande aventure. La plupart du temps, il considérera le monde normal comme acquis et pensera qu’il va durer éternellement, mais parfois, il commencera l’histoire en sachant que le monde normal n’est qu’une escale temporaire (comme dans Avatar de James Cameron).

Considérez le monde normal comme une représentation symbolique du monde intérieur de votre personnage. Le monde normal doit mettre en scène le mensonge auquel le personnage croit. Il doit renforcer le personnage dans ce mensonge, afin qu’il n’ait aucune raison de regarder au-delà. Ce n’est que lorsque le monde normal est remis en question ou abandonné au premier point de l’intrigue que la croyance du protagoniste en ce mensonge est ébranlée.

Comment créer le monde normal de votre histoire

Pour créer le monde normal de votre histoire, demandez-vous d’abord quel genre de monde fournira l’histoire de fond la plus logique pour expliquer pourquoi votre personnage croit au mensonge. Ensuite, réfléchissez à la façon d’améliorer le monde normal en le rendant le plus confortable possible pour que ce mensonge continue à vivre. Notez cependant que cela ne signifie pas qu’il doit nécessairement être un endroit confortable pour votre protagoniste. Parfois, il peut sembler confortable en apparence, mais, au fond, le mensonge le rend malheureux.

Ensuite, demandez-vous comment vous pouvez créer un monde normal qui contrastera au mieux avec le « monde de l’aventure » qui suivra dans les deux prochains actes. Parfois, votre protagoniste restera dans le cadre physique du monde normal tout au long de l’histoire (comme dans Monsters, Inc. de Pete Docter), et seules certaines facettes du monde changeront (comme lorsque l’arrivée de Boo plonge Monstropolis dans le chaos). Dans tous les cas, vous devez vous efforcer de créer le contraste le plus dramatique possible entre les deux mondes, afin de donner à votre personnage le plus d’incitation possible à mettre en œuvre son changement.

Le monde normal est important car il prouve visiblement aux lecteurs (il leur montre) l’état « avant » de votre protagoniste. Soit il va devoir changer suffisamment pour quitter cet endroit destructeur, soit il va devoir changer suffisamment pour s’intégrer et profiter de cet endroit sain.

Qu’est-ce que le monde normal ?

Le monde normal de votre histoire pourrait être :

  • Une planète paisible et prospère – qui permet à ses idées fausses et orgueilleuses de se réaliser. (Thor)
  • Une enfance austère et sans amour, d’abord chez sa tante, puis dans un pensionnat de jeunes filles – ce qui renforce sa conviction qu’elle n’est pas aimable. (Jane Eyre)
  • Une fouille archéologique en perpétuel besoin de financement – ce qui n’est pas lié à son mensonge mais l’incite à accepter une proposition autrement inacceptable, ce qui fait avancer l’intrigue. (Jurassic Park)
  • Une ferme délabrée avec deux grands-oncles antisociaux – ce qui, au début, renforce sa peur générale de tout. (Secondhand Lions)
  • La chambre d’Andy, où il est le patron – ce qui renforce sa croyance dans le mensonge. (Toy Story)
  • Les derniers jours de la guerre du Golfe – ce qui renforce la dévalorisation des personnes et la désillusion de la guerre industrialisée. (Trois Rois)
  • Une université américaine – qui renforce son mensonge en lui permettant d’être injustement accusé et expulsé. (Les Hooligans de la rue verte)
  • La ville de New York – qui renforce le névrosisme général du protagoniste et contraste avec le motif de « prendre des vacances de ses problèmes ». (What About Bob ?)

Nous disposons ici d’un large éventail de mondes normaux, allant du monde impressionnant mais sans défi personnel de Thor au monde horrible dans lequel Jane Eyre est piégée jusqu’à ce qu’elle s’échappe finalement, en passant par le monde normal apparemment affreux de Secondhand Lions qui, au premier point de l’intrigue, commence à se transformer en quelque chose d’assez merveilleux.

Autres exemples du « monde normal »

Un conte de Noël de Charles Dickens : Le monde normal de Scrooge est introduit par sa glaciale salle des comptes, où il préfère souffrir du froid plutôt que de dépenser quelques shillings supplémentaires pour un plus grand feu. Son monde froid et axé sur l’argent est illustré par sa perception de Londres et la révélation de sa maison tout aussi froide et sans amour. C’est un monde visiblement horrible, dans lequel Scrooge s’est convaincu d’être satisfait afin de maintenir son mensonge et sa poursuite de la chose qu’il veut. Le décor est une représentation magnifiquement symbolique du monde intérieur de Scrooge – sombre, froid et solitaire. L’élément de voyage dans le temps de Dickens lui permet de contraster magnifiquement le monde normal du présent avec des possibilités plus brillantes et d’autres encore plus horribles.

Cars, réalisé par John Lasseter : À première vue, le monde de Lightning McQueen semble assez génial – tout en paillettes et en glamour. Il participe à la Piston Cup, la course automobile la plus importante au monde, et c’est un endroit délicieux où règnent l’euphorie des fans, l’adrénaline brute et les possibilités brillantes. Il sera en contraste frappant avec le monde lent et rouillé de Radiator Springs. Mais, pour l’instant, il semble représenter tout ce que Lightning désire, même s’il nourrit son mensonge et le piège dans une spirale descendante d’égoïsme et d’isolement.

Questions à se poser sur le monde normal

  1. Quel cadre ouvrira votre histoire ?
  2. Comment ce décor va-t-il changer au premier point de l’intrigue ?
  3. Comment pouvez-vous opposer le monde normal au « monde de l’aventure » qui suivra ?
  4. Comment le monde normal met-il en scène ou symbolise-t-il l’asservissement de votre personnage au mensonge ?
  5. Comment le monde normal provoque-t-il ou renforce-t-il le mensonge ?
  6. Pourquoi votre personnage se trouve-t-il dans le monde normal ?
  7. Si votre personnage ne veut pas quitter le monde normal, qu’est-ce qui l’aide à masquer le malaise causé par son mensonge ?
  8. Si votre personnage veut partir, qu’est-ce qui l’en empêche ?
  9. Le personnage retournera-t-il dans le monde normal à la fin de l’histoire ?
  10. Si le monde normal est un endroit légitimement bon, comment le protagoniste devra-t-il changer pour l’apprécier ?

Le monde normal vous offre l’occasion précieuse de dramatiser visuellement le mensonge de votre personnage. Tirez pleinement parti du monde normal de votre histoire et créez un segment d’ouverture qui explosera dans l’esprit des lecteurs et mettra parfaitement en place l’aventure qui suivra.

Restez à l’écoute : La semaine prochaine, nous parlerons de l’arc de votre personnage dans le premier acte.

Lire les articles précédents de cette série : 

Partie 1 : Pouvez-vous structurer un personnage ?

Partie 2 : Le mensonge auquel croit votre personnage

Partie 3 : La chose que votre personnage veut vs. la chose dont votre personnage a besoin

Partie 4 : Le fantôme de votre personnage

Partie 5 : Le Moment Caractéristique

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Écrire un roman Personnages

Créer des arcs de personnages, partie 5 : le Moment Caractéristique

Les premières impressions comptent. Et le Moment Caractéristique de votre protagoniste est sa première chance d’impressionner vos lecteurs. Maintenant que nous connaissons la théorie de base de l’arc de personnage et que nous savons comment mettre en place le conflit intérieur de votre protagoniste, via le mensonge qu’il croit, la chose qu’il veut et la chose dont il a besoin, et le fantôme, nous sommes prêts à commencer officiellement à écrire l’histoire de notre personnage.

Structurez votre roman, livre de K.M. Weiland
Structurez votre roman, de K.M. Weiland

La structure de l’arc du personnage commence par le moment caractéristique. Dans le reste de cette série, nous allons aligner les principaux moments de l’arc de caractère avec les principaux points de l’intrigue structurelle. (Si vous n’êtes pas familier avec les bases de la structure d’une histoire, vous pouvez lire mon livre Structurez votre roman, une base utile pour ce dont nous allons parler dans le reste de cette série). Le moment caractéristique (et le monde normal, dont nous parlerons la semaine prochaine) s’aligne sur l’accroche. Il apparaît au moment où votre protagoniste apparaît lui aussi – vraisemblablement dans le premier chapitre.

Dans la vie réelle, on peut mettre en garde les gens contre le fait de faire un jugement rapide des autres, en fonction de leurs premières impressions. Mais, soyons réalistes : nous le faisons. Et il est encore moins probable que nous soyons conscients de nos jugements lorsque nous lisons une fiction. Nous venons d’ouvrir un livre. Nous n’avons jamais lu cet auteur auparavant. Nous n’avons aucune idée s’il va être à la hauteur de son impressionnant texte de quatrième de couverture et s’avérer digne de notre temps. Et voilà le protagoniste qui se pavane sur la scène. Qu’est-ce qu’il fait ? Quelle est sa personnalité ? A-t-il l’air de quelqu’un qu’on va finir par aimer ? A-t-il l’air intéressant ? Si ce n’est pas le cas, nous sommes déjà à mi-chemin de la fermeture du livre.

En bref, un Moment Caractéristique raté peut très probablement signifier une histoire ratée.

Le moment caractéristique de votre protagoniste

Le moment caractéristique doit accomplir plusieurs tâches. Il doit :

  • Présenter votre protagoniste.
  • (Probablement) révéler le nom de votre protagoniste.
  • Indiquer le sexe, l’âge, la nationalité et éventuellement la profession de votre protagoniste.
  • Indiquer les caractéristiques physiques importantes.
  • Indiquez son rôle dans l’histoire (c’est-à-dire qu’il est le protagoniste).
  • Démontrer l’aspect dominant de sa personnalité.
  • Attirer la sympathie et/ou l’intérêt du lecteur.
  • Montrer le but de la scène du protagoniste.
  • Indiquer le but de l’histoire du protagoniste.
  • Démontrer, ou au moins suggérer, le mensonge du protagoniste.
  • Influencer l’intrigue, de préférence directement, mais au moins d’une manière qui préfigure les événements ultérieurs.

C’est une liste assez indigeste pour la première scène de votre histoire (surtout si vous y ajoutez les exigences structurelles connexes). Pas étonnant que les débuts soient si difficiles ! Le moment caractéristique est une œuvre d’art. Nous ne pouvons pas nous contenter de commencer avec notre personnage faisant n’importe quoi. Nous devons choisir un événement qui :

  • Rendra le protagoniste attrayant pour les lecteurs.
  • Présentera à la fois ses forces et ses faiblesses
  • Construira l’intrigue

Convaincre les lecteurs d’investir dans votre personnage

Même réduit à ces trois aspects, le moment caractéristique reste délicat. Nous devons indiquer le « manque » du personnage – les problèmes dans sa vie causés par le mensonge – le plus tôt possible. Mais nous ne voulons pas nous concentrer trop lourdement sur les aspects négatifs du personnage dès le départ. Dans son ouvrage Writing Screenplays That Sell, Michael Hauge renforce cette idée :

Vous devez établir l’identification avec votre héros avant de révéler des défauts majeurs qui pourraient réduire la sympathie.

Si l’arc de votre personnage consiste à le faire évoluer vers le courage, l’honnêteté et l’altruisme, alors il devra commencer par être moins courageux, honnête ou généreux. Mais si nous essayions d’ouvrir la plupart des histoires avec un menteur égoïste et lâche, la plupart des lecteurs ne seraient probablement pas accrochés. Et pourtant, quel autre type de Moment Caractéristique se suggère pour un tel personnage ? Nous devons indiquer ses problèmes, afin de prouver à quel point il a changé à la fin de l’histoire, n’est-ce pas ?

Absolument. Mais notre tâche principale est d’accrocher les lecteurs. Si vous voulez que votre personnage soit généralement sympathique, malgré ses défauts, commencez par cela. Qu’est-ce que vous aimez chez lui ? Quelle scène pouvez-vous élaborer pour le mettre en valeur ? Il n’est même pas nécessaire qu’il soit sympathique dans cette scène, il faut simplement qu’il soit intéressant. Treasure Planet, de Ron Clement et Jon Musker, s’ouvre sur un protagoniste adolescent et rebelle qui démontre ses compétences et son courage à bord de son « surfeur solaire ». Le film The Kid, de Jon Turteltaub, s’ouvre sur un protagoniste qui se comporte comme un parfait abruti, mais ses commentaires désobligeants sont si méchants (et précis) que le spectateur ne peut détourner le regard.

Créez une scène mémorable

Voyez grand. Si la principale vertu de votre personnage est sa compassion, ne vous contentez pas de lui faire caresser un chien errant. Faites-le courir dans la circulation à New York pour traverser la rue et voir pourquoi une petite fille pleure. S’il est connu pour sa bravoure, ne vous contentez pas de le voir se pavaner dans la rue. Demandez-lui de se battre contre cinq durs à cuire et de gagner (ou presque).

Idéalement, vous pourrez intégrer le mensonge de votre personnage dans le moment caractéristique. Mais parfois, ce n’est pas possible. Il n’est pas possible de garder toutes les balles en l’air tout en maintenant la logique de l’intrigue. Dans ce cas, vous devrez peut-être reporter l’introduction du mensonge jusqu’à ce que vous ayez rayé de votre liste quelques-unes des autres exigences de votre début. Mais vous voudrez toujours introduire le mensonge le plus rapidement possible. Le mensonge définit l’arc de votre personnage, et donc toute votre histoire. Les lecteurs ont besoin de voir la preuve de la faiblesse de votre personnage, afin de comprendre ce qu’il doit surmonter.

Qu’est-ce qu’un moment caractéristique ?

Le moment caractéristique de votre protagoniste peut se manifester comme suit :

  • Un vœu, enfant, d’être comme son père et de grandir pour « les combattre tous », puis, à l’âge adulte, une démonstration d’arrogance sur le point d’être annoncée comme l’héritier du trône – ce qui illustre des traits de personnalité clés, les effets du mensonge et la chose qu’il désire le plus (objectif de l’histoire). (Thor)
  • Un moment de solitude, banni du cercle familial, passé à lire, puis un refus de se soumettre à la cruauté injuste de son cousin – ce qui illustre à la fois le Fantôme et les traits de personnalité clés. (Jane Eyre)
  • Une démonstration sur le tas de son incapacité grincheuse à vivre dans le monde moderne et de son aversion pour les enfants – qui illustre les traits de personnalité clés, le mensonge et la chose qu’il désire le plus. (Jurassic Park)
  • Une méfiance à l’égard des promesses de sa mère et une attitude craintive envers tout (surtout les cochons) – ce qui illustre le mensonge, la chose qu’il désire le plus et la faiblesse personnelle qu’il devra surmonter. (Secondhand Lions)
  • Un montage montrant Andy jouant avec lui avec amour, puis, une fois qu’il est « réveillé », une direction calme et organisée des autres jouets – ce qui illustre la chose qu’il veut le plus et les principaux traits de personnalité. (Toy Story)
  • Une réponse cynique, mais manifestement intelligente, au baby-sitting d’un journaliste – ce qui illustre le fantôme et les principaux traits de personnalité. (Trois Rois)
  • Une retraite à contrecœur face à de fausses accusations – qui illustre le mensonge et la chose qu’il désire le plus. (Les Hooligans de Green Street)
  • Une routine matinale hilarante et névrotique – qui illustre la Chose qu’il désire le plus et les principaux traits de personnalité. (What about Bob ?)

Notez que certains moments caractéristiques sont recto-verso. Le moment caractéristique de Thor se déroule dans une série de scènes en deux parties, dont la première fait partie d’un prologue et le montre enfant. Tout comme dans Planète au trésor, qui commence également par un prologue d’enfance, le personnage doit être rétabli dans sa « vraie normalité » en tant qu’adulte avec un deuxième Moment caractéristique.

Dans Jane Eyre et Toy Story, nous voyons comment nous pouvons utiliser non pas un seul Moment Caractéristique, mais plusieurs pour prouver différents aspects de nos personnages. Jane nous montre deux facettes de sa personnalité : d’abord son introversion solitaire mais satisfaite, puis son refus provocateur et fougueux d’être piétinée. En raison des contraintes de la logique de Toy Story, dans laquelle les jouets doivent être passifs et immobiles en présence d’humains, l’amour de Woody pour Andy est principalement montré à travers l’amour d’Andy pour lui. Il s’agit là de l’aspect le plus important de l’histoire, mais nous avons ensuite un excellent exemple de la capacité de Woody à diriger les autres jouets, une fois qu’il s’est « réveillé » en l’absence d’Andy.

Autres exemples de moments caractéristiques

Un conte de Noël de Charles Dickens : Scrooge est présenté dans un long segment de « récit » (non recommandé pour les livres modernes), dans lequel l’auteur expose carrément aux lecteurs certains faits importants concernant la pauvreté de Scrooge et son manque général de bonté humaine. Lorsque nous arrivons à la première scène théâtrale de Scrooge, nous avons déjà une idée assez précise de sa personnalité. Cette image est encore accentuée lorsque nous entrons dans sa glaciale maison (chauffée par un « très petit feu » et le seul charbon de son employé Bob Cratchit) et qu’il rejette l’invitation de Noël chaleureuse de son neveu en lui disant précisément ce qu’il pense de la fête et de sa bonne volonté envers les hommes. Les lecteurs se font immédiatement une idée de la personnalité grincheuse de Scrooge, de son esprit incisif, de son mensonge (qu’il expose en toutes lettres) et de son objectif historique de gagner le plus d’argent possible.

Cars, réalisé par John Lasseter : L’introduction de Lightning McQueen se fait par le biais de sa présentation d’avant course, dans laquelle il affirme « Je suis la vitesse » et « Je mange les perdants au petit déjeuner ». Il démontre ensuite ses grandes compétences, ainsi que son mépris pour son équipe de stand, dans le long segment de course qui ouvre le film. Les téléspectateurs reçoivent des informations supplémentaires par l’intermédiaire des commentateurs, qui renforcent le mensonge de Lightning en révélant qu’il a déjà renvoyé trois chefs d’équipe de stand parce qu' »il dit qu’il aime travailler seul ». Dans cette ouverture prolongée, les téléspectateurs apprennent tout ce qu’ils doivent savoir sur Lightning : ses points forts (ses compétences en course), son mensonge et la chose qu’il désire le plus (la Piston Cup).

Questions à poser sur votre moment caractéristique

  1. Quel trait de personnalité, quelle vertu ou quelle compétence résume le mieux votre protagoniste ?
  2. Comment pouvez-vous mettre en scène ce trait de caractère dans toute son ampleur ?
  3. Comment pouvez-vous mettre en scène ce trait de caractère de manière à introduire l’intrigue ?
  4. Comment pouvez-vous démontrer la croyance de votre protagoniste en son mensonge ?
  5. Pouvez-vous révéler ou faire allusion à son fantôme ?
  6. Comment pouvez-vous utiliser cette scène pour révéler l’objectif global de l’histoire de votre personnage – la chose qu’il désire le plus ?
  7. La poursuite par votre protagoniste de l’objectif de l’histoire et de l’objectif de la scène se heurte-t-elle à un obstacle évident (c’est-à-dire un conflit) ?
  8. Comment pouvez-vous partager des détails importants sur votre protagoniste (nom, âge, apparence physique) rapidement et discrètement ?

Ne vous contentez pas d’un moment moins spectaculaire pour votre moment caractéristique. C’est l’occasion de créer une scène amusante et efficace qui présentera votre personnage aux lecteurs d’une manière qu’ils n’oublieront jamais – et qu’ils ne pourront pas quitter des yeux.

Restez à l’écoute : La semaine prochaine, nous parlerons de la présentation du monde normal de votre personnage.

Lire les articles précédents de cette série : 

Partie 1 : Pouvez-vous structurer un personnage ?

Partie 2 : Le mensonge auquel croit votre personnage

Partie 3 : La chose que votre personnage veut vs. la chose dont votre personnage a besoin

Partie 4 : Le fantôme de votre personnage